III. MOSTA VOLIERE
Ce mot se trouve dans deux passages des inventaires
Pucci :
I, 38. una cioppa moscavolieri .
IV, 1 1 , due cioppe di moscavoliere.
L'éditeur a consciencieusement commenté le mot qui se trouve dans ces deux passages, et il n'est pas inutile de reproduire in extenso son commentaire :
Leçon peu sûre; malgré la répétition du mot dans deux passages, je reste incertain s'il faut lire moscavoliere ou mostavoliere. Tommaseo enregistre moscavoliere et explique, comme Fanfani, « couleur grise comme l'aile des mouches », sans citer d'exemples. Rossi, Lettere di messer Andréa Calmo, Torino, 1888, p. 141, a lu au contraire mostovaliere. Je soupçonne que la leçon ordinaire se ressent de l'influence de la mouche, à qui on a demandé l'étymologie du mot.
Mon ami Rossi me signale dans Vespasiano da Bisticci, Vite*, 1,31: « abiti di moscavoliere (Frati met en note : « couleur grise comme les ailes des mouches ») o d'azzurro » ; p. 99, les habits des domestiques étaient « o azurro o scuro o moscavoliere » ; II, 228: «vestimenti di moscavoliere o scuro ». Les couleurs qui accompagnent le moscavoliere me portent à croire que cette dernière était aussi une couleur terne, tantôt plus, tantôt moins sombre; assurément cela peut être une espèce de gris, mais, jus-
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qu'à meilleure preuve, qu'on nous laisse tranquille avec le vol des mouches.
Le scepticisme est le commencement de la science. M. Merkel a raison de considérer la forme moscavoliere comme une altération due à une fausse étymologie : le mot doit être lu avec un t, comme l'a fait M. Rossi. Nous retrouvons encore ici, sans doute possible, le nom d'une manufacture française, celle de Mostierviliers, aujourd'hui Montivilliers, entre Le Havre et Rouen. La célébrité des draps de Montivilliers au xive et au xve siècle est attestée par bien des documents1. Je n'en citerai qu'un, parce qu'il est d'ordre littéraire, et surtout parce qu'il semble fait exprès pour expliquer pourquoi mostovaliere ou mostavoliere désigne spécialement en italien une étoffe de couleur grise. On lit dans Le Dit des Pays, composé à la fin du xve siècle :
Bons dras gris a Montevillier2.
i. Les frères Bonis de Montauban vendaient à l'occasion du « drap mesclat de Mostiervilier ». M. Forestié, l'éditeur de leurs livres de comptes, a imprimé à tort Mostier-Julier, II, 63 ; mais dans son introduction, I, p. lxxiv, il a reconnu qu'il s'agissait de drap de Montivilliers. Pourquoi, au glossaire, ce passage est-il interprété comme signifiant «drap mêlé de Montoulieu »?
2. Montaiglon, Recueil de poésies françaises, V, 115. C'est le précieux Glossaire archéologique de Victor Gay, malheureusement inachevé, qui m'a fourni cette citation. On peut voir dans ce Glossaire, p. 577, l'énumération de huit variétés de gris de Montivilliers.
ADDENDA ET CORRIGENDA
Page 3, ligne 9, au lieu de : cononge, lire : canonge.
Page 29, ligne 4, au lieu de : veiro, lire : verro.
Page 52, note 2. remarquer que gridelin a passé aussi en italien sous la
forme gridellino, terme de teinturerie.
Page 63, ligne 4, ajouter: quarderonner (Académie), dérivé de quart-dc-
rond.
Page 64, ligne 12, au lieu de : prifateur, lire : prifaiteur. Page 108, ligne 2, ajouter: Le Moulin-Chevreux (Aisne), en 1164 Molin
Sevrous.
Page 117, note 3, au lieu de : Lavaux, hre : Lavaur.
Page 140, ligne 8, au lieu de : vandatricem, lire : vendatricem.
Page 21 j, ligne 2, au lieu de : canabem, lire : * cannapem : les formes romanes prouvent le changement de b en p dans le latin vulgaire, peutêtre d'après sinapem, ainsi que je l'enseigne depuis plusieurs années.
Page 259, ligne 3, remarquer que le français camoiard est emprunté de l'italien camoiardo (Oudin donne aussi camuiarro) et que c'est en italien que la métathése s'est produite, probablement comme on l'a dit (Karting, 5132) sous l'influence de cammelotto.
Page 267, art. cignole fin. Dans le Journal de J. Maupoint {Mèm. de la Soc. de l'hist. de Paris et de l'Ile-de-France, IV, $$), il est question d'arbalètes « a tour et a sinolies ». Il faut probablement corriger sinolles et reconnaître dans sinolle notre mot cignole.
Page 358, ligne 9. Lorsque j'ai fait appel, pour expliquer pleidura, à l'hypothèse d'une conjugaison * plencrc, 'plesttus, j'ignorais que les latinistes connaissaient depuis longtemps la forme cxplenunt pour expient, Thomas. 27
4!0 ADDENDA ET CORRIGENDA
signalée par Festus : mon hypothèse s'en trouve singulièrement fortifiée Sur la véritable explication de cette forme, voyez une remarque de M. Michel Bréal, à propos du récent livre de M. Lindsay, dans Journal des savants, octobre 1897, p. 592-593.
Page 361, n. 2. Prunelaie est employé par La Quintinie, Instr. pour les jardins (1690), I, p. 117.
Page 363, ligne 1. Il faut vraisemblablement reconnaître l'ancien français peletre dans l'anglais pelleter, que M. Skeat tire de l'espagnol pelitre.
Page 407, ligne 6. Le français ne connaît pas de forme en in analogue à l'italien ghiazzerino et à l'espagnol jacerino,jazarino, à enjuger par le silence du Dictionnaire de Godefroy, qui enregistre seulement deux exemples de jaserois. En provençal, jaseran, que Raynouard a relevé dans Girart de Roussillon, est manifestement un gallicisme; mais il est permis d'affirmer que le provençal a possédé très anciennement une forme parallèle à celles de l'italien et de l'espagnol. L'excellent Carpenïier a enrichi le glossaire de Du Cange d'un article jafarinus « couleur de safran » qu'il a constitué à l'aide d'une charte de Narbonne de 1031, où on lit, d'après lui: duas uncias de auro jafarino optimo, et, plus loin, de auro bono jafarino. Il est clair qu'il faut lire ou corriger jasarino, et voir ià cet or fin arabiant (= * arabienc, d'Arabie) si souvent mentionné dans les chansons de geste, françaises.
INDEX LEXICOGRAPHIQUE