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XIII. — SUR LA FORMATION DU NOM DE LA VILLE D'ARLES

C'est un fait universellement admis que l'accentuation du celtique n'avait pas les mêmes lois que celle du latin, que notamment l'accent tonique pouvait porter sur l'antépénultième, même si la pénultième était longue, dans les mots gaulois. Beaucoup de noms de lieu en fournissent la preuve : pour nous en tenir au Midi, il est clair que la formation du nom de Nimes, en ancien provençal Nernse, a pour point de départ l'accentuation de l'antépénultième de Nemausus. Il y a plus. M. Meyer-Lùbke ne Fait pas difficulté de supposer que l'accent gaulois pouvait porter sur la

1. /cilschrift fur roui. Fbil. X., 173. Sur l'origine celtique, voy. d'Arbois de Jubainville, Les noms gaulois dans César, p. 213.

quatrième syllabe, et il cite à l'appui de cette hypothèse Arles, de Arelate1. Mais ici, l'accord cesse entre les philologues compétents. M. d'Arbois de Jubainville paraît effrayé d'une pareille supposition, et il fait remarquer qu'il est bien plus simple de reconnaître dans Arles un nominatif singulier correspondant au bas latin Arelas2. Malheureusement, cette très ingénieuse explication se heurte à deux objections dont la moindre suffirait pour la mettre à mal.

i° Il n'existe pas un seul exemple de formation d'après le nominatif dans les noms de lieu;

2° La correspondance phonétique entre Arelas et Arles n'est qu'apparente.

Ce dernier point demande à être développé. Si Arelas était le point de départ de la forme vulgaire, le nom provençal ne pourrait être que Arias. Or, en ancien provençal, comme en provençal moderne, on dit Arle et non Arias. Dès le xne siècle, on lit dans une chanson de Peire Vidal :

Anar M'en volh ad espero Entr' Arle e Toloi.

Il faut donc considérer Arle comme sorti d'une forme primitive *Arlede (probablement par les intermédiaires *Ardele4, Ardle, Arlle), et cette forme pri-

i. Gramm. des langues romanes, trad. franc., I, p. 532.

2. Revue celtique, 1890, p. 501. La théorie de M. d'Arbois de Jubainville est reproduite par M. Holder dans son Altceltischer Sprachsat^, art. Arelate.

3. Peire Vidal' s Lieder, hgg. von K. Bartsch, Berlin, 1857, p. 21.

4. Une métathèse analogue s'est produite dans le nom du fleuve Atacem, devenu *Ade%e, *A%edet *A\de, Aude.

mitive de la langue vulgaire nous reporte invinciblement à un type latin* Arlate1 .

D'où est sortie la forme * Arlate ? J'ai autant de répugnance que M. d'Arbois de Jubainville à admettre que la forme normale A relate ait été accentuée sur la quatrième syllabe et ait pu en conséquence engendrer

* Arlate. On s'explique comment de Arelaie est sorti le nominatif Arelas: il s'est fait en latin vulgaire le même travail morphologique qui a abouti à la création du nominatif presbyter en face du cas régime presbyterum, cas régime calqué sur le grec Kpzsoû-tpov2. Or, Arelas une fois créé a dû être de bonne heure syncopé en * Arias dans la prononciation, comme il arrive toujours en latin vulgaire après un r: lardum pour laridum,

* lurdus pour luridus, * ermiis pour eremus, *pirla pour pirula, etc. La forme syncopée * Arias a à son tour engendré un cas régime * Arlate, d'où Arle.

« Ce docteur en langue vulgaire, dit Balzac, en parlant de Malherbe, avoit accoustumé de dire que depuis tant d'années il travailloit a degasconner la Cour et qu'il n'en pouvoit venir à bout. » M. Lanusse, dans une thèse présentée à la Faculté des lettres de Paris 3, s'est proposé de montrer dans quelle mesure

1 . Sur le traitement de Va posttonique en provençal dans les proparoxytons, voy. Romania, 1892, p. 511.

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