Influence sur la prononciation. — 3. Influence
fin du XVe siècle à la seconde moitié du XVIIe. Grenoble, impr. Allier, 1891. In-80 de xvi-470 pages.
sur le vocabulaire. — 4. Influence sur la syntaxe. — Conclusion.
Puisque je viens d'écrire ce mot « conclusion » et que la conclusion doit être le tout d'une thèse, je ne puis passer sous silence les objections nombreuses que la thèse de M. Lanusse a soulevées en Sorbonne, d'autant plus que des revues universitaires ont relevé surtout ces objections en les grossissant, comme il arrive toujours. On lui a reproché d'abonder sans mesure dans son sens et de voir du gascon partout. J'avoue que ce n'est pas du tout mon impression. Je vois bien qu'il a écrit, p. 450 : « Loin d'avoir exagéré l'influence gasconne, nous serions plutôt tenté de croire qu'elle fut en réalité bien plus étendue, bien plus large, bien plus puissante que nous ne l'avons montré. » Cette phrase menaçante, sorte d'air de bravoure qu'il aurait mieux valu ne pas chanter, est bien dans la conclusion, mais ce n'est pas la conclusion. La vraie conclusion, je la vois dans les phrases suivantes qu'il est impossible de ne pas considérer comme l'expression exacte de la vérité : « De l'influence gasconne sur la langue française... il faut bien dire qu'il reste peu de traces dans la langue actuelle (p. 452)... Malherbe et les autres grammairiens ont réussi à dégasconner la langue. Et c'est justice... » (p. 454). Voilà qui est vrai, sinon nouveau. Mais ce qui est nouveau et d'un grand intérêt dans le livre de M. Lanusse, c'est la critique à laquelle il a soumis en maints passages la langue de Montaigne. On sait que M. Voizard a publié en 1885 une Étude sur la langue
i:8 ESSAIS DE PHILOLOGIE FRANÇAISE
de Montaigne, qui est aussi une thèse de doctorat soutenue en Sorbonne. D'après cette thèse, les « gasconismes » du célèbre écrivain gascon ne seraient pas moins insaisissables que la « patavinité » deTite-Live. Là où les contemporains de Montaigne voyaient ou affectaient de voir, pour lui en faire le reproche, des tours ou des mots gascons, M. Voizard voit de l'ancien français. M. Lanusse a écrit un excellent chapitre sur « les expressions communes au gascon et a l'ancien français » (p. 217 et suiv.), et je suis tout à fait d'accord avec lui contre M. Voizard quand il dit : « La vérité est qu'il n'y a guère d'archaïsmes dans la langue de Montaigne : ces prétendus archaïsmes ne sont autre chose que des souvenirs du gascon. »
Si maintenant il fallait descendre dans le détail, je ne voudrais pas cautionner, bien entendu, toutes les opinions émises par M. Lanusse, et j'aurais plus d'une réserve à faire. Il a écrit, par exemple, un copieux chapitre, plein de citations de Monluc et de Montaigne,, sur « les verbes transitifs employés comme intransitifs » (p. 414-424) ; mais il ne semble pas avoir vu nettement ce qui caractérise le gascon, ce qui le rapproche et le distingue a la fois de l'espagnol1 dans ces curieuses constructions. La préposition à ne se place pas devant n'importe quel complément direct; il faut que ce complément direct soit un nom de per-
1 . On peut s'étonner que citant Vaugelas qui attribue ce gasconisme à l'influence espagnole, M. L. ajoute « nous ne savons pourquoi. » Le rapprochement avec l'espagnol s'impose, ce qui ne veut pas dire, bien entendu, qu'il y ait emprunt de l'un à l'autre.
sonne — et en cela le gascon et l'espagnol marchent d'accord ; — il faut en outre, — et ici le gascon se sépare de l'espagnol — certaines conditions particulières dans le détail desquelles je ne puis entrer, mais que M. Lanusse n'a même pas indiquées : la plus ordinaire est que le complément direct, placé après le verbe, fasse pléonasme avec un pronom placé avant. Montaigne écrit, en bon gascon qu'il est : « La vanjance blesse plus ses enfans qu'elle ne le guérit à luy. » Il n'aurait pas l'idée d'écrire : « La vanjance blesse plus à ses enfants » ou « qu'elle ne lui guérit. » Il n'est donc pas exact de dire que nous avons là « un verbe transitif employé comme intransitif: » c'est une manière particulière d'exprimer le complément direct. En terminant, j'insisterai particulièrement sur le plaisir et le profit que j'ai tiré de la lecture du premier chapitre du livre II, la langue française en Gascogne jusqu'en 1539, qui occupe vingt et quelques pages. Ce n'est qu'une esquisse, mais fort intéressante. Elle le serait bien plus si l'auteur avait pu utiliser tous les matériaux qu'il faudrait pour écrire une étude complète sur ce sujet particulier qui, à lui seul, pourrait faire l'objet d'une thèse. Parmi ces matériaux, il faut mettre en première ligne les nombreuses lettres de rémission relatives à la Gascogne contenues dans les registres du Trésor des Chartes, pour la plupart rédigées en français dans le pays même. La vaillante Société des archives historiques de Gascogne ne songera-t-elle pas quelque jour à faire un recueil de ces lettres comme sont en train de le faire des sociétés voisines pour la Saintonge et le Poitou ?
Thomas. 9
Ijo ESSAIS DE PHILOLOGIE FRANÇAISE
Nos facultés de province, si longtemps somnolentes — à quelques honorables exceptions près — se réveillent enfin.
Secouant peu à peu le joug de la centralisation à outrance, elles se sont mises à regarder curieusement autour d'elles et elles ont pu constater que les sujets d'études n'y manquaient pas. N'est-ce pas contribuer efficacement au progrès de la science que d'appliquer aux phénomènes locaux une méthode générale de recherches? Parmi ces phénomènes locaux, la langue mérite au plus haut degré l'attention des membres de notre enseignement supérieur. Aussi ne saurait-on trop féliciter la faculté des lettres de Grenoble d'avoir accepté pour le doctorat une thèse de M. l'abbé Devaux, consacrée à un sujet de ce genre1, et M. l'abbé Devaux, lui-même, d'avoir soutenu cette thèse, avec le plus grand succès, devant un auditoire nombreux, le 6 avril 1892.
Les textes écrits au moyen âge en langue vulgaire dans la région franco-provençale du Dauphiné, c'est-àdire dans la plus grande partie du département actuel de l'Isère, dont la lisière méridionale seule est franchement provençale, ne sont pas nombreux. M. l'abbé Devaux a eu le soin de les imprimer ou
1 . Essai sur la langue vulgaire du Dauphiné septentrional au moyen âge. Thèse présentée à la Faculté des lettres de Grenoble. Paris, Welter; Lyon, A Cote, 1892. In-8° de xxn-520 pages et une carte.
réimprimer en tête de son volume. En voici la liste : I. Testament de Guigues Alleman(i275); H» Comptes consulaires de Grenoble (13 3 8- 13 40); III. Usages du mistral des comtes de Vienne (1276); IV. Leyde de Vienne (1403); V. Comptes consulaires de Vienne (1389). C'est grâce surtout à ces documents que M. l'abbé Devaux a écrit la grammaire de l'ancien dauphinois, qui forme la seconde partie de son livre. Il a su toutefois augmenter d'une manière appréciable les matériaux de son étude en relevant dans les textes latins les plus anciens de la région toutes les formes vulgaires de bon aloi qu'ils pouvaient contenir, surtout pour l'onomastique personnelle et locale. Enfin, il a éclairci maint problème linguistique, que les documents anciens ne permettaient pas de résoudre, par des témoignages empruntés soit à la littérature dauphinoise depuis le xvie siècle, soit au patois tel qu'il est encore parlé aujourd'hui dans différentes parties de l'Isère, en particulier dans les Terres-Froides. Le volume se termine par un glossaire de l'ancien dauphinois, qui comprend non seulement les mots des cinq textes donnés in extenso, mais tous ceux qui ont été cités dans le courant de la grammaire; et ce glossaire est heureusement complété par un index des mots empruntés à la littérature dauphinoise, un index des mots empruntés au patois actuel et un index géographique.
Comme le montre l'analyse qui précède, le travail de M. l'abbé Devaux est fort bien conçu : ajoutons tout de suite que, malgré quelques défaillances de détail, l'exécution en est satisfaisante. Dans son intro-
duction, l'auteur rappelle que le dauphinois septentrional a été presque complètement négligé jusqu'ici, tandis que d'autres dialectes de la Gaule ont été soigneusement étudiés, dans leur période médiévale, par les philologues ; il mentionne notamment, en ce qui touche les dialectes méridionaux, les publications de M. Constans sur le rouergat, de M. Luchaire sur le gascon, de M. Montet sur le vaudois. Aujourd'hui, le dauphinois septentrional n'aura plus à se plaindre. Le livre de M. l'abbé Devaux, qui lui est consacré, est certainement d'un mérite égal, sinon supérieur à ceux de MM. Constans, Luchaire et Montet. L'auteur est au courant des bonnes méthodes, et ce n'est pas un mince mérite pour qui n'a pu recevoir directement l'enseignement oral des maîtres de la philologie contemporaine, des Paul Meyer, des Gaston Paris, des Chabaneau, ou de quelqu'un de leurs disciples. Son introduction et sa conclusion sont judicieusement pensées et agréablement écrites. On les lira avec profit, car leur portée ne se mesure pas au cadre géographique un peu étroit du sujet. D'ailleurs, le champ où fleurit le dauphinois septentrional est un véritable champ de bataille. C'est là que M. Ascoli, l'éminent linguiste de Milan, a établi en 1875 songroupe« franco-provençal »; on sait l'émotion causée dans le monde philologique par l'apparition de ce 'nouveau venu, qui plantait audacieusement sa bannière entre le français et le provençal, et les polémiques qui se sont engagées sur cette question et sur la question connexe des dialectes. M. l'abbé Devaux est au courant de tout, parle de tout, mais avec une juste mesure, en homme
qui comprend la puérilité des discussions théoriques entre nominalistes et réalistes, et qui est pressé d'arriver au fait. Il est intéressant d'enregistrer ses déclarations: « Après les constatations faites au cours de ce travail, on doit reconnaître que M. Paul Meyer avait raison, et que s'il existe en réalité un vaste territoire à l'Est, entre le domaine français et le domaine provençal, où les parlers présentent, en des proportions diverses, un mélange de formes françaises et de formes provençales, ces parlers n'ont pas les caractères d'un dialecte un, distinct et délimité ; s'il y a des parlers franco-provençaux, il n'existe pas un dialecte francoprovençal ». En note, l'auteur ajoute, et c'est justice : « En nous exprimant ainsi, nous n'avons pas l'intention, — est-il besoin de le dire? — de diminuer le mérite de l'illustre romaniste italien. S'il a trop étendu d'abord les limites du territoire franco-provençal et y a vu une unité linguistique qui n'existe pas, il lui reste l'honneur d'avoir le premier reconnu ce territoire et d'avoir, par sa puissante synthèse, attiré vivement l'attention sur les parlers de notre région ».
Nous signalerons parmi les passages les plus intéressants du livre : l'explication des terminaisons féminin pluriel en dis (lat. atas), des terminaisons en in (lat. ianurn) — à propos desquelles l'auteur aurait pu faire remarquer que le français crétin était emprunté au dauphinois septentrional ou au savoyard — des infinitifs en ter et des participes passés correspondant en la ; la discussion ingénieuse sur les noms de lieu en ai (lat. acum) et en ieu (lat. iacitm); .les observations très justes sur les anciens proparoxytons dauphi-
nois, devenus paroxytons dans la période moderne (par exemple, le nom de VIsère, en latin Isara, en ancien dauphinois Isera avec l'accent tonique sur l'î initial); l'exposition de la conjugaison dauphinoise, etc. La carte linguistique constitue une importante contribution à la carte linguistique générale de la France. M. l'abbé Devaux y a tracé, d'après des études faites presque partout sur le terrain: i° la limite méridionale des infinitifs en ter; 2° la limite méridionale du groupe vr correspondant à pr du latin; 30 la limite méridionale de la forme de au sens de « je ».
Nous terminerons cette analyse par des observations de détail. Les cinq textes que nous avons indiqués plus haut étant en quelque sorte la base du livre de M. l'abbé Devaux, nous ferons d'abord quelques remarques sur ces textes dans l'ordre même où ils sont publiés; puis nous passerons à la seconde partie.
Première partie. — I, 2. Sans de pessa. Le mot pessa est justement qualifié à la p. 160 de substantif verbal de pessar (penser), mais il n'est pas à sa place parmi les mots à è libre : c'est précisément le fait d'avoir un e entravé qui distingue pessar (penser) de pesar (peser). — 5. Je ne comprends pas ce paragraphe ; le texte doit être amendé, mais aucune correction plausible ne se présente à mon esprit. — 6. Nuncupati est oublié p. 325, où il est question de la chute du v latin final. — 10. A Biatris, ma filli, dono et laysso C Ib... et per tant volo celley estre avengia de tot% mos bens. L'auteur traduit avengia par « avantagée » et le considère comme représentant une forme latine *abanticata. Cela
ne convient ni pour le sens, ni pour la forme : pour le sens, il faut un mot signifiant « désintéressée » ; pour la forme, *abanticata aurait donné avanchia et non avengia. Le type étymologique latin est, à mon avis, evindicata, mot fréquent dans les textes du haut moyen âge au sens du latin classique evicta. On peut considérer Va de avengia ou comme issu directement de e sous l'influence de la labiale (cf. amenda, a^amination, pour emenda, esaminatiori), ou comme dû aune forme secondaire* advindicata non attestée. — 13. Li quai enseguant Mes les choses desus dites. « On ne peut savoir, dit l'auteur, au juste si enseguant est un subjonctif ou un participe présent, puisque la phrase est inachevée; la seconde explication semble devoir être préférée. » Il n'y a pas de doute que enseguant soit un subjonctif présent et la phrase est parfaitement complète et claire : Y etc. du premier éditeur ne porte sans doute que sur des notes ou des formules qui ne font pas partie intégrante delà phrase.
II, 5. Baylli aurait pu être relevé p. 325 à côté de nuncupati. — 16-23. Tous ces articles sont relatifs aux droits perçus par les consuls de Grenoble sur le vin vendu dans les tavernes de la ville. Le texte est assez difficile à bien établir et à bien interpréter. M. l'abbé Devaux n'y a pas réussi complètement. Prenons, par exemple, l'article 16. Il l'imprime ainsi: « Perrot^, le pellicers, [a] taverna el Banc de Mal Cosseyl, en la mayson G u Hier mon Bagnout^, una boceta de II seyters sema II d eu ; page II sols VII dey nier s. » S'il supplée a devant taverna, c'est qu'il considère ce dernier mot comme participe passé d'un verbe tavernar signifiant « vendre
en boutique », lequel verbe aurait pour complément direct una boceta. Je crois que taverna ne peut être qu'un substantif et qu'il n'y a rien à suppléer, ces articles de compte étant rédigés d'une façon très concise: Un tel, taverne à tel endroit, tant de vin, payé tant. A la fin de l'article, le premier éditeur, feu Pilot, traduit la locution sema II dea par « avec deux doigts ». M. l'abbé Devaux voit dans sema le participe passé du verbe semar, diminuer, et il a très probablement raison ; en revanche, il a tort de contester la traduction de dea par « doigt » et de déclarer que dea ne peut venir dans le dauphinois du moyen âge de digitus. Le dauphinois dea correspond à l'italien dita et à l'ancien français dote, qui remontent, comme on sait, à un neutre pluriel du latin populaire, *digita. — 34. Cossies (consuls), qui revient plusieurs fois, est une forme singulière ; je ne vois pas que l'auteur explique l'origine de Yi, qui s'est maintenu jusqu'à nos jours dans la forme kwosyo (p. 219), origine qui n'est pas claire. — 46. Lo joudes de la quin^ena de Pasque. La forme joudes est une correction de M. l'abbé Devaux, car Pilot imprime jaudes ; il ne faut pas hésiter à lire sandes, plutôt que d'imaginer un hypothétique joudes (jeudi) formé par analogie d'après sandes. — 55. Frares priours ne peut s'entendre que des « frères prêcheurs » ; priour a été oublié dans l'étude phonétique et dans le glossaire. — 63. Per cella cria renoncar. L'auteur signale avec raison renoncar comme une forme suspecte ; il ajoute, « lire probablement renoncier.». Il faut lire revoucar.
III, 3-4. Ces deux articles n'en forment en réalité qu'un seul. — 5. Cornues désigne les bigornes des
forgerons. — 9. Cet article offre un texte fautif, puisqu'en letat il se résume ainsi : « Le pêcheur de lamproies, s'il n'en prend qu'une, en doit deux ». Le mot « lamproie » est en dauphinois lamprey. M. l'abbé Devaux croit ce mot féminin comme en français et parle de la chute irrégulière de Va du type étymologique * lampretam. En réalité, le mot est masculin, ce qui n'est pas propre au dauphinois: cf. le vers de G.-B. Wyse : « Couine un lampre dins lou Rose », dans Mistral, Trésor. — 13. Vendees (ventes). On trouve dans le même texte vendues et vendoes. L'auteur rattache ces trois formes au participe substantivé * vendu tas, ce qui soulève des difficultés insurmontables. Je crois qu'il faut considérer ces trois formes comme des proparoxytons. Le provençal offre de même perd oa (perte) et rendoa (rente). Je crois que ces trois mots remontent au latin vulgaire *vendua, *perdua, *rendua, c'est-à-dire à des substantifs tirés de l'infinitif des verbes vendere, perdere, *rendere à l'aide du suffixe nus. (Cf. lat. class., caeduus, de caedere, etc.) — 28. Mainlcn est une forme suspecte ; il faut probablement mainier. Cf. du Cange, v° maynerius, où se trouve entre autres cette citation d'un texte de 1358: un sergent que l'en appelle audit Dauphiné « mainnier de court. » La seconde partie de l'article 28 n'a rien de commun avec la première et devrait former un article distinct. — 37. Les maisons assoler ...et de celés sou% seler. Lisez: celés sen^ soler. — 42. Li dimei maison. L'auteur explique mal dimei en le plaçant au chapitre 67 et en disant : « Va est tombé dans dimei — dimidiam (lise/ : *dt>mcdiam), comme en français. » Il y a eu en dauphi-
nois rédaction de dia, c'est-à-dire ya, à /, phénomène étudié au chapitre 68 et il n'y a pas de rapport entre le français et le dauphinois. — 45 . Si Roin% est si gran% que om no poche escorchier en la riveri. M. l'abbé Devaux explique Roin=Rodanum par lasérie Rodeno, Royeno, etc. Je crois plutôt au passage direct de Rodeno, Roen à Roin ; c'est ainsi que l'auteur lui-même, d'accord avec M. G. Paris, explique plantais, de plantatas, par plantais, plantades, sans qu'il soit nécessaire d'admettre la production d'un y supposée par M. Ascoli. En outre, dans cet article, riveri signifie « rive » et non « rivière ». — 27. Coutri est traduit au glossaire par « coussin » : c'est « coite » qu'il faut dire. Le mot est d'ailleurs complètement omis dans la phonétique, et c'est dommage: il représente culcitra, et le changement de Va final en i suppose l'existence d'une forme intermédiaire coltri (avec / mouillée par le c). — 62. Pour comprendre cet article, il faut probablement assimiler l'énigmatique mun à la particule mon, si fréquente en moyen français et encore employée parfois au xvne siècle ; en outre, au lieu de e si sen no, lire e si seu no (seu— ce).
V, 3 . Mestre Gile Vinians, lire : Vivians, et de même aux articles 5,9, 17, etc. — 11. Per VI linsuel viel; lire : per un linsuel viel.
Deuxième Partie. — P. ni et 317. M. l'abbé Devaux croit que Sant Chier, nom que porte au moyen, âge la localité qui s'appelle actuellement Saint-Chef, vient de Sanctum *Capum (pour Caput) ; il explique IV final par une fausse étymologie qui aurait rattaché ce
nom a carus, et il appuie cette interprétation sur ce fait que le célèbre cardinal Hugues de Saint-Chef, originaire de cette localité, est appelé en latin de Sancto Caro. C'est prendre l'effet pour la cause : Sanctus Carus confirme l'existence de la forme vulgaire Sant Chier, mais ne l'explique pas. Il me paraît difficile de ne pas voir dans Sant Chier une transformation irrégulière de Sanctus Theuderius, nom du fondateur de l'abbaye de Saint-Chef, de quelque façon qu'on explique la production du ch. Cf. Saint-Chaire (Haute-Loire) = sanctus Theof redits. Ici, il est vrai, le ch paraît issu du et de sanctus, ce qui fait difficulté pour la région du Dauphiné ; mais ne trouvons-nous pas aussi Saint- Chamond (Loire) = Sanctus Annemundus , dans le Lyonnais, si voisin du Dauphiné au point de vue linguistique? — P. 128. Meitaer, etc., n'est pas dérivé de *iih\iielarium, mais de * medietatarium (cf. le prov. meitadier, franc, métayer). Il n'y a donc rien à conclure des graphies meitaer, etc., pour la question de la chronologie de eir, er comme représentant du latin arium. — P. 163. Filicem = fogi. Il me semble que fogi ne peut s'expliquer que par *ftlicam. — P. 170, note. L'étvmologie proposée pour mélèze (= *mellitia, arbre à miel) n'est pas admissible. Si l'on fait de *mellitia un dérivé de meUitus, il a un i long et ne peut aboutir qu'à mélise; pour avoir un i bref, il faudrait supposer un dérivé direct de mcl, comme *mellicea, mais alors le c ne peut aboutir à un .y doux. — P. 200. Suaor. J'ai bien de la peine à croire que dans ce mot ao soit le représentant phonétique de ¥0 latin de sutorem; j'y verrais plutôt une fausse graphie, l'inverse de ovror
pour ovraor. — P. 241, note. Il n'y a aucune raison pour considérer bateor comme une forme française : le dauphinois, comme le provençal, provient de *baltelorium et non de *battatorinm, comme Arsène Darmesteter l'a indiqué pour le français. De même la forme intéressante venderi, vendeuse, que M. l'abbé Devaux a eu le tort de négliger dans son étude, repose sur *vendetricem, et non* vandatricem. — P. 297. L'explication de Graisivandan n'est pas tout à fait exacte ; le type est Gratiapolitanum devenu d'abord Graisivoldan, Graisivoudan . Le mot est du pur dauphinois : il fallait en parler au chapitre 157 (/ appuyé) et non au chapitre 158 (/ intervocalique).
Le 28 mai 1892, la Faculté des lettres de Paris a conféré le grade de docteur es lettres, avec mention très honorable, à M. l'abbé Rousselot, auteur de deux thèses sur le patois de Cellefrouin 1. Voici donc l'humble parler de nos paysans à qui l'on fait les honneurs de la Sorbonne, sans craindre de manquer de respect à la mémoire du patron de la maison, le cardinal de Ri-
1 . Les modifications phonétiques du langage étudiées dans le patois d' une famille de Cellefrouin (Charente). Thèse présentée à la Faculté des lettres de Paris par l'abbé Rousselot. Paris, Welter, 1892. Gr. in-8° de 3 74 pages (Extrait de la Revue des patois gallo-romans , 1891).
De vocabulorum congruentia in rustico Celhc-Fruiiu sermone, Thesim proponebat P.-J. Rousselot. Paris, Welter. Gr. in-8°. 72 pages.
LE PATOIS DE CELLEFROUiN 14!
çhelieu. Assurément l'illustre fondateur de l'Académie française a dû éprouver quelque surprise, si le bruit de la cérémonie est parvenu jusqu'au fond de son tombeau. Et pourtant, le premier moment d'émotion passé, y a-t-il rien dans cette nouveauté qui ait pu véritablement blesser son intelligence si éveillée ou contrister son patriotisme si ardent ?
M. l'abbé Rousselot a divisé sa thèse française en trois parties. Première partie : Analyse physiologique des sons du patois ; leurs modifications inconscientes ; mesure du travail qu'en exige la production. — Deuxième partie : Modifications historiques de l'ancien fonds du patois. — Troisième partie : Modifications du fonds nouveau du patois. Cette division ne donne pas une idée exacte du livre. En réalité, il y a deux parties tout à fait distinctes, ou plutôt, ce qui est qualifié de deuxième et de troisième partie forme un tout en deux parties, et. la « première partie » n'est qu'une introduction. Cette introduction, de son côté, ne se relie pas étroitement au reste, et pourrait être considérée comme se suffisant à elle-même : elle tient tout entière dans le titre du chapitre premier : Méthode graphique appliquée à la phonétique. Pour écrire un travail de ce genre, il fallait des connaissances en physique que possèdent bien peu de linguistes de l'heure présente et qui s'imposeront sans doute de plus en plus aux linguistes de l'avenir. Un physicien, M. Pellat, de la Faculté des sciences de Paris, a été associé au jury de la Faculté des lettres pour juger la thèse de M. Rousselot. Il s'est porté garant du bon aloi des connaissances spé-
ciales de l'auteur, de la bonne direction de ses recherches, de la précision — qui pourra sans doute être perfectionnée — de ses appareils et de la confiance relative que méritent d'ores et déjà lesdits appareils. Je l'en crois sur parole et j'en croyais d'avance M. Rousselot lui-même. Il est certain que les mieux doués et les mieux exercés des linguistes, — disons, si l'on veut, des phonétistes, puisque ceux-ci aiment à être considérés comme une corporation distincte, — ne peuvent pas avoir une confiance absolue dans leur oreille et qu'ils accepteront avec reconnaissance le concours et le contrôle d'appareils de précision. Voici quelques exemples des services que peut rendre la méthode de M. Rousselot. J'ai entendu plus d'un linguiste soutenir que / et n mouillées étaient des consonnes doubles où l'on distinguait parfaitement les deux éléments l-\-y, n-\-y: je n'ai jamais été de cet avis, ayant personnellement la conscience (ou l'illusion) de prononcer lya, quand j'emploie, en parlant français, la 3e pers. sing. du prétérit du verbe lier, et lha1, quand j'emploie, en parlant le patois de Saint -Yrieix-la-Montagne (Creuse), l'infinitif du même verbe. Je constate avec une certaine satisfaction par la figure 23 de M. Rousselot que quand il prononce d'une part ly, de l'autre Ih, sa langue trace sur son palais artificiel des figures très différentes ; que le tracé de ly accuse nettement les mouvements successifs de / et de y que l'on ne voit pas pour Ih, qui est une articulation simple. — M. Paul Passy nous enseigne que la prononciation du