VI. — prov. mod. ANOUGE
Le provençal moderne anouge, anciennement annoje l, désigne un agneau d'un an, ce que nous appelons en français un antenois2. Mistral rapproche le mot provençal des deux mots latins annotinus et anniculus, qui signifient effectivement « âgé d'un an », mais qui ne peuvent rendre compte de la désinence ouge. Cette désinence suppose nécessairement l'existence d'un type latin * annolicus, substitué à annotinus7». M.Meyer-Lùbke a déjà admis ce type pour rendre compte du sicilien annotihu ; mais il s'avance trop en affirmant que oticus se trouve uniquement en Italie, sauf dans le type *ferçticus, issu de ferox, modifié d'après silvaticus, qui a donné le prov. ferotge et le français farouche 4. Le provençal possède une petite série de mots de ce genre : aurougC', sauvage (qui part comme le vent, aura), darreirouge, tardif, gravouge, lourd, ivemouge., hivernal,
i. Cette forme n'est ni dans Raynouard, ni dans Emil Levy, Provenu. Suppl.-Wœrtcrb, mais on la trouve dans un texte de 1268. (Vov. Annales du Midi, V, 505.)
2. Sur l'étymologie de ce mot français, voy. un article de M. G. Paris, dans Komania, XXI, 597.
3. A côté de primotirius, précoce, on trouve primoticus : d'anciens manuscrits de Codius Apicius glosent pracocia (abricots) par primotica. (Cf. édit. Schuch, 184.)