‹ Essais de philologie françaiseChapitre 70 sur 251 · V. — prov. mod. ANOUBLE · texte numérisé non relu

V. — prov. mod. ANOUBLE

Le provençal moderne anouble, au fém. anoublo, désigne le bouvillon, la génisse d'un an, ce qu'on appelle en gascon anoulh, en espagnol anojo. Mistral rapproche anouble d'un mot latin imaginaire anubis « qui n'est pas encore dans l'âge de puberté ». Il est clair que le gascon anoulh, comme l'espagnol anojo, remonte au latin annîtc(u)lus, forme attestée par les inscriptions à côté de annïc(u)lus « âgé d'un an1 ». Je vois dans anouble le même radical affublé d'une désinence différente. De même que le latin populaire a créé *manuclus, poignée, et * stucla, restucla, éteule, à côté de * manuplus (manipulus), et *stupla (stipula), il a pu en sens inverse créer * annuplus à côté de annuclus. Il est probable d'ailleurs que duplus et ses analogues quadruplas, etc., ont agi sur annuclus et ont aidé à la création de * annuplus. Un bouvillon, un agneau de deux ans s'appelle dans lé Midi, selon les régions, doublau, doublen ou doublon: peut-être dans le latin populaire duplus avait-il déjà ce sens.

1. Cf. Kœrting, Lat.-rom. Wœrterb, n° 578 : le mot gascon n'est pas cité.

PROV. MOD. ANOUGE 239

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