‹ Essais de philosophie critique [microform]Chapitre 11 sur 18 · LA FORCE, LÀ VIE, LAME · texte numérisé non relu

LA FORCE, LÀ VIE, LAME

essentielle des radicaux et des composés chimiques, et tout le jeu des affinités qui produisent les compositions et les décompositions dont le chimiste s'occupe. La différence des masses ne peut pas plus que la différence des configurations et des distances rendre raison de tous ces phénomènes, puisque la masse est sujette aussi, dans ses variations, à la loi de continuité, et qu'au surplus la théorie des équivalents chimiques manifeste un contraste des plus remarquables entre la masse que l'on considère en mécanique, laquelle se mesure par le poids et par l'inertie des corps, et ce que l'on pourrait nommer la masse chimique, laquelle est mesurée par la capacité de saturation. Donc, de toute façon, on arrive, avec M. de Humboldl, à cette conséquence, que les phénomènes chimiques sont inexplicables par les seuls principes de la mécanique; et que les actions d'affinité ou d'attraction élective, sur lesquelles reposent les explications des chimistes, sont des notions irréductibles à inscrire sur le catalogue des idées premières que la raison admet sans les expliquer, et qu'elle est forcée d'admettre pour l'enchaînement des faits observés (1). »

Ainsi, dans le passage d'une science à l'autre, on rencontre des solutions de continuité qui ne tiennent pas seulement à une imperfection actuelle de nos connaissances et de nos méthodes, mais bien à l'intervention nécessaire de nouveaux principes pour le besoin des exphcations subséquentes. C'est ce qui ressort de Tanalyse sévère de M. Cournot, aussi bien que du magnifiiiuc tableau des phé-

(4) Tome I, chap. 8, § 4 23.

nomènes naturels que Humboldl nous offre dans son Co^imos, « La marche de la Nature, dit le premier, consiste à passer des phénomènes plus généraux, plus simples, plus permanents, à des phénomènes plus particuliers, plus complexes et plus mobiles. Dans l'étude scientifique des lois de la Nature se présentent, en première ligne, les propriétés générales de la matière, les lois fondamentales de la mécanique, celles de la gravitation universelle. De ces lois et de quelques autres, qui, pour être moins bien connues, n'ont probablement pas moins d'extension et de généralité, dépendent les grands phénomènes cosmiques, et comme la charpente de l'Univers ou les traits fondamentaux du plan de la Création (1). » C'est ce qu'avait déjà dit l'illustre Humboldt : « La généralisation des lois qui d'abord, dans des cercles plus étroits, n'avaient été appliquées qu'à quelques groupes isolés de phénomènes, offre, avec le temps, des gradations de plus en plus marquées ; elle gagne en étendue et en évidence, tant que le raisonnement s'attache à des phénomènes d'une nature réellement analogue; mais dès que les aperçus dynamiques ne suffisent plus, partout où les propriétés spécifiques de la matière et son hétérogénéité sont en jeu, il est à craindre qu'en nous obstinant à la poursuite des lois, nous ne trouvions sous nos pas des abîmes infranchissables. Le principe d'unité cesse de se faire sentir, le fil se brise là où se manifeste, parmi les forces de la Nature, une action d'un genre particulier. La loi des équivalents et des proportions numé-

[h) Tomel, chap. 8, § 424.

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