XVI DÉDICACE
saintes, comme il disait, les graves quoslîons do la métaphysique en pâture aux railleries ou aux légèretés d*une conversation mondaine. Ensuite la contradiction lui était doublement désagréable. Il en souffrait pour lui-même et dans sa foi qui était sa vie; et il en souffrait aussi pour autrui, par un sentiment d'irrésistible sympathie. Car il était de ces âmes dont Texlréme délicatesse s'étudie à écarter les occasions de froissement, encore plus pour les autres que pour soi-même.
Ses amis le savaient, et se seraient trouvés mal à l'aise de penser autrement que lui. Assurément la vérité a ses droits, et la mission de l'écrivain a ses devoirs qui priment tout. Mais il est des hommes en compagnie desquels on est tout heureux de poursuivre cette vérité. Le digne philosophe, l'ami vénéré que nous venons de perdre ne s'est jamais douté, dans sa candide modestie, de l'empire qu'il exerçait autour de lui, par l'attrait de sa douceur et le respect de sa foi. L'empire, l'autorité, l'ascendant I les caractères violents, les âmes serviles en cherchent le principe dans la force qui contraint, qui insulte et qui écrase. Pour moi, dont le caractère n'est ni de fer ni de roc, j'ai toujours eu un superbe mépris pour la force orgueilleuse et insolente ; mais aussi, je l'avoue, j'ai peine à tenir devant la force de la douceur et de la bonté. Quand, pour continuer à suivre la voie que je croyais celle de la vérité, j'ai dû m'écarter des rangs où j'avais combattu sous le même drapeau que M. Damiron, mon grand souci, dirai-je mon trouble, a été celuici : que pensera notre cher philosophe ? Et ici encore je ne craignais pas pour son estime, pour son amitié. Je savais que toute pensée sincère et sans nulle prétention personnelle, quelque hardie qu'elle lui parûl, pourvu qu'elle fût