‹ Essais de philosophie et d'histoire de la biologieChapitre 19 sur 32 · Loc, cit · texte numérisé non relu

Loc, cit

interprétation : la nature du mécanisme de la sécrétien est la même dans les deux cas ; les cellules des glandes sébacées, par exemple, se chargent progressivement de gouttelettes graisseuses, mais elles forment ou sécrètent cette graisse, tout de même que des cellules muqueuses sécrètent du mucigène ; et elles ne fourniront jamais que de la graisse, comme celles-ci jamais que du mucigène. Rien ne permet de dire que la cellule, dans Télaboration de cette matière grasse, est passive. C'est tout au plus dans Pacte de l'excrétion qu'elle est passive. Ainsi la distinction de Ranvier n'est pas aussi claire ni aussi juste qu'on pourrait le croire. Ajoutons qu'elle repose uniquement sur un caractère tiré du mécanisme de la sécrétion considéré à un point de vue particulier. Ce principe, outre qu'il est assez restreint, n'est pas assez profondément physiologique, pas plus que ceux des classifications que nous avons précédemment examinées.

C'est dans la notion essentiellement physiologique de fonction qu'il fautchercher leprincipe d'uneclassification naturelle des glandes. On doit, en effet, ne prendre en considération, dans une classification physiologique, que le rôle même des organes qu'il s'agit de classer. Vous allez voir qu'en nous fondant

sur ce principe il ne nous sera pas malaisé de comprendre toutes les glandes, sans exception, dans quelques groupes très simples, logiquement ordonnés.

Ces organes se divisent, en effet, en deux grandes classes, suivant qu'ils sécrètent des produits qui jouent un rôle dans la nutrition, celle-ci étant comprise dans son sens le plus étendu, ou des produits qui servent à Torganisme de moyens de défense . Rien de plus simple que la formatign du premier groupe : à côté des glandes servant à la fonction digestive, comme les glandes salivaires ou le pancréas, prennent place dans ce groupe des glandes qui, comme le foie, en tant qu'il est l'organe formateur de la matière glycogène et de la glycose, jouent un rôle très important dans la nutrition générale, dansles mutations générales de matières ; puis viennent les glandes qui servent à éliminer les déchets de la nutrition ; puis celles qui maintiennent la composition du milieu intérieur, celles, par exemple, où se forment les globules rouges du sang. Enfin une classe importante annexée à ce groupe comprendra les glandes servant à la reproduction, nutrition continuée.

La constitution • du second groupe n'est pas moins naturelle. Il est en effet des glandes, en grand nombre, dont toute la fonction est de protéger divers organes ou appareils, ou l'organisme tout entier, considéré dans sa vie totale, contre des

i54 CONCEPTION ET CLASSIFICATION

causes diverses d'affaiblissement ou de destruction ; telles sont les glandes que Ton trouve annexées aux appareils sensoriels ; telles sont les glandes sudoripares, par exemple, dont le rôle est si important dans la régulation de la chaleur animale. Les glandes, comme la thyroïde et les capsules surrénales, dont le rôle a été récemment découvert et n'est d'ailleurs pas encore complètement éclairci, ont une fonction de même nature, tout aussi et même plus importante ; mais c'est l'organisme luimême, et tout entier, et non plus seulement un organe isolé, qu'elles protègent en neutralisant ou détruisant les substances nocives qui résultent du jeu même de la vie, des processus chimiques variés en lesquels consiste la plus grande partie du fonctionnement vital. Ces organes prennent donc nécessairement place tout à côté du foie, dont le rôle antitoxique est connu depuis un peu plus de temps. Pour bien vous montrer comme ce principe de classification est fécond et comme les groupes et sous-groupes qui en sortent sont aisés à déterminer dans une succession hiérarchique, je vous présente sous la forme d'un tableau synoptique une classification générale des glandes :

Page 1