Avec ses études sur la physiologie de la moelle
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tredit sont relatives aux nerfs vaso-moteurs. C'est un point de Thistoire des doctrines physiologiques aujourd'hui bien établi : Brov^^n-Soquard partage avec Claude Bernard la gloire de la découverte des vaso-constricteurs; car, si Claude Bernard vit rhyperthermie et la suractivité de la circulation consécutives à la section du sympathique cervical (1851-52), c'est Brow^n-Séquard qui, le premier ' {Philadelphia inedical Examiner^ août 1852), fit Texpérience décisive, consistant en Texcitation de ce nerf dont l'efTet est de resserrer les vaisseaux dilatés à la suite de la section et de refroidir considérablement les parties dont la température s'était élevée. D'autre part, on lui doit aussi la connaissance du premier exemple de phénomène vasomoteur réflexe, alors qu'il découvrit avec Tholozan, en 1851, que, lorsqu'on plonge une main dans de l'eau très froide, le thermomètre, tenu dans l'autre main, indique bientôt un abaissement de température.
Bien d'autres faits seraient encore à signaler, concernant les vaso-moteurs du poumon (1871), l'innervation glandulaire de l'estomac (1847, 1852), la sécrétion sudorale réflexe (1849, 1859), la sécrétion réflexe des glandes digestives ou des glandes mammaires (1852, 18G9), etc. Il convient au moins de mentionner ses expériences établissant, dès 1853, que l'excitabilité des nerfs sensitifs est une propriété absolument distincte de la conductibilité
des impressions sensitives. On sait comme cette question a été, depuis, bien étudiée en Allemag-ne et que la distinction dont il s'agit entre la conductibilité et Texcitabilité a été faite aussi pour les nerfs moteurs.
On ne saurait donner une idée complète de Toeuvre de Brown-Séquard sur le système nerveux, si Ton oubliait la partie pathologique, si considérable, de cette œuvre. J'ai déjà eu Toccasion, chemin faisant, d'en signaler quelques points. Mais ce que l'on trouve ici de plus important, c'est à coup sûr sa belle découverte de l'épilepsie expérimentale et l'étude approfondie qu'il en sut faire ; la première mention de ce phénomène remonte à l'année 1850 et en 1892 il publiait encore à ce sujet des faits très intéressants. Ces expériences l'ont conduit naturellement à des recherches sur l'épilepsie humaine, dont il a éclairé plusieurs points.
De ses recherches sur l'épilepsie par lésion expérimentale du système nerveux est sortie une notion capitale : la possibilité de la transmission par hérédité d'altérations accidentelles (1859, 1860, 1870-72-75). Cette donnée si grosse de conséquences pour toute théorie de l'hérédité, et dont Darv^dn avait compris immédiatement la haute portée, repose sur un nombre prodigieux d'expériences ; aucun argument ne peut prévaloir là-contre.
Ainsi la physiologie de la moelle profondément modifiée, la connaissance exacte des ^réflexes augmentée, les actions inhibitoires généralisées et la théorie de l'inhibition créée, les actions dynamogéniques révélées, la physiologie des nerfs enrichie, la pathologie du système nerveux agrandie, voilà Tœuvre considérable de Brown-Séquard.
Mais ce n'est encore qu'une partie de son œuvre.
2. — On peut ranger sous le titre de physiologie générale un très grand nombre de ses travaux. Ses recherches sur les propriétés physiologiques du sang rouge et du sang noir (1857-58) et sur l'influence excitante de l'acide carbonique font époque dans l'histoire de l'asphyxie et nous ont appris, d'autre part, beaucoup de faits importants sur le rôle du sang et sur la vie des muscles et du système nerveux et de tous les tissus en général. Le ^rand mémoire publié sur ce sujet par Brown- Séquard en 1858, dans son Jouimal^ constitue certainement un de ses meilleurs et de ses plus féconds travaux. C'est la même année et en tète de ce /ot/rna/ qu'il rédigea un essai, très remarquable, suivant l'expression de Marey^ de généralisation de certains phénomènes vitaux, où sont exposées douze lois relatives aux conditions dans lesquelles se produisent, s'accroissent ou s'épuisent les actions
1. K.-J. Marey, Du mouvement dans les fonctions de la vie. Paris, 1868, p. 70.
nerveuses et musculaires. A lire aujourd'hui cet essai et ce mémoire, on est surpris à la fois de n'y pas apprendre autant qu'on pourrait le croire et de voir que presque toutes ces idées, si connues et presque banales, ne Tétaient pas alors et résultent d'expériences propres à Fauteur. Ainsi ces notions ont peu à peu pénétré intimement la physiologie. Plus tard Brown-Séquard trouva encore Taction anesthésiante de Tacide carbonique sur laquelle il a rapporté un ^rand nombre de faits curieux.
L'importance n'est pas moindre de ses recherches sur les mouvements rythmiques des muscles après la mort (1849, 1853) et sur Texistence de contractions rythmiques dans les conduits excréteurs des glandes et dans le jabot et l'œsophage des Oiseaux 1^1853-58). Tous ces faits ont été vérifiés depuis et leur signification a été acceptée. A coté se placent naturellement ses travaux sur la rigidité cadavérique, dont les résultats ont été si longtemps contestés, par un certain nombre de physiologistes du moins, mais que beaucoup tendent enfin à admettre aujourd'hui; c'est en 1851 qu'il annonça pour la première fois que les muscles rigides peuvent recouvrer Tirritabilité, et il s'est occupé de cette question jusque dans ces dernières années. Dans le même ordre de faits, il importe encore de rappeler la si curieuse et intéressante découverte de Taclion directe de la lumière sur
riris et des effets et des conditions de cette action (1847, 1849, 1856, 1859).
3. — Il a été donné à Brown-Séquard de concevoir encore dans la dernière partie de sa \ie une grande et féconde idée physiologique. Le premier germe de cette conception, qui fut tout de suite accueillie avec faveur, des glandes à sécrétion interne, doit être cherché dans son remarquable travail de 1856 sur les fonctions des capsules surrénales; ayant observé que l'extirpation de ces organes est toujours suivie de mort, il se posa nettement la question : quelles sont les substances qui, portées à ces glandes par le sang, y sont modifiées, et quels sont les produits de ces modifications que le sang emporte en sortant des capsules? Il y a donc des glandes qui déversent dans le sang des substances nécessaires à la vie ; c'est cette idée générale qu'il développa dans son cours de 1869, à la Faculté de médecine de Paris, et qu'il reprit, on sait avec quelle énergie et aussi quelle foi vigoureuse en son œuvre, vingt ans plus tard, en 1889, à l'occasion de ses recherches sur l'action physiologique du suc testiculaire. A quoi bon rappeler comme à ce sujet il a été attaqué et raillé de bien des côtés? La malignité envieuse ou le dénigrement frivole ont même suspecté son désintéressement; et ses amis, qui connaissaient d'ailleurs tant de preuves de cet absolu désintéres-
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sèment, Toat pu justement constater encore en cette circonstance; ils savent, en effet, que ces recherches n ont jamais été pour lui que Toccasion de sacrifices matériels. U semble qu'au milieu de tout ce bruit on ait oublié deux choses : la première, c'est que le système nerveux des animaux privés de testicules est notoirement dans un état d'infériorité, et par suite qu'il n'y a rien d'irrationnel à supposer, comme Ta fait tout d'abord Brown-Séquard, que ces glandes sécrètent, outre la liqueur séminale, ,une substance agissant sur le système nerveux pour en augmenter les puissances; et la seconde, c'est qu'il est parfaitement possible, au point de vue de la physiologie générale, qu'une glande produise une telle substance, puisque certaines cellules végétales élaborent des composés dont l'action sur le système nerveux est extrêmement énergique.
L'expérience souveraine avait seule à prononcer d'ailleurs ; c est ce que savait bien Brown-Séquard, qui, en dépit de tout, poursuivait sa route, accumulant les faits, suivant son habitude. Quant à la valeur de l'idée même des sécrétions internes, elle n'est plus discutable, depuis les découvertes récentes sur le rôle du pancréas dans la fonction glycémique, sur la fonction des capsules surrénales, sur celle de la glande thyroïde, etc. ; et il n'est pas douteux, d'autre part, que son auteur a inventé une nouvelle méthode thérapeutique, dont
le traitement du myxœdème par le liquide thyroïdien suffirait seul à prouver l'excellence.
Tels sont les résultats des principaux travaux de Brow^n-Séquard. Mais ce n'est pas là toute son œuvre physiologique ; ce n'en est que la partie écrite. Chez lui, l'homme fut inséparable du savant; ou plutôt le savant fut presque tout l'homme*. Le but de toute sa vie a été de servir la physiologie; et c'est la servir, pensait-il, que d'être utile à ceux qui la servent vraiment; et, comme il avait l'âme généreuse, il ne manqua jamais à cette règle qu'il paraissait s'être faite. Son accueil était d'une rare bienveillance. Il se plaisait donc à aider de toutes façons ceux qui lui semblaient mériter cette aide; et, étant d'une bonté délicate, il n'ignorait pas qu'il fallait souvent prévenir les demandes. On sait qu'il a fait beaucoup de bien ; on ne sait pas tout le bien qu'il a fait.
1. De là sans doute le mépris complet qu'il eut toujours de sa santé, des conditions de son existence et de son existence même, dès qu'il s'agissait de ses recherches scientifiques. Ainsi il se rendit très malade à force, pour des recherches sur la digestion, d'avaler des morceaux d'épongé attachés à une ficelle, qu'il retirait ensuite de son estomac, imbibés de suc gastrique. Il n'hésita même pas un jour (expérience faite en 1851), pour ses études sur les propriétés \ du sang rouge et du sang noir, à injecter dans un bras de
supplicié, treize heures après la décapitation, environ une I demi-livre de son propre sang, obtenu par saignée. On pour-
I rait citer plusieurs autres faits du même genre.
Ces qualités de cœur sans doute, peut-être autant que sa grande renommée et son extraordiaaix'e activité, expliquent son rôle comme directeur d&s Archives de physiologie et comme président de la Société de biologie. Il a été, dans toute la force du terme, Tâme de ce journal, depuis qu'il le dirigeait seul, depuis le l*"" janvier 1889, comme il avait été Tàme du Journal de la physiologie, de 1858 à. 18G4; il écrivait partout, demandant des mémoires, indiquant des travaux, toujours stimulant ses collaborateurs ; il était particulièrement attentif à surprendre toute marque de talent chez les jeunes expérimentateurs ; il leur ouvrait largement les Archives et leur prodiguait de sûrs encouragements. Il a donc fait beaucoup travailler autour de lui. Tel il fut aussi à la Société de biologie, applaudissant sincèrement à tout fait nouveau, à toute expérience ingénieuse, à toute étude exacte ; bien mieux, s'en réjouissant, quel qu'en fût Tauteur. Car sa loyauté n'avait d'égale que son désintéressement ; et il aimait la science pour elle-même.
Aussi peut-on, sans hésiter, lui appliquer ce que Renan a dit de Claude Bernard : « Aux grands hommes de tous les âges, nous comparons sans crainte ces caractères scientifiques, attachés uniquement à la recherche de la vérité, indifférents à la fortune, souvent fiers de leur pauvreté, souriant des honneurs qu'on leur offre, aussi indifférents à la louange qu'au dénigrement, sûrs de la valeur de
ce qu'ils font, et heureux, car ils ont la vérité. Grandes assurément sont les joies que donne une croyance assurée sur les choses divines ; mais le bonheur intime du savant les égale ; car il sent qu'il travaille à une œuvre d'éternité, et qu'il appartient à la phalange de ceux dont on peut dire : Opéra eorum sequuntur illos, »
A l'étranger, il était considéré comme un des plus grands maîtres de la physiologie. Les journaux anglais et américains jugèrent sa mort une perte irréparable. En Italie, le professeur A. Mosso écrivait récemment [Illustrazione italiana^ n<* 19, 1894) : « La sympathie profonde qui entourait Brow^n-Séquard dans tous les pays se manifesta au Congrès international de Rome, quand le professeur Bouchard, les larmes aux yeux, lut à la section de physiplogie le télégramme qui lui annonçait la mort de l'illustre savant. L'assemblée se leva, prise d'une respectueuse douleur et, sur l'invitation du président, décida d'envoyer un télégramme de condoléances à l'Académie des sciences de Paris... La solennité de cette démonstration spontanée des physiologistes réunis à Rome et l'expression du regret de tant de médecins*... sont d'autant plus saisissantes que ce même jour, à Paris, avaient lieu, de la façon la plus modeste, les obsèques de Brown-Séquard. »
1 . Une démonstration analogue eut lieu en effet dans la section de pathologie interne du Congrès.