CHAPITRE XII. i6i
rattribuojis faussement à quelfju' nu, nous ne devinons p^^s les coiiue-coiiiants de pensées et de senti' timents qui dans un caractère connu apportent des changements étranges, nous ne savcms pas ce qui surviendra dans le corps d'un individu ou dans le monde poui* clianger ses volontés : la maladie t la folie, les excitations extérieures, bonnes ou mau* vaises, ce spectacle, ce livre, ce chant, cette rencontre, enlin tout ce qui impressionne et meut Tàme* Q|]|U3id on fajt attention à tout ce qu'il faut savoir pour prévoir , on ne s'étonne plus que nous nous ti'OHijjiuus souvent, uiais que nous devinions quelquefois../ , - ' . v(ioetbe représente Faust tenant à la main la coupe empoisonnée; sa résolution est arrêtée : il est dégoûte de la vie, et n'a pas peur de la moi t. Je prévois qu*il boira le poison. Cependant les cloches annoncent la fête de Pâques, leur son Farrache à ses som* bres méditations, réveille et fait repasser dans son esprit les émotions de son enfance, lui rappelle ses jours d'ignorance, de foi et de bonheur ; il se reprend à la vie, et jette la coupe et le poison. IVoù vient ici que je me suis trompé dans ma prévision ? (i'est d'abord que je n'ai point songé à un événement physique, à cette coïncidence du son des cloches, un jour de fête, avec le dessein de Faust; ensuite cet événement n'a par lui-même aucune portée certaine : bien des hommes aui*aient écouté ce bruit indifléremtnent; quelques autres peut-être s'en seraient irrités, auraient été exaspérés par ce contraste, et l'idée de la joie publique n'aurait fait que rendre leur désespoir -plus amer, et accélérer Taccomplissement de lein- pi'ojet : il y a donc en Faust quelque chose de particulier qui ne se trouve pas dans tous les hommes,
ESSAI SLR LA PBaTIDEKCE.
il s est opéré dans son âme un niouveuient qui panait de son dernier loud préparé par la nature et par la vie. Voilà ce qu'il m'eût fallu connaître, et que je ne connaissais pas; si je Tavais connu, j'aurais prédit à coup sur.
Telle est notre manière de prévoir Tavenir : nous voyons les choses dans leurs causes; il semble qu'il
n'y a rien d'inconvenant à penser que Dieti voit ainsi, (le qui ne lui convient pas, c'est de se tromper et de deviner. Qr il ne se trompe pas, car il connaît toutes les causes, les effets des unes et des autres et leurs rencontres, puisqu il les a faites ; et il ne devine pas, il n'a pas notre déduction paresseuse qui se traîne d'un principe à une conséquence ; il voit étemellement tous les effets ilans leur principe : les phénomènes de la nature dans Tordre nécessaire de la nature, les actes de l'àme libre dans Tordre de la liberté. Nous avons honte de parler ainsi expressément de Dieu, comme si nous entrions dans son inlinité : c'est le tort du langage humain.