‹ Essais de philosophie morale et de morale religieuseChapitre 1 sur 50 · SUR LA REDUCTION DES DUALITES · texte numérisé non relu

SUR LA REDUCTION DES DUALITES

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La double épigraphe que deux nobles esprits ont fournie au titre de cet ouvrage , et que, sur le seuil de ce discours même, une parole tombée de plus haut complète et résume à la fois, pourrait, ce semble, nous tenir lieu d'introduction et de préface. Tout le sens, toute l'unité de ce recueil s'y annonce et s'y déclare. Mais nous ne saurions nous refuser à donner quelque développement à des paroles si fécondes.

^ Nous n'avons ni droit ni intérêt à déguiser que le ^ présent volume n'est que le rassemblement d'un W certain nombre de morceaux écrits de loin en loin, ^ et déposés, sous forme de Critiques ou d'Essais, dans ^ une publication périodique. Tout le monde n'ap- ^ prouve pas qu'on entreprenne, après coup, de faire un livre avec des articles de journaux. Il ne m'est

jj INTRODUCTION. "

pas permis aujourd'hui d'énoncer une opinion sur ce cas de conscience littéraire ; je me bornerai à rappeler le mot bien connu d'un évêque à un roi sur une question un peu plus grave : « Il y a de « grands exemples pour, et de grandes raisons con- « tre. » Mais ce que je puis faire, ce me semble , c'est d'affirmer qu'il y a plus d'unité dans ce volume, et même plus de coordination entre ses parties, qu'il n'en paraît d'abord; une pensée y domine et s'y reproduit sous des applications diverses; el presque chacun de ces Essais, quelle qu'en ait élé l'occasion , aborde de front quelque question fon~

damentale.

Il est impossible, avec un peu d'attention, de ne pas être frappé d'un phénomène que présentent uniformément la science, la vie humaine et la société. Chacune de leurs parties, chacune de leurs manifestations met en saillie deux principes opposés et rivaux, également vrais l'un et l'autre, également impérieux, destinés, ce semble, à se limiter, à se modifier mutuellement , à produire, par leur combinaison, l'état régulier, la vérité des choses, mais ne parvenant jamais à l'accommodement désiré, et perpétuant dans les différentes sphères que nous avons indiquées ces dualités incurables et désespérantes qui finissent par nous sembler les conditions fatales de la pensée et de l'existence humaines.

Ce n'est point seulement une impossibilité pratique ou d'exécution qui nous en fait juger ainsi. Il

INTRODUCTION. Ilj

est trop vrai qu'en examinant en eux-mêmes ces principes rivaux, nous ne voyons point de quelle manière leurs notions se pourraient concilier. Ils nous paraissent, tout à la fois, vrais en euxmêuies et contradictoires entre eux. Le point par où ils se touchent et se mêlent nous échappe toujours. La dualité demeure. Et ce fait si vaste, si répété, si universel, agit diversement sur nous selon la diversité de nos caractères.

Les uns (et ce sont les hommes qu'on appelIep/<2^/ques]^ai' excellence) croiraient leur temps aussi bien employé à deviner des logogriphes ou à défaire des anagrammes qu'à sonder le mystère de ces dualités et à tenter de les résoudre, et leur devise est le mot du poète : iVo/z ragioniam dilor, màguarda e passa. Ils ont une autre dualité à résoudre, un autre accord à opérer, celui de leurs désirs et de la fortune; accord peut-être aussi impossible que tout autre, mais ils n'ont garde d'y songer.

D'autres , ce sont les penseurs de profession, les philosophes, s'arrêtent devant ces problèmes, dont l'existence est le véritable objet et la véritable occasion de la philosophie. Leur tâche, qu'ils ne s'avouent pas toujours, est la réduction de chacune de" ces dualités à l'unité, et de toutes les unités à une unité suprême où s'absorbe le double univers des sens et de l'intelligence.

C'est la prétention de tous les systèmes et de toutes les écoles; c'est du moins leur tendance in-

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