‹ Essais de philosophie morale et de morale religieuseChapitre 39 sur 50 · DU CENTRK DE GRAVITATION · texte numérisé non relu

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lérét de leurs communautés les engage à travailler ainsi, il ne serait pas plus en leur pouvoir de le faire qu'il n'est au pouvoir d'un individu égoïste de régler toute sa conduite sur l'intérêt de ses semblables, quand on lui a montré qu'il finira par en tirer tout le profit. L'amour seul enseigne le dévouement, et je crois les intérêts généraux fort mal garantis par les calculs de l'égoïsme individuel.

Chose admirable! dans cette théorie réalisée, les intérêts particuliers seraient mieux préservés alors qu'on paraîtrait s'en occuper moins. Le bien social comprend tous les biens, l'intérêt humain tous les intérêts. Dans un ordre de choses fondé sur ce principe, il pourrait arriver qu'on parlât de droits assez peu et de devoirs beaucoup, et cependant aucun droit ne serait en souffrance. La liberté y serait cultivée dans l'intérêt social encore , et par principe religieux. La société elle-même la réclamerait , elle ne permettrait à personne d'être esclave; la liberté serait à ses yeux une force et une dignité dont elle ne consentirait à se dépouiller dans aucun de ses membres. Un état social fondé sur le principe du dévouement ne peut se passer de la liberté.

A l'idée de liberté se rattacherait alors , chose assez nouvelle! l'idée de paix. Jusqu'à présent il n'en est pas ainsi. La liberté est réduite, dans trop de cas, à n'être qu'un égoïsme qui se défend ou qui attaque. Son caractère tout négatif la mei

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hors d'élat de rien créer, de rien lier. IN'élant pas amour, elle n'est rien. La jolousie et l'hostililé surabondent dans le mouvement politique qui se passe sous nos yeux, la défiance est le principe avoué des constitutions modernes. Avec ces éléments, que peut-on constituer de solide et de vivant? Ils dissolvent, ils n'unissent pas. Une wnie société ne peut avoir pour base que la confiance, qui est dans la sphère humaine ce que la foi est dans la sphère religieuse. Et il est de toute impossibilité que celle confiance s'établisse et qu'elle assouplisse tous les ressorts de la société avant que la société entière ait été plongée dans les eaux d'un nouveau baptême, avant que la société ait rappris le dévouement , avant que la société soit chrétienne. Chacun, à la vue de l'agitation incessante des sociétés modernes, se demande quand elle cessera ; chacun voudrait lui assigner un terme; mais personne ne voit distinctement une raison pour que cette agitation finisse. L'inquiétude politique, dans les éléments que lui donne l'incrédulité générale, est a un ver qui ne « meurt point et un feu qui ne s'éteint point ; » car quand est-ce que l'égoïsme se repose ? Il n'y a d'espérance que dans l'intervention d'une synthèse conciliatrice, pour parler le langage des nouvelles doctrines. Cela est senti; autrement, à quoi bon se mettrait-on, au dix-neuvième siècle et en plein Paris, en quête de nouvelles religions? Il est absurde, sans doute, d'en vouloir faire une; autant

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vaudrait se faire faire l'aumône avec l'argent qu'on viendrait de tirer de sa propre bourse; il est absurde, dis-je, d'en vouloir faire une, mais infiniment raisonnable d'en chercher une. Ce symptôme de notre temps a-t-il été assez étudié?

C'est ce qui reste encore de l'ancienne foi qui maintient les sociétés ébranlées. L'impulsion chrétienne s'est perpétuée à travers les doctrines qui la contredisent. L'esprit chrétien apparaît encore dans plusieurs œuvres de la philanthropie moderne. Elle perpétue , sans les avouer , les traditions de la charité évangélique.Et^ en même temps^ appelé à grands cris par les besoins du monde, le christianisme reparait partout, jeune et verdoyant, comme la terre après un long hiver. La soif de la bonne nouvelle se fait sentir jusque chez ceux qui ne savent pas même qu'il y a une bonne nouvelle. Le christianisme des apôtres et des martyrs, non des philosophes et des beaux- esprits, le christianisme tel que Jean Hus le prêchait il y a quatre siècles, et saint Paul ily en a dix-huit, surgit de nouveau des catacombes de l'oubli, et, antique comme il est, parait jeune et frais auprès des vieilleries d'hier etd'avant-hier. Il s'apprête à recevoir dans ses bras, à l'issue d'un combat qui sera long peut-être, la société meurtrie et sanglante. Que deviendrons-nous s'il ne vient pas à notre aide? Tout le monde se joint à la moitié de notre question , car tout le monde sent qu'une aide est nécessaire. Demandez aux

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