‹ Essais de philosophie morale et de morale religieuseChapitre 41 sur 50 · DE LA VOLUPTÉ DANS SON I NFLUENCE SUR LES INDIVIDUS ET SUR LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

DE LA VOLUPTÉ DANS SON I NFLUENCE SUR LES INDIVIDUS ET SUR LA SOCIÉTÉ

(A l'occasion du roman de M. Sainlc-Beuvc. )

Ce livre, promis depuis longtemps, avait éveillé une attente que sa publication n'a pas réalisée. Nous en félicitons M. Sainte-Beuve. Aurait-il dû, par le choix d'un titre différent, prévenir cette attente? Il paraît le croire. Nous y attachons, quant à nous, peu d'importance. S'il fallait que le titre fût significatif, il n'y avait guère de choix entre le mol que l'auteur a choisi et un autre mot plus austère, mais plus repoussant, que lui eussent proposé Massillon et Bourdaloue. Ce n'est pas le titre , c'est l'ouvrage qui importe.

L'auteur a voulu prémunir ses jeunes contemporains contre les attraits d'un péché que le monde a peu à peu mis à part de tous les autres sous le nom adouci de faiblesse, en attendant qu'il soit permis de lui donner quelque nom plus indifférent encore , plus adouci et plus flatteur. M. Sainte- Beuve lui restitue son vrai nom; il l'appelle^ec^e; et, rendant au mal comme au bien son indestructible unité, refaisant la morale, scindée par des distinctions arbitraires et profanes, il écartele préjugé

DE LA VOLUPTÉ. 2o5

funeste qui la transforme en une agrégation presque fortuite de préceptes isolés, sans rapport les uns aux autres, qui donne à chaque vice comme à chaque vertu un domaine parfaitement clos, et méconnaît cette grande vérité : que le devoir est un , que la vertu est une , que la violer dans une de ses dépendances, c'est l'attaquer dans toutes à la fois, quetoule notre corruptionprendfeudequelquecôté qu'on l'allume, et qu'il y a une continuité funeste , une redoutable solidarité entre toutes les parties du mal comme entre toutes les parties du bien. Tel est le dessein de M. Sainte-Beuve, dessein louable et chrétien s'il en fut jamais.

Tout péché pourrait servir à cette démonstration; mais il est bon, il est généreux de s'attaquer aux péchés honorés ou caressés. L'auteur pourra, un jour, nous développer les ravages que fait Tambition dans une âme, et nous montrer que si elle est incompatible avec certains vices, ce n'est point par un principe moral , mais parce que ces vices lui feraient obstacle; l'âme, le devoir n'en sont pas moins attaqués dans le cœur; et l'infraction spéciale, étant générale en son principe, ne saurait alléguer à sa décharge un obstacle qu'elle n'a pas rencontré en elle-même, mais dans les choses, je veux dire l'impossibilité où elle s'est trouvée de faire toute sorte de mal à la fois, et de développer tout le venin dont elle était chargée.

Nous souhaitons vivement que ce sujet soit une

Page 1