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lois traité, n'importe sous quelle forme, mais de main de maître, avec cette philosophie qui maîtrise une idée en la saisissant à son principe, avec cette éloquence qui sait faire de chaque spéculation de l'esprit un intérêt de l'âme. L'ambition, jusqu'ici, n'a guère d'ennemis que les ambitieux; la jalousie, plutôt que le sens moral, en a révélé l'injustice, la bassesse et les dangers; ou plutôt le sens moral (car sans lui nulle appréciation morale ne serait possible ) a été ravivé , exalté sur ce sujet par la jalousie, la peur et le ressentiment. On démêle assez bien ce qu'a de mauvais en soi le vice d'autrui dont on a souffert; on en pénètre du moins sans peine les véritables ressorts ; les masques les plus épais deviennent decristal; la laideur nativedeTambilion les traverse tous. Mais combien cette instruction, impure dans sa source, est imparfaite et inefficace! Quelle distance des lumières que fournit la haine à celles que procure la vérité! et quelle différence, d'effets comme d'intention, entre la satire et la morale! Les ambitieux sont redoutés et haïs, du moins par leurs pareils, mais l'ambition demeure honorée; je dis l'ambition proprement dite, car je ne refuse pas mon respect à ce besoin, de quelque nom qu'on le nomme, de tirer tout le parti possible des forces qui nous ont été données, c'est-à-dire de faire tout le bien dont elles nous rendent capables i. L'am-
(i) C'est ce noble inslinct qu'avait sans doute en vue M. Guizot lorsqu'il disait à l'Académie Française : « Ne renonçons ja- « mais à l'ambition. »
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bition, dis-je, demeure honorée; elle s'avoue sans détour; elle est jusqu'ici la seule sorte d'égoïsme qu'on puisse professer hautement; et peu s'en faut que cette profession elle-même n'honore. Or, ce besoin de paraître, d'influer, de faire du bruit, de jouer un rôle, ce besoin, terriblement sérieux chez les uns, misérablement puéril chez les autres, égoïste chez tous, est l'un des principaux dangers d'une époque où les réformes politiques ont élargi la carrière de l'influence, et l'un des fléaux principaux d'un pays où les besoins de la vanité et la soif d'importance personnelle sont plus impérieux que partout ailleurs. L'éducation publique qui, sous le nom fallacieux d'émulation , a mis l'ambition à la tète ou plutôt à la place de tous les ressorts qui peuvent agir sur déjeunes volontés, l'éducation publique , qui substitue sans pudeur l'amour- propre à l'amour , réussit à faire de la vanité la base de la vie morale de toute une génération, son caractère dominant, sa seconde nature; et, d'avance, le bonheur public, la paix du pays sont sacrifiés à cette passion aride autour de laquelle tout devient aride, et qui brûle dans l'àme enfantine , à mesure qu'elles y paraissent, les jeunes et tendres pousses de la bienveillance, de la générosité et de l'amour. Encore une fois, puisse une voix grave et persuasive effrayer l'intérêt national d'un ennemi déjà bien assez fort par lui-même sans qu'on le nourrisse , bien assez encouragé sans qu'on le caresse! Au-
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jourd'liiii, M. Sainte-Beuve s'attaque à une autre passion , tour à tour complice et rivale de l'ambition ; et s'il paraît à quelques personnes qu'entre deux périls il n'a pas couru d'abord au plus pressé, cette observation même pourrait faire ressortir, ce qui n'est que trop vérifié à mon sens , un piège particulier de la volupté, je veux dire l'illusion qu'on se fait sur son danger, la négligence avec laquelle on la surveille, et par conséquent l'urgence de l'œuvre que M. Sainte-Beuve a entreprise.
La volupté ne donne pas au sens moral engourdi un éveil si prompt, si inévitable; elle a contre elie une théorie froide de l'esprit plutôt qu'une répugnance du cœur, et les cas extrêmes oii elle révolte sont séparés par tant de nuances de ceux où elle apparaît gracieuse et fleurie, il y a tant d'heures , ce semble , entre sa fraîche aurore et son livide couchant , qu'à ces deux extrémités on lui donne deux noms différents, ou en fait deux choses qui n'ont presquerien de commun ; bien entendu toutefois que cette ingénieuse distinction n'est au profit que d'un sexe; relativement à l'autre, elle disparaît devant une sévère unité, qui rapproche et confond l'aurore avec le couchant, l'usage avec l'excès, l'accident avec l'habitude. Ici l'intérêt social réveille la vérité, l'aiguise, l'affile, la rend tranchante comme le rasoir de la sibylle. Mais repassant à l'autre sexe, cette même vérité s'émousse et s'endort dans la rouille. En un mot , il importait d'autant plus d'at-
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taquer le péché de volupté que, comme je l'ai déjà dit, on s'en défie moins; ajoutons : et qu'on doit s'en défier davantage.
Ceux dont l'attention fouille avec persévérance dans les entrailles de la société ne sont pas tentés de parler à la légère des péchés de la volupté. Pour eux se manifeste dans les faits extérieurs l'unité de l'être moral, et l'intime rapport de toutes ses parties. Pour eux l'être moral n'est pas un archipel dont les îles, invisibles les unes aux autres, ne communiquent entre elles qu'à force de rames, de voiles et de périls ; c'est un vaste et solide continent, traversé dans tous les sens par des chaussées, des canaux et des fleuves; ou plutôt c'est un fleuve formé par afflux, sur un même point, d'une multitude de ruisseaux. Teignez de sang, mêlez de limon tel de ces ruisseaux qu'il vous plaira, le fleuve s'en teindra aussi et portera cette couleur à la mer. La volupté n'éveille pas toutes les passions; elle doit même à la longue en éteindre quelques-unes; mais parcelles qu'elle éveille, et peut-être par quelques-unes de celles qu'elle endort, elle porte à la société un dommage plus irréparable qu'aucun autre péché.
Par celles qu'elle endort, ai-je dit; je dois m'expliquer. Toute passion, c'est-à-dire toute affection qui n'est pas réglée et transformée par l'amour de Dieu est préjudiciable à la société; et il ne faut pas ici sauver l'idée opposée par la restriction connue: à parler humainement. L'illustre Manzoni a fait voir
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combien peu elle est philosophique, combien il est impossible que ce qui est mauvais et faux en soi devienne bon et vrai dansune relation quelconque. En définitive, et à juger des choses dans leur ensemble et dans leurs derniers résultats, ce que Dieu a déclaré mauvais, l'homme ne saurait le rendre bon. Mais il est vrai pourtant, en un sens purement relatif et momentané, que la présence de certaines passions peut conlrepeser, dans la société, le mal duquel d'autres passions l'affligent et la menacent, et, sans l'améliorer réellement, sans la sauver, peuvent retarder sa ruine et lui aHéger le poids de certaines calamités. Il serait délicat de vouloir donner des exemples; ill'est même d'effleurer l'idée; toutefois elle se conçoit, et, sous le sceau d'une grande réserve, elle se peut adopter. Or, c'est à la volupté qu'elle s'applique surtout. La volupté tue le bien en nous , et tue , à côté du bien , tout ce qui , provisoirement et partiellement, pouvait en tenir la place.
Les grands désordies sociaux, si vous ne regardez qu'à quelques puissantes individualités qui les suscitent ou qui en disposent, pourront vous sembler sans rapports avec la volupté. Les grands remueurs du monde n'ont donné à la volupté (j'en excepte quelques-uns ) que des moments épars et non pas leur âme. Toutefois on peut déjà, sans dépasser ce cercle étroit des grands et turbulents génies, faire une remarque générale. Peu d'entre eux ont refusé à la volupté, peu du moins par des rai-
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sons morales, l'injuste tribut qu'elle demandait. La plupart ont préludé par ce désordre à tous les autres; en cela symboles vivants d'une grande vérité, c'est que tout, dans la société, part de l'individu et de la flmiille, et qu'il faut, avant de franchir les autres barrières, franchir d'abord celle que la piété des premiers âges et la loi de Dieu avaient élevée autour de l'autel domestique. Hinc prima mali labes. Cette première piene ébranlée, rien ne tient, tout croule. La famille désorganisée, la société l'est pareillement. Or, qu'est-ce qui désorganise la famille plus vivement, plus profondément que la volupté? Parlé-je seulement de la violation delà fidélité conjugale? non; car, outre que des infractions d'un autre degré y conduisent de proche en proche, il y a, dans ces moindres infractions, prises en elles-mêmes, des principes de ruine pour la famille. L'institution du mariage est outrao^ée indirectement par une volupté qui n'accepte pas ce frein sanctifiant. Le mariage dès lors tend à sortir du caractère de nécessité que Dieu lui a imprimé, et se dégrade vers la sphère des arrangements et des calculs. Il perd sa divinité et sa poésie; et, toujours moins respectable, il est toujours moins respecté.
Telle est l'influence de la volupté sur la famille, mère de l'État. Mais l'État en souffre d'une autre manière encore, et plus directement. L'État repose sur la justice, et le péché de volupté est une cruelle