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Chapitre VJ

reizième clef du Tarot : la Mort.

Le livre de Thoth nous offre, à son treizième feuillet, l'image d'un grand squelette faucheur, à travers les plaines de l'existence. Il tranche tout ce qu'anima le souffle des vies : il abat des herbes, des fleurs, pêle-mêle, et des têtes humaines. Mais à mesure que s'exerce la Destruction sur le champ illimité que lui ouvre la Nature physique, le terreau fertile de l'espace pousse à la lumière de nouvelles productions. Le Devenir fermente intarissablement en lui. Réactionné parla mort, il crée à nouveau la vie; la pourriture le féconde, afin qu'il engendre des êtres organisés.

Double mouvement, inverse et complémentaire, de la

dissolution et de la génération universelles. Cet emblème symbolise la Mort et ses arcanes.

Comme aux campagnes de Colchide, où Jason sema les dents du dragon égorgé, voici surgir une moisson d'hommes, armés pour le combat delà vie... Mais i«k champ commence à lever seulement ; Ton en voit sortir de toutes parts les jeunes pousses de chair humaine : ce sont des mains et des pieds (1).

Hiéroglyphe révélateur d'un profond mystère, que nous allons noter dès l'abord. Il a trait à l'inviolabilité de l'initiative humaine, dont la Mort,destructive des individus sur le plan physique, ne saurait paralyser ni même interrompre la marche.

Intervertir les plans d'activité où cette initiative s'exerce, voilà tout ce que peut faire la reine des épouvantements. Car insoumis à sa loi, le Vouloir de l'homme ressemble au mystérieux personnage dont Moïse a dit : Qui tentera d'accabler Lantech, en multipliera soixante-dix-sept fois les forces vives (2)... Ainsi la mort, loin de servir les projets du despote qui voudrait faire d'elle un des instruments de sa politique, favorise dans leur œuvre, au con-

(1) Par suite dos altérations que dos cartiers malhabiles ont fait subir à certains tarots, on pourrait confondre la moisson humaine qui germe du sol, avec les débris du carnage. Une erreur est très possible au premier examen. Pourtant, à consulter la plupart des éditions usagères, celle do Marseille entre autres, le pied gauche du squelette écrase en passant la t»He de femme; la tétc d'homme couronnée, que sa faux vient d'abattre, git couchée sur la joue gauche.

Originairement, il n'osl pas douteux que les mains et les pieds poussaient de terre, tandis que les têtes jonchaient le sol, tranchées par la faux du Tomps-squelotte.

(2) Genèse, chap. iv, f. 24.

traire, les hommes qu'elle a retranchés du monde visible. Elle motive, sur le plan physique, la soudaine éclosion des germes dont ceux-ci travaillaient à ensemencer les intelligences; et telle pensée, graine d'un futur lointain, qui mûrissait lentement peut-être au cerveau d'un philosophe, va pousser une moisson hâtive, sous la fécondante rosée de tout son sang répandu.

Tu as beau, squelette faucheur, piétiner la tète humaine que tu viens d'abattre, et fouler avec elle le diadème de pensée qui parait son front : du sol, abreuvé de pourpre vivante, surgissent de toutes parts des mains qui vont agir et des pieds qui vont marcher. La pensée s'incarne et se fait action.

Voilà le verbe intime de cette allégorie.

Puisque, avant d'envisager la mort sous son aspect universel (qui d'ailleurs s'explique de lui-même), un détail pentaculaire nous a préalablement retenus, complétons ce qu'il convient d'en dire.

La mort violente qui frappe le penseur ne détruit pas la pensée ; mais la mûrit, la féconde et hâte sa réalisation pratique. Reste à savoir d'où procède cette vertu auxiliatrice, dévolue au martyre. Elle découle d'une loi occulte que Fabre d'Olivet a bien connue : cependant il n'y touche que d'une sorte très indirecte, en quelques mots réticents. Le prompt et total écroulement de l'immense édifice bâti par Charlemagne lui en fournit le prétexte :

« Si Charlemagne (dit-il) avait intéressé la Providence à son œuvre, son œuvre aurait persisté en raison même de l'action providentielle qu'il y aurait évoquée. Voulez-vous savoir

comment? Je vais vous le dire et vous dévoiler un grand im> tère ; faites-y attention. Son œuvre aurait persisté, paire qu'il aurait continué à la conduire (l). »

Eh bien, souffrir la mort pour ce qu'on croit le Juste ou le Vrai, tel est le plus infaillible rite évocatoire de Faction céleste ici-bas.

La prérogative que Charlemagne eût acquise en faisant pacte avec la Providence, devient le partage de celui qui meurt pour une idée. Cette idée, scellée de son sang, vivra désormais de sa vie, qu'il lui infuse en la perdant.

Jusque-là, simple abstraction, la doctrine qu'il défendait s amalgame avec son être transfiguré; il la sacre d'immortalité ; il en devient l'ange tutélaire, mieux encore — PEsprit recteur (2).

Ainsi se légitime, devant la raison, cet instinct en apparence déraisonnable, qui, chez les apôtres de toute foi proscrite, se traduit souvent par la soif du martyre. Ainsi, l'apparente absurdité se justifie en s'érigeant sublime.

Audemeurant, le faux sublime confine dangereusement au vrai ; le voisinage même de l'absurde en fait le péril. La pente est glissante de l'un à l'autre, et un exemple s'impose ici, qui donnera fort à réfléchir !

Le vain espoir de perpétuer son effort de réalisation n'a-t-il pas fait trébucher au piège du suicide l'un des plus illustres maîtres de la Doctrine ésotérique ? Le fait

(1) Histoire philosophique du genre humain, tome II, page 90.

(2) Cf. cette tradition avec notre théorie des Etres collectifs, au chapitre m : le rapprochement ne sera point stérile.

est peu connu. Puisse-t-il servir d'éternelle leçon aux admirateurs dé ce grand homme, que d'incomparables ouvrages désignent sans doute pour l'immortalité, mais dont l'œuvre de restauration théocratique, celle-là précisément qu'il se flattait d'éterniser par un sanglant sacrifice, a été glacée dans son germe et peut-être stérilisée jusqu'en son principe (1).

C'est que le théosophe en question (n'importe son nom vénéré) a déplorablement confondu la mort volontaire avec le suicide. La différence est un abîme que rien ne saurait combler.

Jésus-Christ pouvait fuir, le soir du jardin des Olives ; mais il a voulu boire la coupe d'agonie et souffrir la mort infâme, afin que tout verbe prophétique reçût son accomplissement. — Jeanne d'Arc triomphante pouvait et voulut d'abord regagner Domréray, une fois Charles VII sacré à Reims : mais, sur les instances de son roi qui la conjurait de rester pour la trahir lâchement ensuite, la Pucelle fit le sacrifice de sa vie; et pourtant sa mission n'allait pas au delà du sacre, et ses Voix l'en avaient prévenue (2). Dès lors, et de science certaine, elle se

(1 ) La palme du martyre est bien le sceptre d'une royauté posthume; mais il faut des mains pures pour y toucher.

Un exemple d'actualité notable nous est offert par l'École des anarchistes militants. Leur « propagande par le fait» reste un crime, et de quelque héroïsme que témoigne ensuite leur attitude en face du couperet, vainement se flatteraient-ils d'immortaliser leur dogme subversif en le sacrant sur l'échafaud. C'est qu'ils ont donné la mort, avant de la recevoir.

Notre docte ami Papus a très bien expliqué comment Karma les accable d'un fardeau qui doit paralyser lour action d'outre-tombe.

(2) A partir de ce jour, Jeanne d'Arc n'a plus été qu'un soldat héroïque. Son mandat céleste était périmé.

vit promise à la trahison et dévolue à l'échafaud !... Voilà bien la mort volontaire, dans l'héroïsme de son sacrifice d'avance et librement consommé, dans la souveraineté de son irréfragable vertu posthume, dans l'apothéose anticipée de sa victoire douloureusement conquise sur le « dragon du seuil » ! — Aussi Christ ressuscité a-t-il subjugué le monde ; aussi la grande ombre de Jeanne d'Arc a-t-elle chassé de France l'ennemi d'outremer.

Telle est la loi dispensatrice d'une royauté future, en faveur de qui consent au libre holocauste de son existence ici-bas : tandis que l'homme qu'une aberration, si généreuse soit-elle, voue au suicide proprement dit ; loin de se sacrer l'Intelligence rectrice d'un cycle à venir, en s'associant la Providence pour partager ses prérogatives ; celui-là double son mauvais destin d'un pire destin qui est son œuvre ; il appesantit son Karma d'un nouveau bagage fatidique, au risque d'en être accablé.

Assurément une àme bien née n'a jamais connu ces basses terreurs que la seule idée de la mort inspire aux lâches. Il faut savoir faire bonne figure à la mort, imminente ou seulement possible. Est-ce à dire qu'il soit noble d'en professer le mépris ou de la braver étourdiment ?

Sombre et solennelle énigme, qui se pose a l'issue de cette autre énigme, — l'existence, — la mort apparaît chose grave et sérieuse, qu'il messied d'aborder le sourire aux lèvres. Mais se précipiter dans son gouffre, comme Curtius, c'est une suprême témérité qu'il faudra payer cher et longtemps.

Soit déserteur affolé des luttes d'ici-bas, — outhéosophe vieilli dans la contemplation des mystères et victime d'un piège de Nahàsh, — ou jeune étourdi qu'une foi instinctive en l'autre vie, jointe au dédain mortel de celle-ci, entraine à franchir d'un bond le gouffre qui les sépare : la science occulte n'excusera ni ce désespéré en quête d'un pire désespoir, ni cet algébriste fautif des problèmes de l'Au-delà, ni cet enfant terrible de l'immortalité.

Mais fermons cette parenthèse. — Le théâtre de la Nature nous convie à l'un de ses spectacles d'émotion certaine.

La forfanterie des bravaches ne détonne pas moins que le rire des sceptiques, au grand drame de la mort physique. Nous n'évoquerons du reste, pour mieux intimider le public et doubler son épouvante, ni l'Enfer et ses brasiers, ni le Diable et ses cornes : vieilles toiles de fond aux bariolages grimaçants, aux criardes couleurs, hors d'usage de longue date !

La nudité formidable de l'action sera d'effet plus intense dans son cadre réaliste Mais le rideau se lève.

Qu'est-ce que la mort ?

C'est, dans tout être organisé, la rupture du lien sympathique des vies. Le gouvernement centralisateur venant à fléchir, l'anarchie se déclare parmi les atomes qu'il tenait groupés.

C'est, au point de vue matériel, immédiat, la victoire de l'individualisme moléculaire sur l'état d'unitarisme collectif, auquel concouraient ces éléments jusqu'alors associés. La dissociation commence.

Au point de vue de l'être qui est dit — mourir, — la mort consiste en la libération de l'àmeet du corps astral, hors de l'organisme qui les retenait captifs : nous donnerons' plus bas une étude détaillée de cet exode.

Mais pour mieux saisir, dans l'ensemble de ses opérations, ce problème compliqué de la mort, il sera bon de rappeler ici l'esquisse de cet infini Protée qui est la vie, — et dont nos savants positivistes, indifférents à l'essence, ne daignent enregistrer que les symptômes physiques, comme ils n'en savent analyser que les résidus matériels.

Évidente est l'impuissance de nos méthodes actuelles à surprendre la nature de la vie (énergie omniprésente ou omnilatente), et les lois qui président à ses manifestations. Cette impuissance est avouée par l'un des plus doctes penseurs contemporains, philosophe et chimiste d'une égale distinction ; bien plus, l'un des très rares qui ont su lever un coin du voile sacré d'Isis.

« Je cueille (dit Louis Ménard) une branche chargée de feuilles, de fleurs, et de fruits ; j'en détache une graine et je la pèse. Dans l'autre plateau de la balance, je mets le même poids d'uneautre pirtiede la plante : feuille, fleur ou tige. Voilà deux masses égales de matière organisée ; elles sont formées des mômes éléments : carbone, hydrogène, oxygène et azote, avec un peu de chaux et de silice. La proportion de ces éléments est la même, et ils semblent groupés d'une manière identique. Pourtant, si je mets en terre ces deux poids égaux de la même substance, l'un vase résoudre, par une décomposition successive, en molécules plus simples : eau, acidecarbonique, ammoniaque; l'autre, la graine, va tirer du sol ces mêmes produits : eau, ammoniaque, acide carbonique, pour les grouper en molécules complexes, malgré leurs aflinités, et les faire servir

èt la germination d'un végétal. Il y a là une énergie opposée aux forces chimiques et insaisissable à tous nos moyens d'analyse ; c'est la Vie (1). »

Après avoir, à la faveur d'un contrôle expérimental si simple et pourtant péremptoire, souligné l'insuffisance de nos méthodes scientifiques et touché du doigt les lacunes de l'enseignement contemporain, Louis Ménard pose cet aphorisme :

n La vie n'est pas une résultante, c'est un principe. De ses attributs, le plus caractéristique est sa faculté d'individueltion »... € L'individuation (poursuit-il bientôt) est une donnée primordiale. La vie est un terme abstrait représentant le mode d'activité de ces énergies particulières qui résident au sein des germes. Elles seules sont réelles et observables, non en elles-mêmes, mais dans leurs manifestations, objet immédiat de la science. Ce sont des centres d'action et de réaction, d'attraction et de répulsion (2), de véritables causes premières ; riu moins sommes-nous obligés de les considérer comme telles, puisque nous n'en connaissons pas la source et que nous ne pouvons remonter au delà de leur apparition.

« Voulez-vous me permetlrede les appeler des âmes (3)?...»

(1) Rêveries d'un païen mystique, jrnr Louis Ménard. Paris, Lemerre, 1886, in-12. pages 76-77.

(2) Cf. l'Avant-propos de la présente Clef de la Magie noire, pages 59-69.

(3) Rêveries d'un païen mystique, pages 77-78, passim.

Des âmes f Jamais, monsieur Ménard, les physiologistes du positivisme ne vous « permettront» pareille terminologie. Que dis-je? Ils ne vous la pardonneront jamais. — Des âmesî Où en avez-vous observé, je vous prie? Sous l'objectif do quel microscope?... Comment ! c'est vous, savant imbu do nos méthodes modernes et « nourri de la moelle des lions », c'est vous qui avez émis ce vocable malsonnant ! Mais vous seriez un renégat, si vous n'étiez un fantaisiste, un rêveur, un mystique, un poète, et disons-le tout de suite : un artiste ! Voilà le mot qui vous absout et vous condamne sans appel; vous n'êtes pas sérieux.

N'en eonveniez-vous pas de bonne grâce, quand vous intitulâtes vos

Considérer la vie en mode d'individuation physio-psychique, et décerner à tout individu radical le nom d'âme, c'est déjà voir très clairet aller fort loin. Mais ce n'est là qu'un aspect de la vérité.

La vie ne se conçoit pas seulement individuelle : — audessus des individus de toute race terrestre, comme de toute hiérarchie céleste, elle apparait collective, universelle et une d'essence ; — de môme qu au-dessous, mieux vaudrait dire au dedans des individus corporels, cette vie s'affirme molécularisée (si on l'ose écrire) dans une subdivision de multiples énergies, inhérentes aux innombrables cellules constitutives des corps vivants ; — enfin, lors de la décomposition des cellules mêmes, la vie s'accuse encore en chaque atome de matière. Toute affinité, chimique ou autre, suppose vie instinctive et traduit une volonté obscure... La cristallisation est une des formes sensibles de l'animation minérale, nous pourrions dire exotériquement : les cristaux sont des corps où s'emprisonnent les âmes minérales vivantes (l).

Voilà donc, dans un homme, par exemple, quatre vies

élucubrations ; Rêveries d'un païen mystique f — « Rêveries mystiques », vous voilà jugé aux yeux de la Science positive et de la saine philosophio : (vous qui aviez donné de si belles espérances, vous l'inventeur du collodion t... A qui se fier désormais ?) — « Païen » ! Fi donc! Les catholiques scandalisés vont faire chorus avec les savants sans âme et les philosophes sans Dieu, pour vous conspuer et vous maudire.

Ah! Monsieur Ménard, si votre livre profond et fort n'était pas un défi, (le gant jeté à tous les sectarismes par un chevalier de la Tradition), auriez-vous assez imprudemment choisi votre titre !...

(1) Seulement dans le règne minéral, \a\o\ d'individuation ne s'exerce qu'à titre exceptionnel et sous un mode à peine distinct. Dans le régne végétal, elle se manifeste déjà beaucoup plus saisissable, sans devenir

distinctes : la vie universelle, d'abord: il s'y rattache par la vie de l'espèce ; — sa vie propre, ensuite, celle qui est inhérente à son être individuel (l) ; puis la vie particulière (réfractée) de chacune des cellules dont le groupement organique a constitué son corps ; — enfin, au degré inférieur, la vie chimique des atomes de matière, qui se sont groupés eux-mêmes pour former la cellule.

On doit concevoir h cette heure pourquoi, cherchant à définir la mort, nous avons formulé : la rupture du lien sympathique des vies.

Ce lien, c'est le corps astral, enveloppe de lame humaine.

Comment s'effectue le définitif exode de l'un et de l'autre (àme et corps subtil) hors de la terre de captivité, nous voulons dire de l'organisme physique, — on le verra sous peu de pages.

Nous supposons la mort consommée.

L'àme (avec sa triple vie d'analyse : instinctive, passionnelle, mentale, et sa vie unifiante de synthèse, volitive, qui ramène le ternaire à l'unité absolue, parle quaternaire, cette unité contingente), — l'âme est partie, l'àme est ailleurs.

Le corps astral, ce frein agrégatif du triple et qua-

encore la règle absolue; il en est de mémo pour los plus infimes espèces du régne animal. Mais dans les races supérieures de l'animalité rommedansle règne nominal, chaque exemplaire d'une espèce constitue un être individuel bien à part, une personnalité parfaitement tranchée.

(1) Cette vie individuelle, ou vie de est elle-même quaternaire :

les trois vies intellectuelle, passionnelle et sensitive trouvent leur synthèse dans la vie volitive, qui constitue leur unité tonalisante (voy. Fabre d'Olivet).

druple dynamisme vital, en ses rapports avec l'organisme matériel, ou agglomérat de cellules vivant chacune d'une étincelle de vie par réfléxion, — le corps astral est exhalé, il est ailleurs.

Reste le corps physique. Les cellules qui le constituent sont autant de petites bouteilles de Leyde, ayant emmagasiné du fluide biologique réfléchi. Lesdites cellules ne sont chargées que par influence, comme on dit en électricité statique (1).

Les systèmes cérébro-spinal et nerveux ganglionnaire, où se localisait physiologiquement la forme astrale à cette heure disparue, sont donc vidés de leur fluide lumineux circulatoire. Ces appareils sont morts comme appareils ; la seule vitalité moléculaire y réside encore, au même titre provisoire qu'en toutes autres parties du récent cadavre (2) .

(1) S'il s'agissait d'un courant, comme en électricité dynamique, on serait tenté d'écrire que la vitalité cellulaire s'engendre par induction. Mais l'image, plus frappante à un point do vue, serait moins exacte à l'autre, puisque cest en vérité le courant qui fait défaut pour centraliser toutes ces énergies éparses.

De même, si, détournant la vue des analogies que nous offre l'électricité, nous en cherchons d'autres dans les lois qui régissent la lumière, nous n'arrivons, non plus, qu'à des à peu près : nous avons recours alors, selon le point de vue, aux épithôtes de réfléchi ou de réfracté, pour définir le fluide nourricier des cellules.

(2) Cette vitalité des cellules, réfléchie et passive, forme, par addition de ses atomes subtils juxtaposés, une phosphorescence occulte, inséparable du corps physique vivant, — et parfaitement distincte du corps astral qui peut, à rencontre, sous certaines conditions, sortir do son enveloppe matérielle. Qu'on prenne garde à ce contraste. Ainsi, la vitalité cellulaire, statique et passive, ne s'abmatérialise jamais, l'existence durant ; tandis que la forme astrale, cette synthèse de la force nerveuse active (ou vie dynamique du corps) est sujette à s'abmatérialiser.

La première est Jiva des hindous, inhérente à Rupa (le corps matériel) ; — la seconde est Linga Sharira.

Celle-ci s'épuise rapidement, comme toute provision n'est plus renouvelée, et la décomposition se déclare partout, avec une intensité inégale...

Il s'en faut bien, que les affinités chimiques soient les seuls artisans de cette ruine corporelle. De hideuses Larves y viennent collaborer, que les kabbalistes connaissent et désignent sous le nom de Masikîm. Sitôt la mort, dit ïsaac de Loria, ces monstres se disputent le cadavre : ils s'abattent sur lui par trombes et s'amoncellent souvent au lieu où il repose, « jusqu'à une hauteur de quinze aunes par-dessus lui. » Quoi qu'il en soit de cette image... romantique, les Masikim sont des ferments spéciaux de putréfaction ; ils viennent hâter la restitution qui doit être faite à l'orbe planétaire, de tous les matériaux que l'invisible architecte lui avait empruntés, pour son œuvre d'édification corporelle.

Les Masikim sont les vers, les corbeaux et les hyènes de l'Invisible... Les cellules organiques sont leur proie : en les désagrégeant, ils mettent en liberté la force fluidique passive qu'elles retenaient encore, et qui bientôt conflue au réservoir occulte de la vitalité terrestre.

Il semble qu'en certaines variétés de cellules, le fluide soit accumulé à plus haute tension qu'en d'autres; du moins la vitalité, s'y conservant un temps beaucoup plus long, manifeste-t-eile encore, bien après le départ du corps astral, l'impulsion qu'elle a reçue de lui. Exemple : les ongles et les poils, si résistants à la destruction, qu'il n'est pas rare de les voir continuer à croitre : ce qui veut dire que, loin de se dissoudre, leurs cellules sécrètent encore de la matière cornée.

Mais enfin, comme nous l'avons expliqué plus haut, l'influence accablante d'Hcreb, (le principe constrictif du Temps) fait partout triompher le jeu chimique des affinités d'atomes, lequel tend à dissoudre, plus ou moins rapidement, toutes les constructions dont la Vie avait été l'architecte.

il ne parait point mal à propos de rappeler ici, en les complétant, les notions que nous avons émises sur Ja nature et le rôle de cet âpre et mystérieux flereb, dans ses rapports avec Iônah, sa douce ennemie. Ces deux Puissances exercent une décisive action dans ce monde hyperphysique, où nous allons bientôt suivre l'odyssée des éléments qui survivent au corps.

La terrestre épreuve durant, l'être humain se trouve à l'abri des flux et reflux de la substance universelle vivante, dont les ondes incoercibles bouillonnent à travers l'immensité. Le corps physique, — pareil au scaphandre de nos plongeurs, — garantit l'homme des atteintes de cet océan collectif, âme mouvante du vivant cosmos (1), et tumultueux réservoir des êtres de toute espèce, pendant l'intervalle de leurs successives existences (2).

(1) Nous entendons — son âme inférieure et instinctive.

(2) Est-ce à dire que, d'une incarnation matérielle à une autre, les âmes soient sans trêve emportées à la dérive de ces ondes ignées et torrentielles? Non, sans doute. Il est des astres éthérés (dont plusieurs invisibles aux meilleurs télescopes), astres qui constituent, pour chaque planète de l'existence opaque, l'antithèse lumineuse, que Platon nomme quelque p^Tl(Phédon)\'Antichtoneo\i\a. terre spirituelle. C'est le séjour de la vie agatho-fluidique, où les âmes victorieuses delà seconde mort attendent, revêtues d'un corps subtil, l'épreuve d'une future réincarnation sur une planète plus dense. Car la plupart des Psychés ne sont

Or, cette immensité psycho-fluidique est mue sans trêve, comme nos Lecteurs l'ont vu déjà, par deux agents occultes, recteurs de ses courants; une force astringente (pr\y Hereb) et une force expansive (ïUV lônah) \ la première constrictive au long de la chaîne des Temps ; l'autre, abondant à travers les plaines de l'Espace.

On sait que Tune (Iônah) gouverne l'amour, la génération et la vie : c'est le sourire de la Nature et l'atmo-

sphère du paradis ; — l'autre (Hereb) pèse en despote sur les êtres qu'il afflige, sous les espèces lugubrement insaisissables de la décrépitude, de la mort, et de la seconde mort; ajoutons, au point de vue mystique, sous celles de l'épreuve, du purgatoire et de l'enfer.

Nous avons fait entendre au premier chapitre, en dévoilant l'action respective de ces deux forces initialement hostiles (l), qu'une telle affinité relie l'amoureuse Iônah à l'élément lumineux, et le dévorant Hereb aux ténèbres, que partout où la lumière domine, Iônah

pas assez pures pour gagner tout droit le soleil, ce bienheureux séjour des âmes glorifiées, définitivement sauves du reflux des générations.

Les citoyens de l'Antichtone ue sont point assurément rivés à leur astre par l'attraction physique : ils peuvent s'élancer dans la lumière astrale, au secours des agonisants de la seconde mort, ainsi qu'on l'indiquera plus loin. Mais pour qu'ils séjournent à demeure dans l'atmosphère fluidique de notre terre, il faut que, morts ou mourants à la vie antichtonique, eux-mêmes soient en instance do terrestre .incarnation.

Voilà pourquoi nous avons écrit ci-dessus : t pendant l'intervalle de leurs successives existences », et non « de leurs succossives incarnations ».

(1) Dans l'univers physique, Iônah se manifeste en déployant la force centrifuge ; — Hereb, en lui opposant la force centripète : d'oïi la gravitation dos astres et toute l'économie de l'Équilibre universel.

remporte la victoire, tandis qu'Hereb triomphe où règne l'obscurité (i).

Par rapport à nous, citoyens du monde terrestre, Iônah exerce sa fécondité dans les rayons solaires qui viennent inonder Fun des flancs de la planète, tandis que l'autre flanc est en proie à l'Hereb, dont l'âpreté se localise dans le cône d'ombre que la terre traîne à sa remorque, en gravitant par les cieux.

Quelle tempête astrale, avec ses courants et ses tourbillons, s'engendre du formidable antagonisme entre Hereb et Iônah, c'est ce que les initiés savent par expérience; mais chacun peut y suppléer par l'induction analogique. Les plus violents remous d'un liquide en proie à deux impulsions contraires en offrent un peu l'image.

On se figure aisément l'impression de vertige et d'effroi

(i) La force léthifère (l'icreb) est aussi évidemment inhérente aux ténèbres nocturnes, que la force vivifiante (Iônah) est liée au rayonne ment du jour. Les intuitifs ne sauraient s'y méprendre.

Le comte Joseph de Maistre semble l'avoir pressenti avec une merveilleuse sagacité : t L'air de la nuit (dit-il), ne vaut rien pourlhomnie matériel ; les animaux nous l'apprennent en s'abritant tous pour dor mir. Nos maladies nous l'apprennent en sévissant toutes pendant la nuit. Pourquoi envoyez-vous le matin, chez votre ami malade, demander comment il a passé la nuit, plutôt que vous n'envoyez demander le soir comment il a passe la journée? 11 faut bien que la nuit ait quelque chose de mauvais. » (les soirées de Saint-Pétersbourg, Paris, i82l. t vol. in 8. t. Il, page 82).

Le missionnaire Hue nous détaille les cérémonies bizarres auxquelles se livrent les Chinois, dans l'espoir de sauver un moribond : elles *e célèbrent le plus souvent de nuit, car c'est un précepte de doctrine que • l'Ame est dans l'usage de profiter des ténèbres pour s'en aller. • (Cf L'Empire Chinois, par M. Hue, Paris, 1857, 2 vol. in-12. — Tome II. pa«e 243).

dont Pàmc est poignée, lorsque, déjà tout étourdie de son cruel divorce avec la matière dont elle a brisé les entraves, cette àme veut prendre son essor. Terrifiée, au seul pressentiment du gouffre vorace et de ses hôtes monstrueux, elle bat en retraite ; son premier mouvement est de réintégrer l'abri protecteur qu'elle abandonnait comme un logis en ruines, et qui lui apparait à cette heure le plus désirable des refuges.

Lorsqu'en des conjonctures assez rares, l'âme parvient à reprendre empire sur l'organisme, le mort ressuscite : alors les savants, qu'intimide ce mot de résurrection, préfèrent balbutier ceux de léthargie trompeuse, et de réveil inespéré.

Mais presque toujours, soit que l'organisme, lésé à titre pathologique ou traumatique, se trouve désormais impropre à soutenir l'existence; soit que la force psychique, épuisée durant l'agonie, fasse défaut à la volonté pour ressaisir le gouvernement du corps, (où naguère tant de ressorts cachés obéissaient h la moindre injonction volitive); — l'âme, dans ces deux cas, s'épuise en efforts infructueux pour reprendre possession de l'épave qu'elle vient de quitter.

Il n'y a point de remède au mal, dans la première hypothèse. La lésion de quelque organe essentiel équivaut à la fêlure entamant une carafe de cristal : la liqueur subtile de la vie n'y peut plus être conservée. Mais dans l'autre cas, s'il ne s'agit que de suppléer à l'extrême débilitation dynamique, l'œuvre du rappel à l'existence peut être tentée par un thaumaturge. La réussite, encore que très rare, n'est point sans exemples bien avérés.

Les grands théocrates fondateurs de religions on: communément accompli ce prodige, le plus merveilleux de tous peut-être, car il requiert chez son auteur des qualités presque contradictoires : autant d'enthousiasme que de sang-froid, et d'amour que de volonté.

La Bible, l'Évangile, les Actes des Apôtres, les Vies de suints spécifient un assez grand nombre de cas de résurrection : récits d'événements, à coup sûr, et non point allégories. C'est Élie et le fils d'une veuve de Sarepta, Elisée et le fils de la Sunamite, Jésus-Christ et Lazare et la fille de Jaïr, Saint Pierre et Dorcas, Saint Paul et Eutychès, — pour ne pas sortir des livres canoniques du Christianisme.

En aucun des cas plus récents que nous pourrions invoquer, l'organisme du sujet, irréparablement atteint dans ses œuvres vives, n'opposait au thaumaturge un veto péremptoire : la mort était venue par congestion, syncope, asphyxie, ou par le contre-coup d'un exceptionnel ébranlement des nerfs.

On cite encore, au faubourg Saint-Antoine, l'exemple d'un sieur Candy, rappelé à la vie, en 1799, parun maréchal-ferrant du quartier, disciple de la philosophie hermétique, et aux mains de qui la médecine universelle passait pour faire miracle. Il avait nom Leriche, et généreux autant que serviable, se faisait bénir des petites gens. Appelé au chevet de Candy, que les médecins tenaient pour trépassé depuis six grandes heures, il crut percevoir un semblant de chaleur vers le diaphragme du cadavre, partout ailleurs de glace. Leriche en tira un favorable augure et risqua l'épreuve. Médecine universelle k

part (la sienne était sujette à caution), les moyens qu'il mit en œuvre font penser à ceux qu'emploient les hindous pour réveiller leurs fakirs, après plusieurs semaines, souvent plusieurs mois d'inhumation (1). Cependant, la maîtresse du défunt pleurait près de sa dépouille ; elle parlait à l'àme fugitive, l'évoquait en quelque sorte, par

ses caresses jointes aux plus tendres supplications

En peu d'heures, le « malade » fut sauvé, — et pour longtemps, car « en 1845, (dit Éliphas), il vivait encore, et demeurait place du Chevalier-du-Guet, n° 6. Il racontait sa résurrection à qui voulait l'entendre, et prêtait à rire aux médecins et aux prud'hommes du quartier. Le bonhomme s'en consolait à la manière de Galilée et leur répondait : oh ! riez tant qu'il vous plaira. Tout ce que je sais, c'est que le médecin des morts était venu, que l'inhumation était permise, que dix-huit heures plus tard on m'enterrait, et que me voici (2). »

La double condition à quoi satisfaire (3), en pareille occurrence, c'est : — 1' de mettre à la disposition de Pâme en allée la force nerveuse dont elle a besoin pour ressaisir les guides de la vie corporelle ; — 2° de secourir sa volonté chancelante, en l'enveloppant dans un cercle de désir et d'amour, ou en tendant vers elle une

(1) Cf. le Serpent de la Genèse, I, te Temple de Satan, pages 22G-

(2) La Clef des grands Mystères, p. 305.

(3) Nous ne disons mot des soins matériels trop évidents, tels que ceux de réchauffer le corps, de pratiquer, s'il se peut, la respiration artificielle, etc.. L'œuvre n'est point, a proprement parler, dans l'usage de pareils adjuvants : ils sont pourtant si nécessaires, que le fait de les négliger perdrait tout.

chaîne de volontés amies (telle, la corde de sauveta^ où se cramponne un malheureux qui se noie).

Il va de soi que la chaîne magique satisfait tout ensemble à ces deux desiderata, comme pile génératrice de fluides vivifiants, d'une part ; et de l'autre, comme appareil dynamisateur des vouloirs unifiés vers un but à atteindre. La collaboration d'un bon médium, généreusement résigné au sacrifice d'une portion de sa force nerveuse, pourrait être d'un secours décisif.

Si le thaumaturge est seul, il recourra au procédé d'incubation magnétique, tel que Saint Paul le mit en œuvre avec succès pour ressusciter Eutychès. Étendu corps à corps auprès du cadavre, les extrémités en contact avec les siennes, l'adepte pratiquera lentement l'insufflation, bouche à bouche, avec une extrême tension de volonté.

La prière, jointe aux signes, — mieux encore, aux sacrements de la religion commune au défunt et au psychurge, — serait une aide inappréciable, en ces suprêmes tentatives. Nul ne s'en étonnera, qui aura pénétré la doctrine des hiéroglyphes d'appui, et celle de la chaîne magique, reliant à la communion intégrale de ses coreligionnaires, quiconque fait usage des signes sacramentels d'un culte en vigueur.

Nous ne saurions nous défendre de transcrire à cette page le simple récit d'une résurrection que nous n'avons garde de suspecter; elle date d'une trentaine d'années au plus. Voici en quels termes le magiste Éliphas, au IXe cahier de sa Correspondance intime avec son élève, M. le baron Spédalieri, raconte comment il lui fut donné de

rappeler à la vie son propre enfant, une petite fille, hélas, morte depuis.

« L'enfant (écrit-il) était froide ; lecœur ni le pouls ne battaient plus J'emporte le pauvre corps sur un lit ; j'ouvre

mes vêtements, je la place sur ma poitrine ; je lui souffle à la fois dans la bouche et dans les narines : je sens qu'elle commence à se dégourdir. Alors, je prends un peu d'eau tiède, et je m'écrie, en la lui versant doucement sur le front : Maria ! Si quid est in baptismate catholico resurrectionis et vitœ, vive christiana : ego enim te baptizo, in nomine -[* Patris et -}- Fdiiet 7 Spintits sancti. Amen ! Mon ami, je ne vous raconte pas ici des rêves. L'enfant ouvrit immédiatement ses grands yeux bleus étonnés et se mit à sourire. Je me levai précipitamment avec un grand cri de joie, et je la portai dans les bras de sa mère, qui ne pouvait en croire ses yeux Remarquez bien que je ne crois pas au miracle, tel que le comprend le vulgaire ; mais il y a pourtant bien quelque chosn,dans de pareils faits, qui passe l'intelligence de l'homme (I)... »

Toutes les grandes religions ont eu des rites relatifs au résurrectionnisme ; mais ces rites ne purent être jamais que d'exception, vu l'extrême rareté des cas où cette œuvre thaumaturgique semble offrir quelques chances de succès.

Il fut de tradition sacerdotale, à toute époque, de ne tenter qu'à peu près à coup sûr le miracle, ou ce qui doit passer pour tel (2). Le pontife agit au nom de Dieu : il

(t) Correspondance d'Éliphas Léviavec M. le baron Spédalieri. Mss. inédit, IX* cahier, page 23, patsim.

(2) Qu'on n'objecte pas les grands pèlerinages, les miracles de Lourdes et de laSalctte. — Là. c'est la foule des fidèles qui va implorer la Sainte Vierge ; et non le prêtre qui commande au miracle et l'annonce d'avance au nom du Ciel. A Lourdes et dans les sanctuairos analogues, le rôle du prêtre se borne à dire : « Priex, ayez la foi ; faites

n'a pas le droit de se tromper, et répugnera toujours i risquer un échec. Aussi ne tentera-t-il, — du moins oSi ciellement et en public, — une œuvre à ce point aléc toire, s'il n'y va d'un intérêt majeur pour son Église. Encore prendra-t-il soin de subordonner les rites solennels du résurrectionnisme à ceux d'une cérémonie occulte

préalable, qui lui accordeou lui refuse l'indiced'une heureuse issue. 1

Si l'on nous demandait où nous puisons la substance d'informations aussi précises,nous dirions, sans nous ex- 1 pliquer davantage, que c'est à la réserve ésotérique, — source toujours une et invariable des multiples symbolismes et des cultes contradictoires d'aspect qui se sont succédés sur la terre.

Il n'est point d'autorité légitimement initiatique dont nous ayons à craindre un démenti. Les enseignants qui pourraient nous contredire ont perdu la clef de leurs propres mystères. Quant à ceux qui savent, le seul reproche qu'ils seraient tentés de nous faire, d'aventure, c'est de nous être montré trop explicite. Mais ils n'ignorent point, ceux-là, que nul engagement ne nous lie, et que, pour-

jaillir de vos cœurs vers la Bienheureuse Vierge un suprême élan de conliance et d'amour! Peut-être serez-vous exaucés, comme beaucoup l'ont été déjà». Et les miracles, assez fréquents, sont toujours en raison directe des influx collectifs d'enthousiasme etde résignation mystique à la Volonté d'En haut.

Quant aux miracles, et particulièrement aux résurrections, opérés par de saints personnages, dans une irrésistible jaculation de charité et de foi, nous n'avons garde d'y contredire. Exemple : Saint François Xavier aux Indes. Ce sont là œuvres spontanées et individuelles, nullement sacerdotales et ritualisées; lo secret en reste entre Dieu même et l'instrument humain qu'il a choisi.

int, nous sommes des leurs, dévoués à la même œuvre, 1 tendant au même Ciel !...

Le vêtement de la Vérité change, mais la déesse deneure, et son esprit rayonne, immuable éternellement, iOus les variations temporelles delà lettre.

C'est au culte catholique lui-même que nous allons denander un exemple confirmatif des allégations que notre Public a prises peut-être pour paradoxales.

Le rite que nous mettrons en lumière nous fournira l'occasion d'exposer à mesure les mystères posthumes auxquels il a trait, et dont nous réservions le détail pour les pages qui vont suivre.

On lit dans Y Histoire des Chapelles papales :

a A peine le pap* a-t-il cessé de vivre, que le cardinal camerlingue, prévenu par le maitre des cérémonies, se rend, EN HABIT VIOLET, dans le palais et au pied du lit où repose l'auguste défunt, le visage couvert d'un voile blanc. Le cardinal fait la génuflexion et une courte prière; il se relève, et les adjuvants de chambre découvrent la figure du pape; puis, Rapprochant du corps, IL FRAPPE TROIS FOIS SUR LA TÊTE DU PONTIFE AVEC UN PETIT MARTEAU D'ARGENT, et L'APPELLE TROIS FOIS PAR SON NOM. Il se tourne ensuite vers les assistants, et dit : LE PAPE EST RÉELLEMENT MORT (1). »

Qu'est-ce, en vérité, que cette bizarre cérémonie Quelles gorges chaudes pour les incrédules ! Jamais rite plus singulier et moins justifiable a-t-il enrichi l'histoire des pratiques superstitieuses ?

(i) Histoire des chapelles papales, page 477.

oSS LA CLEF DE LA MAGIE N01RK

C'est une superstition, en effet, c'est-à-dire une forroJ religieuse qui se survit à elle-même, et comme un rési<ii 1 de la science sacerdotale épuisée ; c'est un symbole éteint J veuf de la flamme vivante qui fut son âme ; c'est la dépouille enfin d'une thaumaturgie, d'efficace vertu sar> doute aux âges de science et de foi, mais qui s'est pétrifiée dans la matérialisation générale des dogmes, danl'incurie des enseignants et l'indifférence des fidèles.

Ah! la plaine des ossements, dans la prophétie d'Éz^chiel! Dogmes et rites, cadavres épars d'une religion q\\. fut universelle (I), ils gisent, enlisés dans la lettre morU comme des squelettes dans le sable du désert : l'âme vivante s'en est allée, et l'esprit vivificateur n'est plus (à. — Mais vienne à souffler cet esprit qui souffle avec les quatre vents du ciel, et les os se rapprocheront, soudain revêtus de muscles et de chair; et les ressuscités surgiront à l'appel d'en haut, glorifiant le Seigneur, et vermeils de tous les fluides de leur vie renouvelée !

0 vieux rites, ô défunls symboles, ainsi votre àrae vous sera rendue, quand le Christianisme, retrempé aux flots

(1) Toute religion envisagée comme culte est, à strictement parler, l'adaptation de la Vérité éternelleà une époque, à une race, àun pays; c'est son incarnation dans une forme mystique plusou moins adéquate, générée sur tel point d'intersection du Temps et de l'Espace : donc relative cl transitoire, au même titre que toutes choses astreintes à ces deux conditions de l'existence manifestée. Ainsi, toute religion se conçoit forcément particulière, à l'égard de ses symboles, car ils varient de l'une à l'autre; mais elle peut se concevoir universelle, à l'égard de l'immuable Ksprit que ces symboles traduisent. Tant que la lumière intérieure s'irradie â travers les emblèmes du culte, et que l'immortel Ksotérisme, cette âme des religions, en vivifie les formes extérieures, on peut parler de religion universelle : c'est le vrai sens du mot catholique.

le sa source, en sortira transfiguré ; quand l'éternelle •elîgion qu'il manifeste, émettant le souffle réparateur de >on ésotérisme intime, ressuscitera la lettre morte au baiser de l'immortel esprit.

Ce miracle, que nos cœurs unanimes attendent en battant d'espoir, peut-être n'appartient-il qu au Souverain Pontife de l'accomplir, quand l'heure de la Providence aura sonné au cadran. Le cycle de Pierre, étant révolu, marquera l'avènement du cycle de Jean ; l'ère du Christ douloureux sera close alors, et l'on verra poindre à l'horizon l'aube du Saint Paraclet, inaugurant le règne du Christ glorieux,... sur la terre comme au Ciel... Amen !

Hâtez ces temps bénis, Très-Saint-Père. En vos mains sont les deux clefs qui, suivant une tradition vénérable par son âge, commandent les portes du Ciel et de l'Enfer. D'équivoques et redoutables paroles en soulignent l'emblème : « Il ouvre, et nul ne fermera plus ; il ferme, et personne ne pourra plus ouvrir. Aperit et nemo Claudel, claudit et nemo aperiet!» Si vous avez tout pouvoir au spirituel, vous avez aussi toute responsabilité, étant Celui qui lie et qui dénoue !

Hâtez ces temps, Très-Saint-Père. La Providence n'est présente que là même où on l'évoque. C'est Elle qui vous inspirera d'ouvrir l'ère nouvelle, où la Science et la Foi réconciliées marcheront de pair, appuyées l'une sur l'autre; mais pour que la Providence vous éclaire, il faut que vous sachiez la rendre présente à vos conseils... Hâtez ces temps bénis !

Dans celte attente de l'avénemcnt du Paraclet, qui est

précisément cet Esprit dont parle le Prophète, s'il n'e^t point donné à la science laïque de ressusciter les morU. elle peut du moins galvaniser les cadavres. (Test l'expérience que nous allons tenter, en électn-

sant ce vieux rite au courant de l'Esotérisme traditionnel.

Le rite du marteau d'argent et du triple appel constitue une cérémonie magique au premier chef. — Ce n'est pas qu'il semblât difficile de signaler à toutes pages de? rituels catholiques d'autres cérémonies aussi notoirement occultes ; mais enfin, si nous relevons celle-là de préférence, nous avons en vue la singulière portée de son esprit, non moins que l'à-propos des commentaires que va requérir son élucidation.

Pour justifier en effet l'emploi du marteau d'argent, il faut dépouiller de leurs voiles deux mystères très profonds : l'un plutôt kabbalistique : la possibilité, dans certains cas, de rappeler à la vie un cadavre, ou du moins ce qu'on est convenu de nommer ainsi ; — l'autre plutôt religieux, car les Docteurs du Catholicisme l'enseignent sous le symbole du jugement des âmes par Jésus-Christ, à l'instant de la mort. Telle est d'ailleurs la connexité de ces deux arcanes, qu'on serait fort empêché d'éclaircir entièrement le premier, sans avoir fait un coup de jour sur l'autre.

Nous avons exposé, en quelques traits rapides, ce qifest, au sentiment des adeptes, la Mortconçue synthctiquement, dans l'ensemble de ses éléments constitutifs. Il importe à présent d'indiquer comment s'accomplit le phénomène de l'abmatérialisation posthume (ou libération de la Psyché) : en d'autres termes, le divorce entre

l'homme psychique qui survit, et l'homme matériel qui, meurt et se décompose, — phénomène qui coïncide avec l'arrêt des fonctions vitales.

Nous disons improprement que ces deux phénomènes coïncident : c'est affaire de prendre un moyen-terme. Car tantôt l'exode animique précède immédiatement l'arrêt des principaux organes, tantôt — et le plus souvent — cet arrêt précède et détermine l'exode.

En effet, imaginons d'une part un médium cataleptisé en séance de matérialisation, ou un occultiste en phase de dédoublement (sortie du corps astral) : une imprudence a été commise ; le lien sympathique venant à se rompre, occasionne la mort (1). D'autre part, supposons un soldat frappé d'une balle au cœur. — Dans la première hypothèse, l'exode provoque ou du moins précède l'arrêt fonctionnel; dans l'autre cas, c'est l'arrêt fonctionnel qui détermine l'exode.

Encore faut-il se garer, en matière aussi délicate, de termes trop absolus ou trop prompts à peindre la consommation de phénomènes lentement déployés et d'un accomplissement progressif.

Force nous est de rappeler ici ce que nul n'ignore, peut-être. Un corps est là, livide, en train de se glacer : les poumons ne respirent plus, le cœur a cessé de battre;

(1) Éliphas Lévi nous cite un cas de mort soudaine, attrihuable à la même cause que l'exemple choisi par nous. L'exode lluidique y estêvidemment antérieur à l'arrêt des fonctions vitales. Quoi qu'il en soit, ce premier terme de l'alternative esl beaucoup plus rare que l'autre. (Voy. la Clef des Grands Mystères, pages 137-138).

pour tous, c'est un cadavre, c'est-à-dire la dépouille d'un homme qui est mort... Cependant, le foie secrète toujours de la bile; la moindre excitation électrique se traduit par une vive contraction des muscles. Bref, certaines fonctions organiques s'exercent encore.

L'on errerait, à définir la mort une cessation instantanée et décisive de toutes les fonctions corporelles. Nous verrons tout à l'heure qu'il n'est pas plus juste de soutenir Timmédiatité de l'exode animique et astral.

C'est même sur la lenteur concomitante et la progression réciproque des deux phénomènes, qu'est fondée toute la théorie du résurrectionnisme, telle que jadis on la transmettait oralement dans les temples aux initiés d'un grade supérieur.

Le programme du présent chapitre comporte l'esquisse, en ses traits essentiels, de cette théorie thaumaturgique, — elle-même indissolublement liée à l'arcane mystique du premier jugement des âmes par le Christ; traduisons : à la loi providentielle de justice et d'équilibre, qui fixe le destin et la localisation posthume des divers éléments, naguère constitutifs de l'homme individuel.

Ces éléments, quels sont-ils ? Nous le savons déjà. La sainte Kabbale en compte quatre principaux : «^j Goûph. le corps ; Nephesh, le Corps astral ; — rm Rouâeh, lame etiTMra Xeschamah, l'esprit (l).

(1 ) Les hindous nomment le corps Rupa ou Sthula-Sharira; le corp* astral, Linga-Sharira ; lame humaine, Manas, et l'Esprit pur, Atma.

Par des subdivisions, —d'ailleurs analytiques et facultatives, d'aucuns «liraient arbitraires, — les adeptes de lathèosophie boudhiste obtiennent une constitution septénaire de l'homme, au sujet de laquelle on

I/àme seule, selon les enseignements de Tradition rthodoxe, Mme seule (1) nous appartient en propre : lie constitue notre substance individuelle.

ieut lire dans le Loi us des débats interminables, diffus et médiocrement concluants : unanimes sur le principe d'une classification septénaire, es divorses écoles ésotériques de la péninsule ne peuvent tomber entièrement d'accord sur le détail des sept éléments, leur ordre hiérari-hique, ni leurs fonctions respectives.

En fait de classification analytique, la Kabbale nous propose, abstraction faite du corps physique, une subdivision des trois principes supérieurs en neuf éléments, nomenclature qui semble avoir la logique pour elle.

Cependant nous pourrions, d'accord avec M. Sinnett, ot sans contredire la Kabbale ni Fabre d'Olivet, établir une classification plausible en quatre entités et sept éléments, comme suit :

ATM A.

Bl'DDHI.

jMANAS.

KAMA RIPA. LIMîA SHARIRA JIVA

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