LE CORPS
litë)
matériel ( la chair et les os) -
L'esprit, essence illuminative,est une étincelle divine irradiée du Principe mâle, qui, fécondant l'âme, Principe féminin, engendre en elle l'intelligence (1), ou conscient supérieure de son individualité.
Quant au corps astral, actuelle expression de la faculté plastique, immanente à l'âme, il n'est autre que le patron sur quoi se détermine, s'informe et se modèle notre corps physique. Nous supposons bien connu ce troisième élément, dont nous avons traité assez au long dans cet ouvrage et même en ce chapitre. Puisque des métaphores peuvent seules faire soupçonner la nature d'entités occultes telles que le corps astral, disons encore qu'on peut voir en lui l'échafaudage virtuel, à la faveur de quoi se construit et s'élève lentement cette bâtisse de chair, de muscles et d'os qui s'appelle le corps humain ;
— en un mot, le moule invisible de la forme visible. Engageons notre Lecteur à concentrer son attention ;
l'objet qui s'offre à sa vue mentale en vaut la peine. Jamais, semble-t-il, aucun occultiste n'a précisé d'une plume un peu nette la distinction que voici. Elle est du reste assez délicate à saisir.
Puisque l'esprit pur est d'essence divine, universelle,
— et que la forme matérielle se réduit à une agrégation de molécules vivantes, groupées sur le patron du double éthéré, ni Vun ni Vautre ne nous appartient. C'est d'un côté, la lumière céleste qui se réfléchit en nous ; de l'au-
(1) Quand les Kabbalistes envisagent JVeschamah comme appartenant en propre à l'homme individuel, ils entendent non plus Y Esprit pur. ruais Ylntelligence qui le reflète.
LA MORT ET SES AftCAKES
tre, un simple emprunt que nous faisons à la planète,
et qu'à la mort nous lui restituerons jusqu'au dernier atome : — écartons pour un instant l'esprit et le corps.
Restent l'âme et le corps astral : ils constituent icibas la substance individuelle de l'homme (l).
Eh bien, nous disons, qu'à l'àme proprement dite se restreint la personnalité vraie ; et que le corps astral sert d'enveloppe et de moule à la fausse personnalité.
La personnalité vraie, c'est la substance propre de l'être individuel, conscient et libre. — La fausse personnalité, c'est la substance de superfétation, d'acquisition éventuelle: une assimilation pseudo-psychique, ambiguë, et susceptible de se fusionner avec l'àme, temporairement, il est vrai ; toutefois, d'une sorte assez intime pour que, tant que dure la vie terrestre, il devienne difficile, sinon radicalement impossible au psychologue le plus averti, de les distinguer l'une de l'autre.
Mais la Mort vient tôt ou tard, dénonciatrice de cette homogénéité illusoire; la Mort vient, impeccable arbitre de cette distinction, et l'on peut ajouter : implacable artisan d'une séparation violente entre l'àme vraie et l'âme fausse !
Il faut qu'il en soit ainsi, non seulement pour le bien du sous-multiple nominal, dont la réintégration dans l'Unité
(1) Encore pourrait-on dire que le corps astral est un emprunt au milieu fluidiquc ambiant, (cette àmo inférieure de la planète), et lui sera restitué progressivement, après avoir, ensuite de son divorce avec l'àme individuelle, joui un temps plus ou moins long d'un vague rellet de vie, et dune apparence factice de personnalité.
Mais, parlant au point de vue terrestre, — le corps astral fait, comme nous Talions voir,partie intégrante de la personnalité humaine.
divine serait singulièrement compromise, pour peu qu'un pareil fardeau vint aggraver son bagage à chaque existence nouvelle : il descendrait, au lieu de remonter ; — mais encore pour un motif d'ordre universel et d'intérêt cosmique, étranger à l'objet du présent tome. N'oublions pas que l'homme est le grand démiurge, le pondérateur et l'intermédiaire des royaumes spirituel et sensible; sa chute Ta banni d'Eden, mais cet exil aura une fin...
Poursuivons notre étude, sans nous départir du point de vue spécial à notre planète. Et sans souci, pour l'instant, du rôle dévolu à l'Homme dans l'harmonie des choses, ni du pourquoi de sa mission, ni du comment do sa présence ici-bas, — prenons cet être individualisé, au pointd'évolution qu'il a atteint sur la terre, et à l'instant précis où s'opère en lui ce phénomène assez complexe, qui a nom la mort.
La mort, avons-nous dit, consiste essentiellement en deux faits concomitants : l'arrêt des organes corporels, et l'expulsion de l'être invisible et subjectif, hors de son enveloppe objective et concrète. (Un troisième phénomène suit bientôt, que nous avons noté à part : la dissociation des atomes de matière qui s'étaient groupés pour constituer le corps.)
Arrêt des fonctions organiques, et libération des principes survivant au corps : le concours s'impose de ces deux conditions (la deuxième, d'un si difficile contrôle!) pour qu'on puisse dire que la mort est consommée, définitivement acquise... Sans doute, l'un de ces phénomènes, lorsqu'il se prolonge, a pour conséquence très proche l'accomplissement de l'autre : mais encore sied-il.
— en l'absence du diagnostic de décomposition, qui vient fournir la contre-épreuve, — de ne se prononcer que sur un examen minutieux et tardif : la fréquence des exemples de mort apparente, dans les cas dûment vérifiés de catalepsie, de vampirisme ou même simplement de sortie en corps astral, prêche assez la circonspection.
Quoi qu'il en soit, supposons la mort réelle, chez un sujet normalement constitué. — Dans la sphère animique, queva-t-il se produire?
— L'inéluctable divorce entre la personnalité vraie, c'est-à-dire l'âme, inséparable de sa faculté plastique efficiente, — et la fausse personnalité, dont le corps astral constitue la base pseudo-psychique, ou le moule éphémère.
C'est là le jugement dont parle l'Écriture ; c'est aussi l'agonie de la seconde mort, ou la douloureuse épreuve, plus ou moins longue et difficile, qui, — sans préjudice du cycle karmique à venir, — réalise d'ores et déjà pour nous le purgatoire et l'enfer.
Le bon grain séparé de l'ivraie, celle-ci se voit dispersée aux quatre vents du ciel...
Comment s'est formée la personnalité fausse et de superfétation? Elle s'est formée, dans la matrice du corps astral, comme une concrétion calcaire en une bouteille, par couches infinitésimales ; ou comme un dépôt limoneux dans un réservoir : par imperceptibles alluvions.
Goutte à goutte, le vin trouble de l'existence physique a déposé sa lie au fond du vase ; il s'est dépouillé sur les parois. A présent, c'est le grand nettoyage !
L'heure a sonné du procès suprême et delà solennelle
sentence : au tribunal de l'àme collective, Famé individuelle va se juger et se condamner elle-même, avouant les folles illusions, l'ivresse des fantasmagories mensongères où sa vanité s*est déçue, au cours de la terrestre épreuve.
C'est une confession véritable, et le confessionnal de l'Abîme peuts'appeler aussi le tribunal de la pénitence !... Ultime confession, où l'àme (constitutive de la personnalité vraie), se décharge une à une de ces molécules hétérogènes et peccantes, dont l'accumulation dans la forme astrale a généré la personnalité fausse, parasitaire, incapable de survivre au corps matériel, et qui doit se dissoudre avec lui (1).
Voici la restitution à la substance universelle, de tout ce qui lui demeurait dû (2); l'expulsion de ces
(1) Qu'on nous pardonne encore une image hideuse et triviale. Comme ces crustacés, homards ou crabes, tirés de leur élément, se ridentAvec un bruit de dissolution lente et progressive, — l'Ame va se vider ainsi... Épouvantable et laborieuse désagrégation de la fausse substance psychique!
Ceux qui, aptes à percevoir les choses delà vie subjective, et intuitifs de ses mystères, ont veillé le cadavre d'un parent ou d'un ami, ceuxlà comprendront et ne riront pas... D'autres crieront à l'hallucination, à l'hypocondrie, à la folio. Il s'en trouvera pour nous qualifier de lugubre mystificateur, de sacrilège, peut-être. Nous préférons, à tout prendre, les premières imputations : comment nommer en effet ces présomptueux qui pensent avoir ouvert les yeux et les oreilles, où d'autres n'avaient su ni voir, ni entendre? — On est convenu de les nommer des fous.
(i) Certains Maîtres veulent que l'homme dépouille à la mort l'àme instinctive (ce qu'ils nomment l'àme animale, Kama-Rupa des hindous, vouée, prétendent-ils, à se dissoudre en Kama-Loka). — Nous ne voyons point ainsi.
Pour nous, à l'cxemplo de Fabre d'Olivet, nous envisageons Y homme essentiel comme un principe de volonté, englobant et maîtrisant les trois vies intellectuelle, psychique et instinctive. L'àme est, par conséquent,
Larves (1) d'assimilable imposture : substances pseudouni m iques, engendrées au jour le jour à l'impure caresse de la matière, dans la délectation des sens bestialisés et le mauvais usage du libre vouloir.
Les volitions, avons-nous dit ailleurs, ne sont pas seulement créatrices hors de l'homme, mais en l'homme même. Le verbe de perversité souille à la fois la lumière externe de l'homme et sa lumière intérieure : son nimbe et son corps fluidiques.
Au gré du Lecteur soucieux de localisations physiologiques, on peut préciser par où s'opère la désintégration animique et astrale : c'est par le sommet de la tête, aux environs de la suture crânienne. Les traditions secrètes du sanctuaire sont confirmées à cet égard par l'expérience des voyants.
La logique des choses le veut d'ailleurs ainsi. Est-il besoin de renvoyer au chapitre m, qui s'ouvre par cette
ternaire et quaternaire : elle évolue à travers les mondes, sans rion rejeter que les écorces, matérielles et fluidiques, de ses existences successives et imparfaites de moins en moins; mais elle épure progressivement ses éléments constitutifs et se sublime à mesure. L'instinct deviendra intuition; la psyché, amour ; l'intelligence, spiritualité. Toutes les facultés secondaires se transmueront d une sorte analogue, parallèlement aux principales.
Il) Le mot Larve doit s'entendre ici dans son acception la plus étendue.
Nous n'inventons pas la doctrine ci-dessus formulée. Toutes les Écoles d'Ksotérismc l'ont connue. Les gnostiques basilidiens l'enseignaient même ouvertement. Ils qualifiaient d' «appendices de l'Ame » les « Esprits impurs» qui alourdissent et dénaturent celle-ci. Saint Clément d'Alexandrie ajoutait que l'Esprit de Dieu sépare de l'âme ses appendices démoniaques, ainsi que la paille du bon grain. — Cf. Beau sobre, Histoire du Manichéisme, tome II. p. 22.
simple et grandiose théorie de polarisation, qui est la clef de tant de mystères? Le chercheur attentif ne prendra4il pas l'initiative de recourir à cette clef? La loi de bipolarité cérébro-génitale lui rendra raison du problème par une analogie qui s'impose. — A quelle porte d'entrée vient aboutir le grand courant des générations, par ou les âmes descendent dans la matière ? Par quelle porte de sortie, nécessairement opposée à celle-là, les âmes émancipées de la chair doivent-elles rejoindre le grand courant (inverse et complémentaire du premier), celui par où les âmes remontent au Ciel?
Le pôle cérébral semble normalement désigné pour Ja sortie de l'entité psychique, puisque l'entrée s'effectua par l'organe génital, contre- polarité du cerveau.
Or, c'est au sommet de la tète que le cardinal camerlingue vient frapper trois coups de son marteau d'argent. Le Lecteur voudra bien ne pas perdre de vue ce délai f... Quant au sens occulte de cette mystérieuse cérémonie, la suite de notre examen va le dégager dans toute la profondeur de son ésotérisme.
Tant que le corps astral, lourd de la fausse substance psychique, pèse sur l'âme vivante, celle-ci, prisonnière du cadavre, travaillée par l'horreur de sa croissante décomposition, s'épuise en efforts stériles pour s'affranchir de ces odieux restes, désormais inertes et rebelles aux injonctions du vouloir.
Ce supplice effroyable va durer tout le temps requis pour l'élimination lente et consécutive des nombreuses formes lémuriennes dont l'éphémère fusion, avec le péris-
prit d'une part, avec l'àme véritable de l'autre, avait modifié cette dernière, en doublant la personnalité réelle d'une personnalité fausse et toute d'apport.
Voilà donc une première sanction de l'existence terrestre, droite ou perverse, spirituelle ou bestiale. Le nombre et la ténacité des Larves à extraire sont en raison directe de la mesure où l'àme s'est enganguée dans le vice et le mensonge. Pour les âmes probes et vraies, la confession au tribunal de V abîme se réduit au minimum d'épreuve: de tels hommes se fussent-ils trompés, leur sédiment d'illusion se détache sans peine, car ils ne tiennent qu'à la vérité seule et sont prêts à répudier tout ce qui n'est pas elle. Il n'en saurait aller de même de l'homme qui s'est encanaillé dans la satisfaction des ignobles instincts. Chez lui, le vice et Terreur sont à ce point devenus une seconde nature, qu'en les renonçant, il se croirait renoncer lui-même. Pourtant, il le sent bien, pareil lest l'immobilise, le cloue à la putréfaction. Son salut veut qu'il se sépare de. ces Larves chères ; mais à chaque fois qu'il en arrache une de sa substance pantelante, c'est un déchirement affreux.
L'Odyssée lamentable que nous détaillons n'incombe pas, — est-il besoin de le dire ? — au destin des âmes dès ici-bas entièrement purifiées. Celles-là sont l'exception, de qui le miroir psychique n'est point resté terni par les buées de la matière. Quel rapide et facile voyage les doit conduire au but, nous le verrons. Mais la majorité des hommes meurt entachée de quelques vices, et la série d'épreuves qui nous occupe devient, dans une proportion variable du plus au moins, le partage des natures ou bes-
tiales.ou perverses, ou simplement matérielles. Le genre (robslacles est le même pour toutes : mais ce qui semble aux âmes imparfaites un pas difficile et pénible à franchir, devient un si épouvantable supplice pour les âmes vicieuses, criminelles etdélibérément mauvaises, que nous ne parviendrons à en donner ici qu'une très faible idée.
Les magiciens noirs surtout, et tous ceux-là souffrent mille morts au lieu d'une, qui se polluèrent, leur existence durant, dans la promiscuité spectrale. Ah ! qu'elles se paient cher, alors, les prérogatives du pacte médiauique! Toutefois l'angoisse est bien moindre pour de tels hommes, s'ils ont mené sans malice leur vie suspecte ; mais le grand péril que leur réserve l'épreuve d'outretombe, git dans l'aide qui peut leur venir du dehors. Les natures médianiques, aisément dominables, sont une proie précieuse à saisir pour les affidés (vivants ou posthumes) des cercles mauvais. Les médiums ne soupçonnent pas le piège, lorsqu'à l'heure de l'épouvante, ils se cramponnent à la main secourable qui leur est tendue de ce côté. Ils risquent cependant d'être entraînés dans une impasse d'où Ton ne revient guère, et de jouer sur un coup de dé leur immortel héritage.
Pour ce qui est des sorciers conscients et volontaires, qu'on nous pardonne d'ouvrir une parenthèse concernant une difficulté qui d'elle-même se propose à tout esprit attentif. Puisque ces artisans d'infamie restent cloués à leurs cadavres tant qu'ils n'ont pas douloureusement évacué, molécule par molécule, le lest écrasant de leur fausse personnalité, — comment pouvaient-ils, durant leur vie,
projeter au loin leur forme astrale, messagère de morl ou de maléfice? S'ils en étaient alors capables, qui les empêche maintenant de s'évader, en corps fluidique, loin deces restes inanimés?... L'objection parait très forte; elle est spécieuse en tous cas. Mais comptera-t-on pour rien le coup terrible de la mort, qui paralyse l'énergie morale, tandis que le combat d'une agonie souvent très longue a épuisé les forces proprement dites ? Et, sur toute chose, car c'est la réponse décisive, oubliera-t-on quel pointd'appui fournissait au magiste en stase debilocation un organisme vigoureux et sain, athanor de fluide nerveux constamment renouvelé; un organisme avec lequel, — si loin qu'il se projetât, — le corps astral demeurait en rapport sympathique?La chaîne tendue de l'un à l'autre les faisait vivre l'un par l'autre ; elle servait de levier à la forme sidérale, en même temps qu'à cette dernière le corps physique servait de point fixe et d'appui.
Enfin, l'àme individuelle a successivement avoué ses péchés au tribunal de l'Ame collective : autant de Larves, autant de bulles de savon qui s'échappent et voltigent quelque temps, avant de crever (I), dans le nimbe occulte de l'individu qui leur donna naissance ; dans le milieu qui fut son atmosphère astrale, où déjà fourmillent (autres Larves) les simulacres lémuriens des actes passés du défunt, de ses volitions, de ses désirs, et jusqu'aux fantômes de ses pensées coutumières.
(1) Ces Larves no se dissoudront ainsi, bien entendu, quo si leur père nourricier cesse de les entretenir en leur prêtant subsistance : voy. page 611.
Cependant, l'àme véritable est délivrée la dernière, toute saignante, pour ainsi dire, des mille déchirures que sa substance vient de subir, en son divorce avec la fausse Psyché. Le coup terrible de la mort, ébranlant son intelligence, ne lui laisse plus de sentiment que ce qu'il en faut pour savourer la torture de sa double ag-onie, terrestre et posthume.
Mais un lucide instinct persiste en elle, qui lui enjoint de fuir au plus vite la pourriture montante de son abjecte dépouille. Donc l'àme s'élance, éperdue d'horreur,et d'angoisse, et de dégoût. Un vertigineux courant fluidique, dont elle pressent la fureur plus qu'elle ne l'éprouve encore, va remporter comme une flèche. Ici la nausée, là-bas l'épouvante : l'àme se décide pour l'épouvante, puisqu'il en faudra toujours passer par là. Aveugle, sourde (I), elle s'élance, vêtue de son corps sidéral qui, blessé comme elle, se sent au moins allégé, enfin ï...
Peine perdue : un lien sympathique la rattache encore à ces restes défigurés, — un lien qu'il va falloir douloureusement rompre. C'est le cordon ombilical d'une nouvelle naissance ; il aboutit à cette matière déliquescente, placenta de la gestation d'immortalité(2), caput mortuum qu'il importe de dépouiller sur le seuil de la vie éternelle.
Et, tandis qu'à dessein de briser le joug qui la retient captive, la pauvre âme s'épuise en tumultueux efforts,
(1) « Sa clairvoyance lumineuse demeure frappée de cécité par habitude des yeux ; son entendement, de surdité, parhabitude des oreilles .. » (Saint-Yves, Testament Lyrique, la Mort).
(2) Cf. Kliphas Lévi. Le Grand Arcane de la Atort. (Clef des Grands Mystères, pages 306 309).
quelle épreuve d'un nouveau genre vient fondre encore sur elle !
Qu'est-ce, à présent, que ce blême halo, à la fois trouble et clarteux, qui l'environne? Cette atmosphère de sinistre moiteur phosphorescente, où se meuvent confusément de vagues formes de monstres prompts à l'assaillir? Elle ne les voit pas, mais les sent et les devine. Quelle horreur nouvelle ! L'être désintégré lutte et se débat, autant que le peut un aveugle garrotté... Elles se pressent contre lui, ces hideuses apparitions ; elles l'accablent de toutes parts : on dirait qu'elles veulent s'amalgamer avec son essence, se fondre en lui !
Ce sont les Larves de son astral externe et interne : \° celles qui, la vie durant, se généraient au jour le jour dans son atmosphère fluidique et peuplaient son ascendant,— 2° celles qu'il vient lui-même d'expulser une par une, et dont l'agglomération passagère constituait la substance de sa fausse personnalité.
Voilà donc l'être abmatérialisé, contraint,— dans une désolante alternative, — ou de chercher un reluge en sa dépouille inanimée, froidie, et que la décomposition croissante rend plus inhabitable d'heure en heure, tandis qu'une chaîne magnétique l'y rattache encore dans un état de captivité provisoire ; — ou de prendre essor au loin, après avoir rompu cette chaîne, et de fuir à travers une tempête fluidique, emportant avec lui cette atmosphère hostile qui est sienne,et regorge de vampires dont il peut devenir la proie...
C'est à ce moment critique, surtout, que le mort a be-
soin d'être secouru. Vienne l'aide ou de là-haut ou d'icibas, de l'endroit ou de l'envers de la Nature universelle, du plan astral, en un mot, ou du plan terrestre : le patient d'une telle épreuve se sent perdu s'il ne reçoit aucun subside de force psychique ; il désespère, s'il n'entrevoit aucune lueur pour se guider dans la nuit et la tempête de son épouvante.
Hàtons-nous de noter qu'il en est bien rarement ainsi : une situation à ce point douloureuse ne se prolonge qu'en des conjonctures tout exceptionnelles.
Les traditions secrètes de l'antiquité autorisent ce dire. et l'étude des symbolismes religieux le confirme. Le fleuve Styx n'est qu'un lieu de traverse. Sans doute le Tartare réserve des supplices à la mesure de tous les forfaits; cependant, pour criminel que se présente un homme aux sombres rivages, dès que les rites de la sépulture ont été fidèlement accomplis, Charon le reçoit dans sa barque moyennant une obole, et lui fait passer l'eau noire.
Une influence bénéfique intervient donc, pour aider Yâmeen peine à rompre ses entraves. Le secours consiste en une provision suffisante de force psychique;
nous ne tarderons pas à voir d'où il émane Mais
l'épreuve n'est pas à son terme.
Le lien sympathique enfin rompu, l'onde stygienne saisit et entraine la pauvre Psyché, vêtue de son corps astral, et enveloppée de son nimbe vengeur. Telle est la barque de Charon.
Le passage ne dure guère. Emportée comme une flèche
au fil du torrent, déjà la voyageuse a touché l'autre bord.
Voici le ténébreux empire de l'Érèbe. C'est le séjour d'épreuve où s'attardent toutes les âmes insuffisamment purifiées, afin d'y consommer leur seconde mort, en dépouillant la forme astrale. Pythagore, comme généralement tous les adeptes de l'hellénisme occulte, nommait ce lieu le gouffre d'Hécate ou encore le champ de Proserpine (1). C'est le cône d'ombre de la terre; à son sommet brille Hécate, la lune infernale, dispensatrice de la lumière négative, Aôb, et de l'écrasant influx ô'Hereb (Êrèbe).
Tandis que le soleil, patrie céleste des âmes glorifiées, darde avec ses rayons l'amoureuse lônah, attractive du pur élément psychique; l'influence accablante d'ÏIereb retient invinciblement captive, en cet abime sublunaire, toute âme encore vêtue de son corps astral contaminé.
La lune nous montre le pâle visage du génie des expiations. Elle est la sentinelle de l'enfer terrestre, le Cerbère ésotérique veillant non seulement à l'entrée, mais surtout à la sortie du Ténare.
Un illustre théosophe qui est, par surcroit, un poète inspiré, M. de Saint-Yves a décrit, en mode lyrique, le rôle providentiel dévolu à notre satellite glacé, dans le voyage cosmique des âmes. C'est la belle Hymne à la Lune, dont nous citerons les dernières strophes :