DIANE
« Kils d'Apollon, je garde ù jamais le passade
P.ir où les âmes vont aux d'eux.
Tu ne vois qu'un côté de mon double visage :
L'autre regarde vers les Dieux !
Je comprime ici-bas l'effluve de la terre;
De tout le poids de mon cratère Je presse les Esprits, les Ames et les Corps ;
Rt tout monte sous ma pesée, Tout entre dans mon rythme et subit la rosée
De mes silencieux accords.
« Je joins et je disjoins, je rapproche et j'oppose
Tout : pôles, sexes, éléments ; Je suis le féminin latent de toute chose :
J'attire à moi les mouvements ; Ils cèdent, dans leur forme, aux lois de mes semaines :
Bêles, plantes, foules humaines, Les fluides, les vents, les nuages, la mer,
Tout flue à moi dans sa marée, Depuis le feu central grondant vers l'Empyrée,
Jusqu'aux subtils confins de l'Air.
« Je préside à la Mort, je règle la Naissance,
Car naître, c'est mourir encor.
Les générations roulent sous ma puissance :
J'en tiens les clefs d'argent et d'or ; Je renvoie au Soleil les ames immortelles
Dont l'Esprit a gagné ses ailes l'on r s'enfuir du torrent des générations ;
Autrement, au fond de l'Espace, Je les noue à la femme, et leur destin repasse
Dans le jeu de mes tourbillons.
« ... Ah! si tu les voyais, les âmes invisibles
Sortir par essaims des tombeaux, Vaciller et monter dans mes rayons paisibles,
Glisser en foule sur les eaux !
Les unes, par les champs prenant leur course folle,
Plus rapides que la parole, Passent, rasent le sol, se lancent dans les airs,
Se suspendent aux brouillards vagues, Retombent sur les mers, et dansent sur les vagues,
Ou ré vent sur les rocs déserts.
« Les autres, franchissant la sphère des nuages,
S'entraînent à voler vers moi, Escaladant 1 ether, grimpant dans mes mirages,
Dégringolant, tremblant d'émoi, Remontant, m'arrivant palpitantes de rêves,
Jouant par troupeaux sur mes grèves, Plongeant dans mes volcans, se cherchant, s'appelant,
Se retrouvant, formant leurs groupes, Et promenant leurs chœurs de mes vallons aux croupes
De mon grand cirque étincelant.
« Mais la Terre t'emporte, adieu ! Parle aux Étoiles :
Moi je te perds à l'horizon.
Barde, quand de ton corps tu laisseras les voiles
Dans leur funéraire prison, Ne crains rien : viens, saisis mes coursiers de lumière,
Crois, — et vers la source première Dont tu sors, vers le Dieu superbe, à l'arc vermeil,
Fixant fortement ta pensée, Va ! je te laisserai, de ma sphère glacée
Monter sans obstacle au Soleil (1) î... »
Le « langage des dieux » ne doit pas être pris dans sa
(1) Le Testament lyrique, par Alexandre Saint- Yves, pages 384-387.
('il
ri
ce
rigueur la pl us littérale ; mais les admirateurs de cette hymne dégageront aisément la pure Vérité, du chatoyant i péplos de métaphores qui l'enveloppe sans déguiser ses divins contours
Voilà donc le rôle hiératique de la lune. Sentinelle du pur éther, elle ne souffre pas que rien de souillé en approche. Elle dispense ici-bas l'influx d'Hereb, — l'agent constrictif qui oppose son veto centripète à l'essor de toute âme encore empreinte de terrestres macules.
Le cône d'ombre est, suivant les cas, l'enfer ou le purgatoire véritables. — Les âmes, prisonnières du corps astral et de son atmosphère fluidique, y souffrent martyre, en proie à l'assaut des Larves douloureusement expulsées du cadavre, et qui, avant élu domicile dans le nimbe, cherchent à prolonger leur existence parasitaire, en dévorant Psyché
toute vive. Celle-ci doit dissoudre cescoagulats l'un après l'autre, par la force de sa volonté, en renonçant intérieurement les vices dont ils sont les fantômes tout ensemble et les symboles. C'est une guerre à mort, car le périsprit est un domicile qu'ils visent à réintégrer, et c'est à quoi Psyché doit mettre obstacle de tout son vouloir. Si, de guerre lasse, elle se laissait envahir (et il suffit pour cela d'un instant de défaillance ou de consentement tacite), les efforts de la désassimilation déchirante seraient à recommencer.
Le plus grand nombre des âmes contaminées, sentant bien qu'il y va pour elles de la suprême alternative, — to bee ornot to bee, — luttent avec courage et parviennent à dissoudre assez vite leurs Larves. Et si quelque défaillance les condamne à la récidive du douloureux effort, ces âmes-là ne font que passer par l'état d'Élémentaire.
D'autres âmes, en moins grand nombre, ne réagissent point ; mais acceptant, sans un effort pour en sortir, la misérable condition qui leur est faite, elles perpétuent leur passagère épreuve et n'aspirent plus qu'à repaître d'exhalaisons terrestres, à désaltérer de fluide humain ce corps astral, qu elles ont laissé généralement envahir à nouveau par les Lémures du nimbe. Tels sont les Élémentaires qui se manifestent parfois dans les séances spirites. Ils hantent volontiers les lieux où ils ont mené leur existence matérielle et assouvi leurs passions dominantes. C'est ainsi que le spectre d'un avare gardera le trésor qu'il a jadis enfoui ; ou que le fantôme d'un malheureux fou d'amour obsédera de ses assiduités posthumes la femme que, naguère amant, il persécutait de ses déclarations et de
ses poursuites. D'ailleurs, pour se manifester sur le plan objectif, les Élémentaires ont besoin, comme tous autres lémures, de la force psychique qui normalement leur fait défaut (1); aussi s'abreuvent-ils le plus possible à la source équivoque et souvent fangeuse de la médianité.
Si, malgré les secours qui leur parviendront de la part de l'humanité céleste (laquelle envoie à leur aide, jusqu'au fond du gouffre d'Hécate, des missionnaires de miséricorde), ces pitoyables Élémentaires persistent indéfiniment dans une existence dégradante, ils risquent d'aboutir, après des siècles de ce lent suicide, à l'abrutissement, à l'obscuration totale de l'étincelle divine; ils
(1) La force psychique fait défaut à l'Élémentaire humain, pour un motif très simple. C'est que l'état d'Élémentaire n'est, à vrai dire, qu'une transition entre deux existences : le corps matériel n'est plus là pour sécréter la force psychique sous sa modification terrestre de fluide nerveux ; et plus tard seulement, sur l'Antichtone. un nouveau corps, approprié à une existence nouvelle, élaborera la forco psychique sous la modification convenable à la vie éthérée.
C'est pourquoi, en règle générale.nciémentaire a besoin, pour se manifester sur le plan terrestre, du ministère d'un médium. Si, par exception, il peut spontanément apparaître, grâce à une notable proportion de fluide nerveux qu'il a su conserver de son existence matérielle, c'est en conséquence de certains cas de mort subite, quand l'homme est tombé foudroyé dans sa vigueur.
Quant aux mauvais daimones, — ces Élémentaires qui ont fait h 1$ persistance posthume de la fausse personnalité le sacrifice éternel de la vraie, — ils deviennent les maîtres et les initiateurs des magiciens noirs ici-bas, et peuvent, grâce au concours de leurs complices vivant sur la terre, entretenir des provisions constamment renouvelées de force disponible. Aussi l'accès leur est-il garanti sur le plan physique, où il leur devient loisible de se produire, même à défaut d'un médium en trance sur les lieux de leur manifestation. Ces êtres pervers, se sachant voués par avance à la destruction totale (puisqu'ils ont immolé, l'Éternité au Temps), n'ont point déplus grave souci que de perpétuer coûte que coûte, leur égoïste et misérable existence.
risquent même, prétend certaine École, de se réincarner sous forme animale !
En principe, le cône d'ombre n'est qu'un séjour d'épreuve passager, un purgatoire ; pour ceux-là seuls qui s'y éternisent volontairement, il devient un abîme de tortures sans fin, un enfer (1).
D'ailleurs, dans les cas fort rares où une exceptionnelle volonté, jointe en ces êtres à une vigueur animique peu commune, ne leur a pas servi à s'affranchir de cette « vallée de l'ombre de la mort » qui leur était assignée comme purgatoire, ils peuvent, — on l'a vu plus haut (2), — troquer leur héritage immortel contre un fief d'iniquité au royaume du « Satellite obscur », et devenir les légionnaires de l'Ombre, les mauvais Daimones de l'orbe magnétique inférieur.
Les Élémentaires résignés et les Daimones pervers se complaisent dans les basses régions du cône d'ombre ; mais les âmes en peine qui luttent bravement, s'efforcent d'en sortir, et s'élèvent à mesure qu'elles perdent de leur poids terrestre (3). Lorsqu'elles n'ont plus rien à dépouiller, si ce n'est leur forme astrale, il leur est donné de se tenir dans la pénombre, où quelque lueur d'espoir leur parvient. ïlereb a perdu pour elles de sa brutalité,
(1) C'est à un autre point de vue, que notre schéma de la page 610, désigne le cône d'ombre comme l'enfer, et les régions de la pénombre comme le séjour du purgatoire : il s'agit là d'une localisation, relative aux phases décroissantes de l'épreuve posthume.
(2) Voy. chap. n, pages 202-203.
(3) Nous devons prévenir nos Lecteurs que ces termes, ompruntés au phénomalisme patent du monde physique, ne peuvent être ici que des à peu près.
et la caresse d'Iônah se fait déjà pressentir : si bien que la pénombre n'est qu'un purgatoire fort adouci, à l'égard de V enfer du cône.
Enfin, toutes les Larves étant dissoutes dans le halo, comme elles ont été éliminées du corps astral, une torpeur s'empare progressivement de l'âme en peine ; c'est la fin de l'épreuve, c'est l'aube de la liberté ! La seconde mort se consomme : Psyché dépouille sa forme astrale, dont la substance, empruntée ou assimilée à l'atmosphère occulte de la planète (1), doit lui faire retour jusqu'au dernier atome.
Et, sa nudité céleste enfin reconquise, Psyché émerge avec l'aide de ses guides éthérés, au sommet du cône d'ombre : affranchie de l'influence hérébique, et mondifiée (2) par la vertu lunaire, elle va jouir de la vie éthé-
(1) Le corps astral, comme nous l'avons dit ailleurs (page 349}, préexistait en vérité à la conception du fœtus; mais, dans son labeur d edi fication organique, il s'incorpore avec la matière en sorte si intime, que sa propre substance éthérée se transmue profondément, et acquiert la qualité terrestre : c'est pourquoi désormais le corps astral ne pourra plus s'affranchir de l'attraction physique de cet orbe.
Suivant une autre école, que nous croyons dans l'erreur, le corps astral ne se formerait qu'après la conception et parallèlement au corps physique : ses éléments seraient donc littéralement empruntés au fluide terrestre. Il est certain que le corps physique à venir n'existe pas en puissance immédiate dans l'àme, mais dans le corps astral. Ce dernier n'existerait donc lui-même qu'à l'état potentiel dans l'àme (disons dans la faculté plastique d'appropriation) ?
Tel se conçoit l'état deux fois conditionnel que Fabre d'Olivet définit : puissance contingente a" être, dans une puissance d'être. Ce même mystagogue soutient que c'est là, dans la pensée de Moïse, le sens véritable de l'hiérogramme inn inn, qui a fait l'objet de tant de controverses, et qui est passé littéralement dans notre langue, comme synonyme de chaos, de désordre : tohu-bohu.
(2) Les anciens adeptes distinguaient la mondi fication d'avec la pu-
Digiti
LA SECONDE MORT (theuième clef d'un waw tarot).
Cette tslampe fort singulière se distingue de l'estampe XIII de tous les autres Tarots (éditions de Marseille et de Besançon, éditions italiennes, etc.).
C'est visiblement dans le feu, que le spectre de la Mort, ci-dessus figure', fauche les téta d'homme et de femme : emblème dont l'interprétation n'a rien d'obscur. Les âmes passagères du purgatoire astral sont au terme de leur épreuve posthume.— Désintégration du corps astral, et libération de la Psyché, captive jusqu'alors dans le cône d'ombre ou dans les secteurs de pénombre. (Voir notre schéma, quelques pages plus haut).
rée sur les libres plages de l'An tichtone; jusqu'à ce qu'une épreuve ultérieure, aboutissant pour elle à la purification définitive, lui assure droit de cité dans la divine citadelle, solaire et centrale, qui est le paradis des âmes glorifiées de notre système planétaire.
Ces mystères, bien connus de Moïse, ont été recouverts par lui d'un triple voile.
Rien de plus clair désormais, si l'on nous a bien suivi, que telle page d'abord énigmatique, où l'auteur de la Mission des Juifs, commentant leur grand hiérographe, intrigua tant d'amateurs passionnés des sciences secrètes.
rification; c'est-à-dire le lavage par Veau, grâce auquel on devient mundu* (rac. unda, Ctap), d'avec le nettoyage par le feu, grâce auquel on devient purus (rac. wOp). — Cf. Fabre d'Olivet, Langue hébr. rest., tome II, page 208.
La mondification est superficielle, en quelque sorte ; l'eau dissout les malpropretés extérieures ; — la purification est profonde : le feu dévore les impuretés au cœur même des substances soumises à son action.
La lune, emblème de l'eau, était considérée comme la déesse de la mondification ou du lavage extérieur. Son influence dépouille en effet l'Ame de son corps astral ; mais celle-ci garde encore, dans sa faculté plastique, le stigmate répercussif des souillures contractées pendant l'existence terrestre. Aussi, après un heureux séjour sur la planète éthérée que Platon nomme Antichtone, ou contre-terre, ou terre spiritueuse , l'Ame simplement mondifiêe subira une nouvelle épreuve en se réincarnant, soit sur la terre, comme le veut l'école hindoue, soit sur une autre planète, et dans des conditions meilleures, ainsi que l'enseignent la plupart des adeptes occidentaux.
Pour purifier la substance intime de l'Ame, il faudra l'épreuve du feu, dont le soleil est l'emblème : alors seulement. — la faculté plastique absolument détergée de toute macule interne, — l'Ame n'offrira plus de prise aux torrents des générations ; mais glorieuse désormais, pourra goûter dans lacitadelle solairo les allégresses de la communion universelle des élus.
Il s'agissait de la suivante de Lia et de sa postérité ésotérique.
a Zeljiha (dit M. de Saint-Yves), la suivante de Lia,... signifie la Caverne béante, l'Ouverture de la Profondeur, le Bâillement du Dessous, la Voix du Silence, la Lueur des Ténèbres, l'Aspiration du Vide.
« Elle est l'Orbe du Cône d'Ombre de la Terre, elle est la Heine de l'Epouvante, qui, pourtant, sourira un jour.
« Elle a deux fils, comme Rachel, son antithèse.
« Le premier est Gad, l'Entrée et rEnvahisssement, la Porte et la Portée, le Détroit elle Large, IeGoIfeet l'Engouffrement.
« Le second, le fond ou le sommet du Cône, est Azher, le Seuil de la Maîtrise, le Socle de l'Apothéose, le Piédestal de la Volonté mattrisante, l'Issue céleste de l'Ame victorieuse de la seconde Mort, l'Entrée apothéotique dans l'Akasa (1).
a Dans les mystères d'Eleusis et d'isis, on appelait cette issue la Couronne des Ailes (2). d
Ce tableau de l'exode posthume et de ses vicissitudes, que nous ne tarderons point à parfaire, est déjà suffisamment esquissé pour rendre raison du rite singulier dont nous avons promis la justification. A présent, peu de lignes y peuvent suffire.
Qu'est-ce que la lune, eii Kabbale hermétique ? Quel métal, évolué sous son influence directe, revêt pour les alchimistes l'hiéroglyphe bien connu : J ? L'étudiant le moins avancé répondra sans hésitation : Yargent. L'école de Géber n'enseignait-elle pas que la condensation des rayons lunaires engendre la fleur argentine, cette reine spagyrique, de même que la convergence des rayons solaires fait germer l'or, ce roi des métaux?
(1) L'Akasa dos hindous, c'est le pur éther, la lumière de gloire.
(2) La Mission des Juifs, pages 371-372.
La correspondance analogique du marteau n'apparaît pas moins évidente. En liturgie occulte, aussi bien que» magie cérémoniale (car c'est tout un), le marteau d argent sera le symbole de la vertu secrète de la lune, en tant que pondéreuse, compressive et accablante.
Or, il est temps de le dire, pour ceux qui ne l'ont pas deviné : l'action sélénique ne se manifeste pas exclusivement sur les hôtes du cône d'ombre ; elle se fait sentir sur les morts avant même qu'ils y soient arrivés (I). C'est à la lune, dispensatrice d'Hereb, qu'est due la séquestration de l'àme dans le cadavre, tant qu'elle n'a pas éliminé successivement les molécules hétérogènes sur quoi l'astre geôlier a prise, même de jour ; car il exerce sa pesée sur toute substance pseudo-psychique, coagulation des fluides épais de l'astralité terrestre... Et bien plus, au deuxième acte du drame de la posthume agonie, quand l'être abmatérialisé demeure assujetti au cadavre par une chaîne d'humiliante solidarité, c'est l'influx lunaire qui prolonge cette contrainte.
La lune darde, en un mot, la puissance astringente et ligatrice des formes astrales sur le plan matériel, — à l'inverse du soleil, agent libérateur, puis attractif des essences spiritualisées, au royaume du pur éther.
La signification occulte se précise, de la cérémonie en usage au lit de mort des souverains pontifes. Il s'agit de savoir si le corps de l'auguste défunt se trouve dans les
(1) Quand la mort frappe l'homme pendant la nuit, l'action sélénique se déploie sur le cadavre avec une intensité plus grande ; et si l'àme parvient à briser sa chaîne avant le lever du soleil, elle est «toute rendue» au champ de Proserpine,oii la seconde mort l'attend.
conditions requises, pour que la tentative thaumaturgique du rappel à la vie puisse offrir quelques chances de succès.
Tous les détails de la cérémonie donnent à penser que la mort n'est pas encore tenue pour définitive. La tète du pape est couverte d'un voileblanc, couleur emblématique de l'influence lunaire (1); le cardinal camerlingue est vêtu de violet : c'est l'indication d'un deuil provisoire et mitigé d'espérance. Quant aux paroles du cardinal, à Tissuede l'infructueuse tentative, elles sont assez claires pour qu'on se dispense de les souligner.
Que si l'on ne voulait voir dans ce rite, encore machinalement pratiqué de nos jours, qu'une simple formalité équivalant à la visite du docteur municipal, en vue d'obtenir de lui licence d'inhumer : nous accorderions que c'est sans nul doute l'avis de bien des interprètes contemporains, et — nous le craignons fort — du cardinal camerlingue lui-même î De là, vraiment, à convenir que telle était toute la visée des auteurs du très ancien rituel, il y a fort loin. Dans l'hypothèse en litige, le médecin serait mandé de préférence au prélat, pour une constatation qui, sans contredit, ressortirait à l'homme de l'art. Puis l'approche d'un fer rouge à la plantedes pieds semblerait d'un critérium plus certain que trois coups légèrement frappés sur la tête avec un marteau d'argent 1 Pourquoi d'argent ?. . Mais nous aurions mauvaise grâce — ajou-
(1) Peut-être le blanc est-il la couleur des vêtements pontificaux, pour donner à entendre que le vicaire de Jésus-Christ est son image et son reflet sur la terre ténébreuse, comme la lune est l'image nocturne du soleil, et sa blanche clarté un pâle reflet de l'astre glorieux ?
tez-y : quelque honte — à discuter plus longtemps une thèse pareille. Nous ne la mentionnons au passage, que parce quelle a été soutenue devant nous, le plus sérieusement du monde, par un prêtre d'ailleurs érudit et sincère.
Les trois coups frappés, joints au triple appel qui les souligne, équivalent à une évocation précise de l'âme défunte, adjurée par le thaumaturge sacerdotal de donner un signe, au cas où l'essai du rappel à l'existence offrirait quelque espoir de réussite. Trois est le nombre sacramentel du Verbe, de la Résurrection et de la Vie.
Les adjuvants de chambre, familiers respectueusement dévoués à la personne du pape, servaient, selon toute vraisemblance, d'éléments négatifs, pour l'improvisation d'une chaîne magique, où figurait le cardinal camerlingue, à titre de nature positive. D'une part, le thaumaturge ecclésiastique tendait au défunt un câble de fluide et de volontés unies, par quoi il mettait un subside de force nerveuse à sa disposition, pour ressaisir les rênes de l'organisme ; d'autre part, le rapport kabbalistique du signe à la chose signifiée conférait au triple appel nominal une efficacité suprême, tandis que la même loi décuplait et concentrait pour ainsi dire sur un point la vertu assujettissante et ligatrice de la lune, symbolisée par l'usage du marteau d'argent. C'était paralyser pour un temps l'effort de l'âme sortante, en accumulant sur elle Pinfluence hérébique à son maximum d'intensité, que multipliait et dynamisait la volonté conforme du thaumaturge et le veto de son verbe d'inhibition. Au cas où l'âme, encore captive, peinait à se défaire de sa fausse
personnalité, le rite du marteau (Targent devait interrompre la « confession au tribunal de l'Abîme ».
Si quelque signe, — un mouvement musculaire du cadavre, ou des coups frappés, ou tout autre indice, — eût manifesté la présence de l'âme auguste et présagé son possible retour, nul doute que le cardinal pontifiant n'eût alors mis en œuvre quelqu'un des procédés du résurrectionnisme, bien connus des apôtres et des premiers adeptes de la religion chrétienne, et que nous avons signalés plus haut. Par contre, la cérémonie manquant son effet, il restait loisible aux oracles du sacerdoce de la taxer de pieux usage, ou de feindre de n'y voir qu'une simple formalité de solennelle constatation.
Notons, pour en finir avec ce rite étrangement significatif, que les coups sont frappés au sommet de la tête, parce que c'est là, un peu en arrière de la suture crânienne, — par le trou de Brahma, diraient les maîtres hindous, — que s'opèrent à la mort la désassimilation et l'exode. Mais si l'on voulait se servir du marteau d'argent pour provoquer le réveil d'un médium ou d'un adepte cataleptisés, en phase de bilocation, il faudrait également agir sur les régions du cœur et du grand sympathique; puisqu'en cette dangereuse expérience, de notables agrégats fluidiques s'extériorisent à hauteur de ces organes. Dans ces cas de léthargie, l'influence compressive évoquée par l'usage du maillet d'argent n'agirait plus identiquement comme au lit de la mort : c'est en resserrant la chaîne sympathique qu'elle favoriserait la réintégration du corps astral.
On voit qu'entre l'état posthume et celui qui résulte
de la projection du double corporel, il sied de relever de très essentielles différences, non seulement dans les rapports qui relient l'âme à sa dépouille physique, mais encore dans le mode du dédoublement, comme à l'égard des issues par où ce phénomène s'accomplit.
Le magicien en phase bilocative peut appeler à soi la force nerveuse de son organisme, par le véhicule de la chaîne qui reste tendue de l'un à l'autre; — tandis que l'âme en peine, qui a épuisé sa réserve dynamique au cours de la double agonie qu'elle vient de subir, (terrestre et posthume), ne peut compter que sur autrui pour renouveler la provision de forces disponibles, qui lui est indispensable, afin de sortir victorieuse des épreuves de son purgatoire.
Quelquefois, avons-nous dit, de pareils subsides peuvent être octroyés par les goëtes des cercles mauvais, qui veulent accaparer une âme et lui feront payer bien cher un secours passager... Mais ce piège assez rare peut être déjoué. En règle générale, c'est d'une source avouable que procède le bienfait : la loi de solidarité humaine est intervenue...
Nous avons promis, on s'en souvient, de revenir sur cet adorable mystère de l'amour et de la bienfaisance posthumes ; car c'est à l'heure du désespoir que l'âme, accablée par une épreuve qui passe ses forces, sentira qu'elle n'est point seule, et recevra le gage de la plus tendre sollicitude.
Mais d'où viendra cette aide à l'âme désincarnée ? — D'ici-bas et de là-haut : de la douleur des parents ter-
restres, et de la pitié, disons mieux, de l'amour des célestes parents. L'âme n'a pas commencé son purgatoire dans le gouffre d'Hécate, que déjà, sur l'Antichtone lumineuse, sa venue est annoncée et sa place préfixe.
Si bizarre que semble cette théorie, qu'on daigne y réfléchir ; et peut-être ne l'estimera-t-on dépourvue ni de logique, ni de vraisemblance.
La famille est une réalité sur le plan subjectif comme sur la terre. Quand un enfant s'incarne ici-bas, qui nous dit qu'un groupe de parents ne pleure point là-haut la mort d'une âme?
« Encore une étoile qui file, Qui file, file, et disparaît î... »
Mais, en perdant une famille au monde de la vie empyrée, cette âme qui va naître en acquiert une autre au monde de la vie charnelle. Des bras seront là pour recueillir l'ange au terme de sa chute; une ineffable sollicitude va désormais veiller sur lui. Ses parents lui apprendront peu à peu à faire usage de son corps, masse opaque où vient sa lumière de s'engloutir et de s'éteindre ; mais dont les organes seront plus tard autant d'instruments de contrôle à son service, pour explorer et connaître ce monde étrange où il est descendu. Ainsi sans doute le nouveau-né de la vie arômale retrouve une famille prête à l'accueillir au delà du sombre fleuve : de tendres parents qui vont l'initier progressivement à sa vie nouvelle.
La famille se composera-t-elle des mêmes individus là-haut qu'ici-bas, ou réciproquement? Les ainés qui ac-
cueilleront le néophyte de la vie céleste sont-ils des ancétres, au pied de la lettre ? nous voulons dire — des individus de la même famille terrestre, morts avant lui? — Cela est une autre question, et tout ce que nous en pouvons dire, c'est qu'il paraît consolant de le supposer.
L'examen de cette hypothèse va d'ailleurs fournir l'occasion d'une remarque, omise par nous jusqu'à présent : à savoir que, le plus souvent, sur cette terre, nous ne connaissons d'un homme que sa fausse personnalité, celle qu'il dépouillera dans les affres de la mort et de la seconde mort, et qui est vouée à se dissoudre, plus ou moins vite, conjointement ou parallèlement au corps astral, périssable aussi. L'entité vraie, l'individualité durable. Tâme en un mot, n'apparaît point ordinairement marquée à ce sceau d'originalité ou de particularisme qui commande et fixe l'attention : l'entité vraie nous échappe totalement. — Ce qui nous frappe à chaque instant, chez l'immense majorité des hommes, c'est le tour d'esprit, aussi bien que l'allure extérieure: ce sont la désinvolture ou la timidité, la manière d'être, de s'exprimer, de se tenir; joignez-y les minuties du caractère, la bonne ou la fâcheuse humeur, les petites manies, les faiblesses pittoresques ou ridicules... toutes ces choses enfin, dont l'addition forme un total qui nous représente « Monsieur un tel ». Voilà ce qui constitue la personnalité terrestre. Eh bien, toutes ces choses, caractéristiques à nos yeux, d'un être que nous estimons connu, par cela même que nous les avons notées ; — toutes ces choses, marchandises prohibées du bagage immortel, n'outrepasseront point l'atmosphère seconde de la planète dont elles sont
des produits : elles resteront, il est vrai, le propre de la personne défunte, tant que celle-ci se maintiendra dans la condition d'Élémentaire ; mais une fois la réelle entité libre de ses entraves et sublimée vers un nouveau mode d'existence, toutes ces choses, inséparables de la fausse substance animique, resteront captives de l'Astral terrestre. Enfin Y Ombre (ou coque fluidique en voie de se dissoudre) les attirant à soi, en accueillera le reflet dans sa lumière moribonde, pour en garder quelque temps l'indécise empreinte ! Ainsi, soit qu'avec Paide d'un médium, les habitants de notre planète évoquent l'Élémentaire humain, soit qu'ils parviennent à réactionner l'Ombre inane, qui n'en est plus qu'une dépouille, un résidu, une scorie : ce sera, dans les deux cas, la personnalité terrestre, — celle que nous avons connue, — qui se manifestera, parfaite ou imparfaite.
La conséquence, c'est que la plupart des êtres qui ont vécu sur la terre dans une étroite intimité, se croiseront sur TAntichtone sans se reconnaître aucunement, puisque leurs traits de ressemblance auront disparu, avec la mémoire de tout ce qui ne résidait pas, ou dans l'intellectuel pur, ou dans les sentiments les plus nobles de l'âme. A peine de rares humains pourraient-ils se retrouver làhaut tels qu'ils se sont connus, qui, — dès leur existence physique, fervents de l'altruisme et de la spiritualité, se sont manifestés ici -bas l'un à l'autre par les plus sublimes attributs de l'intelligence et du cœur. L'exceptionnelle faculté de se reconnaître dans l'autre monde deviendrait ainsi le privilège aristocratique des âmes. Elle serait
la récompense des adelphals intellectuels les plus purs,
des affections hautement désintéressées, des absolus dévouements, des belles et saintes amours : parce qu'il est écrit que V amour est plus puissant que la mort. — Quant au commun des hommes, s'ils se rencontrent là-haut, ils ne se soupçonneront même pas. Tout au plus éprouverontils parfois la vague impression de déjà vu, que nous ressentons en présence de certaines personnes, qui, dès le premier coup d'oeil, nous semblent familières, et commandent notre amitié immédiate, ou soulèvent en nous de farouches et soudaines antipathies. Et ce sera tout...
C'est assez dire, qu'à supposer que les aïeux terriens devinssent les parents antichtoniques, cette identité serait de médiocre conséquence pour le plus grand nombre de nous, puisqu'il ne nous serait probablement donné, ni d'être reconnus d'eux, ni de les reconnaître.
Quels qu'ils soient d'ailleurs, ces parents, — dès que l'individu trépassé sur terre commence son voyage, une respectable tradition nous les montre attentifs, qui déjà veillent sur lui, de près ou de loin, et lui viennent en aide dans la lutte qu'il va soutenir. Mais le touchassentils, que le nouveau-mort ne les verrait pas plus qu'un nouveau-né n'aperçoit encore le médecin qui l'aide à rendre le méconium, ou tranche le cordon ombilical qui rattache l'enfant à sa mère. La Psyché posthume, à mesure que ses organes propres se développeront, prendra connaissance du monde subtil qui l'entoure.
Toutefois, une dissemblance profonde est à saisir, entre le nouveau-né et le nouveau-mort (1). L'àme du pre-
(1) L'analogie serait plus exacte, qui homologuerait l'état posthume
mier est une page blanche, pour ainsi dire : du moins les écritures karraiques, comme tracées à l'encre de sympathie, ne se développeront que plus tard aux réactifs temporels ; tandis que l'autre a besoin de sa conscience et de sa volonté terrestres, pour soutenir 1 épreuve qui l'attend. Ce n'est qu'une fois la seconde mort consommée, et le corps astral dépouillé comme une tunique en lambeaux, quel être humain, avant son assomption sur l'Antichtone, perdra connaissance dans l'eau du Léthé : baptême d'une vie nouvelle, et absolution de l'ancienne !
Mais s'il est permis de pressentir l'accueil fait à l'être abmatérialisé sur le seuil de la vie arômale, et l'influence tutélaire dont il bénéficie peut-être, sans la sentir encore ; c'est d'ici-bas que peut et doit émaner l'auxiliation décisivement efficace, et plus ou moins promptement libératrice.
Tous les théocrates l'ont compris, et toutes les religions solennisent, règlent, consacrent, par les rites funéraires et le culte des morts, l'émission de ce subside bénéfique. De quel secours sont les prières, les symboles et les cérémonies religieuses, à l'agonisant, puis au défunt : c'est ce qu'ignorent ceux-là même, qu'un vivace et sublime instinct pousse, — indifférents, sceptiques, voire athées, — à rendre un culte aux trépassés. Par une dérogation bien remarquable à leurs habitudes, on les voit, sous prétexte d'un enterrement ou d'une cérémonie commémorative, foulera nouveau le parvis des églises longtemps
de lame avec celui qu'elle a connu dans l'intervalle de sa chute à son incarnation (Voy. pages 480 et suiv.).
désertées par eux. Routine, se disent-ils, et sacrifice aux bienséances; niais quelle secrète influence les subjugue au caprice d'une routine, aux respects des convenances dont ils s'affranchissent sans scrupule en toute autre conjoncture ? Se le sont-ils demandé?...
Le cérémonial funèbre est une savante orchestration de la douleur des amis et des proches, exhalée en un concert de bruyants sanglots ou de muets soupirs.
Nous avons démêlé, au chapitre v, l'ésot^risme de certaines causes passionnelles, celles en particulier de la peur sans motif appréciable, et de l'instinct sadique. Du même coup, nous laissions entrevoir la fonction providentielle des larmes pleurées sur un cercueil.
Il n'est point de passion intense de l'âme qui ne se traduise, h son paroxysme, par une abdication de la Volonté inconsciente (I) dans le gouvernement de la vie. Alors, les liens compressifs de l'organisme occulte venant à fléchir, le réservoir delà force nerveuse disponible laisse échapper à flots sa précieuse liqueur. La vie, au degré de perfection quelle atteint chez l'homme, n'est point ainsi
(1) Nous n'ignorons pas que la volonté de l'individu, consciente lorsqu'elle s'exerce dans les sphères de son intelligence ou de son entendement, ne l'est plus lorsqu'elle agit dans les bornes de sa Psyché passionnelle ou dans le domaine de son inslinct. Or la Puissance qui commande sur le corps astral, et par lui. sur le système ganglionnaire et ses réserves de force nerveuse, — c'est la volonté inconsciente, c'e>tà-dire, qui veut en nous sans que nous ayons conscience de vouloir, et cesse de vouloir en nous, sans que nous sachions ne vouloir plus.
L'art de porter la lumière dans cetto portion obscure de la volonté constitue l'un des plus profonds arcanes de la magie. Nous en avons «lit quelque chose, nuiis en termes discrets, au chapitre iv de cet ouvrage.
répandue sans destination naturelle, ou du moins sans immédiat emploi : tant d'êtres, autonomes ou parasitaires, en sont avides insatiablementî Magique breuvage, la vie donne jusqu'à l'illusion de l'immortalité à ces Lémures inconsistants qui peuplent le nimbe, et ne sont que les blasphèmes du verbe inférieur, les mensonges de l'Existence prompte elle-même à se décevoir ! A plus forte raison pareil élixir sera-t-il un réconfort pour des Entités moins infimes et d'un grade notable sur l'échelle de l'évolution.
Le plus souvent, l'hémorragie fluidique de source passionnelle tourne au profit des Élémentaux, comme dans le cas de peur irraisonnée, — ou sert à nourrir des Larves, comme dans le cas de jalousie. Mais pour utiliser les affres du désespoir, consécutif à la perte d'un être cher, une loi providentielle intervient, qui réserve au bénéfice du mort cette effusion vivifiante; et, tribut suprême de la terre à l'enfant qui vient de la fuir, ce subside dynamique dont nous avons parlé, qui corrobore Yàme en peine au plus dur de l'épreuve posthume, — n'a point d"autre origine.
Que si l'on s'enquiert du véhicule intercosmique, propre au transport de cette force ainsi libérée; si l'on demande quel canal l'endigue et la conduit jusqu'au pauvre défunt qui s'en abreuvera : c'est, répondrons-nous, l'atlinité sympathique et secrète qui, de la terre au Ciel et d'une vie à l'autre, relie tous les membres d'une même famille, la tige virtuelle qui porta toutes les fleurs d'un même sang. — Affinité si réelle, qu'à vrai dire, elle seule explique le phénomène, fort étrange et fréquent,
LA CLEF DE LA MAGIE NOiKE
des trépas sériels, qui déconcerte les doctes, mais dont le naïf populaire a de suite compris le sens occulte, qu'il a traduit et consacré par un proverbe : les morts s'appellent !
Quoi de moins rare, en effet, quoi de plus impressionnant aussi, que de voir une famille prospérer vingt ans et plus, à l'abri, non pas seulement d'une catastrophe, mais de la moindre disgrâce du Sort, gagner du terrain par la naissance, sans en perdre par le décès; sans qu'au recensement des anniversaires, un seul de ses membres défaille à l'appel!... Enfin, après une lutte prolongée, l'un d'eux succombe, et c'est souvent l'aïeul. Tel un chêne sous la cognée, il a longtemps et vaillamment souffert les atteintes du mal qui l'emporte. Il tombe, — et le spectre de la Mort, tant d'années absent, ne cesse plus de planer sur le home; et successivement, en quelques mois, autant de cercueils s'alignent au caveau funèbre, qu'on avait vu de berceaux se multiplier au logis. Parfois la contagion gagne les branches latérales... On dirait qu'une invisible chaîne reliât entre eux tous ces parents, et que l'un d'eux, s'effondrant, ait entraîné tous les autres dans sa chute. Il n'est que trop vrai que la chaîne existe, et le peuple, qui, à s'élire un avis, opte de préférence pour le moins complexe, opine que le premier en allé a fait aux autres signe de le suivre : les morts s'appellent!
» Toutes ces notions de solidarité familiale et de réversibilité dynamique, rattachant aux incarnés ceux qui viennent de fuir la prison du corps, — étaient parfaitement
connues et mises en pratique dans les temples de l'antique Sagesse.
Sur ces données occultes, un monument s'élevait de toutes parts, sanction de la vie immortelle dans la mort même, promesse de l'éternité bienheureuse dans le temps! C'était la religion des sépultures, si célèbre en Égypte et en Assyrie ; le culte des ancêtres, encore si vivace dans tout l'Extrême-Orient, et qu'au siècle dernier les missionnaires dominicains ont fait proscrire par l'Église romaine, comme impie et superstitieux. Plus habiles, les missionnaires de la compagnie de Jésus en avaient toléré, de longue date, le cérémonial chez leurs catéchumènes : si bien que, sous la direction des bons Pères, les Chinois, pour qui ce culte ancestral est tout, adoptaient en nombre la foi du Christ, dans lequel ils pensaient voir un nouveau Bouddha. Mais les Frères prêcheurs, jaloux des succès de leurs rivaux séculaires, obtinrent de Rome une bulle de condamnation contre le procédé jésuitique (1): la source des conversions en tarit soudain, et de ce jourlà, c'en a été fait du Catholicisme en Extrême-Orient.
Aujourd'hui, que l'hostilité flagrante de la Science et delà Foi semble avoirdéterminé comme un schisme dans l'indivisible Vérité, réduite à l'antinomie de deux aspects contradictoires, il est difficile de concevoir jusqu'où, dans les cryptes de TÉsotérisme, le contrôle scientifique le plus rigoureux s'exerçait jadis, pour la vérification des
(1) La querelle dura cent ans, entre les héritiers spirituels de Saint Dominique et ceux do Saint Ignace de Loyola. Ce fut Benoit XIV qui prononça, au siècle dernier, la condamnation définitive de la méthode Jésuitique en Chine.
doctrines religieuses : loin de se contredire, alors, le positivisme expérimental et l'intuition mystique s'émulaient vers la découverte et la mutuelle consécration du Vrai (1). Nos contemporains auraient peine à se représenter quels liens de correspondance immédiate les anciens sacerdoces avaient su tendre, d'une rive à l'autre de l'existence, de l'envers à l'endroit de la substance cosmogonique; et quels rapports hiérarchiques, précis et indiscutables, ils entretenaient avec les âmes dégagées des entraves du corps.
La communion avec le Ciel antichtonique, ou même avec la citadelle solaire des âmes glorifiées, n'est interdite qu'aux hommes dont la personnalité, restreinte dans les régions inférieures de la Psyché passionnelle et instinctive, doit conséquemment se dissoudre a la mort, comme nous l'expliquons à la page 625. Mais il est des hommes qui dominent la chair d'assez haut pour se maintenir conscients et actifs dans la région spirituelle de leur être : ceux-là peuvent lier commerce avec les âmes victorieuses de la seconde mort. Telle était la base du glorieux culte des ancêtres, docte et hiérarchique, dont la religion des Mânes n'était déjà plus à Rome qu'un reste dégénéré, une réminiscence presque machinale, tandis que le spiritisme anarchique de nos jours en présente la contrefaçon pitoyable et la burlesque caricature (2).
(t) Il est vrai do «lire, au reste, quolo positivisme expéri mental des hiérophantes connaissait d'autres critères que la science positive de nos docteurs contemporains, et savait s'ouvrir un champ d'observation plus étendu.
(2) « Un spiritc en rencontre un autre. — Quoi de neuf, cher ami, depuis que j'ai eu lo plaisir de vous voir à l'évocation de la mère Mo-
LA MOKT ET SES AUCANES G33
Mais dès les temps reculés où la haute et divine Magie iHait l'âme même du sacerdoce, les adeptes de la goètie parodiaient, dans les ténèbres profanes, les théurges du sanctuaire.
Plus une lumière scintille brillante et pure, plus noire et plus précise se projette l'ombre des objets qu'elle baigne de ses rayons. Hors de l'enceinte consacrée, les vérités occulles se traduisent presque toujours en dégradantes superstitions ; et les cérémonies augustes dégénèrent en pratiques subversives, ambiguës et parfois hideuses. C'est une conséquence fatale de l'imperfection humaine, — et nous ajouterions, le seul inconvénient de la méthode ésotérique, si, dans le catholicisme moderne, d'où l'ésotérisme est exclu, la même matérialisation superstitieuse ne se faisait apercevoir, nonobstant la publicité des mystères... La caractéristique des formes religieuses ainsi défigurées par la réfraction en un milieu moins pur, c'est de grimacer dans l'outrance.
La haute psychurgie se bornait à solenniser la douleur des amis et des parents, afin de mettre en œuvre, au bénéfice du mort, le subside de force nerveuse qui lui doit être si utile. La sorcellerie prétendit faire plus.
Les adeptes de la magie noire, pour décupler l'émis-
reau, chez l'abbé X?... — Pas grand chose, si ce n'est toutefois quo ma tante est morte... — Ah f elle est morte ? C'est très bien ! — Mon Dieu oui, morte et enterrée. — Elle se porte bien, du reste ? — Mais parfaitement ; je vous remercie. Elle vient me voir tous les jeudis. — Aht c'est votre jour de réception? — Pour les morts, seulement; je reçois les vivants le lundi. » (Le Siècle, n° du 15 juillet 1853.)
Cette spirituelle saillie d'un journaliste est à peino une charge; nous savons des spiriles qui parlent sérieusement ainsi !
sion dynamique, imaginèrent d'ajouter la douleur physique au chagrin moral, et de mêler le sang aux larmes. Ils prescrivirent aux proches de se balafrer d'incisions par tout le corps, en pleurant les trépassés : pratique sauvage, que certains sacerdoces dégénérés adoptèrent par la suite, et qui était devenue bien coutuinière en Asie- Mineure, au temps de Moïse, car il dut la proscrire expressément dans sa Loi. Citons un verset des plus curieux du Sepher Wa-îkerâ iOp'T "15D (traité plus connu des modernes sous le titre du LévUique); un verset dont la portée véritable a échappé aux commentateurs :
: rrirr w DM
« Une incision pour une âme (défunte), point n'en ferez à la chair à vous; des marques stigmatisées (tatouages), point n'eu ferez sur vous : moi Ihôah ! »
(lévitiqib, chapitre xix, y. 28).
La Bible d'Osterwald, d'accord avec toutes les versions exotériques, interprète ainsi ce verset : « Vous ne ferez point d'incisions sur votre chair pour un mort, et vous n'imprimerez pas de caractères en vous : je suis PÉternel. »
M. S. Cahen, auteur d'une bonne traduction littérale de la Bible, rend par « un cadavre » le mot qu'Osterwald rend par « un mort », et que nous avons cru devoir traduire par «une âme » : car tel est, en vérité, le sens ésotérique du vocable Nephesch (2). Mais en admettant
(1) Par l'hiérogramme Nephesch, Moïse entend presque toujours
e sens accrédité par les traducteurs, notre thèse n'en souffrirait pas.
M. Cahen consigne en note cette remarque, que « les peuples orientaux, et même les Romains avaient l'habitude, aux funérailles de leurs proches, de se faire des incisions en différents endroits du corps. Cet usage (ajoute-t-il) subsiste encore chez les Arabes... On voit dans Jérémie que cette prohibition était mal observée chez les Hébreux. Voy. Jérémie, chap. xvi, f. 6; ch. xli, t. 5; ch. xlvu, 5, etc.. (1) »
Les tatouages, ou stigmates, qu'interdit en outre le Lévitique, sont magiquement quelque chose de plus que de simples incisions : ils symbolisent l'évocation des Invisibles, et sanctionnent le pacte avec ces Puissances, par l'indélébile inscription de l'hiéroglyphe évocatoire, à même la chair des évocateurs.
Moïse ne condamnait pas sans raison ces rites abusifs, et beaucoup plus profitables aux Larves impures qu'à toute autre classe d'Invisibles. Non seulement de pareilles scènes d'ivresse astrale et sauvage sont nuisibles aux assistants, qui multiplient dans leur milieu les spectres parasitaires et attirent les Lémures vagabonds en leur offrant
l'àrne dans sa triple nature, et dans l'ensemble de ses opérations. (Voy. Fabre d'Olivet, Langue hébraïque restituée, tome H, page 51-53). Mais les Kabbalistes entendent de préférence, par co vocable, le corps astral, et la faculté plastique qui lui sert de substratum : en un mot, la viefluidique de l'âme, par opposition à rfil Roùach, sa vie passionnelle, et à Neschamah, sa vie spirituolle. Ce sens est précieux à relever, au point de vue qui nous occupe.
(1) La Bible, traduction nouvelle avec l'hébreu en regard, par S. Cahen, Directeur de l'École Israélite de Paris, etc. — Paris, 1832, in-8, tome 111, page 89.
des banquets ensanglantas; bien plus, ces pratiques n se conçoivent que funestes à famé en détresse, vers qu s Vpanche un courant de fluide orgiaque, saturé de Larves malfaisantes, aveugles et brutales.
Accomplir des rites sanglants sur une tombe entrouverte, c'est faire pis, peut-être : c'est suggérer à l'dmf ' encore empêchée dans les entraves magnétiques du cadavre la tentation de ne les point rompre; c'est lendiv vers elle la coupe abominable du vampirisme.
Nous avons agité, au tome précédent, la question des Vampires ; ce qui nous dispense de nous appesantir en celui-ci sur les turpitudes d'un crime posthume, heureusement assez rare, quoiqu'il en existe nombre d'exemples dûment avérés. Nous avons le droit de tenir notre Lecteur pour suffisamment renseigné sur la question de fait ; au surplus, la Magia posthuma de C.-F. de Schertz (1) et le Traité sur les apparitions des Esprits et les Vampires du P. dom Calmet (2) cataloguent une certaine quantité de récits où l'on pourra se reporter. C'est au siècle dernier surtout que le problème du vampirisme, bruyamment posé et diversement résolu, a fatigué les triples échos de l'Europe savante, philosophique et religieuse ; mais les revenants meurtriers ont été connus de tous temps sous les noms divers de Broukolaques, de Stryges, de Ghôles et de Lamies (3).
(1) Olmatz. 1706, in-S.
(2) Paris, 5 751, 2 vol. in-12.
(3) Pausanias, cité par M. de Mirvillo (des Esprits et de leurs nrini f estât ions diverses, tome IV, page 392), signale un article de la législation des Cretois, «jui ordonnait de « brûler les cadavres qui sortaient
Ces dernières appellations s'appliquaient tantôt à des spectres sanguinaires (t), et tantôt à des monstres à face humaine, qui, affamés et libidineux tout ensemble, violaient les sépultures, et, convives du ver et du corbeau, y célébraient les frénétiques agapes de la putréfaction et les orgies silencieuses de la mort. Cette double dépravation, qui n'est point, comme on le sait, sans exemple de nos jours, relève plutôt de la pathologie mentale que de l'Occulte proprement dit. Nous ne nous y arrêterons pas.
Véritable maladie posthume, héréditaire parfois et même épidémique, le vampirisme serait aussi du ressort de la médecine : mais il tombe au premier chef sous la compétence du magiste. 11 est d'ailleurs, à l'ordinaire, contesté par les oracles de la science, qui recourent, en vue d'expliquer les faits garantis par tant de témoins oculaires, à un édifice infiniment compliqué d'hallucinations réciproques et de délires concomitants. Le docteur Calmeil, qui, pour définir la cause d'autres phénomènes, à son gré purement subjectifs, nous parlait naguère de troubles liystérodémonopathiques, tire cette fois de son sac-à-malice le vocable, aussi lumineux que péremptoire, de spectropatliie (2).
de leurs tombeau.r pour rentrer dam leurs familles, ou de leur percer la têteavec un clou ». Ainsi, non seulement le vampirisme était connu des anciens, mais ils pratiquaient déjà le remède usité depuis en Grèce, en Moravie, en Pologne, on Hongrie, pour arrêter les ravages du fléau.
(1) Souvent, par extension, les occultistes nomment Vampires les entités lluidiques parasitaires qui, plus consistantes que les Larves proprement dites, perpétuent leur existence aux dépens de l'individu complaisant à les nourrir. — C'est en ce sens qu'au chapitre iv, nous avons parlé de vampires dévorants (page turij.
(2) Calmeil, de la Folie, Pari-, 1843, t vol.. tome II, in fine.
C'est beau, la Science!...
Il faut bien que le revenant meurtrier se présente à ses victimes en corps astral, puisqu'il pénètre dans les demeures, toutes portes et fenêtres closes, et disparait soudain comme il est apparu. Il tue en deux ou trois visites, parfois en une seule, les êtres vivants qu'il assaille : il leépuise en leur dérobant leur vitalité, par une sorte de succion fluidique. Il serait surperflu d'insister sur l'analogie homologuant le cas qui nous occupe avec les mystères dynamo-spirituels effleurées au chapitre v(I ), comme avec l'énigme de la Lycanthropie, que nous aborderons au chapitre vu, sous le titre de Magie des transmutations.
Le Vampire s'attaque d'aventure aux animaux domestiques. Parmi les hommes, il s'en prend à ceux dans la familiarité desquels il a vécu ; préférablement, à ses proches. Une tradition, d'ailleurs sujette à conteste, veut que les personnes mortes du baiser vampirique deviennent vampires à leur tour...
Souvent leur cadavre ne porte aucune'marque de violences. On cite néanmoins des cas où le Vampire, pratiquant une blessure au cou de sa victime, se serait abreuvé h même son sang.
« Il se trouvait (écrit le Dr Calmeil) au nombre des vampires, auxquels le Comte de Cabreras fit couper la tète, en 1728, un bomme mort depuis plus de trente ans, qui était revenu par trois fois dans sa propre maison, à l'heure du repas, et avait sucé le sang au epu, la première fois à son propre frère,
(1) Voyez pages 552 et suiv. — Cf. aussi notre théorie des Larve*, chap. 11 de la Clef de la Magie noire.
la seconde à l'un de ses fils, la troisième à un valet; tous trois étaient morts sur le champ. Il fit brûler un troisième vampire, qui était enterré depuis plus de seize ans, et avait sucé le sang et causé la mort de ses deux fils (l). »
Les faits sont constants, certifiés par des procès-verbaux nombreux et authentiques. Ce qu'on observe uniformément à l'exhumation des cadavres inculpés, on peut en lire ledétail au premier tome du Serpent de la Genèse (2). Quant à l'occulte justification de ces phénomènes anormaux, à coup sûr on l'entrevoit... Il n'est rien d'étonnant h ce que le R. Père Calmet, qui ne soupçonnait point la théorie kabbalistique du corps astral, s'étonne de la conservation et de la vie végétative des cadavres, dûment enterrés.
« Ce n'est pas là (dit-il pourtant) la principale difficulté qui m'arrête ; c'est de savoir comment ils sortent de leurs tombeaux : comment ils y rentrent, sans qu'il paroisse qu'ils ont remué la terre, et qu'ils l'ont remise en son premier état: comment ils paroissent revêtus de leurs habits, qu'ils vont, qu'ils viennent, qu'ils mangent. Si cela est, pourquoi retourner dans leurs tombeaux ? que ne demeurent-ils parmi les vivans? pourquoi sucer le sang de leurs parens? pourquoi infester et fatiguer des personnes, qui doivent leur être chères, et qui ne lesont pas offensés ? Si tout cela n'est qu'imagination de la part de ceux qui sont molestés, d'où vient que ces Vampires se trouvent dans leurs tombeaux sans corruption, pleins de sang, souples et maniables ; qu'on leur trouve les pieds crottés le lendemain du jour qu'ils ont couru et effrayé les gens du voisinage, et qu'on ne remarque rien de pareil dans les autres cadavres enterrés dans le même tems, dans le môme cimetière? D'où vient qu'ils ne reviennent plus, et n'infestent
(1) Dr Calmeil, de la Folie, tome 11, page 432.
(2) Pages 222-224.
plus, quand on les a brûlés et empalés? Sera-ce encore l'imagination des vivans et leurs préjugés, qui les rassureroo après ces exécutions faites? D'où vient que ces scènes se renouvellent si souvent dans ces pays, qu'on ne revient pou ' de ces préjugés, et que l'expérience journalière, au lieu de ledétruire, ne fait que les augmenter et les fortifier (1) ? *
On voit que, sur le lait de la réalité des phénomène-, l'érudit bénédictin répond, plus d'un siècle à l'avancv. aux théories des savants tels que le Dr Calmeil, qui voient dans les êtres vampirisés que les victimes d'une maladive imagination. La doctrine esquissée par nouau précédent tome (pages 229 et 381) semble ivsoudw la plupart .des diiîieultés dont s'effare la logique du Loi: Père (2). L'assassin d'outre-tombe n'est pas un cadavit galvanisé pour un temps par une soif monstrueuse nV pourpre humaine, puis rentrant dans sa fosse pour \ cuver ce sanglant breuvage, comme un ivrogne euvo son vin. Non, le revenant serait un Élémentaire anticipé, — l'àme du défunt qui, vaguant en corps sidéral
(1) Doin Calmct, Traité des apparition» et des vampires, torue II, pages 21 1 -il 2.
(2) Le seul détail qui semble répugner à cette doctrine, c'est la bou dont les pieds du cadavre apparaissent souillés, et qui témoignerait *l l'exode extra-sépulcral, en chair et en os. Nous no hasarderons pas la supposition, — invraisemblable au présent cas, — d'un transfert par réversibilité, du fantôme au cadavre. Mais outre qu'il est fort possible en pareille circonstance, de confondre avec de la boue toute autre n»aculature, sur quoi l'on nous dispensera d'insister (la propreté nVt;iit point coutume, alors, surtout dans les classes inférieures), peut-étr» mentionnet-on les pieds crottés pour plus de merveilleux, ou plus d.vraisemblance de l'hypothèse en faveur à cette époque. Autant le fait essentiel s'impose, avéré comme il l'est par tant de témoins, sous la sanction des autorités locales, autant il parait supposable que la tradition ait brodé quelque détail fantaisiste, sur le canevas du récit originel.
autour de sa dépouille, n'a garde de rompre le lien d'ombilication fluidique qui la rattache au cadavre, dont elle entretient la vitalité végétative et retarde la désagrégation moléculaire, par un phénomène exceptionnel d'hyperphysique nutrition.
Mais pour nourrir la mort, il faut épuiser et détruire la vie. — L'impalpable malfaiteur se mêle aux vivants, il les terrifie pour s'emparer de leur fluide vital extériorisé par Tefiroi ; et ce fluide, il va le transmettre au cadavre, auquel son existence est liée... — Figurez-vous un poulpe, embusqué dans sa caverne sous-marine ; il étend au dehors ses huit tentacules armés de suçoirs : tel le cadavre meurtrier dans sa tombe ; le spectre-ventouse vagabonde alentour :
... tumulum circumvolat umbra!
Voilà, dans toute son immondice, le mystère infâme de l'erraticité vampirique.
L'intuition populaire l'avait de longue date pressenti, puisque l'usage voulait, en Grèce et ailleurs, qu'on plantât des glaives, la pointe en l'air, sur la sépulture des Vampires, après qu'on leur avait tranché la tête ou féru le cœur d'un épieu. Peut-être quelque magicien avait-il révélé l'efficacité d'une telle pratique... Tournefort a été à Mycone (l'une des Cyclades), témoin fort incrédule de cette singulière cérémonie, qu'il relate en ses Voyages.
Or, on sait la vertu que possèdent les pointes de métal, d'anéantir les fantômes en rompant tout coagulât fluidique. Elles soutirent et décomposent l'électricité vivante
en ses anormales condensations. Sur la fosse des Vampi-
res, les épées servaient donc à dissoudre le nœud qui relie au cadavre l'entité erratique du défunt, — aussitôt entraînée au gouffre d'Hécate. C'est là, dans ces ténèbres extérieures dont parle l'Évangile, que cette âme prolongera, selon toute vraisemblance, sa triste condition d'Élémentaire extraligné de la voie lumineuse, en attendant de devenir un légionnaire de l'ombre, un Dairaon pervers.
M. Jules Lermina, dans son Êlixir de we> dramatise en mode saisissant l'hypothèse d'un Vampire par anticipation : imaginez un vieillard qui a trouvé, en dépit de l'âge, le secret d'un perpétuel entretien de ses réserves nerveuses, qu'il renouvelle sans fatigue en s'assimilant les forces élaborées par d'autres organismes. C'est aux enfants, nécessairement doués, dans la période de leur croissance, d'une surabondante sève de vie, que le sinistre héros du romancier emprunte le fluide d'immortelle Jouvence. Bien que la fabulation de M. Lermina soit purement fantaisiste, son hypothèse se réclame d'une théorie très curieuse et très solide, dont nous lui emprunterons Ténoncé.
c Ecoutez-moi (c'est la confession du Vampire). — Il y a en l'homme trois périodes distinctes : Tune de rayonnement, c'est l'enfance jusqu'aux extrêmes limites de l'adolescence ; la seconde de consommation, qui va jusqu'à la fin de l'âge mûr; puis la troisième, de réduction, qui est la vieillesse et se termine par la mort.
« De l'organisme vivant, de l'homme surtout, qui est jusqu'ici la plus complète expression de la vie, s'exhale pendant la première période le trop plein de la vitalité. L'enfant absorbe
plus de fluide vital qu'il n'en consomme, et de tout son être rayonne une force en excès. Dans la seconde période, l'être consomme autant qu'il absorbe : c'est l'équilibre des forts. Dans la vieillesse, cet équilibre est rompu ; la résorption est inférieure àla consommation, la dépense vitale supérieure à l'acquisition, d'où la faiblesse, d'où la mort.
a Maintenant, en l'état actuel de la science, il vous parait impossible, n'est-il pas vrai? qu'un homme, un vieillard, puisse rompre ces lois de nature et, par des pratiques spéciales, voler à l'enfant, par exemple, ces effluves vitaux qui sont en excès, et môme, par une sorte d'endosmose, attirera soi tout le fluide dont une partie, celle extérieure, serait à sa disposition immédiate ? Là est pourtant la vérité. Oui, je suis un criminel ; oui, je suis un assassin, car depuis quarante ans je procède, nouvel Eson, à un rajeunissement perpétuel de moimôme. Oui, j'ai tué des enfants, mais non pas, comme les ignorants le pourraient croire, ou comme l'avait follement inventé Jean-Henri Cohausen, dans son Hermippus redivivus, en absorbant l'air qui s'échappe des poumons de l'enfant, ou bien encore, à la façon des Vudoklaks légendaires, en suçant leur sang ... non pas, mais en attirant à moi le fluide vital qui s'échappe en excès de tout leur organisme.
« Ah! si j'avais eu le courage de m'en tenir là ! Mais, je vous l'avoue, il n'est pas d'ivresse plus profonde, plus attrayante, plus follement heureuse que celle-là ! Quand dans les membres refroidis pénètre ce fluide chaud et vivifiant ; quand l'imbibition s'accomplit, pénétrant les pores, se glissant à tous les organes, c'est la jouissance inouïe, entière, absolue!... C'est la sensation de la résurrection, si un cadavre pouvait renaître...
« Et toujours je me criais :« Arrête-toi, mais arrête-toi donc! » et toujours mon être tout entier continuait à boire ces effluves... Et je tuais ! Et j'assassinais!... ne conservant pour tout remords qu'une soif inassouvie !
« Par les doigts, par le regard, — oh ! par le regard surtout! — s'exerce cette attraction, qui donne à la victime une sensation d'abandon de soi-même, non pas douloureuse, mais délicieusement enivrante!...
< Il parlait ! Il parlait toujours, le misérable vieillard, ayant
dans la voix, dans le geste, dans les yeux, la volupté d'un spasme (1) !... »
Voilà le vampirisme anticipé, vraiment pratique, celui qui perpétue la vie et non la mort. Quelques sorciers s'en sont transmis le secret, comme en témoignent les traditions, habillées d'une forme vague et fantastique à dessein, qu'a recueillies Cohausen, l'auteur cité parLermina (2). L'hypothèse dramatiquement historiée dans
(1) L Initiation, 2« année, tome II, pages 263 265.
(2) Hermippus redivivus, ou le triomphe du sage sur la vieillesse et le tombeau, contenant une méthode pour prolonger la vie et la santé de l'homme, traduit de l'anglois, d'après le Dr Cohausen, par M. de la Place, -r A Bruxelles, et se trouve à Paris chez Maradan, libraire, 1789. 2 vol. in 8, portrait.
Nous transcrivons, à titre de curiosité, la recette qu'on peut lire au tome II de YHermippus, p. 129-130: «Que l'on prépare une petite chambre bien close, et qu'on y établisse cinq petits lits, chacun pour une seule personne. Qu'on fasse coucher dans ces cinq lits cinq jeunes vierges, c'est-à-dire au-dessous de treize ans, et de bonne constitution. Qu'au printemps de l'année, vers le commencement du mois de mai. un trou soit percé dans la muraille de cette chambre, et à travers lequel on fera passer le col d'un matras. dont le corps de glace sera exposé à la fraîcheur de l'air extérieur. Il est aisé de concevoir que lorsque la petite chambre so trouvera remplie de l'haleine et de la matière respirée par ces jeunes vierges, les vapeurs passeront continuellement du col du matras dans le corps du vaisseau, où, à travers la fraîcheur de l'air dont il est environné, elles se condenseront en une eau très limpide, c'ost-à-dire en une teinture de relïlcacité la plus admirable, et qu'on peut très justement appeler un véritable Elixir vitœ... »
Cette formule d'alchimie biologique apparaît, on en conviendra, d'un vampirisme assez innocent. Nous voudrions croire la liqueur qui en résulte plus tonique qu'elle n'est appétissante; mais son eflicacité comme élixir de vie reste à établir.
La formule do l'élixir vital a passionné plusieurs siècles de chercheurs, et les diseiples d'Hermès partageaient leurs laborieux efforts entre la queste de la pierre philosophale et la recherche de la médecine universelle.
Jamais les anciens adeptes n'ont connu l'élixir de vie. au sens où le
YÊlixir de Vie n'a plus rien qui choque l'esprit, pourvu qu'on ne la pousse point à 1 extrême; et nous n'étonnerons personne en affirmant qu'à de telles pratiques ne se borne point ce qu'un magicien noir peut perpétrer, dans cet ordre de magnétisme occulte.
Mais revenons aux choses de la mort et de l'immortalité.
Tout à l'heure, en exaltant le culte des ancêtres, dont les rites répondaient ésotériquement aux plus profonds arcanes du sanctuaire, nous avons omis d'insister sur le problème, aussi célèbre que complexe, de la Nécromancie. C'est qu'indirectement déjà nous avons abordé cette question sous plusieurs de ses faces, et que nous nous réservions d'en fixer ici les termes avec sobriété.
L'on n'attend pas de nous l'énumération de tous les rites et procédés évocatoires, qui sont en usage de nos
vulgaire se l'imagine, d'après les légendes. Rien au inonde ne peut conférer l'immortalité à un corps fait do matière putrescible ; on peut seulement en retarder la dissolution, régénérer l'organisme par la lumière astrale, qui concentre ses vertus dans l'or potable des spagyriques... La médecine universelle a fait miracle aux mains de Paracelse et des Rose-Croix, etCagliostro possédait, s'il faut en croire d'imposants témoignages, un élixir dévie « qui rendait instantanément aux vieillards la vigueur et la sève do la jeunesse. Cette composition (nous dit Éliphas), avait pour base le vin de malvoisie et s'obtenait par la distillation du sperme de cortains animaux avec le suc de plusieurs plantes. Nous en possédons la recette, et l'on comprendra pourquoi nous devons la tenir cachée. « (Dogme de la Haute Magie, p. 287).
Cf. : l'Histoire des personnes qui ont vécu plusieurs siècles et qui ont rajeuni, avec te secret du rajeunissement ,tirè d' Arnauld de Villeneuve, par M. de Longueville-Harcouet. — Paris et Bruxelles, 1716, un vol. in- 12, front.
jours ou qui le furent en d'autres temps : nous en avons cite un certain nombre et même décrit quelques-uns dans cet ouvrage. Quant au surplus, il suffit, et la Clef de la Magie noire ne saurait être un rituel. Nous expliquons, nous ne prescrivons pas...
Qu'est-ce que la Nécromancie 1 Où aboutissent ses pratiques ?
On la définit d'ordinaire l'art d'évoquer les morts : un énorme malentendu réside en puissance dans cette formule équivoque.
Les morts ! En effet, qu'entendrons-nous par là ? — Nous avons vu que l'être psychique, dépouillé de son organisme, se désagrège plus ou moins vite. Élémentaire, il groupe encore en soi l'ensemble des principes survivant à son corps; mais, après un variable séjour dans le gouffre d'Hécate, l'âme réelle, siège de la personnalité vraie, rejetant le lest impur de la fausse personnalité, va rejoindre sur l'Antichtone (ou terre spirituelle) les ainés de sa race. Dès lors, il ne reste plus, dans l'atmosphère de la planète, que l'Ombre, ou la dépouille astrale éliminée, en proie à la désintégration lente et progressive; car le spectre phosphorescent de la vitalité inférieure, qui ne s'éloigne point du cadavre de chair, s'est déjà dissous avec lui.
En quoi consistera donc le mort, que l'art du nécromancien se flatte d'évoquer? — L'âme antichtonique répond-elle aux évocations? Presque jamais. — L'Élémentaire peut-il se manifester? Quelquefois. — L'Ombre réactionnée peut-elle apparaître? Rarement.
Mais, à l'ordinaire des expériences de Nécromancie,
les êtres qui se produisent sont parfaitement étrangers à la race humaine.
Il n'en fut pas toujours ainsi. Les conditions ne sont plus ce qu'elles étaient. Une réserve s'impose à l'égard d'une Nécromancie, coutumière aux prêtres de l'ancien monde, et qu'on pourrait qualifier d'orthodoxe, car elle se fondait sur la gnose hiérarchique des posthumes étapes, et faisait partie intégrante de la synthèse scientifique et religieuse qui mariait la terre au Ciel. Nous avons nommé le culte ancestral...
Dans les religions unitaires, un lien constamment tendu, de l'endroit à l'envers de la substance cosmogonique, reliait la lumineuse Antichtone à la terre d'épreuve et d'objectivité. Des communications étaient normales et faciles alors, qui ne s'établissent plus qu'à titre exceptionnel,et par l'effortde quelques initiatives isolées. Quand l'aïeul évoqué ne manifestait pas sa présence réelle, du moins pouvait-il, à la faveur de la chaîne sympathique intermédiaire, épanouir sa gloire sous une forme d'emprunt, — image astrale vitalisée par lui, et toujours docile au magnétisme de sa volonté lointaine.
De tels rapports théurgiques se sont-ils maintenus de nos jours chez les peuples d'Orient qui, tels Indous et Chinois, ont pieusement conservé la tradition de Tantique Alliance, et qui pratiquent les rites ancestraux avec un religieux scrupule? — Nous ne le saurions dire. En ces contrées d'Asie, l'ésotérisme vif du dogme et du culte se perpétue dans l'ombre des fraternités adeptales, et nul doute que la chaîne de communion intercosmique
ne fonctionne pour ces initiés. Mais aux foyers familiaux, où se dressait originairement l'autel évocatoire des ancêtres, il est difficile d'évaluer dans quelle mesure la superstition et la routine ont pu compromettre l'efficacité de leur culte. Là, du moins, si le lien thaumaturgique s'est relâché, il n'est pas rompu.
La lettre morte est comme la cendre qui recouvre de la braise ardente et la dissimule sans l'éteindre : une poignée de sarments et un souffle d'air suffiraient à ressusciter la flamme vive, à la libérer voltigeante au dehors... C'est le cas des religions d'essence ésotérique, — n'en exceptons pas même les plus enlisées dans la matérialisation des symboles : sous leur écorce sommeille l'esprit, que cet amoncellement littéral n'a point étouffe. Partout où le sacerdoce officiel consacre le culte des défunts, la vertu évocatoire et miraculeuse peut bien avoir disparu des rites dégénérés, mais la communion d'amour des vivants et des morts n*a point cessé d'être providentiellement garantie. A défaut même de la consécration religieuse, toute solidarité ne serait pas abolie : resteraient les Êtres collectifs, ces synthèses humaines, qui, englobant dans leur unité les âmes d'ici -bas et celles de là- haut, serviraient encore d'ultimes traits-d'union, de la terre au Ciel.
Mais entre ces rapports nécessités, obscurs et lateiUs, et les relations manifestes, lumineuses et libres que la Haute Magie des sacerdoces unitaires procurait d'un monde à l'autre, — le même contraste éclate qui oppose l'Inconscient au Conscient, l'instinct à l'intelligence.
La thaumaturgie évocatoire des anciens temples ne se limitait point d'ailleurs à une transfiguration de l'art nécromantique, sous prétexte de cérémonies ancestrales. La prévoyance de ses mages devançait l'incarnation des âmes: ils conjuraient et faisaient parler les Invisibles, du fond des limbes expectatifs de l'existence, avant l'épreuve terrestre; comme, après l'épreuve, ils interrogeaient encore les âmes émancipées et les forçaient à répondre, du cœur même des Cieux reconquis. Ainsi la naissance et la mort livraient alternativement à ces privilégiés du savoir humain les arcanes de l'avenir et ceux du passé. Par les deux issues de l'existence, à travers le cliaos apparent qui avoisine les mondes matériels, les mages avaient su démêler et saisir la chaîne d'or dont parle Homère, la chaîne des effets et des causes !
Si la pensée du Lecteur nous a suivi, attentive, sur le seuil des deux portes de la naissance et de la mort, — c'est sous l'aspect symbolique d'un flux et d'un reflux effrénés, qu'elle a dû percevoir les deux courants d'àmes (inversement analogues) de la génération physique et de l'émancipation spirituelle. Quel tumultueux remous! Et si l'on ajoute au tableau l'évocation du grand fleuve astral, qui, — pareil au serpent oùpo&po;, — encercle la planète, et, reliant le cône d'ombre hérébique à la voie lumineuse d'Iônah, roule en ses ondes torrentielles, (mipartie ténèbres et splendeur), les expectants de la naissance et les retardataires de l'immortalité : n'obtient-on point le schéma du chaos lui-même Toutefois ce pêle-mêle n'est qu'illusoire, et nous avons bien mal rendu notre pensée, si l'on a pu s'y méprendre un seul
instant : à travers ce mouvant dédale, fonctionne eo f effet un dynamisme admirable, réglé par d'inflexibles eî justes lois.
Ce spectacle idéal comporte deux aspects. Perçu d'en bas, sous l'apparence désordonnée de la Nature fatidique, ( il évoque l'image d'un Maëlstrom engendré du choc de | deux torrents ; — mais embrassé d'en haut, sous le point , de vue harmonique de la Nature providentielle et réparatrice, le même spectacle fait songer à la vision emblématique de Béthel : Jacob aperçut en rêve une échelle colossale, qui s'élevait de terre et dont les suprêmes échelons se perdaient dans la hauteur des cieux ; échelle double, où de gauche et de droite, parallèlement, il voyait les anges du Seigneur descendre et remonter !...
Telles se représentent à l'esprit les réalités sublimes que contemplaient, pratiquaient, — et, jusqu'à un certain point, gouvernaient — les sacerdotes de l'Ésotérisme intégral, alors que l'Unité triomphait encore dans sa triple affirmation, intuitive, expérimentale et dogmatique. L'Antagonisme (ce ver rongeur) ne s'était pas encore insinué dans le beau fruit de la Connaissance : sous la diversité des symbolismes extérieurs, l'àme occulte irradiait sa lumière intime, immarcessible, immuable. La synthèse était faite ; l'Alliance régnait...
On conçoit que de telles harmonies favorisassent les rapports possibles d'un plan à l'autre, ceux en particulier de l'Antichtone à la terre, et réciproquement. Ne soyons pas surpris que le culte des ancêtres, dans ces temps qui marquèrent son épanouissement et sa fortune majeure, se montrât plus fertile en thaumaturgies qu'à l'heure ac-
tuelle, où, pétrifié dans la matérialisation de ses dogmes et la dégénérescence de ses rites, il apparaît méconnaissable.
L'Ésotérisme intégral comportait des œuvres dont il ne reste plus que le souvenir, aux secrètes archives des sacerdoces dégénérés.
Il fut un temps où les mains pontificales dispensaient des prodiges, qui bientôt ne seront plus accordés qu'aux téméraires initiatives de l'exceptionnel adeptat, et encore aux saintes violences de la foi solitaire ou cénobitique. Les prêtres n'of/iciaient pas seulement à l'autel : i\s opéraient...
Que le commerce de l'homme avec les âmes victorieuses et même réintégrées fût alors hiérarchiquement entretenu et sacerdotalement garanti ; que fréquemment des messages, des signes admoniteurs, des voix augurales, des apparitions même d'Ancêtres apportassent aux orphelins de la terre les marques de la sollicitude paternelle par delà le tombeau, aux captifs les témoignages de la délivrance, aux prédestinés de la mort la sanction de l'immortalité : ce n'est point douteux. Mais ce qui fut la règle des siècles d'harmonie et de synthèse hiérarchique, n'est point celle des âges d'anarchie spirituelle et d'antagonisme.
Telles praticables issues ne sont plus ouvertes depuis la ruine de l'Unité, et, pour parler comme les kabbalistes, depuis l'avènement du Binaire impur. Les portes de la naissance et de la mort qui se prêtaient, complaisantes, aux rapports exceptionnels entre les deux mondes, ne s'acquittent même plus de leur office ordinaire avec la
régularité d'autrefois : du moins les fonctions normale? F de l'incarnation et de l'exode posthume ne s'opèrent plu> 1 sans quelque trouble, au passage du point mort. Elles I ont subi le contre-coup du désastre.
Si Ton nous demandait en quoi de pareilles perturba I tions nous semblent imputables à la rupture de l'Unit? j scientifique et religieuse ici-bas, la réponse serait facile.. Qu'il nous suffise de mentionner, comme conséquence de cette rupture, l'abolition des sanctuaires féminins, où Fou montrait aux jeunes initiées Fart d'arracher à l'Amour son bandeau, et de corriger, par l'appel de la Volont< j consciente (et avec l'aide de la Providence) la fatidique | sélection que font les âmes, en quête de géniteurs con- I formes à leurs tempéraments respectifs : c'était licence 1 octroyée aux mères, d'évoquer à la vie des âmes de leur * choix. — Quant aux choses du trépas, lapsychurgie posthume (précédée, comme le dit énergiquement Saint- Yves(i), du traitement de V agonie), avait pour résultai de prémunir remigrant contre les périls de la route. Que reste-t-il de tous ces rites efficaces de la primitive Religion-Sagesse?... Dès longtemps, les inséparables mystères de l'amour, de la naissance et de la mort, ne sont ' plus soupçonnés.
Il convient donc de reléguer à part les antiques merveilles du culte des Ancêtres. Sa splendeur thaumaturgique appartient au passé... I
Présentement, les pratiques de la Nécromancie ressortissent à la Magie noire.
(1) Testament lyrique, la Mort.
Soit que l'opérateur accomplisse, comme le roi d'Ithaque (1), des sacrifices sanglants ; soit qu'il procède avec le concours d'un médium, à la manière des spirites contemporains, l'évocation des morts se dénonce une œuvre de ténèbres. Bien plus, l'entreprise du magiste, qui, conscient des mystères, s'évertue, de la meilleure foi de son cœur, à galvaniser le cérémonial d'un culte aboli, est une tentative sinon suspecte, du moins téméraire. Nous nous sommes expliqué ailleurs sur ce point; il parait surperflu d'y revenir.
Mais, à part les âmes glorifiées, si coutumièrement réfractaires à l'appel du nécromancien, passons une revue sommaire des êtres qui font les frais des manifestations.
Il va de soi que nous écartons d'abord les hallucinations purement subjectives, dont le véritable critérium, d'un emploi dangereux d'ailleurs,consiste dans l'épreuve des pointes métalliques (2).
Les phénomènes présentent-ilsquelque réalité objective?
— Neuf fois sur dix, ils procéderont soit de Larves modelées au moule de la pensée humaine, soit d'Élémentaux mystificateurs et multiformes, soit enfin d'Images astrales, attraites et mues par la volonté, consciente ou non.
— Si l'opération s'effectue dans la sphère magnétique d'un être collectif, tous les Lémures peuvent apparaître, qui évoluent dans son âme mouvante, ou qui se pressent au circuit de la chaîne sympathique dont il estl'Égrégore recteur.
(!) Cf., au tome précédent(7e Temple de Satan), les pages 215-218. (2) Voy. chap. h, pages 490-191.
Il peut arriver, mais rarement, que les Élémentaire du cône d'ombre ou les mauvais Daîmones de l'Astrai inférieur se rendant visibles, manifestent une personnalité originale et une volonté propre; mais, soit qu'évoqués sciemment pour ce qu'ils sont, ils aient répondu sl verbe du désir ou du vouloir humain, soit qu'ils se piv- i sentent à titre mensonger, sous l'apparence de quelque autre âme rétive à l'appel, TÉvocateur et le médium courront les risques les plus graves. Infiniment avides d'objectivité, ces sortes d'Invisibles s'attachent à la personne qui a eu la mauvaise fortune de les attirer dans son atmosphère : ils reviennent boire constamment à la source, — médianique ou sanglante, — qui les a une fois abreuvés ; et si la fontaine de sang ou de fluide semble tarie, ils ne seront pas en peine de la rouvrir...
Dans certains cas exceptionnels, des êtres vivants, en sortie de corps astral, peuvent se concréter dans le nimbe d'un bon médium matérialisant (1).
(i) Ceci nous sera prétexte à transcrire, du curieux ouvrage de M. Yvcling Ram Baud (Force psychique), des détails d'un haut intérêt touchant M.Eglington, le plus extraordinaire médium de notre époque. On se souvient que nous avons déjà introduit ce personnage, au sujet dune séance de lévitation à la cour de Russie. (Cf. ebap. iv, pages 434- 435).
« Voici la manière de procéder du fameux médium matérialisant. Il demande avant tout, pour opérer, une demi-obscurité : on baisse la flamme du gaz, jusqu'au moment où on en arrive au Mue iight, à la lumière bleue. Les spectateurs s'asseyent, et l'expérience a lieu, je n'ai pas besoin de le dire, dans n'importe quel local, de façon à éloigner toute idéo de supercherie, de machinerie ou de préparation. Si le gaz n'est pas dans l'appartement, on tamise et on atténue la vivacité de la lumière, en entourant de papier, comme font chez nous les marchandes d'oranges, le foyer des lampes ou des bougies.