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ALCHIMIE

l'art de la chrysopée (i)

a plupart des savants contemporains taxent de chimérique le problème de la Chrysopée.

La théorie de l'unité de la matière est timidement défendue, à titre d'hypothèse, par quelques-uns d'entre eux, qui, sans nier à priori la possibilité d'obtenir un jour de l'or artificiel, n'en ébauchent pas moins un sourire pitoyable, dès qu'on leur parle de transmutations au passé : (or, il en est d'historiques, notre ami Papus l'a victorieusement établi) (2). — « Croyez-vous qu'il y en ait eu?

(1) La science d'Hermès réduite à l'art delà Chrysopée, — son plus célèbre problème, — pourra paraître un objectif assez mesquin : d'aucuns regretteront de voir se rétrécir de la sorte d'aussi magnifiques horizons. Mais nous ne disposons que de quelques pages, où plusieurs chapitres ne seraient pas do trop; et deui volumes suffiraient à peine pour un traité général de philosophie hermétique. Le précis d'alchimie ci-dessus, nos Recteurs daigneront en faire la remarque, doit tenir dans une subdivision du présent chapitre vu, intitulé Magie des (rangmutations.

Notons, au demeurant, que si les vocabulaires varient d'une École ésotériqueà l'autre, la concordance est parfaite, au fond, entre les doctrines généralisées de la Spagyric et les enseignements de cette science occulte, à laquelle nous avons dévoué notre plume. C'est au point que les adeptes font usage de ces termes : Occultisme, Hermétique, Magie, Kabbale, comme de véritables synonymes.

(2) Papus, la Pierre philosophale, preuves irréfutables de son existence, Paris, 1889, in-8. — Cf. Traité méthodique de science occulte, pages 643 et suiv.

En vérité!... (une pause). C'est possible. Rien ne nous défend en principe de l'admettre. » Et ils soulignent d'une moue ces condescendantes paroles. Visiblement, on les désobligerait, à insister. Encore ceux-là forment-ils l'extrême avant-garde de la science.

Mais les autres ne veulent rien entendre. En vain leur produit-on le témoignage de graves et sagaces observateurs, qui, sceptiques ou fougueux adversaires de la veille, s'écrient : j'ai vu, j'ai expérimenté de mes mains, et désormais, suis forcé de croire ! En vain peut-être leur ferait-on toucher du doigt, — comme jadisà Van Helmont (1618), à Bérigard de Pise (1643), à Helvétius (16G6>(I >, — la vertu transmutatoire de la pierre. Nos savants seraient capables de fermer les yeux, comme ils se bouchent les oreilles.

Pas de valable témoignage contre leur opinion, puisqu'ils récusent les témoins. Pas d'expérience concluante à leurs yeux, puisqu'ils se prétendent, si elle réussit, les dupes de quelque subtil escamotage. Les exemples pullulent d'une pareille obstination, dans les archives du Magnétisme animal. Le dogmatisme scientifique est pire que le dogmatisme religieux. Une chose n'est point, parce qu'elle est impossible. Cercle vicieux dont la logique positiviste ne daigne pas sortir...

Un argument péremptoire, et dont nul ne semble s'être avisé encore, en faveur de l'alchimie, c'est l'énonciation d'un simple fait, incontestable pour tous : l'existence même de l'or sur la planète. — A moins de s'en tenir à

(1) Papus, Traité méthodique, pages 653-658.

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l*hypothèse anti-scientifique (parce qu'anti-unitaire) d'une matière complexe, multiple, préexistant au système solaire et devant lui survivre; à moins de proclamer les prétendus corps simples, irréductibles et éternels, différenciés dès la genèse de la nébuleuse, aussi bien qu'ils le sont sur l'astre issu de sa condensation, — il faut bien admettre comme possible la synthèse de l'or, puisque la Nature le produit.

Reste à savoir comment...

Que la Nature dispose de moyens d'action qui passent l'actuelle portée de la science humaine, c'est plus que probable. Que, pour produire l'or, des conditions soient requises, de chaleur, de lumière, d'électricité, de pression, au delà de ce que M. le professeur Z. peut réunir au laboratoire, c'est encore vraisemblable, mettons évident si vous y tenez. Mais la Science étend chaque jour son empire : ce qui semblait hier l'impossible, on le réalise aujourd'hui sans peine; on accomplira demain, comme en se jouant, ce qui parait l'impossible aujourd'hui.

Quoi qu'il en soit des conquêtes scientifiques du futur, nous sommes contraint d'envisager l'art transmutatoire comme une réalité du passé.

Nous n'évoquerons point l'ombre de ces hiérophantes des théocraties antiques, pourvoyant aux frais d'une guerre décrétée équitable et sainte : ils ouvraient au monarque de Justice, enfant lui-même du sanctuaire, les cryptes où dormaient les énormes réserves de lingots d'or,

entassés là par plusieurs générations desacerdotes voués

à l'art d'Hermès. — Les adeptes du moyen âge chrétien n'avaient point perdu cette tradition des vieux temples, puisque nous voyons, au xni° siècle, Raymond Lulle de Palma s'enfermer à la tour de Londres, et y fabriquer d'un coup pour six millions de lingots, masse d'or énorme pour l'époque. Le roi Édouard, que Lulle se flattait, par cette occulte largesse, d'entraîner à la croisade, fit du moins frapper cet or en l'honneur de la mémorable transmutation : telle fut l'origine des nobles à la rose, dont quelques rares spécimens subsistent encore, que les collectionneurs se disputent sous le nom de Raymondines. — Nous ne retiendrons que pour mémoire les gestes de Nicolas Flamel, humble écrivain public au xiv* siècle, qui, parvenu au but de ses travaux hermétiques, dota des églises, des hôpitaux, fit construire le portail de Saint- Jacques-la-Boucherie, puis celui de Sainte-Genevièvedes-Ardents, restaura les églises Saint-Côme et Saint- Martin-des-Champs, éleva deux arcades au charnier des Saints-Innocents, distribua de magnifiques aumônes, et mourut en laissant une fortune princière.

De pareils problèmes historiques peuvent impressionner l'esprit, mais sans le convaincre. Tandis que des expériences telles que les réussirent de leurs mains Bérigard de Pise, Helvétius et Van Helmont, adversaires décidés de l'alchimie et trop compétents au laboratoire pour se laisser duper ; des projections telles que Lascaris et ses émissaires en multiplièrent par toute l'Europe, au début du siècle dernier, et qui sont attestées aussi solennellement qu'événements historiques le furent jamais; voilà de ces faits qu'il nous semble difficile de mettre à néant.

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Et quand on les serre de près, la réalité de Télixir transmutatoire en découle, brutale.

La pierre existe ; et d'illustres témoignages ont de tous temps confirmé son existence et magnifié ses vertus. Mais les adeptes n'ont jamais traité en vulgaire de fart sacré : les arcanes en sont défendus par tout un rempart de symboles. C'est une langue à apprendre et un labyrinthe à pénétrer. Que de studieuses insomnies, pour déchiffrer ces emblèmes! Que de tâtonnements, pour découvrir le vrai chemin !

Les alchimistes ne semblent pas toujours d'accord, touchant la classification des phénomènes du grand œuvre. Ils s'ingénient à donner le change aux profanes, par un luxe assez variable de divisions et de subdivisions arbitraires (1).

Jaloux pour notre part d étendre la sincérité jusqu'aux dernières limites du possible, il nous importe d'allier l'extrême précision des détails à l'extrême simplicité du plan d'ensemble, — et d'élaguer à cet effet toute vue théorique comme toute spécification opératoire, dont l'énoncé ne tendrait pas directement au but.

(I) Ce qui crée un chaos plus inextricable encore, pour 1 étudiant à ses débuts, c'est la masse des écrivains ou présomptueux ou mystificateurs, qui encombrent les avenues de la Science d'un péle-méle de théories souvent absurdes, en tous cas erronées, et qui professent au nom d'une expérience qu'ils n'ont pas acquise, ou promulguent les oracles d'un Dieu qui no leur a point parlé, En alchimie, le discernement et lu choix des auteurs semblent plus malaisés qu'en toute autre étude. U est prudent de s'en tenir aux maitres incontestés; encore d'intrigants spéculateurs ont-ils mis parfois d'ineptes rhapsodies sous le patronage de ces noms célèbres.

De brèves observations préliminaires caractériseront d'abord l'esprit général de l'Hermétisme et les bases fondamentales de sa doctrine. Puis, sous les auspices de la classification la plus normale et la moins complexe, s'ébauchera le Sommaire des opérations du grand œuvre. Quelques développements trouveront leur place à la suite de ce schéma : nous reprendrons plus en détail les travaux de la Chrysopée, en partant de la première manipulation essentielle pour aboutir à la dernière, — ce que nul des anciens adeptes ne s'était permis d'éclaircir.

Ces derniers, en effet, parlant d'après leur propre expérience spagyrique, ou d'après la doctrine qui leur avait été transmise sous le sceau du serment adeptal, se croyaient tenus, soit envers les autres, soit envers euxmêmes, à une réserve qui ne saurait nous contraindre, — explorateur désintéressé des mystères, qui nous sommes fait une conviction, à l'issue d'une longue et patiente étude comparative des œuvres publiées par les adeptes, et sous le contrôle des connaissances que nous avons pu personnellement acquérir au laboratoire.

Nous l'avons dit : peu crédules aux transmutations d'autrefois, les Maîtres avancés de la chimie moderne n'en sont plus, du moins, à soutenir l'irréductibilité des prétendus corps simples ; plusieurs pressentent, à l'instar des hermétiques, l'unité de matière (ou mieux de substance), sous la multiplicité des apparences phénoménales. Même les plus clairvoyants de cette élite ont déjà signalé le retour de la science adulte à des théories qu'elle considéra trop longtemps comme les rêves qui flottaient jadis autour de son berceau.

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Taxer de songes enfantins les doctrines hermétiques, était-ce point aller un peu vite en besogne?

La chimie actuelle a fort étendu la zone des explorations et des constatations positives, c'est une justice à lui rendre; et, pour ne citer qu'un exemple de ses plus illustres conquêtes, il est hors de doute que Lavoisier, par sa théorie de l'oxydation, a jeté sur l'étude analytique des corps une splendide lumière, dont les vieux alchimistes eussent été les premiers éblouis. Les travaux avancés de Louis Lucas, de sir William Crookes, de MM. Newland, Lothar-Meyer et Mendeleef auront été les glorieuses assises du monument synthétique en cours d'édification. Quant à la mise en œuvre, pratique et industrielle, des récentes découvertes, le génie de la science contemporaine pourra-t-il jamais lasser l'admiration ?

Quoi qu'il en soit de ces merveilles, les alchimistes ne verraient là, en théorie comme en application, que l'étude minutieuse des écorces matérielles, des résidus du travail biologique, la science du caput mortuum universel. Bref, Raymond Lulle, Henry Khunrath ou Paraceise reprocheraient au savant moderne de ne travailler que sur des cadavres.

11 ne suppute en effet que la matière morte, ou du moins traite-t-il toute matière comme si elle l'était : la Vie, l'Ame, les Puissances animatrices et formatrices des corps lui échappent absolument. Ainsi notre savant observera les phénomènes de la cristallisation ; il étudiera comparativement les formes géométriques des différents cristaux, et les conditions requises pour les obtenir :

cela fait, il se flattera d'avoir pénétré les lois de cet ordre de phénomènes. Mais l'agent interne qui en est la cause réelle, mais la vie latente dont témoignent les affinités qui président aux groupements moléculaires, mais Yàme minérale, en un mot, — le savant contemporain ne l'ignorera point seulement, il aura la témérité d'en nier l'existence.

Or, la science de la Vie, à tous ses degrés, voilà l'inestimable trésor dont pouvaient s'enorgueillir les enfants d'Hermès. Le substratum universel des formes sensibles leur était connu. Ils étudiaient la matière à l'état naissant; une fois produite, ou pour mieux dire engendrée, ils la manipulaient vivante, avec mille soins scrupuleux pour ne la pas tuer. Bien plus, ils en provoquaient à volonté leclosion, en réglaient les énergies; tels passages de puissance en acte leur étaient familiers; et nous ne balancerons point à soutenir qu'ils ont connu, pratiqué, utilisé certains états latents de la substance, — inséparables de telles forces secrètes de la nature, — états et forces qui sont totalement inconnus de nos plus grands maîtres du jour, ou pressentis à peine par les plus intuitifs d'entre eux.

La philosophie d'Hermès était à la fois pour ses fidèles une science positive et une doctrine mystique, nous dirions presque — une religion.

Sans revenir sur leur symbole (1), que nous avons traduit et commenté plus haut, resserrons ici en qucl-

(1) C'est la Table d'êmeraude, (voy. chap. i, pages 1051 10).

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ques lignes les canons essentiels de leur dogme cosmogonique.

Comme toutes les Écoles d'occultisme, ils enseignaient, avons-nous dit, l'unité de substance sous la multiplicité des apparences phénoménales.

La matière sensible, diverse et multiforme, n'était pour eux qu'une illusion plus ou moins durable, prolongée en divers modes convertibles : les transmutations, dans leur système, consistaient au passage d'un de ces modes à l'autre.

Ils connaissaient trois principes générateurs des choses manifestées, et quatre éléments de manifestation.

Soufre Mercure W ciSel Q : ainsi dénommaientils leurs trois principes; — le Feu /\, l'Air A, VEan y el ta terre : tels étaient les emblèmes de leurs quatre éléments.

Soufre, Mercure et Sel correspondaient à ce qu'ils nommaient encore : feu inné, humide radical et base essentielle des corps (I). Traduisons: le Soufre, principe de la forme ; — le Mercure, principe de la substantiation ; — et le Sel, principe mixte de la manifestation objective.

En correspondance occulte : la substance une est J'Éther cosmique, dont la polarisation donne au positif YAod Yltf, la Force ou l'Agent £ ; — au négatif YAôb Tltf, la Résistance ou le Patient H ; — au centre d'équilibre, YAôr "lis ou lumière astrale, substratum de toute matière ©.

(i) Ou bien encore, A Archée, V Asoth, et © Hylè.

Le Soufre principe sera donc, suivant le dire naïf d'un ancien alchimiste (t), « le feu céleste qui, s'introduisani dans les semences inférieures, suscite et fait paroistre la forme intérieure du plus profond de la matière, avec tout son ornement et équipage : et voilà comme la génération se fait par le moyen de ce feu céleste, et comme toutes choses élémentaires icy-bas en dépendent, comme de leur vraye source et origine (2). »

Ce vieil auteur n'est pas moins explicite, quand il définit le Mercure-principe : « L'humide radical de toutes choses qu'en Chymie on appelle Mercure, c'est la substance humide, première née en la semence de toutes choses; sur laquelle le feu naturel ou souphre vital agit pour en pousser les formes mussees et cachées dans le thresor de son abysme. l'appelle abysme, les vertus et proprictez de cet esprit de vie qu'il a presque infinies pour tirer de soy mesme toutes sortes de formes (3). »

Le Sel-principe, dit encore Jean Fabre, « est le siège fondamental de toute la nature en gênerai et en particulier ; c'est le poinel et le centre où toutes les vertus et proprictez célestes et élémentaires aboutissent et se terminent... Principe de corporification, qui est le nœud et le lien des autres deux principes souphre et mercure, et leur donne corps, et par ainsi les fait paroistre visiblement aux yeux d'vn chascun (4). »

(1) Jean Fabrc, V Abrégé des secrets chymiques. — Paris. Billaine. 1636, in-8.

(2) Fabre, Secrets chymiques, page 20.

(3) Secrets chymiques, pages 23-24.

(4) Secrets chymiques, page 34 (passim).

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Ainsi donc, — il importe de s'en bien pénétrer, — les trois Principes, dans leur signification universelle, ne sont ni les corps vulgairement dénommés Soufre, Mercure et Sel, ni aucune substance analogue, qui tombe sous nos sens. Il faut y voir les trois aspects complémentaires d'une même essence, générative des choses matérielles ; les trois termes de polarisation du virtuel occulte, sur le point de se manifester, en passant de puissance en acte.

Conçus dans leur synthèse opératoire, les Principes représentent, à eux trois, l'énergie réalisatrice des corps. Envisagés séparément, ils se réduisent à de pures abstractions, car ils n'existent que les uns par les autres.

Notons, en passant, que les disciples d'Hermès désignent tantôt par © , A et ^ les trois Principes universels que nous avons dits, et tantôt leur incorporation dans le règne minéral, savoir : des corps manipulablcs ès cornues et ballons, et qui, dans l'œuvre préparatoire, sont les mixtes à travers lesquels ces trois Principes radicaux, spécifiés au stade minéral, font respectivement sentir leur action propre.

Pas de matière sensible au monde, qui ne soit composée des trois Principes unis. Il en résulte que la liqueur mercurielle des travaux préliminaires, pour prendre un exemple, renferme aussi du Sel et du Soufre. Mais le Mercure s'y trouve en excès, ce qui revient à dire que la Substance passive, le Principe féminin, la polarité négative de TÈtre (résistance) s'y manifestent particulièrement. — On peut faire la môme remarque, touchant les préparations désignées comme sulfureuses, ou salines. Au laboratoire, et dans leur acception la plus large, le

Mercure est une fumée blanche, le Soufre une grak* agglutinante, et le Sel un acide. L'Azoth des Sages, synthèse des trois, consiste en un menstrue, l'Alchaëst ol dissolvant des métaux, qui ramène ceux-ci à leur première substance et met leur sperme androgynique en liberté.

Enfin, au laboratoire toujours, et dans leur acception restreinte à la nature métallique, le Soufre des métain sera le point fixe (l),séminal, qui, déterminant le Mercure métallogène, spécifie chaque métal en une nature caractéristique, où s'inscrit chaque étape de maturité ; — l^ Mercure sera la première substance des métaux, diversement spécifiable par tel ou tel Soufre, — et le Sel sera h matière de l'œuvre.

Ces distinctions établies, poursuivons notre exposé.

Les trois Principes universels de la substance engendrent les mixtes h travers les quatre Éléments, ces quatre types fondamentaux de la manifestation objective.

Les corps apparaissent en effet sur le plan physique, selon quatre modes, dont les Éléments des anciens offrent la signature spontanée et l'immédiat symbole : ce<

([) Ainsi, en principe naturant, le Soufre est un feu subtil, occulte, insaisissable ; tout re qu'il y a de plus éthéré, de plus spiritueux ; — en application naturée, ce môme Soufre, incorporé et spécifié dans la nature métallique, devient la semence fixe, inaltérable des métaux. IVtalon de leur type sigillé à même leur matière : tout ce qu'on peut con cevoir de plus dense et permanent.

Toujours l'analogie des contraires, rendue sensible dans le chas>è croisé d'influences s'exerçant du Ciel à la terre ; interversion que nous avons déjà signalée (note des pages 119-120) et dont l'emblème naturel s'inscrit au reflet renversé d'une image dans l'eau.

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corps apparaissent solides (Terre), liquides (Eau), gazeux (Air) ou ignés (feu).

La quintessence, ou moyen terme radical des formes sensibles, réside au point central équilibrant des quatre modes élémentaires, de môme qu'en l'absolue Substance réside la synthèse équilibrante des trois Principes.

Quant au problème de la Chrysopée, aux termes duquel nous devons restreindre cette courte notice, sa solution théorique ne présentera plus d'obstacle à la compréhension, si Ton se pénètre bien de ceci :

La nature métallique est une : tous les métaux sont formés de Soufre et de Mercure, spécifiés au minéral, conjoints en variables proportions de poids comme de réciproque maturité, et condensés en un corps salin plus ou moins pur, c'est-à-dire en un mode d'incorporation moléculaire plus ou moins adéquat- Variations qualitatives et quantitatives des Trois Principes unis, et plus ou moins d'intimité dans le mélange, — voilà les causes de la différenciation minérale.

Les métaux sont fruits de maturité plus ou moins avancée, sur l'arbre de la nature métallique. Les métaux inférieurs sont des fruits fades et crus, qui se sont détachés de l'arbre, c'est-à-dire de la vie de croissance, avant que le Soufre et le Mercure qui les constitue se fussent combinés et mûris en de justes proportions salines. Trouvez un levain qui supplée à ce défaut, en soumettant derechef ces matières inanimées et refroidies à la fermentation de la vie minérale : la Nature reprendra son œuvre élaboratrice,^ et d'imparfaits, ces

métaux deviendront parfaits ; c'est-à-dire qu'ils aboutiront, dans la série négative et féminine, à la Lune ou à l'argent, et dans la série masculine et positive, au Soleil ou à l'or.

La pierre philosophale n'est autre que ce ferment qui porte à maturité les fruits aigres ou mal digérés de la nature métallique. Cette transmutation s'opère en un très court délai, qui varie de quelques minutes à quelques heures, suivant que la projection du levain métallique est faite sur un métal fondu, plus ou moins éloigné du point de perfection à atteindre.

Tout l'œuvre réside donc dans l'élaboration du ferment, — soit au blanc, soit au rouge.

Voilà la question nettement posée...

« Les métaux (dit Éliphas Lévi) se forment dans les entrailles de la terre comme les planètes dans le ciel, par les spécialités d'une lumière latente, qui se décompose en traversant divers milieux.

« S'emparer du sujet dans lequel la lumière métallique est latente, avant qu'elle se soit spécialisée, et la pousser à l'extrême positif, c'est-à-dire au rouge vif(l), par un feu em-

(1) « Tout se régénère par le dissolvant universel, qui est la substance première. Ce dissolvant concentre sa force dans la quintessence, c'est-à-dire au centre équilibrant d'une double polarité.

> La vibraUon de la quintessence autour des réservoirs communs se manifeste par la lumière, et la lumière révèle sa polarisation par les couleurs.

« Le blanc est la couleur de la quintessence. Vers son pôle négatif, cette couleur se condense en bleu et se fixe en noir; mais vers son pôle positif, elle se condense en jaune et se fixe en rouge.

• La vie rayonnanto va donc toujours du noir au rouge en passant p;ir le blanc : et la vie absorbée redescend du rouge au noir en traversant le môme milieu » Éliphas Lévi, Histoire de la Magie, pages 536-

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p ru nié à la matière même, tel est le secret du grand œuvre.

« On comprend que cette lumière positive à son extrême degré de condensation est la vie même devenue fixe, et peut servir de dissolvant universel et de médecine à tous les règnes <le la nature (1). »

Que si Ton médite ces paroles d'un grand maître, on se persuadera qu'elles expriment à la fois une réalité et un symbole. À ce double titre, positif et analogique, elles valent d'être bien comprises. Nous ne les avons pas transcrites sans motif, pour conclure les préliminaires généraux qu'il importait d'énoncer.

Passons à la description du grand œuvre.

Nous en esquisserons d'abord le schéma quaternaire ; car la Chrysopée se divise rationnellement en quatre groupes bien distincts d'opérations et de phénomènes.

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