Chapitre VII
MAGIE DES TRANSMUTATIONS
oit qu'on examine la succession des apparences, ou que Ton poursuive l'entité psychique à travers la cliaine de ses manifestations, on voit toujours les formes nouvelles croître sur le fumier des anciennes formes abolies. C'est donc selon l'ordre naturel et Tordre spirituel tout ensemble, qu'après l'image de la mort, les ingénieux auteurs du Tarot burinent l'emblème des transmutations et des métamorphoses.
Tel est le sens principal de la quatorzième figure, qui, par suite d'une méprise évidente, arbore cette fautive mention, perpétuée de tirage en tirage : la Tempérance.
lTn personnage céleste se tient debout, ailes éployées à demi : le sourire de l'éternelle placidité épanouit ses
lèvres. A son front, comme un joyau, brille le signe hermétique du Soleil 0.
L'ange solaire, levant de la main droite une urne d'or, en transvase la liqueur dans l'urne d'argent qu'il soutient I de la gauche (i). Ses deux bras, dans cette attitude, esquissent avec sa poitrine le quatorzième hiéroglyphe de I l'alphabet hébreu moderne (2), le Noun 3. i
L'emblème souffre une interprétation complexe ; mai> | la signification immédiate, qui s'impose au prime examen, — c'est l'identité d'essence, sous la disparité des formes ' sensibles. j
Le vase change ; mais la liqueur reste la même.
Le vase, c'est l'apparence extérieure ; c'est l'enveloppe I de matière patente, protéenne et multiple; c'est le corps ] transitoire. — La liqueur, c'est l'être intime ; c'est la substance une et invariable, qui sert de support à toutes matières ; c'est l'âme perdurable enfin.
Les métamorphoses, ou mutations de formes, s'accusent apparentes; elles ne sauraient en aucun cas altérer l'essence. Les modes seuls varient, externes ou intérieurs,
(1) Dans les éditions modernes, l'ofûce des deux mains est transposé; mais les Tarots plus anciens (voir le jeu de Jacques Gringonneur, dit des cartes de Charles VI) nous montrent l'ange versant de très haut dans l'urne d'argent (séncstre) la liqueur du vase d'or incliné dans sa droite (Planche X de l'ouvrage de Merlin, Origine des caries à jouer, etc. Paris, s. d.t in-4).
(2) Plusieurs lettres de l'alphabet hébreu moderne se retrouvant trèsà propos dans les figures correspondantes des tarots actuels, ainsi que divers signes d'hermétique et do Kabbale, nous donnent à croire que certaines édiUons du Livre de Thoth ont subi les retouches de quelque rabbin initié.
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visibles ou non : d'où le terme de modification, synonyme de métamorphose.
On nous objectera cependant que, si l'essence est une, nous n'avions que faire de disserter, dans notre avantpropos, de la génération des essences.
Mais c'est par extension qu'on a qualifié d'essences les natures d'êtres typiques, différenciées, au sein de l'âme universelle, par la Pensée créatrice. Il est, en effet, deux sortes de modifications, intùs et extra : les essences ne sont que des modifications internes de l'âme universelle ; comme les matières sont des modifications externes de la substance universelle, — base unique de toutes choses, y compris cette âme même.
Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ; ce qui est occulte, comme ce qui est manifeste. Ainsi l'Essence une se modalise au dedans en essences multiples, comme la Substance une se modalise au dehors en multiples matières.
Seuls le Père et la Mère universels, — Dieu seul et la Nature naturante qui émane de Lui, — sont éternellement immuables en soi.
Les êtres spirituels finis évoluent, il est vrai; ils subissent donc, en un sens, la loi du Devenir ; mais ils possèdent l'immortalité en tant qu'êtres : et, par conséquent, ils sont en même temps qu'ils deviennent. — On n'en peut pas dire autant des formes matérielles, qui passent et se succèdent, sans que rien doive subsister de la matière qui les compose, après que celle-ci aura fait retour à l'unité de la substance. Les formes extérieures existent, mais ne sont pas.
Toute chose sensible existe sans être, et subit foncièrement la loi du Devenir; ce qui équivaut, — qu on y prenne garde, — - à cette formule outrancière d'aspect : toute chose setisible consiste en une apparence de fantasmagorie plus ou moins durable ; pour aboutir à ce corollaire : toute métamorphose se réduit donc au passage d'un mode illusoire à quelque autre mode d* illusion.
L'unanimité des Écoles mystiques a dénoncé les mensonges de la matière, et nous verrons sous peu que telle était aussi la doctrine des alchimistes.
Ces principes une fois établis, nous ne voyons plus d'inconvénient à sacrifier au vocabulaire qui a cours en ce monde transitoire, ni à appeler réels les objets qui semblent stables, et illusoires les phénomènes que leur inconstance soustrait au critérium de cette réalité contingente, que traduit le verbe exister. Pareille distinction repose pourtant tout entière sur une différence du plus au moins ; c'est-à-dire, sur un contraste de relativités, qui s'évanouit devant l'absolu de l'Être.
Qu'est-ce, en dernière analyse, que l'Ordre temporel 1 — Un Devenir, tissu de perpétuelles métamorphoses, dont un triple dynamisme (providentiel, volitîf et fatidique) règle la succession.
C'est assez dire qu'un chapitre, intitulé magie des trammutations, comporterait l'intégrale étude de l'Univers manifesté ! Moins ambitieux, nous prétendons circonscrire le sujetdu présent discours à l'interprétation la plus étroite qui puisse convenir à son titre, et nous borner
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au rapide examen de quelques phénomènes exceptionnels de physique secrète, communément qualifiés de transmutatoires.
On peut distinguer d'abord les cas de métamorphose objective, quand la matière se trouve modifiée en ellemême, au point d'apparaître à tous sous l'aspect d'un nouveau corps, comme dans les combinaisons chimiques, par exemple ; — et ceux de métamorphose subjeciivey quand les formes sensibles de l'objet n'étant aucunement altérées, le phénomène se réduit à une illusion du sujet : tel est le prodige de la fascination, que nous avons expliqué plus haut.
Que si l'on observait qu'en ce dernier cas, il n'y a point métamorphose : il serait aisé de répondre que, les formes dites réelles équivalant elles-mêmes à une illusion générale et en quelque sorte consolidée (1), on ne peut voir, comme nous l'avons dit, entre la transmutation effective et la transmutation imaginaire, qu'une différence du plus au moins dans l'ordre du relatif.
Mais quittons ce langage transcendantal : aussi bien est-il entendu que nous parlerons celui de la vie positive et coutumière.
Or, au point de vue des apparences, tout change d'as-
(1) « La matière existe, mais non dune existence telle que se le ligure le vulgaire ; elle existe, mais elle n'a point d'essence indépendante des perceptions intellectuelles : car l'existence et la perceptibilité sont, dans ce cas, des termes convertibles. Le safîe sait que les apparences et leurs sensations extérieures sont purement illusoires, et qu'elles s'évanouiraient dans le néant, si la divine énergie qui les soutient seule était suspendue un moment. » (Extrait du Vedanta, cité par Fabre d'Olivet, Vers dorés de Pythagore, pages 306-307).
pect ; et nulle part contraste ne s'accuse plus évident, qu'à rapprocher les transmutations objectives, de celle* qui n'existent que dans l'imagination (1) du sujet t halluciné ».
Entre ces deux modes nettement distincts de phénomènes objectifs et subjectifs, vient s'en placer un troisième : le mode mixte des manifestations fluidiques.
Ces phénomènes, qui seraient attribuables à la première classe, en tant que perceptibles aux sens de plusieurs personnes à la fois, voire de tous les spectateurs présents. — ces phénomènes ressortiraient également à la seconde, en raison du caractère non seulement fugace, mais ambigu, qu'ils affectent (2).
Nous examinerons, en ce chapitre, deux exemples fort surprenants, réversibles dans cette catégorie médiane : la Lyeanthropie et la Palingénésie.
Il s'agit là de métamorphoses semi-objectives, de phénomènes passagers de Tordre physique ; — tandis que la transmutation des métaux (dont nous traiterons dans une notice à part, qui terminera ce chapitre vu et ce tome II tout ensemble) constitue un phénomène de l'ordre chimique : c'est une métamorphose objective, s'il en fut jamais.
A successivement aborder ces trois problèmes, nous aurons fourni des exemples de transmutations dans les règnes animal, végétal et minéral.
(1) L'organe propre de l'imagination, l'on s'en souvient, est le translucide ou diaphane des magisles occidentaux.
(2) Nous en avons ailleurs exposé la nature et les causes. (Cf. Avantpropos, pages 71-79, et passim, au cours de cet ouvrage;.
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L'énigme de la Lycanthropie (1) ne porte pas au scepticisme des modernes un défi moins paradoxal, que l'énigme congénère du Vampirisme, qui fait son pendant.
Dans l'un et l'autre cas de bilocation (souvent pseudomorphique), les causes apparaissent sensiblement analogues, comme aussi les résultats. La différence essentielle, opinâmes-nous ailleurs, « consiste en ceci précisément, que le Loup-garou, tandis que sa forme astrale vagabonde au dehors, est un sorcier vivant qui sommeille dans son lit ; et que le Vampire, au contraire, est un sorcier mort qui végète dans sa tombe » (2).
L'analogie est très remarquable ; elle se poursuit dans les moindres détails.
Nos Lecteurs, édifiés sur le phénomène générique de la sortie en corps éthérë, qui constitue la base opératoire et se dénonce la condition primordiale des deux modes d'erraticité meurtrière que nous mettons en parallèle, (savoir : la Lycanthropie, du vivant du sorcier, et le Vampirisme après sa mort), — nos Lecteurs remarqueront Tidentité du but poursuivi, la parité des moyens mis en œuvre, et jusqu'à la similitude des formes extérieures que revêt l'apparition.
Il s'agit, en effet, dans les deux cas, d'un larcin de force vitale, accompli par la violence sur la personne d'un être vivant. La consommation du vol est facilitée, comme nous l'avons vu (3), par l'épouvante qu'inspire le spectre
{i) Voy. tome I, le Temple de Satan, pages 229-233.
(2) Le Temple de Satan, page 229
(3) Cf. chap. v, pages 556-557.
à sa victime. Cette dernière enfin se voit assaillie, — par le Lycanthrope ou par le Vampire, — tantôt sous un aspect humain, tantôt sous l'apparence d'un animal sauvage.
Une perte dynamique très notable sera, chez la victime la conséquence de cet assaut, parfois meurtrier du premier coup, et qui, en tous cas, s'il se renouvelle, entraîne la consomption et la mort.
Le Vampire procède tantôt par exhaustion fluidique et sans répandre le sang : les bonnes gens disent alors qu'il a étouffé sa proie; tantôt en pratiquant une saignée, afin de s'abreuver de la matière hématique : alors le bruit court que la victime a été « sucée ». — Le Loupgarou, puisqu'on est convenu d'employer ce terme impropre (1) autant que ridicule, tue également de ces deux manières : ses attaques sont sanglantes ou non sanglantes (2).
Il n'est pas jusqu'aux contrefaçons pathologiques du Lycanthrope, qui ne s'apparient avec celles du Vampire : les archives judiciaires nous attestent des cas avérés d'anthropophagie, chez tels vagabonds embusqués sous bois, à l'affût de gibier humain. Véritables loups-garous en chair et en os, l'existence de ces frénétiques doit être alléguée, en regard de celle d'autres maniaques, Ghùles, Stryges et Lamies, — ces abominables convives du sé-
(1) Cf. Le Temple de Satan, page 229.
(2) Éliphas Lèvi avance un peu légèrement € que personne n'a ëté tué par un loup-garou, si ce n'est par suffocation, sans effusion de sang ci sans blessures, » (Dogme de la Haute Magie, page 227) : en quoi les aunales judiciaires lui donnent tort.
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pulcre, dont mention fut faite au chapitre précédent (1). Ces exemples de vésanies spéciales, qu'il suffisait de
généraliser, ont servi à MM. les physiologistes pour réduire à des exploits de monomane toutes les aventures indéniables de Lycanthropie. Voilà, dirent-ils, ce qu'on trouve de constant et de positif, au fond de toutes ces ce légendes » populaires : un fou furieux ou un crétin féroce, monstrueusement travestis, cousus dans une peau de bête fauve!... Enfin, parmi le peuple même, « histoire de loup-garou » est devenu un cliché, une locution proverbiale, synonyme de « conte à dormir debout ».
Dussions-nous poitrincr aux quolibets, nous n'hésiterons pas à maintenir, à côté de la Lycanthropie naturelle des anciens auteurs, ce qu'ils appelaient la Lycanthropie diabolique. Pour expliquer ce phénomène, nous n'avons plus que faire de l'intervention du Maudit; mais le phénomène demeure, et nous croyons à l'existence du Lycanthrope, spectre-assassin. A nos yeux, les cas de bilocation en forme animale sont cas pathologiques, disons même épidémiques, bien qu'on en favorisât les crises par certains procédés...
Cette maladie occulte et volontaire, — la Lycanthropie spectrale, — semble à notre époque avoir disparu, comme
(1) Sans reproduire ici les renseignements inclus au tome premier, il convient de rappeler que les faits de lycanthropie effective, certifiés, — comme ceux de vampirisme, — par de concordants témoignages, et sanctionnés par desarr«Hs nombreux, abondent aux recueils de procédures et d'actes authentiques dans une mesure très supérieure.
Le vampirisme s'est localisé, dans certains pays comme à de certaines époques. La lycanthropie fut de tous les pays, et beaucoup plus fréquente au cours des temps.
tant d'autres mystérieuses épidémies qui terrifièrent le moyen âge et jusqu'aux siècles plus récents. Mais supposons un instant qu'avéré par cent témoignages, un pareil phénomène se produisît de nos jours, nous demandons, en conscience, ce qu'opineraient les « hommes de l'art » 1 — Un malheureux vient d'être relevé, à demi mort dans la forêt; il prétend avoir lutté contre un loup fantastique... Et vingt personnes ont vu le fantôme... — Attaque d'hypocondrie ! Aliénation partielle, probablement consécutive à quelque accident épileptiforme... Quant aux radotages des bonnes gens qui ont vu le loup... fantôme, l'épouvante leur a donné la berlue. — La victime a-t-elle été saignée? Un animal féroce Ta mise en cet état. — L'a-t-on trouvée morte dans le bois, sans traces d'aucunes violences? C'est plus simple encore : elle a été frappée d'apoplexie... Et la cause de l'attaque se devine de reste : la peur, sans doute ! Dans le pays, toutes les têtes avaient été mises à l'envers, par ces racontars de loups-garous... N'est-ce point ainsi qu'on raisonnerait, en vérité? De la sorte, ces Messieurs les hommes graves auraient toujours le dernier mot...
Ce qui nous intéresse plus particulièrement chez les Lycanthropes, c'est, d une part, la question des onguents spéciaux, et de l'autre, les problèmes de la métamorphose animale et de la répercussion traumatique.
Jean de Nynauld, docteur en médecine au début du xvii0 siècle, a recherché curieusement la nature des pommades hallucinatoires, aux points de vue de la Lycanthropie et du transport au Sabbat. Nous avons donné en
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note, (pages 160-162) un aperçu sommaire de son très rare et très singulier opuscule. On se souviendra qu'il y décrit trois onguents : car la drogue change suivant que le sorcier désire être ravi par les airs sous son naturel aspect, ou courir les bois sous forme animale. Nynauld distingue avec soin la composition de ces pommades, dont il s'est diligemment enquis.
A Tégard du Sabbat, notre Lecteur n'ignore point qu'il y avait plusieurs manières d'y assister. Les sorciers pouvaient s'y rendre corporellement, comme à un rendez-vous ordinaire ; ils pouvaient s'y transporter en véhicule astral ; ils pouvaient en évoquer les scènes dans leur imagination...
Le premier mode, le plus simple de tous, dispensait de recourir à la vertu magique d'aucune drogue ; mais les deux autres exigeaient du magicien qu'il se mît en condition seconde, à la faveur d'un électuaireoud'un onguent appropriés. Nynauld précise les substances intégrantes des deux pommades, qui permettaient à celui qui s'en était graissé, soit d'évoquer au miroir de son diaphane les scènes de l'infernale tragi-comédie, soit de se rendre en personne audit spectacle ; — cependant que le Diable disposait dans la couche de l'absent une apparence de corps en tout semblable au sien, en telle sorte que nul au monde, fût-ce le mari ou l'épouse, ne pût soupçonner l'escapade. Telle est du moins l'hypothèse du bon démonographe, qui répugne à supposer la bilocation.
Enfin, Nynauld nous révèle un troisième onguent, spécialement destiné aux Loups-garous. Ceux qui s'en frottent, s'imaginant métamorphosés en bêtes fauves,
courent les bois à la mode quadrupède, attaquent les passants, les étranglent, les sucent ou les dévorent. C'est par une illusion satanique en partie double, — objectire et subjective, — que ce Docteur explique le cas des Sorcières lycanthropes, ou plutôt lycogynes :
c Car premièrement (dit-il) leurs sens intérieurs sont trompez de violentes impressions d'vne mesme Ggure et sonl mesme poussez de furie, que leur excitent naturellement tels onguens et potions, de sorte qu'elles se croyent vrayement bestes, marchent à quatre pattes, se seruans de leurs mains au lieu de pjedz de deuant. Finallement, estant ainsy disposées, le Diable les entourne d'vn air espoissy, qui représente extérieurement à tous les spectateurs la forme d'vn loup, et emporte ainsy la Sorcière soubs ceste forme par monts et vaux (1)... d
Il était curieux de connaître l'opinion de notre auteur, si grossière qu'elle parût de nos jours; car, de toutes les théories que proposèrent ses contemporains pour expliquer le Loup-garou, celle du médecin Nynauld est encore la moins choquante.
C'est en plein xix0 siècle, qu'Éliphas Lévi a le premier rendu le problème à sa vraie lumière, en esquissant, avec sa sûreté de main habituelle, un aperçu de la doctrine hermétique sur ce point obscur et contesté.
« Lafoime de notre corps (écrit Eliphas) est conforme à l'état habituel de nos pensées, et modifie, à la longue, les traits du corps matériel. C'est pour cela que Swedenborg, dans ses intuitions somnanibuliques, voyait souvent des esprits en forme de divers animaux.
(1) Nynauld, De la Lycanthropie et extase des Sorciers, Paris. 1615. in-8, p. 56
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« Osons dire maintenant qu'un loup-garou n'est autre chose que le corps sidéral d'un homme, dont le loup représente les instincts sauvages et sanguinaires, et qui, pendant que son fantôme se promène ainsi dans les campagnes, dort péniblement dans son lit et rêve qu'il est un véritable loup.
c Ce qui rend le loup-garou visible, c'est la surexcitation presque somnambulique causée par la frayeur chez ceux qui le voient (1), ou la disposition, plus particulière aux personnes simples de la campagne, de se mettre en communication directe avec la lumière astrale, qui est le milieu commun des visions et des songes. Les coups portés au loup-garou blessent réellement la personne endormie, par congestion odique et sympathique de la lumière astrale, par correspondance du corps immatériel avec le corps matériel. Bien des personnes croiront rêver en lisant de pareilles choses, et nous demanderont si nous sommes bien éveillé ; mais nous prierons seulement les hommes de science de réfléchir aux phénomènes de la grossesse et aux influences de l'imagination des femmes sur la forme de leur fruit. Une femme qui avait assisté au supplice d'un homme qu'on rouait vif accoucha d'un enfant dont tous les membres étaient rompus. Qu'on nous explique comment l'impression produite sur l'àme de la mère par un horrible spectacle pouvait atteindre et briser les membres de l'enfant, et nous expliquerons comment les coups portés et reçus en rêve peuvent briser réellement et blesser même grièvement le corps decelui qui les reçoit en imagination, surtout quand son corps est souffrant, et soumis à des influences nerveuses et magnétiques (2). »
Pour déconcertante que soit l'énigme de la répercussion traumatique, lors des manifestations bilocatives, elle couvre une réalité qu'on ne saurait plus mettre en doute.
(1) U semble qu'il y ait là un cercle vicieux ; mais en conférant ce que nous avons dit dans notre A van t-propox (pages 71 et suiv.), ainsi qu'au chapitro v (page 557), on pourra compléter la pensée d'Kliphas.
(2) Dogme de la Haute Magie, pages 278-280.
L'événement décisif du presbytère de Cideville (1851) (1; et tout récemment celui de Valence-en-Brie (1896) (2) apportent la plus éclatante confirmation aux phénomènes de blessures par contre-coup, qu'appuyaient déjà de nombreux témoignages dans les affaires de sorcellerie (et notamment de lycanthropie) dont pullulent les recueils des démonographcs. Combien d'autres cas modernes pourraient être invoqués! Il n'est pas de « médiums matérialisant », que des mésaventures ou du moins , quelque incident du genre répercussif n'aient avertis, à I plusieurs reprises, de garantir de toute atteinte leur J double extériorisé, avec plus de sollicitude encore qu'ils I n'entourent de précautions leur corps matériel en cata- ! lcpsie. — Enfin, les expériences de M. le colonel de i Rochas, rapportées en notre quatrième chapitre, sont trop 1 démonstratives à cet égard, pour que nous jugions opportun d'insister. Suggestives prémisses, elles donnent à réfléchir, fort au delà de leurs conclusions immédiates et rigoureuses...
Les débats judiciaires de Lycanthropie reposent sur une incontestable base de phénomènes observés. Que souvent des exagérations aient trouvé place dans le récit des faits réels, ce n'est pas douteux. Le principe avéré, c'est dans les détails que se réfugie l'inéluctable erreur...
Dans l'espèce, la réalité des contusions et des blessures, répercutées du fantôme astral sur l'organisme physique,
{{) Cf. tome I, le Temple de Satan, pages 385*393 et 402-404 (t) Voy. chap. v, pages 543-544.
J^gitized b^Ço<K
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encouragea nos pères à enjoliver, de quelque merveilleux qui nous est suspect, les anecdotes de loups-garous. — Tel ce conte invraisemblable recueilli par Boguet, d'un gentilhomme chasseur, en Auvergne, qui, attaqué par un loup, le manque d'un coup d'arquebuse. Tirant alors son coutelas, c'est corps-à-corps qu'il va engager la lutte, quand l'animal parvient à s'esquiver : mais une de ses pattes gît, abattue ; le chasseur la ramasse et la serre en son carnier. Au retour, il passe chez un seigneur de sa connaissance, auquel il a promis de sa chasse : il ouvre son sac ; mais il y trouve, en guise de patte, une mignonne main de femme, fort proprement tranchée, et le maître du logis reconnaît avec horreur, à l'un des doigts de cette main, l'anneau de fiançailles de sa propre épouse ! Celle-ci, vérification faite, est bien amputée du poignet : la plaie saigne encore, et la main, confrontée, s'y adapte à merveille. Plus de doute ! C'est bien la noble châtelaine qui, courant forêt en forme de louve, a traîtreusement assailli l'hôte de son maître et seigneur. Dénoncée par lui comme sorcière, elle montera sur le bûcher (1).
Quoi qu'il en soit du merveilleux apocryphe qui frappe d'invraisemblance certains détails d'histoires parfaitement véridiques au fond, — il convient de cueillir en passant cette tradition de sorcellerie (que partout on retrouve), du charme diabolique rompu par V effusion du sang du charmeur. Nos aïeux croyaient que le maléfice
(1) Cf. Boguet, Discours des Sorciers, pages 341-343. — Nous avons transcrit au premier tome le récit in extenso du juge de Saint Claude (le Temple de Satan, pages 230-231).
étant aboli, pour peu que Ton parvint à tirer du loupgarou une goutte de sang, l'illusion tombait et qu'aussitôt l'enchanteur métamorphosé reprenait sa forme naturelle.
Il y a dans cette conviction du vrai et du faux. 1a métamorphose cesse, en vérité; mais le charmeur n'est point démasqué sur place.
Ce qui doit advenir en pareil cas, le voici : sitôt féru, le fantôme se désintègre, non sans mouiller le sol d'une trace sanglante, si la condensation fut assez complète. Voilà le monstre disparu... Mais le plus souvent la rumeur publique dénonce un sorcier du voisinage, suspect de ces sauvages équipées. Aussitôt on se précipite : on envahit la retraite du solitaire à réputation trouble, qui passe pour fréquenter les sabbats, pour courir en loup la campagne, et s'accoupler avec les fauves au fond dos bois... On le trouve couché, tout sanglant, sous son naturel aspect, — sous sa forme humaine, plus hideuse peut-être que sa figure d'emprunt ! Ses blessures saignent encore, celles-là précisément dont on a frappé sa larve vagabonde... Nier? A quoi bon? Le crime apparait flagrant ; l'ami du diable ne cherche point même à s'en défendre. On se jette sur lui ; on le garrotte agonisant, pour le magistrat et le bourreau. A moins toutefois que les bonnes gens n'aient préféré se faire justice, en achevant ce misérable, dans un premier et irrésistible élan de vengeance ou de miséricorde. On lui épargne ainsi la torture, le bûcher...
Entre la scène réelle que nous venons de dépeindre et les légendes de métamorphose, non seulement accomplies
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sur l'heure, mais sur le champ, — il n'y a, semble-t-il, de différence que dans l'addition d'une inexatitude portant sur un détail... L'on se rend compte comment, sur le fond authentique, la fantaisie populaire a brodé tels ornements accessoires, qui dénaturent la vérité.
Pour en revenir à la tradition magique du charme, qu'abroge la moindre atteinte portée à l'enchanteur, c'est une croyance générale et qui ne se limite point au cas du Lycanthrope. Cette tradition, Richard Wagner Ta interprétée et mise en valeur dans l'immortel poème de Lohengrin. — Le défenseur d'Eisa n'a triomphé de ta vaillance que par sortilège, souffle au comte de Telramund la vipérine Ortrude. Glisse-toi jusqu'à Lohengrin, et frappe!... Car si tu parviens à verser, fut-ce une goutte de son sang maudit, le charme sera rompu qui le faisait invincible... Mais ce n'est pas dans un charme vulgaire que réside la force du héros de Montsalvat. Telramund en croit la sorcière, et meurt victime du guet-apens qu'il a tendu.
Nous en avons fini avec le traumatisme répercussif, que nous comptons toutefois appuyer encore d'un exemple contemporain.
Quant au pseudomorphisme spectral, il y a deux manières de l'expliquer : soit par la modification passagère du corps astral abmatérialisé, soit par l'entremise de quelque Lémure du nimbe, fantôme évertué et rendu objectif sous l'influence du magicien.
Nos Lecteurs sont assez au fait des phénomènes de ce dernier ordre, pour qu'il paraisse inutile d'y insister.
N'en avons-nous pas discouru copieusement et en détail? — La bilocation pseudomorphique du double humain sollicite, en revanche, quelques commentaires.
Les légendes de Nabuchodonosor transmué en bœuL des compagnons d'Ulysse dégénérés en pourceaux, nous offrent des symboles révélateurs d'une vérité profonde. L'effigie astrale de l'homme est, en certains cas, susceptible de métamorphose : elle peut revêtir la forme animale, soit d'une sorte complète, mais à titre passager, soit plus dangereusement, quoique d'une sorte partielle, et à titre de dégénérescence lente et durable. Les traits du corps matériel, peu à peu modifiés, participent alors de cette altération typique, ainsi qu'il est facile d'en justifier ésotériquement.
Si l'on s'avisait de trouver étrange que le périsprit pût ainsi se modeler à des ressemblances bestiales, nous insisterions pour qu'on se souvint d'un mystère ontologique, énoncé plus haut (t). Son sens intime prête à se résumer dans une formule que voici : l'Homme, expression supérieure de la Pensée divine dans la chair, constitue la synthèse harmonique de cette animalité, dont les types excessifs représentent les diverses tendances passionnelles et les différents vices, au paroxysme de leurs significations analytiques, autrement dit aux points extrêmes de leurs divergences ; tandis que le type humain, évolué à sa perfection, occupe, hiéroglyphe central, le juste milieu d'équilibre : il symbolise, dans ses proportions symétriques
(i) Voy. chap. iv. pages 351-354.
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et parfaites, le terme ultime du règne, et comme le but de son effort sublimé.
Les modèles animaux équivalent à des signatures de passions outrancières et désordonnées. De celles-ci, chaque homme apporte en naissant son lot. Les différences
ne sont que du plus au moins Les innéités de l'âme
qui s'incarne la vouent-elles à des passions ou l'inclinentelles à des vices qui l'éloigneront du type idéal de l'humanité ? Le corps fluidique en porte d'ores et déjà l'empreinte,et l'organisme naissant se modèle en conséquence. Ainsi s'expliquent les physionomies, en quelque sorte déviées, qui rappellent, d'une manière plus ou moins distincte et parfois frappante, les traits particuliers de tel ou tel animal. Nous l'avons dit : ces signatures spontanées ne sont point mensongères, pour qui s'applique à en
déchiffrer l'alphabet Plus un homme persévère dans
la voie de ses passions dominantes, plus s'accentue en astral sa ressemblance avec l'animal, ou les animaux, dont il porte le cachet d'origine. Et l'on sait que le corps matériel ne se moule pas seulement sur le médiateur plastique dans la période de formation, mais que les cellules de ce corps, perpétuellement renouvelées, se juxtaposent sur ce patron mobile et en accusent à mesure les modifications : si bien, que les signatures empreintes sur l'épreuve intérieure et occulte se renforcent ou s'effacent parallèlement sur l'exemplaire externe et visible.
Il va sans dire que le corps fluidique, d'une élasticité supérieure, se prête, plus malléable que le corps matériel, à ces mutations de forme : elles ne se répercutent sur ce derniér que progressivement et à la longue ; tandis que
c'est instantanément que l'effigie astrale est parfois sujette à les contracter.
Dans certains états passifs, en effet, et qui tiennent du sommeil ou de l'extase, l'imagination, complice ou no: de la volonté consciente, réagit sur le double éthéré avec une sorte de toute-puissance : la faculté imaginative se substitue pour un temps à la faculté plastique, et pétrit à son caprice l'enveloppe fluidique extériorisée. C'est exceptionnel et passager ; il faudrait que ces dédoublement pseudomorphiques se renouvelassent bien souvent et se prolongeassent outre mesure, pour que la physionomie visible en contractât durablement l'empreinte. La modification répercussi ve n'influe guère sur les traits corporels, qu'en conséquence des étatsd'âme habituels et continus...
Cependant, même à ces heures exceptionnelles et dans ces cas anormaux, où l'écart devient si notable entre la forme d'emprunt du corps astral vagabond et la forme propre du corps matériel déserté, une si étroite sympathie les fait communier l'un à l'autre, en dépit des distances, et vivre l'un par l'autre, au moyen de la chaîne fluidique intermédiaire, qu'il est impossible de frapper l'un sans que Pautre en subisse le contre-coup. Atteindre l'un, c'est blesser ou tuer aussi l'autre.
On peut lire, dans la revue l'Initiation (1), le récit d'un fait moderne très proche des cas connus de Lycanthropie. Papus Ta reproduit in-extenso, dans son Traité élémentaire de Magie pratique (2), auquel nous invitons le Lec-
(1) No d'avril 1893.
(î) Paris, Ch&muel, 1893, gr. in-8, pages 184-195.
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teur à se référer pour les détails ; car nous résumerons le plus possible.
L'auteur de la relation, M. Gustave Bojanoo, officier de l'armée autrichienne, nous fait part de la mort violente d'une sorcière, qui habitait une masure à l'écart de la petite bourgade de P., où lui-même possède une ferme et divers immeubles adjacents.
La femme B. n'avait guère passé la quarantaine ; son visage désagréable et un peu bestial inspiraitla défiance, et les gens du pays la redoutaient et la haïssaient à la fois. Ils l'accusaient de mille sortilèges, et entre autres choses, de pérégrinations nocturnes sous l'apparence d'une lumière pâle : on avait, à cause de cela, surnommé cette femme la Lanterne.
M. Bojanoo avait été témoin de plusieurs faits de nature suspecte, à tout le moins fort bizarre, auxquels cette créature se trouvait mêlée, quand, de séjour au village lors d'un congé, il dut à un concours de circonstances fortuites, de passer la nuit au premier étage d'une maisonnette abandonnée, qui touchait à la demeure de la magicienne.
À peine sa lumière est-elle éteinte, qu'un vacarme inquiétant retentit à la porte de la première chambre, qui livrait accès dans celle où son lit avait été dressé. L'on eût dit le grattement impérieux d'un chien de forte taille, en train de vouloir forcer la porte. C'est dire que ce grattement atteignait une intensité particulière. M. Bojanoo pense que son chien s'est faufilé derrière lui dans la maison, sans qu'il s'en soit aperçu; il l'appelle par son nom : point de réponse, mais un redoublement du bruit
mystérieux. L'officier fait de la lumière, le bruit cesse aussitôt. L'officier visite scrupuleusement tous les reçois de la maison, et ne découvre rien d'insolite. Il se recouche enfin, après avoir fermé derrière lui la porte de la pièce d'entrée, et tout rentre dans l'obscurité. Mais le tapage reprend de plus belle. Très énervé, pour ne dire un peu ému, M. Bojanoo met sabre au clair, et « précipite dans la première chambre, où le bruit se faisait entendre, contre la porte d'entrée, mais — chose étrange — du côté intérieur de cette porte. C'est là qu'il pense discerner une ombre lumineuse, au lieu précis du grattement.
« Sans réflexion, je ne fis qu'un bond en avant, et je portai un formidable coup de sabre dans la direction de la porte.
« Une gerbe d'étincelles jaillit de la porte, comme si j'avais touché un clou enfoncé dans le panneau. La pointe du sabre avait traversé le bois, et j'eus de la peine pour retirer l'arme. Je me dépêchai de retourner dans ma chambre pour allumer la bougie, et, sabre en main, j'allai d'abord voir la porte.
o Le panneau était fendu de haut en bas. Je me mis à chercher le clou que je pensais avoir touché, mais je ne trouvai rien : le côté tranchant du sabre ne paraissait pas non plus avoir rencontré du fer.
a Je descendis à nouveau au rez-de-chaussée ; je visitai partout, mais je ne trouvai rien d'anormal.
« Je remontai dans ma chambre ; il était minait moins le quart (1)... »
Le lendemain matin, M. Bojanoo apprend que la femme B. repose sur son lit, sans connaissance et tout ensanglantée. Il se précipite, suivi de plusieurs personnes de la bourgade, déjà informées de l'accident.
(i) Traité élémentaire de Magie pratique, page 190.
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« Arrivé chez B., un spectacle terrible se présentait.
« La femme, en délire, couchée sur son lit, avait la figure presque entièrement couverte de sang coagulé, les yeux fermés et collés par le sang, qui sortait encore lentement d'une blessure mortelle au front. La blessure, faite par un instrument tranchant, commençait à deux centimètres au-dessus de la lisière des cheveux et se prolongeait en ligne droite jusqu'à la racine du nez, parcourant ainsi sept centimètres et demi. Le crâne était littéralement fendu, et la masse cérébrale sortait à travers la fente (!)... »
Le soir du même jour, vers sept heures, la sorcière mourut. Son triste « accident » inspira peu de sympathie. Enfin, s'écriait un voisin, B... a attrapé ce qu'elle mérite. Ce fut toute son oraison funèbre...
A Thistoire de la femme B... se mêlent les aventures d'un grand chien berger, qu'elle semblait haïr et qui, de son côté, montrait pour elle une aversion singulière. Si romanesque, en vérité, que paraisse la remarque suivante, nous ne la passerons pas sous silence, puisque l'auteur l'a gravement consignée en son récit. Les deux ennemis, — la femme et le chien, — présentaient la même particularité, et fort bizarre. Leurs yeux n'étaient pas de couleur identique : chez l'un comme chez l'autre, « l'œil droit était de couleur grise ; l'œil gauche, en sa partie supérieure, était d'un bleu très clair, verdàtre ; la partie inférieure était brun foncé (2)... » — Où se fondait le secret de cette hostilité implacable, entre deux êtres de race différente, mais marqués d'une signature étrange et
({) Traité élémentaire de Magie pratique, p. 191. (t) Ibid., page 185.
toute pareille ? Nous ne nous aviserons pas de rexpbquerî...
Il existe, —surtout à l'état de nature, — entre Thomni et l'animal, des affinités et des antipathies à confondre la raison. Certaines opérations magiques peuvent même créer entre eux une solidarité fluidique allant jusqu'à la réversibilité la plus stricte. Le lien est une entité invisible et le plus souvent parasitaire. Ici, le souvenir s'impose à nous, des exemples stupéfiants de Nagualisme. que nous avons fait connaître au premier tome de cet ouvrage (1). Nous n'y reviendrons pas...
Ce qui nous préoccupe en ce chapitre, c'est le miracle des transmutations et des métamorphoses.
Or, le règne végétal nous offre, dans cet ordre d'idées, un phénomène remarquable, dont le secret pratique semble perdu, mais que plusieurs chimistes des derniers siècles connaissaient parfaitement et reproduisaient à volonté, sous les noms de palingénésie et de Phénix végétal (2).
Cette merveille tient de fort près aux arcanes de la biologie des plantes, et Jacques Gaffarel, que nous avons eu déjà l'occasion de citer plusieurs fois, explique fort au clair, en son naïf langage, « que bien qu'elles soient
(1) Le Temple de Satan, pages 368-369.
(2) • Coxe a fait en Angleterre des essais très curieux sur ce sujet. Digbi a connu les miracles de la palingénésie. Le célèbre père Kircher en a beaucoup parlé. /. Daniel Afajer donne un traité de palingénésie. Le père Ferrari, jésuite, Jean Fabre, Hannemann, Paracehe, Libavius, Bary, dans sa physique, etc., ont tous traité de cette opération • (Le Grand Livre de la Nature, page 15).
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hachées, brisées ei raesme bruslees, elles ne laissent point de retenir au ius, ou aux cendres, par vne secrette et admirable puissance de la nature, toute la mesme forme et ligure qu'elles auoient auparauant : et bien qu'on ne la voye pas, on peut pourtant la voir, si par art on la sçait exciter » (1). A l'appui de son dire, Gaffarel renvoie aux œuvres de M. du Chesne, sieur de la Violette,
« vn des meilleurs chimistes que nostre siècle ait produit, rapportant qu'il auoit veu vn très habile Polonois, médecin de Cracouie, qui conseruoit dans des phioles la cendre de presque toutes les plantes dont on peut auoir cognoissance, de façon que lorsque quelqu'vn par curiosité vouloit voir, par exemple vne rose dans ces phioles, il prenoit celle dans laquelle la cendre du rosier estoit gardée, et la mettant sur vne chandelle allumée, après qu'elle auoit vn peu senti la chaleur, on commençoità voir remuer la cendre, puis estant montée et dispersée dans la phiole, on remarquoit comme vne petite nue" obscure, qui se diuisant en plusieurs parties, venoit en fin à représenter vne rose si belle, si fresche, et si parfaite, qu'on l'eust iugee estre palpable et odorante comme celle qui vient du rosier. Ce sçauant homme dit qu'il auoit souuent tasché de faire le mesme, et n'ayant sçeu par industrie, le hazard en fin luy fit voir ce prodige : car comme il s'amusoit auec M. de Luynes, dit de Formentières, conseiller au Parlement, à voir la curiosité de plusieurs expériences, ayant tiré le sel de certaines orties bruslees, et mis la lescitie au serein en hyuer, le matin il la trouua gelée, mais auec ceste merueille que les espèces des orties, leur forme et leur figure estoient si naïuement et si parfaitement représentées sur la glace, que les viuantes ne l'estoient pas mieux. Cet homme estant comme raui, appela ledit Sieur Conseiller pour estre tesmoin de ce secret... A pre-
(1) Curiosités inouyes sur la sculpture talismanique des Persans, horoscope des patriarches, et lecture des Estoiles, pari. Gaffarel. — Paris, 1629, in-8, page 209.
sent, ce secret n'est plus si rare, car M. de Claues, vn dese*»ilens chimistes de noslre tems, le fait voir tous les îours (1)... 1
Il faut conclure de cette seconde expérience, déjà relatée plus haut, que la forme astrale des plantes dépose volontiers son empreinte sur des substances naturellement impropres par elles-mêmes à la végétation.
Qui n'a pris la peine d'admirer les improvisations cristallines de la froidure, si finement découpées en tiges et en feuilles, suivant un modèle variable, mais toujours correct et minutieux, de manière à former ces arborescences parfaites, ces groupes d'épis, ces feuilles de fougère d'un impeccable dessin, et d'un port si vrai, que la couleur et l'opacité manquent seules ù l'illusion ? C'est presque toujours sur quelque type végétal que se condense et se gèle, en hiver, à la surface des vitres, la buée de l'atmosphère intérieure des appartements. Un groupement moléculaire analogue préside à la cristallisation des sels grimpants, qui escaladent les parois des récipients de laboratoire, ou s'enguirlandent à leur orifice.
Il n'est pas jusqu'à la nature métallique, qui ne contracte elle-même l'apparence végétative, dans certaines occurrences favorables à l'intersection des plans dynamiques, du minéral au végétal. Ceux-là sans doute hésiteront à nous contredire, qui ont examiné à la loupe les frondaisons éclatantes qu'affectent les arbres de Diane et de Saturne, dont il est aisé d'étendre et de modifier
(1) Gaffarel, Ibid., pwes 209 211
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les formes typiques, en variant la provenance acide et en graduant la concentration des bains (les alchimistes diraient des menstrues) à base d'argent ou de plomb.
Nombre de substances liquéfiées par la chaleur, et notamment certains métaux en fusion, deviennent très propres à contracter, par le refroidissement, la marque et comme la griffe des vertus lémuriennes de l'ambiance. Les Larves et les Élémentaux interviennent d'aventure en pareil cas, et frappent de leurs hiérogrammes ces matières, réceptives dans l'instant où elles se concrètent. Autant dire un cachet empreint dans la cire molle et durcissante.
Ainsi s'explique le procédé de quelques sorciers guérisseurs, qui, consultés pour une maladie, veulent savoir tout d'abord si l'origine en est un maléfice. Dans un vase d'eau saturée des fluides du valétudinaire, ils versent du plomb fondu, goutte à goutte... Sur cette grenaille improvisée, les influences magiques viennent signer leur présence, et trahissent ainsi la volonté du « jetteux de sort ». Ce sont graphismes à déchiffrer. Le sorcier diagnostique et prononce, ensuite de cette épreuve bizarre.
Ces pratiques étaient en usage au temps de Bodin, et même de Sprenger : l'on avait fréquemment recours aux thérapeutes noirs, pour la levée des gogues et la cure des envoûtements.
c Mais quant aux maladies (écrit le jurisconsulte angevin) qui aduiennent autrement que par sort, les Sorciers confessent qu'ils n'en peuuent guarir. Et pour sçauoir si c'est sort,
Spranger escrit qu'ils en font la preuue, mettant du plomb fondu en vn vaisseau plein d'eau sur le patient (I )...
a Et défait, l'Inquisiteur Sprangerrecite vn exemple, qu'en faisant le procès aux Sorciers de la ville d'Isprug en Allema- l gne, il y eust vn Potier Sorcier, lequel voyant vne pauure \ femme sa voisine affligée extrêmement, comme si on luyeust donné des coups de cousteaux aux entrailles : le sçauray, ditil, si vous estes ensorcelée, et ie vous guariray. Et prenant du plomb fondu, il le versa dedans vu plat plein d'eau, le tenant sur la femme malade. Et après auoir dit quelques parolies, que ie ne mettray point, il aperçeut au plomb glacé certaines images, parlesquelles il cogneut qu'elleestoit ensorcelée. Cela fait, il meine le mary de ceste femme, et tous deux ensemble vont regarder soubs le sueïl de la porte, où ils trouuereqt vne image de cire de la grandeur d'vne paume, ayant deux aiguilles fichées des deux costez, auec d'autres poudres, graines et os de serpens, el ietta tout dedans le feu : et la femme guarit, ayant engagé son âme à Sathan et aux Sorciers ausquels elle demanda guarison (2). » ,
Ces tablettes métalliques où viennent <> graphier » les Invisibles, ce plomb fondu frappé à l'empreinte de leur malice, nous ramèneraient aux mystères des signatures, que nous avons suffisamment éclaircis (chapitre iv, de h Volonté)... Il convient de nous en tenir aux exemples de palingénésie végétale, dont Gaflfarel nous entretenait tantôt, savoir : la lessive d'orties brûlées qui contracte, en se congelant, les fines ciselures des feuilles d'orties en relief, et lacendredu rosier, faisant revivre, par la chaleur, l'image fugitive d'une rose au naturel.
Voici dans quels termes un savant du xvn° siècle, Guy
(1) De la Demonomanie des Sorciers, pur I. Bodin, angevin. — Paris. 4 587. in-4 (f» 4 43).
(2) Demonomanie des Sorciers (fol. 145, a et b).
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de la Brosse, botaniste célèbre et médecin de Louis XIII, rapporte cette dernière expérience. Le texte que nous transcrivons, rapproché de celui de Gaffarel, complétera la description du phénomène.
« Vn certain polonois (écrit la Brosse) sçauoit renfermer les phantosmes des plantes dedans des phioles ; de sorte que, toutes les fois que bon luy sembloit.il faisoit paroistre vne plante dans vne phiole vuide. Chaque vaisseau contenoit sa plante : au fond paroissoit vn peu déterre, comme cendres. 11 esloit scellé du sceau d'Hcrmez. Quant ii vouloit l'exposer en vuë, il chauffoit doucement le bas du vaisseau. La chaleur pénétrant faisoit sortir du sein de la matière vne tige, des branches ; puis des fueilles et des fleurs, selon la nature de la plante dont il auoit enfermé l'âme. Le tout paroissoit aussy longtems aux yeux desregardans que la chaleur excitante duroit (t). »
L'on n'est pas médiocrement surpris de constater une fois de plus que, de nos jours, la chimie et la physique officielles, — d'ailleurs si riches en merveilleuses découvertes, — n'ont pas seulement abandonné ces recherches si curieuses sur la vitalité des êtres et la perpétuité de leurs effigies potentielles ; mais encore perdu le secret d'expériences maintes fois répétées et réussies par les savants d'alors, et que tant de passages des plus graves auteurs dénoncent comme coutumières et pour ainsi dire banales au xvue siècle.
Bien plus, le terme de palingénésie n'était-il point passé dans le langage courant de la philosophie et de la science : à telles enseignes que nous voyons, au siècle
(I) De la nature, vertu et vtilitè des plantes et dessin du lardin royal de médecine. — Paris, 1664, in-fol. fig., (chapitre vi, pages 44 et suiv.)
dernier, le grand naluraliste Charles Bonnet intituler Palingénésie philosophique son chef-d'œuvre le plus admiré (1769), et sur le seuil du présent siècle, l'illustre et malchanceux Ballanche réunir ses œuvres complètes sous la rubrique significative d'Essais de Palingénésie sociale ?
Peut-être sera-t-il donné à quelques intrépides éclaircurs de la science non sectaire, tels que le Dr Gibier ou le colonel de Rochas, de reproduire et d'expliquer les phénomènes décrits par Gaflarel, et qui sont dans la logique des choses de la nature, étudiées au flambeau de l'Ésotérisme.
La même loi se manifeste en actes, pour rendre possibles l'une et l'autre expériences, que nous avons relatées d'après l'astrologue du grand Cardinal. C'est invariablement sur le patron morphique de la plante, sur son corps sidéral ou potentiel, — substratum de la matière visible (réduite elle-même à l'état de caput mortuum), — que le fantôme végétal se dessine, en objectivation éphémère dans le premier cas; et que, dans l'autre, il préside, en mode végétatif, au groupement moléculaire de la glace naissante.
On trouve dans le Grand Livre de la Nature (l), publié au dernier siècle par les soins d'un chapitre de Rose- Croix, toutes les phases de l'opération spagyrique, requise pour obtenir le phénix végétal. L'auteur désigne, par cette métaphore, le vase préparé pour l'épreuve de la
(i) Le Grand Livre de la Nature ou l'Apocalypse philosophique et hermétique, etc., vu par une Société de Pli... Inc., et publié par D... — Au Midi, et de l'Imprimerie de la Vérité (1790), in-8.
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palingénésie. Quant aux manipulations essentielles, c'est sous réserves que nous en relèverons l'ordonnance, en tâchant à résumer le détail des minutieuses prescriptions formulées de la page 15 à la page 19...
1° Il faut piler avec soin quatre livres des graines bien mûres de la plante dont on veut dégager Y âme; puis conserver cette pâte au fond d'un vaisseau bien transparent et bien net.
2° Un soir que l'atmosphère sera pure et le ciel serein, on exposera le produit à l'humidité nocturne, afin qu'il s'imprègne de la vertu vivifiante qui est dans la rosée.
3° et 4° L'on aura soin de recueillir et de filtrer huit pintes de cette rosée, mais avant le lever du soleil, qui en aspirerait la partie la plus précieuse, laquelle est extrêmement volatile ;
5° Puis on distillera la liqueur filtrée : du résidu ou des fèces, il faut savoir extraire un sel « bien curieux et fort agréable à voir. »
6° On arrosera les graines avec le produit de la distillation, que Ton aura saturé du sel obtenu. Ensuite on enterrera, dans le fumier de cheval, le vaisseau hermétiquement scellé au préalable avec du borax et du verre pilé.
7° Au bout d'un mois, « la graine sera devenue comme de la gelée ; l'esprit sera comme une peau de diverses couleurs qui surnagera au-dessus de toute la matière. Entre la peau et la substance limoneuse du fond, on remarque une espèce de rosée verdàtre qui représente une moisson (1). »
(i) Le Grand Livre de la Nature, pages 17-18.
8° A ce point de fermentation, le mélange doit être exposé, dans son bocal exactement clos, de jour à l'ardeur du soleil, de nuit à l'irradiation lunaire. Par les périodes pluvieuses, on remet le vaisseau en lieu sec et tempéré jusqu'au retour du beau temps. — Il faut plusieurs mois, souvent une année, pour que l'opération soit parfaite. Voit-on, d'une part, la matière se boursoufler et doubler de volume ; de l'autre, la pellicule disparaître ? C'est signe certain de réussite.
9° La matière, à son dernier stade d'élaboration, doit apparaître pulvérulente et de couleur bleue.
«... C'est de cette poussière, que s'élèvent le tronc, les branches et les feuilles de la plante, lorsqu'on expose le vaisseau à une douce chaleur. Voilà comment se fait le Phœnix végrélal.
c La palingénésie des végétaux ne seroit qu'un objet d'amusement, si cette opération n'en faisoit entrevoir de plus grandes et de plus utiles. La Chyinie peut, par son art, faire revivre d'autres corps; elle en détruit par le feu, et leur rend ensuite leur première forme. La transmutation des métaux, la pierre philosophale sont une suite de la palingénésie métallique.
u On fait sur les animaux ce qu'on fait sur les plantes; mais telle est la force de mes engagemens, que je ne peux pas m'expliquer ouvertement (t)...
« Le degré le plus merveilleux de la palingénésie, est l'art de pratiquer sur les restes des animaux. Quel enchantement de jouir du plaisir de perpétuer l'ombre d'un ami, lorsqu'il n'est plus! Artémise avala les cendres de Mausole : elle ignorait, hélas, le secret de tromper sa douleur (2). t
(1) «Cette étude (dit plus loin l'auteur) est celle des Ph... /ne... (Philosophes inconnus). C'est d'eux que je tiens les vérités que je consigne en cet ouvrage » (Page 22).
(2) Le Grand Livre de la Nature, pages 18-19.
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Conçoit-on la valeur de cette indication rapide? L'hornogénéité de la Nature universelle autorise l'homme à inférer par analogie : et s'il a raisonné juste, l'expérience confirme toujours ses inductions. Or, ce qui a lieu dans le règne végétal doit parallèlement se produire dans les règnes inférieur et supérieur à lui : c'est justifier, dans l'un, la transmutation des métaux; dans l'autre, la réviviscence posthume des formes abolies.
Admirons du reste quelle unité de doctrine, dans toutes les écoles d'Ésotérisme. A suivre les pas d'un alchimiste du siècle dernier, voici que nous rejoignons Porphyre et les Alexandrins (1).
Jacques Gaffarel, que nous citions tantôt, a parfaitement senti la portée de ces correspondances, puisqu'après mention de ces phénomènes palingénésiques, il passe à l'examen des manifestations spectrales, et conclut au caractère parfaitement naturel des fantômes qui hantent parfois les lieux de sépulture. Les Ombres des trépassés qu'on voit aux cimetières se réduisent, d'après son dire, à la silhouette, à l'esquisse fluidique des corps défunts : mais ils ne sont ni Y âme des morts (2), ni spectres d'origine diabolique. Nous avons transcrit ailleurs le passage (3).
Le bon abbé Gaffarel n'est pas toujours aussi heureux. La crainte de passer pour magicien le fait parfois chan-
(1) Cf. chap v, pages 504 et suiv.
(2) Gaffarel distingue sagement ici Y Ombre passive, de l'âme spirituelle et môme du corps sidéral.
(3) Voy. chap. iv, page 364.
celer à rai-côte sur le sentier du vrai : ce qui nuit à l'autorité de sa parole, sans interdire pour cela aux amateurs de Diablerie, de trouver à ce prêtre astrophile un arrière-goût de fagot. — Ainsi, quelques lignes plus loin, il a la mauvaise fortune de s'en prendre à Paracelse, « qui dit que la Mumie contient toutes les vertus des plantes, pierres, etc., et qu'il yavne force occulte magnetique, qui attire les hommes auprès des tombeaux de ceux qu'on estime saints, où, par la vertu de la mesme Mumie, on voit les effets que Ton appelle miracles, estons plus fréquens (dit-il) en esté qu'en toute autre saison, à cause de la chaleur du soleil, qui esueille et excite l'humeur qui est en la Mumie ;resueries que nous réfutons... * Or, par le terme assez étrange de Mumie, Paracelse exprime l'action d'Iônah sur les cadavres, c'est-à-dire, la force d'expansion vivifiante qui agit dans la lumière astrale, autour des capita mortua, pour les dissoudre ; et qui féconde la matrice de la Mort, pour lui faire produire la Vie inépuisable ! Peut-être Paracelse déduit-il parfois de trop audacieuses conclusions des principes naturels qu'il a su mettre en lumière avec tant de bonheur. Mais si l'auteur des Curiosités eût appris à l'école de Paracelse la science de la Mumie, nous ne le verrions nulle part aucunement embarrassé pour rendre un compte scientifique et rigoureux de tous les mystères palingénésiques.
Nous-mème ne pousserons pas plus avant nos commentaires sur ce point. Expliquer plus en détail la Palingénésie, après tout ce que nous avons produit sur la Lycanthropie, et les modalisations très diverses dont les
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corps fluidiques apparaissent susceptibles, ne serait-ce point abuser des redites, et n'aurions-nous pas l'air de mettre une médiocre confiance dans la sagacité du Lecteur?
L'intitulé de ce chapitre — Magie des transmutations, — nous invite à dire un mot des talismans d'invisibilité ; mais nous ne nous y arrêterons point.
L'anneau de Gygès n'est qu'un symbole, et les théories antérieurement émises doivent suffire à rendre compte de tous phénomènes justiciables de cette rubrique en partie double : apparitions et disparitions mystérieuses.
A part les cas rarissimes, et néanmoins avérés, <¥éthérisalion des corps matériels vivants, — l'invisibilité corporelle peut dépendre, soit d'un phénomène tout subjectif de fascination, soit de l'entremise réelle d'un voile opaque, interceptant la vue. Cet artifice, qui parait du ressort exclusif de la prestidigitation, relève en certains cas de la Magie proprement dite : quand l'obstacle interposé consiste en une modification moléculaire du milieu atmosphérique, par l'effet de la volonté adeptale sur l'Akasa.
C'est ce phénomène, bien connu des initiés de tous temps, que l'abbé de Villars signale au passage, dans ses entretiens si instructifs du Comte de Gabalis :
« En cet endroit, un laquais vint me dire qu'un jeune seigneur venoit me voir. — Je ne veux pas qu'il me voye, dit le Comte. — Je vous demande pardon, Monsieur, lui dis-je ; vous jugez, bien, au nom de oe Seigneur, que je ne puis pas faire dire qu'on ne me voit point : prenez donc la peine d'entrer
dans ce cabinet. — Ce n'est pas la peine, je va me rendre invisible. — Ha ! Monsieur, m'écriai-je, trêve de diablerie, s'il vous plall ! Je n'entends pas raillerie là-dessus. — (Juelle ignorance, dit le Comte en riant et haussant les épaules, de ne sçavoir pas que pour être invisible, il ne faut que mettre devant soi le contraire de la lumière!... 11 passa dans mon cabinet, etc. (I )... »
Au demeurant, rien n'est plus fréquent et plus aisé à produire sur des sujets hypnotiques, que Y hallucination négative. Que de fois avons-nous vu, chez M. le Dr Liëbeault, ailleurs aussi, une suggestion anéantir, pour un individu, la notion de vingt personnes réunies dans la même pièce, causant et circulant, et que le sujet coudoie sans même soupçonner leur présence ! Elles lui parlent, mais il n'entend rien ; elles le touchent, il ne les sent pas. Elles le menacent vivement de la main : il marche au milieu d'elles, impassible et sans sourciller.
Nous avons décrit, aux précédents discours, plusieurs cas de fascination ou de métamorphose subjective. — En ce chapitre, les mystères de la lycanthropie et de la palingénésie nous ont présenté deux exemples mixtes de métamorphose réelle, mais passagère. — Nous allons examiner enfin, avec les phénomènes du grand œuvre, la transmutation objective et durable tout à la fois. Ces dernières pages formeront une notice à part, et comme un précis sommaire de la science d'Hermès.
Nous aurons étudié de la sorte les différents modes de
(1) Le comte de Gabalis.— Londres, 1742, 2 vol. in-12, (tome I. pages 135-136).
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métamorphose, aux termes de la distinction qui clôt notre exposé de principes, vers le début du présent chapitre. Et ces phénomènes nous seront apparus successivement en actes, dans les trois règnes de la nature physique : animal, végétal, minéral.