III. - Multiplication de la pierre
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tion) des métaux imparfaits s opère en peu de temps.
Il suffit de projeter dans la masse liquéfiée du métal qu'on veut ennoblir (mercure, étain ou plomb en fusion) une petite quantité de la pierre, réduite en poudre fine et soigneusement enrobée dans un peu de cire, en forme de pilule. Après une phase de fusion assez brève d'ordinaire, on laisse refroidir le creuset, et toute la masse métallique se trouve transmuée en 3 ou en O, selon qu'on a fait usage de la poudre transmutatoire au blanc ou au rouge.
Il nous reste à compléter les indications du Sommaire qu'on vient de lire, en insistant sur les points laissés dans l'ombre par les Maîtres. Peu de paroles y suffiront.
Toute la difficulté réside aux opérations préparatoires. — Le reste, disent les Adeptes, n'est qu'un jeu d'enfants et de femmes. Or, ces travaux préliminaires se bornent à la préparation de l'Azoth ou Mercure des Sages.
Nous savons déjà qu'il n'est pas le mercure commun £ . Ajoutons qu'il ne s'en tire pas, quoi qu'en aient dit bien des théoriciens du grand œuvre.
Qu'est-ce donc que le Mercure des Sages, cette maîtresse-clef du magistère, à défaut de quoi nul ne peut entrer au palais du Roi-Soleil ?
Conçu abstractivement, c'est-à-dire à l'exclusion des substances matérielles où il s'incorpore pour l'usage de l'alchimiste, c'est tout uniment la Lumière astrale, avec sa double polarité et son centre d'équilibre où réside la quintessence des éléments.
Tel que le manipulent les enfants d'Hermès, c'est-àdire à l'état de Lait virginal ou de Vinaigre très aigre, ou de Dissolvant universel des métaux, le Mercure ou Azoth des Sages est une liqueur magique, peut-on dire, où l'humide radical (Mercure féminin), fécondé par le principe vivificateur (ou Soufre mâle), a pris corps, à la faveur du principe salin, — cette base des choses sensibles, que Boehme définit, par un heureux barbarisme, la « cause de la saisissabilité • (I) .
La matière première, — Magnésie ou Marcassite ou Minière des Sages, — dont il s'extrait, n'est, à proprement parler, ni un métal, ni un sel. C'est un minéral connu des enfants d'Hermès et très répandu dans la nature. C'est le Serviteur Rouge, la Vierge hermaphrodite de nature, t le rocher qui contient une mer et dont l'esprit se sublime... » Ce minéral est formé, comme tous les corps sensibles, de Soufre et de Mercure élémentaires, enchaînés dans une prison saline. Mais ce qui le distingue de ses congénères, c'est qu'outre ces deux principes conjoints et spécifiés, c'est-à-dire morts, il est imprégné de Soufre et de Mercure non combinés, non spécifiés encore (2), c'est-à-dire vivants.
En d'autres termes, cette marcassite est un aimant de la Lumière métallique potentielle, ou spécification préliminaire de l'Aôr bipolarisé, dont l'extrême positif (Aôd)
(1 ) Des Irais principes de l'Essence divine, ou de l'éternel engendrement sans origine, etc., par Jacob Béhme (sir), traduit de l'allemand par le Philosophe Inconnu (Cl. do Saint-Martin). Paris, an X (1802).» vol. in-8, (t. I, page 4).
(2) Non fixés on une combinaison définie, voulons-nous diro, mais tendant néanmoins déjà à se spécifier au minéral.
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constitue le Soufre mâle de nature, et l extrême négatif (Aôb) le Mercure féminin.
Une fois la minière unique bien connue, et récoltée en des conditions favorables, il s'agit d'en extraire séparément le Mercure et le Soufre libres, condensés chacun dans le véhicule qui leur convient ; de les purifier, de les joindre en Azoth des Sages, dans une liqueur saline qui est le Lait virginal et le Dissolvant des alchimistes.
Mais nul ne peut dégager Mercure de ses liens, sans trancher ceux-ci avec Y Acier des philosophes, et pour posséder leur Acier, il faut savoir l'attraire à soi par l'artifice de leur Aimant.
Voilà le grand arcane d'Hermès : nous l'énonçons à découvert, en dévoilant la nature de l'Acier des Sages, qui n'est autre que Yélectricite', et celle de leur Aimant, symbole de la pile d'où elle émane.
Avant nous, Éliphas Lévi avait déjà signalé l'emploi de l'agent électrique dans les opérations du grand œuvre ; non sans y mêler des vues fort sujettes à caution, sur l'usage parallèle du magnétisme humain. En parlant d' « électricité magnétisée », Éliphas confondait, à dessein peut-être, deux ordres très distincts de réalisations hermétiques.
Nous avons fait entendre plus haut (1) comment un adepte entraîné, rendu puissant sur l'Astral par l'intermédiaire du médiateur plastique docile à son vouloir, peut objectiver de la matière de toutes pièces, sous un
(il Voy. chap. iv pages 428-429 et passim.
mode prétïx. Le magicien peut ainsi réaliser de l'or, aussi bien que toute autre substance corporelle : son œuvre est un transfert de puissance en acte, une véritable création. Alchimie positive, mais supérieure.
D'autre part, si Ton qualifie de Magnétisme, la Force mystérieuse qui permet à la volonté humaine d'agir sur le Protyle et de le différencier en l'objectivant : on pourra certifier, dès lors, que le thaumaturge a fait usage du magnétisme en alchimie. On conviendra néanmoins qu'un tel art hermétique diffère sensiblement de la pratique opératoire du grand œuvre, qui nous occupe à cette heure : nous traitons de Spagyrie, et non plus de Magie.
Nous écarterons en conséquence l'emploi du magnétisme humain en alchimie proprement dite, et retiendrons l'usage de l'électricité, qu Eliphas a dénoncé avant nous. Il nous suffira de préciser cet usage et d'en circonscrire la minute opportune.
Cette minute est celle des aigles volantes ou de la sublimation du Mercure, centre essentiel ou pivot des travaux préliminaires de l'œuvre. C'est alors qu'ayant attiré du Ciel V Acier des Sages au moyen de leur Aimant, l'artiste brandit cet Acier, pour la délivrance de Mercure captif.
<i Notre Acier (dit Philalèlhe) est la vraie clef de l'œuvre, sans quoi il est inutile d'allumer la lampe ou le fourneau philosophique. C'est la minière de l'or; c'est l'esprit le plus pur de la nature ; c'est un feu infernal et secret, et même en son genre extrêmement volatil. C'est le miracle du monde et l'assemblage des vertus supérieures dans les êtres inférieurs. C'est pourquoi le Tout-Puissant l'a distingué par un caractère particulier. Les Mages et les Philosophes ont connu sa nais-
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sance en Orient, et ils ont remarqué avec admiration qu'un grand roi étoit né dans le monde. — Imitez-les donc, et lorsque vous aurez vu son étoile (1), suivez-le jusqu'à son berceau (2). •
La pile est clairement désignée, plutôt que décrite, au chapitre suivant du même auteur. Citons-en quelques traits.
« ... Ayant dit que notre Acier est la minière de l'or, il faut pareillement remarquer que noire Ayman est la vraye minière de l'Acier des Sages. Sçachez que notre Ayman a, dans son centre le plus intime, une abondance de sel merveilleux... Ce centre se tourne naturellement vers le pôle, où la vertu de notre Acier se fortifie par degrés. C'est dans ce pôle que se trouve le cœur de notre Mercure, qui est levvayfeuoàse repose son Seigneur, et (ce feu) nageant sur cette grande mer, arrivera jusqu'aux deux Indes, pourvù que l'on ait soin de régler sa route parla vue de Vétoile du nord (3), que notre Ayman fera paroitre (i). »
Mais il ne suffit pas de libérer Mercure de ses liens, il faut le fixer, ou il se perd en fumée blanche. Les alchimistes abondent en images plus ou moins mythologiques, pour dépeindre la vertu fugitive de leur Mercure, qui se dérobe, si un personnage, ordinairement paré des attri-
(1) L'étincelle électrique.
(2) Irénée Philalèthe, Introîtus apertus, III, 2, 3 (Entrée au palais fermé du roi), traduction de Lenglet Dufresnoy, dans son Histoire de la Philosophie Hermétique. Paris, Goustelier, 1742, 3 vol. in-12, (t. II, pages 19-21 de la seconde pagination).
(3) Toujours l'étincelle.
(4) Introitus apertus, IV, 1, 2 (Hist. de la philos, hermétique, tome II, pages 21-23).
buts de Saturne, ne tranche d'un coup de faux ses talons ailés.
Un exemple très analogue nous est fourni par l\4mmonium, à l'état naissant. Lorsqu'on décompose par la pile le chlorhydrate d'ammoniaque humecté d'eau, on ne peut fixer, qu'en le combinant au mercure, le métal complexe qui tend à se former à l'électrode négative. Le vifargent se gonfle, se boursoufle, prend la consistance butyrcuse, et Ton obtient de la sorte l'amalgame d'ammonium. — Supposez un instant que l'ammonium soit le Mercure féminin des hermétiques : ne seront-ils pas tentés de le désigner aux adeptes tout en le cachant aux profanes, sous le nom même du métal qui sert à le fixer, à le rendre saisissable (1) ?...
Ce qui précède n'est qu'un exemple ; moins encore, si Ton veut, une comparaison. Le dissolvant ou lait virginal n'est pas un amalgame ; c'est nécessairement un liquide, un «menstruevégétable», obtenu par la combinaison du Soufre et du Mercure, extraits de la même marcassite, laquelle donne encore par purification le Sel vif, où ces deux principes trouvent à s'incorporer.
Qu'on ne perde pas de vue qu'il s'agit des trois Principes minéralisatcurs, non encore spécialisés : ils repré-
(I) En admettant, — pure hypothèse. — qu'une analogie de ce genre ait abouti à nommer Mercure la substance féminine du coït élémentaire, dans la préparation de l'aioth des sages : on s'expliquera mieui que, d'autres analogies s 'étant greffées sur la première, les alchimistes on soient arrivés, par généralisations successives, et correspondance* entre les divers plans, à qualifier do noms aussi matériels que Mer cure et Soufre de pures abstractions, telles que les termes de polarisa tion générale de la substance non différenciée.
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sentent une seule et même substance sous trois modes différents, et c'est d'une seule et même matière qu'on les a extraits: au pôle positif, igné, se manifeste le A ; au pôle négatif, humide, le W ; au centre d'équilibre, le © s'engendre de l'union des deux.
Le Soufre universel est invariablement envisagé comme le père. — A un certain point de vue, Mercure est la mère, et le Sel l'enfant.
D'autres diront que le Sel estla mère et Mercure l'enfant. C'est que tel désigne par Mercure androgyne non pas le ^ principe, mais le Dissolvant (alias, l'Azoth des Sages), qui est engendré du Sel ; — tandis que le même adepte qualifiera le Sel de mère ou de principe féminin, parce qu'il envisagera ce dernier comme matériel et passif, par opposition au Soufre universel, qui est invisible et actif. — On le voit, c'est affaire de point de vue
Pour que le Lait virginal (ou Dissolvant mercuriel) devienne propre au bain du Roi et de la Reine, il le faut purifier par un certain nombre d'aigles, lisezde sublimations successives. Philalèthe en prescrit de sept à neuf; mais, bien que très clair à certains égards, il faut bien se garder de prendre toujours cet auteur à la lettre : on serait aisément déçu par lui comme par tous les autres. Son affectation de sincérité brutale est fréquemment un leurre, et Ton trouve en son livre bon nombre d'opérations inutiles, décrites avec la dernière minutie, aux seules fins d'égarer le profane
Lorsque la liqueurd'Azoth, que plusieurs adeptes appellent encore « notre Mercure», est amenée à une suffisante
perfection, l'artiste y doit ajouter le ferment royal , sur la nature duquel nous allons nous expliquer.
Pour le petit magistère, c'est-à-dire si Ton ne prétend point pousser l'œuvre au delà de la couleur blanche, ni rien obtenir de plus que la pierre transmutatoire des métaux en argent, il suffit de dissoudre dans l'Azoth une petite quantité de Lune immaculée ou d'argent très pur.
Pour le grand magistère, il faut y dissoudre en égales proportions Lune et Soleil, c'est-à-dire argent et or francs de toute impureté.
Ces métaux doivent se fondre dans le Lait virginal ou Mercure des Sages, comme de la glace dans l'eau tiède, sans effervescence ni difficulté d'aucune sorte. Le propre de ce dissolvant est de s'assimiler tous les métaux sans le moindre effort, et de les réduire en leur propre substance de Soufre et de Mercure.
C'est dans ce Soufre et ce Mercure, libérés et revivifiés, que consiste le double ferment qui est le sperme métallique, d'où naitra l'enfant royal.
L'argent renferme une notable quantité de Mercure métallogène très pur (passif), uni à du Soufre blanc, c'està-dire à du Soufre évolué à sa perfection dans la série féminine.
L'or renferme, comme l'argent, du Mercure passif immaculé, mais il recèle en outre du Soufre rouge (actif) très pur, c'est-à-dire évolué à sa perfection dans la série masculine.
Comme en dissolvant tout métal, la liqueur azothique sépare le Mercure du Soufre, et qu'elle rend la vie et la liberté à ces deux principes jusque-là fixés et morts dans
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leur combinaison métallique, on conçoit qu'il suffirait, à la rigueur, pour l'œuvre au rouge, de dissoudre de l'or dans l'Azoth, comme il suffit, pour l'œuvre au blanc, d'y dissoudre de l'argent. Car, pour le grand magistère, l'or réincrudé par le Mercure des Sages fournira séparément les deux levains essentiels, y métallogène et A rouge, tous deux à l'état de pureté parfaite : comme aussi l'argent, pour le petit magistère, fournira séparément, à la faveur du même réactif, les deux ferments requis, savoir le métallogène et le A blanc, tous deux très purs. — C'est pourquoi les adeptes ont accoutumé de dire, avec Basile Valentin, que, pour l'Argyropée (1), il faut de l'argent et de l'Azoth ; et, pour la Chrysopée (2), de l'or et de l'Azoth.
En conséquence, beaucoup d'artistes travaillent uniquement sur l'or et l'Azoth des sages : et, nous le répétons, ces deux produits suffisent à constituer Rébis, la matière spermatique de l'œuf... Mais si Ton fait fondre dans le Lait virginal de For et de l'argent, comme quelques adeptes le recommandent, les deux ferments, étrangers de provenance, se combinent plus amoureusement, et, disent les philosophes, « notre enfant royal en sera plus beau et mieux venu ». Ce qui parait certain, c'est qu'en agissant de la sorte, on abrège la durée de l'œuvre, et que l'on se prépare une moisson plus riche et plus abondante.
Une fois les ferments obtenus et affrontés, par la dis-
(1) Art de faire de l'argent.
(2) Art de faire de l'or
solution sans effervescence des deux métaux parfait* dans le bain royal, Ton soumet la liqueur à la congélation, ce qui revient à dire qu'on la fait cristalliser.
Tel Rébis se prépare. C'est la masse amorphe ou cristalline, mais toujours d'aspect homogène, que l'artiste scelle définitivement dans l'œuf ; elle n'en sortira plus qu'à l'état d'élixir accompli, c'est-à-dire de pierre philosophais
La période est close des travaux préliminaires, difficiles ou périlleux. L'art d'Hermès exige encore beaucoup de patience et d'esprit de suite, qualités plus rares qu'on ne le croit ; mais l'œuvre ne comporte plus désormais, ni subtils calculs ni manipulation délicate : c'est en ce sens qu'on a qualifié ce qui reste à faire, de jeu d'enfants et de labeur de femme.
Deux mots de YAthanor, ou immortel fourneau, ainsi nommé parce que le feu doit y brûler sans trêve, jusqu'à la perfection de l'élixir.
Pénétrons au sanctuaire delà Vesta philosophique...
« Le véritable alhanor... (dit Albert Poisson) est une sorte de fourneau à réverbère, pouvant se démonter en trois parties. La partie inférieure contenait le feu ; elle était percée de trous pour permettre l'accès de l'air et présentait une porte. La partie moyenne, cylindrique aussi, offrait trois saillies disposées selon un triangle, sur lesquelles reposait l'ècuelle contenant Wvuî. Cette partie était percée, selon un de se* diamètres, de deux trous opposés, fermés par des disques de cristal, ce qui permettait d'observer ce qui se passait dans l'œuf. Enfin la partie supérieure pleine, spbérique, constituait un dome ou réllecteur, réverbérant la chaleur. Tel était Pathanor généralement en usage (1). »
(t) Théories et symboles des Alchimistes, page 106.
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L'adepte remplit l'écuelle de sable tamisé ou de cendre fine. Sur cette couche bien unie, il dépose l'œuf philosophai, qui ne doit s'y enfoncer que d'un tiers environ. Certains artistes préfèrent le bain-marie au bain de sable. Ce n'est pas de conséquence décisive. D'autres, plus avisés, emploient successivement les deux : ils commencent par soumettre l'œuf au bain-marie, qui distribue une chaleur plus douce et plus égale ; puis, quand l'œuvre avancé requiert un feu plus ardent, ils substituent Técuelle de sable ou de cendre fine au récipient à l'eau.
L'œuf, dont la matière y incluse ne doit pas occuper plus du quart, est ordinairement un ballon de verre scellé par son goulot, ou encore Yuludel de l'ancienne chimie, qui s'obtient en lutant deux matras, emboîtés l'un dans l'autre, en forme d'haltère. Ce dernier appareil présente l'avantage de favoriser la circulation des esprits : les vapeurs se condensent aisément dans le vaisseau supérieur, maintenu à une température peu élevée ; de là, elles retombent en pluies sur la matière, qu'elles détergent et régénèrent par cette distillation perpétuelle de soi sur soi. C'est ce que les maitres nomment l'ablution du fixe par les larmes du volatil. Ce phénomène marque particulièrement la fin du régime de Saturne, et présage la blancheur ou le régime de Diane, annoncé par l'apparition de ses colombes.
Le gouvernement du feu (regimen ignis) a été tenu secret par la plupart des philosophes, qui en font le plus insigne arcane du magistère. La grande malice des auteurs, soucieux de déconcerter le profane, réside à confondre, d'une part, le feu secret des travaux préparatoi-
res (l'électricité, dont il n'est plus besoin désormais', avec le feu de lampe requis pour mûrir les ferments et parfaire l'œuvre; — d'autre part, le feu extérieur de l'athanor avec le feu interne de Rébis, l'énergie chimîque du composé. Dès lors, ce sont quiproquos à perte de vue... et de patience.
Plusieurs s'expriment pourtant à découvert sur ce point.
Tout d'abord, il est inutile de s'approvisionner de charbon : les seuls Souffleurs ruinent en charbon les Mécènes de leur empirisme ; et l'excuse de ces pauvres diables, s'il en est une, c'est qu'ils se sont ruinés les premiers à cet exercice. Pas d'ivrogne plus insatiable d'alcool qu'un fourneau de souffleur ne l'est de charbon de terre. Il se bonde de combustible, ronfle nuit et jour, et rend de la fumée. Spectacle délectable et fascinatoire à ce point, que notre homme, ayant épuisé son bien, son crédit et la complaisance des autres, devient escroc, non pour s'enrichir, mais pour entretenir son feu de charbon. Il improvise de variables et surprenantes industries, cultive la prestidigitation de laboratoire; il attrape quelques nigauds, par un trompe-l'œil anodin de multiplication de l'argent ou de l'or; bref, après mille traverses, il échoue de nos jours en police correctionnelle: bénigne destinée, si on la rapproche du sort de ses précurseurs en duperie, au temps encore peu lointain où l'on exécutait les fripons. Même alors, cette perspective ne calmait point la frénésie du souffleur, coutumier de ces multiplications fructueuses. Il soufflait tant et multipliait si bien, qu'il finissait, selon le dire plaisant d'un
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médecin de Louis XIV, par être soufflé lui-même au bout d'une potence, ou multiplié sur un échafaud (1)!
Donc, point de charbon dans l'athanor. L'excessive ardeur de ce combustible tuerait la matière, en brûlant le sperme métallique androgyne d'où doit naître l'enfant royal. Ce n'est qu'une fois la pierre acquise et multipliée, que, l'heure de la projection étant venue, le feu de charbon sera utile, non dans l'athanor, mais bien dans un simple réchaud, pour la fusion du métal imparfait que l'élixir mûrit et régénère.
Tout l'œuvre, nous l'avons dit, s'exécute à la chaleur d'une seule lampe, — la modeste lampe à huile de l'adepte et du philosophe. La mèche, préférablement tissue d'amiante, est de quatre fils au début, jusqu'à l'apparition de la noirceur ; puis de quatorze, enfin de vingtquatre, pour obtenir la couleur blanche. Voilà ce dont les auteurs ont fait tant de mystère (Voy. Hapellius, Aphorismes royaux) (2).
Quant aux modifications phénoménales et aux couleurs que présente successivement la matière, tous les philosophes hermétiques sont en accord parfait : faisant trêve à leurs réticences, ils s'expriment en termes positifs, sincères et concordants (3). Nulle difficulté désormais, plus d'équivoque. Aussi n'insisterons-nous guère sur des notions que l'on trouve partout identiques.
(1) Voy. le Tombeau de ta Folie, par le Sr de la Martinière. Paris, s. d., petit in-8,page 71.
(2) Cité par Poisson, Théorie* et symboles des Alchimistes, page 109.
(3) Ils ne diffèrent que dans l'interprétation, et nous allions dire la métaphysique des opérations ; mais sur la question de fait, l'unanimité règne.
Dans les premières semaines de la calcination, la matière affecte diverses nuances instables et mal définies (régime de Mercure X). Puis elle verdit, s'assombrit et se fixe au noir. La noirceur, d'abord superficielle (tête de corbeau) ne tarde point à envahir toute la masse solide ; c est alors le nigrum nigro nigrius (régime de Saturne la phase où les adeptes veulent voir la corruption, la mort du sujet, qu'ils qualifient à ce degré de compost philosophai. Le noir, longtemps stable, vire au blanc avec lenteur, à travers toute une série de colorations fugitives et peu tranchées (dans les tons bruns, gris et neutres) ; cependant que les vapeurs se dégagent, de plus en plus abondantes et tumultueuses, et, se condensant contre la paroi supérieure, retombent en pluies, qui détergent la matière de plus en p\us(régime de Jupiter s). Enfin parait la blancheur, annoncée par les colombes de Diane, que nous venons de décrire (1) : on observe d'abord, tranchant sur le fond obscur, des filaments crayeux qui, du centre aux parois, rayonnent à la surface ; puis la blancheur gagne toute la masse, qui, après plusieurs alternatives de déliquescence et d'aridité, sèche entièrement et s'écaille: voici la terre blanche feuillée, bientôt résolue en granulations d'une éclatante candeur (régime de Diane 3). En cet état, la matière, évoluée en mode passif, constitue Yélixirow la poudre transmuta toire au
(0 Les colombes de Diane montent et descendent : elles symbolisent l'agitation de la partie volatile de la matière. Cette agitation, parvenue à son comble, prélude au régime de Diane, et signale l'aube de la blancheur.
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l>lanc, apte à changer les métaux imparfaits en Lune très jure (Argent) et peut-être en Lune fixe (Platine). Le petit magistère est terminé, et si l'artiste n'a travaillé que sur l'Azoth et l'argent, il n'a plus qu'à rompre le vaisseau, pour recueillir sa pierre blanche.
Mais si l'artiste a réincrudé dans le dissolvant mercuriel les deux métaux parfaits, Soleil et Lune (ou même, comme nous l'avons expliqué, le seul Soleil, qui suffit à la rigueur pour fournir les deux ferments) : alors Vélixir au blanc (quoique en apparence tout pareil à celui du petit magistère, évolué à perfection dans la série féminine), Vélixir est susceptible, dans la série masculine, d'une évolution nouvelle et complémentaire de l'ancienne. Daigne le Lecteur nous prêter attention ; en effet la distinction est délicate à saisir... La pierre blanche du grand magistère, identique en acte à celle du petit, lui est dissemblable en puissance ;car l'une a touché le terme de sa transformation, l'autre est virtuelle d'une transformation ultérieure: si bien que, soumise derechef à la flamme graduée de l'athanor, elle va « pousser toute sa teinture à la surface », c'est-à-dire, rendre actuel et manifeste au dehors, — patent, — ce qui n'était que potentiel et occulte à l'intérieur, — latent.
Que si l'on poursuit l'œuvre en activant le feu, la matière de l'œuf, après une station au blanc (et plusieurs alternatives du liquide au solide, et vice versâ), verdit, puis bleuit, puis passe au rouge sombre (régime de Vénus $) ; — elle s'éclaircit et affecte la teinte orangée, puis présente à la fois toutes les couleurs de l'arc-cnciel : les maîtres désignent ce stade sous les appellations
de queue de paon et (ïécharpe d'Iris (régime de Mars çf ). Enfin, le grand œuvre approche de son terme : le rouge apparait; les vapeurs ponceau roulentdans le ciel philosophai leurs volutes pesantes, et la matière, d'abord déliquescente, se dessèche, entre en fusion, et se fixera par le refroidissement en petits grains couleur de coquelicot. C'est la fin de l'ultime période (régime du Soleil on JCApollonO) : l'enfant de gloire est né, la pierre phitosophale est obtenue.
Palpitant d'émotion, l'opérateur peut enfin briser le sceau d'Hermès. 11 manie « le miracle de l'art », et contrôle avec allégresse les caractères extérieurs qui témoignent de sa perfection...
« La pierre » est une poudre cristalline fort pesante, d'un rouge vif et d'une odeur de sel marin calciné. Quelques grains de cette poudre, chauffés sur une lame métallique, se fondent comme cire sans répandre aucunes vapeurs.
Enfin, projetée sur dix fois son poids de mercure ou de plomb fondus, la pierre transmuerait, après deux heures d'ébullition ou à peu près, le métal imparfait en or très pur.
Mais cette force de transmutation apparait dérisoire, auprès de celle que la pierre doit acquérir, une fois fermentée et multipliée.
Nous en avons assez dit sur les méthodes de multiplication : la plus simple et la plus rapide consiste, on s'en souvient, à chauffer la poudre extraite de l'œuf avec cent fois son poids d'or, qu'elle réduit rapidement à sa propre
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nature. L'autre procédé, plus long, consiste à reprendre tout l'œuvre : on dissout la poudre dans le lait virginal, au lieu d'y faire fondre Lune et Soleil ; puis on soumet ce Rébis exalté au régime de fathanor.
« Et ainsi (enseigne Artephius) la vertu s'augmente el multiplie en quantité el qualité, de sorte que si, en ta première ceuure, vne partie de ta pierre leignoit cent, la seconde fois teindra mille, la troisième dix mille, et ainsi si tu poursuis, ta protection viendra iusquesà l'infini, teignant vrayement et parfaitement et fixement toute quelle quantité que ce :soit (1)... »
Quoi qu'il puisse sembler de cette affirmation hyperbolique, beaucoup de maitres soutiennent qu'on doit la prendre au pied de la lettre ; nous en doutons pour notre part. Mare tingerem, s'écriait Raymond Lulle de Palma, peut-être un peu trop espagnol dans son enthousiasme adeptal: mare tingerem, si mercurius essel!
La pierre multipliée, soit au blanc, soit au rouge, devient poudre de projection. Pour transmuer, en argent ou en or, le plomb ou le mercure, il suffit de « projeter » dans ces métaux en fusion une petite quantité de poudre, soigneusement enrobée dans une boulette de cirr ordinaire : que si l'adepte néglige cette précaution, l'expérience est en pure perte, comme Helvétius eut à le déplorer dans la première épreuve qu'il en fit.
* Il faut observer (écrit Marc Pompée Colonne) que la fixation du mercure en argent se faisoil en un quart d'heure... ;
(1) Philosophie naturelle de trois anciens philosophes, Artephius. Flamel et Synesius. Paris. 1612. in-4, figures, page 34.
mais que pour celle de l'or, il falloit au moins deux heures e: que le feu fûl très-fort : ce qui n'étoit pas nécessaire pour l'argent. Je demandai (à mon maître) la raison de cette différence : Vous devez comprendre, me dit-il, que pour forcer le mercure il mettre dehors toute sa teinture, et pour lui faire acquérir la fixité de l'or, il faut nécessairement un feu et plus grand et plus long ; et au contraire, pour le fixer en argent, il ne faut simplement que l'épaissir: il n'est donc pas nécessaire de lui donner un feu ni si grand ni si violent ; il faut seulement l'échauffer un peu fort. En effet, les fixations de mercure en argent, comme je l'ai vû plusieurs fois, se faisoient avec plus de facilité et plus promptement que la présure ne fait épaissir le lait en un tems très-chaud. Je remarquai enfin que l'argent qui provenoit de la fixation du mercure, èioii plus pondèreux que l'argent ordinaire, et que Veau forte ri y faisoit aucune impression, ou du moins fort peu ; mais elle n'y faisoit rien du tout, quand il y avoit un peu plus de poudre qu'il n'en étoit besoin. C'éloit donc une vraie lune fixe, et tel le que je ne crois pas qu'on en puisse faire autrement (1). *>
On ne peut se défendre ici de songer au Platine, lorsqu'on rapproche ces deux propriétés caractéristiques de ce métal, savoir : une densité très supérieure à celle de l'argent (elle est double), et l'inaltérabilité aux acides en général, à l'acide azotique en particulier. Marc Pompée Colonne n'était point un mystificateur, et il parle d'après sa propre expérience.... Le platine serait donc la vraie Lune fixe, le dernier ternie de la perfection dans la série féminine et négative, comme l'or est le dernier ternie dans la série masculine et positive?...
(t) les secrets les plm cachés de la philosophie des anciens, découverts et expliqués, à la suite d une histoire des plus curieuses, par M. Crosset do la Haumeric (pseudonyme de Marc Pompée Colonne). Paris, 1722, in-12. pages 1112.
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Tout porte à croire que la pierre philosophale est un métalloïde inconnu, potentiel de la maturation minérale.
Les anciens auteurs attribuent à leur Phénix, emblème ordinaire de 1 elixir du rouge, plusieurs propriétés adjacentes, dont nous ne signalerons que pour mémoire les deux principales : Tune, — plus qu'hypothétique, — est de transmuer en gemmes précieuses les pierres de couleur les plus communes; l'autre est de servir de base à la Médecine universelle, qui répare et régénère la vitalité compromise des exemplaires végétaux et animaux, et celle de l'homme môme, aussi facilement que, dans le règne minéral, elle pousse à perfection la vie de croissance de la nature métallique.
Bien que cette dernière hypothèse soit de conséquence, comme l'attestent nombre de travaux érigés à son honneur, nous ne saurions nous attarder à ces corollaires du grand théorème hermétique : notre cadre étroit se limite à renonciation du problème de la Chrysopée.
Mais notre ouvrage s'intitulant Clef de la Magie Noire, nous ne déposerons pas la plume sans avoir touché un mot de la queste de Vllomunculus. Tant de nobles disciples d'Hermès se sont égarés, parmi de fausses lueurs, sur celte piste téméraire autant qu'ambiguë, où, le pied leur manquant soudain, ilsont rouleau précipice innommable, dans les fanges et les glus de la ténébreuse goëtie î
Quelle plus séduisante chimère? Ériger l'alchimie en
une science vertigineuse, non plus seulement évocatoire de la vie, mais formatrice des êtres vivants, — en un mot, rivaliser le Créateur ! Malheureusement, les adeptes qui, interprétant à la lettre une ingénieuse allégorie de Paracelse, s'émulaient à réaliser YHomunculus, n'ont pas songé à la catastrophe d'Édcn.
Pour avoir voulu s'approprier l'essence démiurgique, sève de la racine ténébreuse des êtres, l'immense Adam a été pulvérisé par le Temps et les Espaces ; il a sombré dans la profondeur de la matière, entraînant dans sa déchéance l'Univers effondré au poids de son Destin. Et nous, infimes émanations obscurées de ce glorieux archange, qu'une tentative extravagante a réduit en poussière, nous réussirions ici-bas l'œuvre qu'Adam là-hauf n'a pu accomplir!
N'importe!... Et pour contraindre la Nature d'infuser la vie à quelque simulacre artificiel de l'être, au mépris des lois qu'elle ne transgresse jamais ; pour informer et animer YHomunculus, il n'est pas de mixture étrange, pas de pratique abominable ou téméraire, injurieuse à la terre comme au Ciel, qui fasse reculer ces sacrilèges pontifes de la Nature profanée !
Comme les prêtres de Moloch, ils sacrifient des victimes à l'Idole de leur aberration mystique, et marient l'holocauste pollutionnel à l'offrande stercoraire, à Toblation sanglante ; désespérant d'arracher leur arcane aux secrètes albumines où viennent aboutir les limbes de la vie animale, ils évoquent à l'aide les mauvais Esprits et combinent l'imprécation avec la vaine observance, le blasphème avec la prière. Insensés ! Ils réussissent par-
MAGIE DES TKANSMUTAT10NS
fois à lier quelque Larve à des mandragores (1) imbibées de leur sensibilité et galvanisées de leur vouloir. Tel est le nec plus ultra de leur hermétisme dévoyé. 11 n'est pas enfin de ridicules turpitudes où leur ingéniosité ne s'épuise, — vainement. Il ne servirait à rien de revenir sur ce que nous avons notifié au tome précédent (2). Le curieux de ces tristes mystères s'y reportera.
L'on va vite et loin, dans cette voie de l'opprobre et de la perdition ; il n'est que le premier pas qui coûte...
Jacques Gaffarel rapporte un passage du savant Rabbi Moses, touchant les pratiques des sorciers hébreux, pour la greffe des arbres fruitiers : « Dixerunt ergo quod in horà in quâ inserilur una species in aliam, oportet ut ramus inserendus sit in manu alicujus mulieris pulchrœ, et quod vir aliquis carnaliter cognoscat eam, prœter wiorem naturalem. Et dixerunt quod in lempore illius actûs débet millier inserere ramum in arbore (3).
En admettant qu'il s'agisse bien là de la greffe des arbres, et que le rabbin cité par Gatfarel ne veuille rien faire entendre au delà de ce qu'il parait dire, — on conçoit jusqu'où les goëtes devaient accentuer leurs rites priapiques, lorsqu'au lieu de préparer des surgeons d'or-
(1) Cf. le tome I do notre Serpent de la Genèse : le Temple de Satan, chap. v (l'Arsenal du Sorcier, pages 335, 365-366, aux mots Androïde, Mandragore, et paxsim).
(2) Le Temple de Satan (passim» et notamment aux chapitres m et
(3) Gaffarel, Curiositez inouyes, pages 313-314.
7fê LA CLEF DE LA MAGIE NOIRE
dre végétal, ils agitaient le problème pratique de la biogénie artificielle...
La présomption d'un orgueil sans frein aboutit fatalement, en fait, aux monstruosités d'une dépravation qui en est la conséquence et le châtiment naturels.
Peu d'hermétistes, il le faut dire, — à n'excepter pa> même les plus aventureux, — peu d'hermétistes se sont ravalés jusqu'à ces turpitudes expérimentales.
C'est à tort qu'on a peint ces hommes sous les couleurs du vice et de la rapacité. La soif de l'or et l'ambition de la puissance n'ont été les mobiles que du petit nombre d'entre eux: et ceux-là, même instruits, ont erré misérablement; tandis que l'amour désintéressé de la science, — cette étoile d'Orient, — guidait les mages véritables vers le Bethléem kabbalistique, jusqu'au berceau de l'Enfant royal.
Les quelques adeptes qui sont parvenus au but ont donné invariablement l'exemple de la bienfaisance et de la vertu : nous ne voyons pas qu'aucun ait abusé des prérogatives véritablement souveraines que leur conférait la science de l'élixir. Les uns, comme Raymond Lulle, ont fait l'aumône aux rois, tandis que la bure franciscaine pesait sur leurs épaules ; — les autres, comme Flamel, ont vécu dans la plus bourgeoise médiocrité, prodiguant les bonnes œuvres et les fondations pieuses avec une munificence princière ; — d'autres enfin, tels Cosmopolite et Philalèthe, se sont dévoués à l'apostolat hermétique, au mépris des périls, des épreuves et souvent des tortures que leur réservait l'insatiable cupidité des
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grands ; et ils ont sillonné l'Europe, distribuant de leur poudre et multipliant les transmutations à titre démonstratif.
Loin de thésauriser jamais ni d'entasser les millions, ces adeptes ont, à peine deux ou trois fois dans leur vie, pratiqué les opérations du grand œuvre.
C'est qu'ils avaient compris que la richesse n'est rien ; que la vérité et la charité sont toute la fortune d'un sage. L'amour de la science pour elle-même et l'ambition de répandre autour d'eux quelques bienfaits, pouvaient seuls les induire à réitérer l'expérience hermétique, et à renouveler leurs réserves de poudre transmutatoire.Mais dorénavant le grand œuvre d'immortalité les réclamait : la Chrysopée interne leur souriait plus que l'autre, extérieure, — et la pierre philosophale où ils aspiraient dès lors, c'était celle de leur propre régénération morale et spirituelle.
Petra autem erat Christus (1).
P-S. — Qu'il nous soit permis de reprendre, en terminant, notre propos du discours préliminaire.
La Clef de la Magie Noire, disions-nous, est aussi celle des saints arcanes ; car le domaine astral relève de la Magie lumineuse, au même titre qu'il dépend de l'Occultisme pervers... Notre premier concept, en prenant la plume, nous revient confirmé à cette heure où nous la déposons.
[i] Saint Paul (Ire Corinth., chap. x, >v. 4).
A nous relire, cette constatation s'impose, — et nou> en sommes frappé, — qu'en dépit du titre de cet ouvrage le magiste y trouvera bien plus à glaner, que le catéchumène des ténébreuses goëties.
La doctrine exposée par nous est synthétique : >ï tellelacunes se dénoncent évidentes, il importe qu'on sache qu'elles furent voulues; mais on trouve aussi, non loin d'elles, bien des matériaux épars, susceptibles de k> combler. N'ayant pu tout dire, la ressource nous restait de tout donner à entendre. Du moins l'avons-nous tenté. . .
Pour le public de cette Seconde Septaine, le TempU de Satan s'éclaire d'un nouveau jour, et l'Idole barbare fulgure sous d'imprévus reflets.
Reste à édifier le tome III. — C'est à sa philosophie que l'Essai scientifique de ce jour devra seulement d'être mis en sa juste valeur; et les dernières obscurités se dissiperont, s'il nous est loisible de traduire notre pensée aussi lucide pour tous, qu'elle rayonne dès à présent pour nous seul.
Puissions-nous, sous un angle favorable, présenter le miroir au soleil de Vérité qui décore le Ciel ancestral de la Tradition, — cette jeune déesse des vieux âges, évoquée et rendue présente à l'appel de notre foi !
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