‹ Essais de technique & d'esthâetique musicalesChapitre 22 sur 29 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

Elément : groupe de cinq notes rappelant, par son dessin, le thème du Printemps (Th. VI).

Progression répétée trois fois, la dernière fois avec une modification chromatique.

Le début de cette mélodie est remarquable par sa forme rythmique atténuée, indécise, ne s'appuyant sur aucun temps de la mesure.

Le soir est venu... dans l'obscurité qui tombe graduellement, les contours s'estompent, s'effacent ; des parfums suaves et pénétrants montent dans les airs. Sous le tilleul fleuri, Eva est assise sur le banc, près de Walther. Son exaltation se calme peu à peu. La main dans la main de son ami, elle apaise son irritation; à l'impatience du jeune homme elle oppose la sérénité virginale de son chaste abandon, l'inertie de cette heure délicieuse. Maintenant, elle n'est plus pressée de partir; et lente-

ment, dans la nuit sereine, des voix mystérieuses chantent Textase d'un bonheur idéal, indifférent aux bruits discordants et confus du dehors...

Ce motif, répété plusieurs fois au second acte, est terminé tantôt par les thèmes significatifs du Preislied (Th. V' et Th. V-), tantôt par de gracieux dessins appartenant au thème d'Eva (Th. X).

Il reparaît au troisième acte, très brièvement, dans le monologue de Sachs, et sous une forme plus ample, lorsque Walther entre soudain dans Tatelier, au moment où la jeune fille est là, venue aux nouvelles.

De cette mélodie Wagner a tiré un motif doux et caressant que nous avons déjà signalé (Th. XIlj, et qui, dans cette scène du troisième acte, est mêlé à celui de la grâce d'Eva. Ce nouveau motif formera Télément principal du discours musical dans cette scène, comme celui de la question (Th. XI), dans la scène correspondante du second acte :

XXVP ou XII

Une dérivée du motif initial est entendue au prélude du troisième acte, qui deviendra, peu |à peu, en s'élargissant, Tinitium du thème du quintetle :

XXVP

mm^^^^sË^0

(p. 283) Prulude du Iroisiènie acte.

XXVP

(p. 377) Dcbut du quintclle.

Thème XXVII. — Thème de la Ronde des apprentis^ ou Motif populaire de la couronne.

Ronde joyeuse, sur un rythme de danse franc et simple, elle débute par une note aiguë, claire, se développe par des dessins symétriques répétés en ayant le caractère de progressions ; elle a la véritable allure d'un chant populaire :

XXVIP

progr.

etc

(p. 56) David et Walther et les apprentis

Elément a répété, puis servant de progression descendante, reproduite par transposition à la reprise faite par le chœur des apprentis.

Dans Tensemble, elle prend une forme sautillante, railleuse, et tout à fait impertinente pour le chevalier:

XXVIP

^'F^m^ï^^^^'-nrf

etc

Ah' ah! ah!ah! ahl ah!

« L'aura, l'ra pas, Taura, Ira pas la couronne » semblent dire ces gamins espiègles et goguenards, en menant leur ronde autour de la loge du marqueur.

Ce joyeux thème est entendu plusieurs fois au premier acte, à la fin de la scène entre David et Walther où se trouve l'exemple cité, un fragment en est rappelé à un passage du discours de Sachs (p. 85), ou sous une réplique de Beckmesser (p. 87), et au final, mêlé à d'autres motifs.

David en fredonne quelques notes, au début du deuxième acte, en fermant les volets de la boutique; enfin, il devient un thème triomphal pour Beckmesser

nouveau style, devenu Tadmirateur d'un art populaire qui lui semblait jadis si misérable, lorsque le pître emporte le poème en dansant de joie (p. 35o) devant Sachs, « son cher ami ».

Thème XXVIII. — Thème du charivari^ signalé déjà à propos de la sérénade de Beckmesser (v. p. 78) et que nous plaçons ici comme thème descriptif. La partie ajoutée au fragment de la sérénade est Tinitium, composée de deux notes à distance de quarte, élément répété plusieurs fois. C'est l'appel épouvanté de Beckmesser qui, sous l'étreinte de David, crie au secours, à l'aide!

Th.de !<* s**réuad« ' Trait final

i^imW^^^^m^fin^h^^^

Constamment employé au final du deuxième acte(i), où il constitue le thème d'une fugue traitée très libreinent^ il revient fréquemment à l'acte suivant, dans la scène entre Sachs et David (p. 287 et 291), pendant le monologue de Sachs, et durant les explications échangées entre le poète et l'atrabilaire greffier.

THEMES PROFESSIONNELS

Thème XXIX. — Motif du Savetier.

En son allure brusque, répétant trois fois la note qui lui sert de point d'appui, dans une harmonie dure et discordante, le thème du savetier exprime bien l'ou-

(i). Dans ce final la Mélopée du Veilleur de Nuit est entendue deux fois (pages 205 et 281); c'est une phrase de dix mesures, où les groupes ont la même flexion finale, des formes semblables, et qui se termine par une conclusion psalmodique sur la tonique de la tonalité (Fa majeur).

vrier faisant sa vulgaire besogne, la semelle martelée, le fil enduit de poix qui grince à travers le cuir:

fg^

Intervalles de quarte diminuée fa ;; si b, (ou tierce majeure, dans une écriture différente), de quinte diminuée mz t] 52 b.

Harmonisation systématique^ accord de quinte augmentée employée généralement, comme dans l'exemple, en son 2^ renversement, plus rarement d'autres combinaisons dissonantes.

Circuit fermé sur la note initiale {fa ^), avec intercalation de deux éléments, le dernier chromatique en partie.

Ce thème, plus exactement cette formule rythmique, a naturellement une importance considérable dans une pièce dont le personnage principal est un cordonnier; c'est le refrain de sa chanson de travail, celui du chant de la corporation. Elle représente, pour Sachs, la vie brutale, matérielle, opposée à ses aspirations de poète, elle éveille en lui l'idée d'ennui, de tracas, d'obstacle (i), elle est la cruelle ironie de son existence.

Nous trouvons le thème du Sai^etier pour la première fois au premier acte, lorsque David fait part au chevalier de ses mésaventures dans l'art du chant (p. 46) et plus loin, quand le cordonnier poète cherche quelque malicieuse réponse, après la virulente apos-

(i) Ce caractère expressif est dû. en partie, à l'harmonisation de cette fjrmule par l'accord de quinte augmentée, accord que nous avons déjà rencontré dans le thème de la Question, et qui est employé également d'une façon thématique dans le motifde l'Appréhension du concours (Th. XXX1\'), analysé plus loin.

trophe de Beckmesscr sur les chaussures qu'il lui a promises (p. i3o); mais c'est principalement à l'acte suivant que cette formule rythmique est entendue; elle y paraît plus de 80 fois, elle y revient constamment, tantôt sous la forme brève initiale, tantôt se répétant consécutivement avec persistance, ou présentant des progressions ascendantes ou descendantes, avec diverses modifications :

— Répétition persistante ; long passage, sous des harmonies modulantes :

^:ttM '^«^Sayjzpj '^A^^ '^l'i* |^^p=>

(p. 169) Sachs à David : (( Puis va coucher... sois prêt dès l'aube... »

— Passage analogue, un peu plus loin (p. 171) lorsque Sachs veut se mettre au travail, et qu'il s'interrompt:

^Aj.i,gpj]ij.iigpj]ij. ngjjj]

etc

— Long passage, et également modulant, au 3^ acte, après le départ de Beckmesser (p. 35 1), Sachs: « Pareil vil drôle jamais je n'ai vu! »

— Répétition du premier élément :

^rfeïtf¥%ffia^^*rfe^"°

(1" acte. p. I jr») l'ast-age signale plus haut.

Progression descendante :

(2" acte, p. 160) Sachs à David : « Encore ? Je le prends donc à te battre ?

^^'i^U^^^- 1 >>r ^''t^^fWl^mj^thî^

(2" acte, p. 191) Fin de la scunu entre Sachs et Eva

^^^jJéfeB^

(j' acte, p. 219) Sachs à Beckmesser : Laissez-moi chanter en travaillant

(2' acte. p. J25) Beckmesser à Sachs: « C'est trop sonyer àmeschaus- (( sures. Je vous estime fort comme bottier, Tartiste est mieux encore... de (( grâce, écoutez mon chant... »

Enfin cette formule viendra interrompre fréquemment Beckmesser préludant sur son luth^ ou chantant les premiers couplets de la sérénade.

Thème XXX. — Thème du marqueur.

Nous avons déjà signalé cette formule imitative à propos des thèmes du chevalier et de Beckmesser (Th. XVI) auxquels elle est sufiixée avec une intention de caricature.

La voici employée isolément, en sa forme la plus simple, ou précédée d"un trait, d'un élan qui exprime la violence avec laquelle Tenragé marqueur manie le bâton de craie :

(1" acte, p. S5) Davidà W'allher: «Oui, il marque... cela vous fait peurr »

(i" acte, p. 112) Beckmesser marquant pendant le chant d'épreuve, i" strophe.

(p. 133, 134) Id. pendant la dernière strophe.

(3° acte, p. 344) Sachs et Beckmesser.

Le greffier se méfie; hier Sachs le disputait sur ses fonctions, sur la manière dont il remplissait son rôle.

Au second acte, Sachs s'improvisant marqueur, c'est le tlii^me du savetier, entier ou fragmenté qui servira à compter les innombrables fautes commises dans la sérénade.

Thème XXXI. — Thème de récolier.

Thème très bref, composé de deux notes (i), dont la première est ornée d'un trille emprunté à Tart ancien. C'est l'enseignement scolastique, l'élève qui ânonne, bre-

(i) A raison de sa brièveté, ce thème peut être rapproché de la plainte des I*'illcs du Rhin, dans la Tétralogie, qui ne contient que deux notes :

douille, épelle chaque mot, trouve partout des difficultés qui Tarrétent et interrompent son étude à tout instant.

Il forme un des éléments rythmiques principaux de la scène entre David et Walther, au premier acte; il est rappelé, à Tacte suivant, lorsque Sachs cause avec David, qu'il lui donne des ordres; il est suivi quelquefois d'un dessin mélodique tiré de la chanson de Sachs, ou mêlé à d'autres formes :

fr

I Cbaasou de Sacbs

tr Ir

(P- 35i 36) Davidct W'alter. (p. 4o)ÎId.

fr

■ih\l jriJJJ J'

(p. 37) Id

(p. 43) Id.

(p. 47 et s5) Id.

Voir également les passages du 2® acte (p. 161 et i6g), Sachs et David.

Thème XXXII. — Thème professionnel de l'apprenti.

Phrase très courte, motif de danse, présentant deux

formes rythmiques différentes. Sa première indication.

à trois temps, se trouve dans le rôle de David, au i^"" acte :

xxxip ftf \jj':^\^^^

(P- 37i 3^) David à Walthcr: » AI- je battu le cuir. »

(Répétition des mêmes éléments en progression descendante).

Il reparaît à l'acte suivant, dans un rythme binaire, associé au thème de Técolier :

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