CHAPITRE V III
conséquence importante : les raisonnements du n* 46 qui conduisent à la relation : E=:2u.(l -|- d), peuvent cesser d'être valables, non seulement pour la raison alors invoquée (que le principe de la superposition des déformations n'a rien de nécessaire) mais encore parce que le corps déformé a cessé d'être isotrope.
75. — Etude du recuit. — On est tenté de se faire du recuit une idée schématique qui, malheureusement pour la simplicité des phénomènes, s'éloigne singulièrement delà vérité. On pourrait supposer qu'un recuit, maintenu un temps suffisant à une température T suffisamment voisine du point de fusion produit un état bien déterminé, stable et parfaitement isotrope. Mais les effets généraux du recuit sont plus complexes.
Laissons de côté les changements dans la forme géométrique qu'on peut toujours éviter en ne s'approchant pas trop près de la température de fusion. Le recuit peut produire le retour à V homogénéité isotrope. \\ peut amener une homogénéité anisotrope^ une véritable cristallisation. Un métal recuit assez longtemps à haute température et refroidi lentement à partir de l'état fondu, cristallise : c'est un fait très général. La description du métal brillé correspond bien à ce phénomène. Il se produit même avec des métaux parfaitement purs et dans le vide; mais le milieu extérieur peut avoir un effet marqué. Les cristaux d'argent par exemple qui se forment bien dans le vide, ont une grosseur inaccoutumée quand le recuit a lieu dans l'hydrogène.
Presque tous les alliages soumis à un refroidissement lent tendent à se séparer en plusieurs produits définis, qui diffèrent entre eux par la composition, la densité... La petitesse de la proportion d'un des métaux n'empêche pas le phénomène. Il ne faut pas croire d'ailleurs que les séparations soient impossibles du fait qu'il s'agit de corps solides: on commence à se rendre mieux compte aujourd'hui de l'extraordinaire mobilité des solides dissous les uns dans les autres, et de la facilité avec laquelle des groupements de composition définie se forment dans la masse.
On connaît les effets de la trempe, c'est-à-dire du refroidissement brusque." L*acier devient très apte aux déformations parfaitement élastiques : sur d'autres métaux, les effets sont opposés : la trempe adoucit les bronzes riches en étain qu'on peut aplatir aisément au balancier: les déformations permanentes sont devenues plus faciles. D'une manière générale, le métal peut avoir
à froid des propriétés qui dépendent de la manière dont le refroidissement s'est effectué, de la température jusqu'à laquelle on a refroidi et du temps qui s'est écoulé depuis le refroidissement.
Les métaux peuvent absorber des gaz à température relativetivement basse et garder à froid les gaz qu'ils ont absorbés à des températures plus élevées : leurs propriétés mécaniques sont quelquefois absolument modifiées. Le rochage de l'argent pour l'oxygène ou du cuivre pour l'hydrogène prouvent l'absorption ; mais le dégagement des gaz est toujours incomplet.
Pendant le recuit, des métaux en contact avec des corps soit solides soit gazeux, peuvent absorber des quantités plus ou moins grandes de ces corps par cheminement de la surface vers l'intérieur : sur ce phénomène sont basés tous les procédés de cémentation. On arrive ainsi à modifier jusqu'à une profondeur qui dépend de la température et de la durée de l'opération, la nature chimique et la structure moléculaire du métal. Le cheminement se produit parfois à des températures très basses, nouvelle preuve de la porosité ou plus exactement de la mobilité des parties constitutives d'un solide.
En définitive les changements d'états obtenus par recuit dépendent de la température du recuit, de sa durée, du milieu extérieur, de la loi de refroidissement, et du temps qui s'est écoulé depuis l'opération. On peut dire que la définition d'un recuit est ce qu'on peut imaginer de plus complexe et aujourd'hui encore de plus mal connu. L'étude micrographique des métaux commence à jeter quelque clarté sur ces questions au point de vue de la constitution et des équilibres chimiques : nous sommes peut-être loin du jour où l'on pourra conclure à coup sûr les propriétés mécaniques, les seules dont nous nous occupons, de la connaissance des apparences microscopiques.
76. — Cycles limites, limite des limites. Accommodation. — Quelques savants ont introduit récemment dans ces questions une terminolagie qui recouvre des notions très simples et fort anciennement connues.
Soit par exemple un fil de cuivre étiré qui supporte une charge P. Faisons varier P systématiquement entre Po et Pi suivant une loi déterminée en fonction du temps. Conformément aux définitions du n<> 20, nous décrivons un cycle. Admettons que le cycle soit à accommodation : nous obtiendrons bientôt le cycje limite.
Chauffons le fil à T«. Maintenons-le un temps t à cette tem-