XXXIV INTRODUCTION
•prévoyance^ plus dangereuse encore, de discipliner des barbares, Villemain mettait en pleine lumière, àTaidede témoignages historiques et de considérations ethnographiques, le droit des Grecs à la liberté. Chateaubriand publiait une série de notes pressant les puissances de les secourir ou de leur reconnaître, dans tous les cas, la qualité de belligérants, qualité qui, en donnant un nouvel essor à leur vaillance, déterminerait la Porte, croyait-il, à mettre un terme à une guerre où elle épuise ses forces et ses ressources. L'illustre écrivain relevait, avec une hauteur irritée, que, loin de leur prêter assistance, les puissances les avaient « renvoyés à la boucherie ( 1 ) » . Ce mouvement de Topinion, qui se répercutait partout en Europe, entraîna les cabinets, et, après Navarin, le gouvernement ottoman dut se résigner à reconnaître Tindépendance de la Grèce.
Cette longue crise, si vivement agitée par la presse, si diversement envisagée par les chancelleries, et finalement résolue par Temploi de la force, fit éclore la conviction que Texistence de la Turquie était irrévocablement mise en cause ; Téventualité prit rang dans les préoccupations de tous les cabinets indistinctement, chacun la considérant du point de vue de ses intérêts propres. Qu'on voulût son salut ou sa ruine, on avait, en tout lieu, des raisons de premier ordre pour surveiller la Porte dans la voie périlleuse où elle était engagée, pour contrôler ses actes ; nous en dirons tantôt les motifs les plus impérieux. De là ces conflits diplomatiques qui ont conduit parfois les cabinets à s'inspirer de vues contradictoires dégénérant, en plus
(1) OEuvres complètes^ U VIII ; Ladvocat^ éditeur.
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d^uDe occasion, en luttes sanglantes : c'est ainsi qu'après aToir mis la Turquie, durant la guerre de 1829, si près de sa perte, les Russes sont accourus sous les murs de Gonstantinople en 1833, pour défendre TEmpIre contre l'agression de Méhémet-Ali; — c'est ainsi qu'en 1840 les puissances prirent les armes pour maîtriser définitivement l'ambitieux pacha; — c'est ainsi enfin que furent engagées la guerre de Crimée entreprise pour garantir au sultan l'intégrité de ses possessions, et la guerre de 1877 dont la Russie prit l'initiative pour mettre fin aux sévices dont les chrétiens étaient les victimes en Bosnie et en Bulgarie, et qui a amené la délivrance de ces deux provinces.
Quels qu'aient été la cause et le résultat de ces complications diverses, la Porte en est toujours sortie plus démembrée ou plus aCBaiblie. Il s'en est suivi, dans les esprits, cet état d'exaltation haineuse dont nous avons recueilli dans le cours de cette étude les manifestations successives et d'où sont nées les scandaleuses atrocités qui ont si profondément ému l'Europe. L'opinion révoltée a sommé les gouvernements de mettre fin à un état de choses si cruellement affligeant.
A quels moyens est-il permis ou possible de recourir pour y remédier? L'expérience et les antécédents n'en révèlent que deux : déposséder le sultan des territoires qui sont les lieux d'origine des chrétiens, ou bien contraindre la Porte à se réformer, à assurer à tous ses sujets de toute race et de toute religion les garanties d'une administration équitable et paternelle. Dès que les premiers bruits du martyre infligé d'une si implacable façon au peuple d'Ar<ménie se sont répandus en Angleterre, l'opinion s'est sou-