‹ Essais diplomatiques (nouv. ser.)Chapitre 19 sur 22 · INTRODUCTION, U · texte numérisé non relu

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Pour que le bon vouloir des cabinets, comme celui de la Porte, pût donner les effets qu'on en attend, il faudrait, à Gonstantinople, une main de fer au service d'une intelligence robuste et éclairée ; il faudrait un génie puissant et libre de briser les entraves, de dompter également les passions et le fanatisme, d'éteindre les haines, de réprimer les violences, de contraindre, en un mot, toutes les volontés à rentrer dans Tordre. Ce génie providentiel peut-il surgir du rang des hommes qui régnent et gouvernent en Turquie ?

Nous oserons, en terminant, émettre une suggestion qu'on jugera peut-être téméraire et même inconsidérée, mais qui paraîtra à beaucoup de bons esprits, croyonsnous, digne d'un examen attentif. Si, comme il est au m'oins légitime de le prévoir, l'entente des puissances et les efforts de la diplomatie se trouvent déçus, cette fois encore, pourra-t-on s'y résigner et s'abstenir devant ce nouveau mécompte? Assurément non. Les cabinets ne seront que d'autant plus tenus de recourir à des expédients d'une autre nature ; les avertissements étant manifestement insuffisants, des paroles ils seront contraints de passer aux actes, à moins de laisser s'éterniser, jusqu'à l'anéantissement de races entières, une damnable persécution dont elles n'ont déjà que trop souffert. On comprend que nous n'entendons pas proposer une intervention armée de toutes les puissances, une prise de possession de l'empire ottoman par des troupes arrivant de tous les points de l'Europe. Une pareille détermination est, depuis longtemps, jugée impraticable; il n'est douteux pour personne qu'elle provoquerait, à courte échéance, les plus redoutables complications; nous en

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avons donné les raisons, et nous ne nous y arrêterons pas. P^autre part, nous venons de le dire, on ne saurait fonder de 'bien sérieuses espérances sur les efiForts tentés en ce moment à Gonstantinople pour convertir la Porte à une saine appréciation de ses devoirs, et pour la déterminer à s6n inspirer, Mais ne pourrait-on faire à Tun et à l'autre des deux expédients entre lesquels les cabinets ont du faire un choix, des emprunts qui, réunis et sagement combinés, conduiraient à Tentière satisfaction de leurs vues communes? Si les puissances s'entendaient pour décider que deux d'entre elles seraient invitées à occuper (}eùx points éloignés de la Turquie, choisis Tun en Asie, L'autre en Europe, si elles se mettaient d'accord sur cette base, que serait-il permis d'espérer de ce concert, et que pourrait-on en redouter? Si on prend soin de donner et de maintenir à la présence des troupes intervenantes le caractère d'une assistance o£Ferte à la Porte, on obtiendrait vm résultat immédiat et précieux qu'on ne peut attendre de notes écrites ou verbales, collectives ou séparées. Que manque-t-il au sultan pour déférer aux vœux des cabinets, pour remplir ses louables intentions si elles sont sincères? Il lui manque l'entière liberté d'action qui lui est néces* saire et le moyen d'imposer sa volonté. Ces deux facultés lui seraient aussitôt restituées, et il pourrait hardiment rentrer dans la bonne voie. Ce qui l'en empêche, ce qui paralyse ses meilleures dispositions, n'est-ce pas, en effet, l'esprit de révolte, les résistances qu'il rencontre sur tous les points de l'Empire, et plus particulièrement l'indiscipline et la rébellion de ses propres agents? Or la force a conservé en Orient tout son prestige, et son apparition suffirait à contenir tous les mécontents, à maîtriser les

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réfractaîres et les insubordonnés; les plus turbulents désarmeraient incontinent. Le sultan et ses conseillers pourraient, dès lors, sans souTeyer aucun trouble, sans rencontrer aucun obstacle, procéder paisiblement à toutes les mesures salutaires si impérieusement commandées par Tétat du pays. Ne serait-^on pas, dès ce moment, en bon chemin pour atteindre le but qu'on poursuit?

Assurément, les conditions de cette double occupation devraient être exactement définies par un arrangement élaboré de façon à prévoir toutes les éventualités et conçu dans un esprit de désintéressementabsolu . Ces stipulations, si elles étaient fidèlement observées, seraient d'une exécution d'autant plus aisée qu'elles constitueraient un gage de sécurité pour le sultan, tout en mettant ce souverain dans l'obligation, désormais inéluctable, de conformer ses actes aux engagements qu'il aurait contractés envers les puissances.

Mais, nous dira-t-on, un pareil accord ne peut intervenir utilement et être durable sans une confiance réciproque, sans la bonne foi qui doit être la règle invariable de la conduite des contractants. Or, comment admettre que la confiance et la bonne foi présideront à cet arrangement depuis que le respect des traités a été méconnu et qu^il a cessé d'être la base invariable des transactions diplomatiques, depuis que la force s'est substituée au droit, depuis qu'un nouveau principe de morale politique — beati possidentes — a prévalu sur le continent, depuis qu'oQ essaye de le faire prévaloir en Angleterre ? Là est l'obstacle, là est le danger. Nous ne saurions y contredire. Peut-il être cependant préférable de livrer une situation si compliquée aux hasards des accidents, aux surprises de

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rinconnu? Si les puissances, au surplus, n^étaient pas toutes sincèrement animées du désir de contribuer également, et sans aucune vue déguisée, à rétablir en Turquie, avec Tautorité du sultan, Tordre intérieur et la concorde générale, si les difficultés pour conclure et exécuter un traité pouvaient être attribuées au fâcheux état des rapports internationaux, à qui en incomberait la responsabilité? Ce ne serait plus au sultan et à ses conseillers exclusivement; ce serait, pour une bonne part, et peut-être la plus lourde, aux puissances elles-mêmes. Les hommes d'État nepeuventse le dissimuler, etnous avons la confiance qu ils en ont le sentiment bien clair, qu'ils comprennent également que les troubles dont Tempire ottoman est le théâtre ne peuvent se prolonger indéfiniment sans mettre 1 a paix générale en un grave péril. Celui d'entre eux qui envisagerait sans frémir les calamités d'une guerre universelle, engagée entre des millions d'hommes armés de formidables moyens de destruction, aurait un terrible compte à rendre à ses comtemporains et à la postérité. Nous ne renonçons pas à penser, sans faire grand cas de la conception que nous avons esquissée à titre indicateur, que l'on s'inspirera, en tout lieu, de l'urgence d'aviser honnêtement aux périls qui nous menacent.

D'autres penseront qu'à quelque point de vue qu'on se place pour scruter cette mystérieuse question d'Orient, pour en rechercher la solution, on en arrive toujours, quoi qu'on fasse, à se convaincre que les vœux sont plus permis que les espérances. Pour nous, la sagesse des gouvernements peut et doit y pourvoir. Nous n'avons que trop vu à quels lamentables désastres l'ambition, unie à la force, peut réduire l'humanité. Cet affligeant spectacle a

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