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ETUDE
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ÉVÊQUB DE MILAN.
I. La perfection chrétienue , par la pureté de la foi et par la pratique exacte des commaudements de Dieu, tel est en général le but que se proposent les saints Pères dans leurs écrits.
Mais si le but est le même pour tous, le moyen de^' atteindre varie suivant le caractère et le génie de chacun, de sorte que Tesprit trouve dansTétude de leurs ouvrages, avec de grandes lumières, le charme qui naît de la variété en même temps que le cœur y goûte tout ce que la piété peut offrir de douceur et de consolation. Parmi ces grands hommes, un des plus éminents est incontestablement saint Ambroise. Ses livres , remplis d'une onction
vraiment divine, se font encore remarquer par un
t SAINT AMBROISE.
caractère de noblesse et de fermeté qui n'excluait pas chez lui cette simplicité aimable , laquelle , du reste, se concilie plus aisément qu'on ne pourrait le croire avec l'austérité de la vertu chrétienne.
Gomme écrivain, saint Ambroise se distingue par la solidité de la doctrine, l'élévation de la pensée et l'élégance du style; comme évéque, c'est l'un des plus beaux caractères dont l'histoire nous ait conservé le souvenir. Tous les auteurs ecclésiastiques sont d'accord pour faire le plus pompeux éloge des vertus de saint Ambroise; plusieurs l'ont représenté comme l'évéque le plus ferme que Dieu eût donné à son Église depuis les apôtres. Modèle du bon pasteur, il est toujours prêt à faire le sacrifice de ses biens et de sa vie sans en attendre aucune récompense humaine. 11 agit dans l'unique but d'accomplir les préceptes de son divin Mattre, avec cette tranquillité bienveillante qui est le propre de son caractère. Ce n'était point par des accents de tristesse et de douleur que saint Ambroise enseignait la religion ; ouvrant aux affligés des trésors de consolation , il leur apprenait h supporter avec courage les malheurs de cette vie, afin d'acquérir, h force de résignation, la béatitude étemelle ; aussi obtint-il dans ses prédications des
saccôs presque miraculeux , et ou peut dire que, par 800 éloquence aussi bien que par sa conduite politique, il a contribué plus que tout autre aux progrès de la foi dans l'Italie*
La vie de saint Ambroise a déjà été écrite plusieurs fois , et les faits politiques auxquels ce grand évéque se trouve mêlé ont été commentés par tous les historiens; cependant il nous a semblé qu'une étude de sa vie , faite sur les actes mêmes qu'il a laissés et qui sont parvenus jusqu'à nous, pourrait présenter quelque intérêt et un utile enseignement.
II. Saint Ambroise naquit à Trêves vers Tan 340 d'une famille illustre et d'origine romaine. Son père, qui, comme lui, se nommait Ambroise, était préfet des Gaules, c'est-à-dire qu'il jouissait d'un pouvoir presque royal sur près d*un tiers de tout l'empire romain , car sa juridiction s'étendait nonseulement sur les Gaules, mais sur l'Angleterre, l'Espagne et une partie de l'Afrique. Le père d' Ambroise ne professait pas le christianisme. On peut croire toutefois qu'il n'en était pas très-éloigné puisqu'il épousa une chrétienne. Trois enfants naquirent de ce mariage , Ambroise , Satyrus et
Marcelline, et les bons exemples de leur mère dorent sans aucun doute influer sur leur première éducation. Ambroise, le plus jeune des trois, se distingua de bonne heure par sa douceur, et, plus tard, par son amour pour l'élude. On aime à recueillir dans Thistoire des grands hommes le récit de quelques particularités de leur enfance qui ont pu être considérées comme des présages de ce qu'ils devaient être un jour. Le diacre Paulin, secrétaire et historien de saint Ambroise, rapporte de loi ce qu'on a raconté de Platon.
c Un jour, dit-il , qu'il dormait la bouche ouverte dans une des cours du palais de son père, un essaim d'abeilles vint voltiger autour de son berceau. Quelques-unes de ces abeilles , s' étant arrêtées sur son visage, entraient dans sa bouche et en sortaient les unes après les autres. Elles s'envolèrent quelque temps après et s'élevèrent si haut, qu'on les perdit entièrement de vue. Cet événement fut regardé comme un présage de la force et de la douceur de l'éloquence future de saint Ambroise. »
Paulin raconte encore que saint Ambroise, ayant été amené à Rome par sa mère et sa sœur, et les voyant baiser les mains d*un évéque qui était venu
leur rendre visite, leur présenta résolument la sienne à baiser, en disant d'une voix prophétique qu'un jour lui aussi serait évêque.
Ambroise perdit son père de bonne heure. Il quitta les Gaules avec sa famille et vint s'établir à Milan, où, après avoir terminé son éducation, il se livra aux exercices du barreau avec un tel succès, qu'il fut bientôt revêtu d'une charge publique d'une grande importance, celle de préfet de la Ligurie. Anicius Probus, qui exerçait alors les hautes fonctions de préfet du prétoire en Italie, dit au jeune magistrat en lui donnant son audience de congé : t Allez , et soyez plutôt évêque que juge. » Belle parole qu'il ne tarda pas à justifier. Ambroise ne fit, du reste, en cela que suivre les instincts de son cœur, et dans ces premières fonctions il se montra ce qu'il fut toujours dans la suite : plein de vigilance , de douceur et en même temps de fermeté.
Ambroise se trouvait à Milan, chef-lieu de sa
province , lorsque de grands troubles furent sur le
point d'éclater dans cette ville. C'était en 374;
Auxence, ce fougueux arien qui avait usurpé le
siège de Milan après l'exil de saint Denis , venait
de mourir, et il s'agissait de lui choisir un succès*
6 SAINT ÂMBROISE.
seur. Une partie da peuple voulait nommer un arien , l'autre partie un catholique. La fermentation des esprits était telle, qu'une collision paraissait inévitable. Pour la prévenir, Arobroise se rendit à l'église où se tenait l'assemblée, et là, dans un discours plein de sagesse et de modération , il exhorta les assistants à procéder à l'élection dans un esprit de paii et sans tumulte. Tout se cahna comme par enchantement, et l'on cherchait le nom d'un homme digne d'occuper le siège épiscopal de Milan, lorsqu'un enfant s'écria tout à coup : Ambroise évéque I Cette voix de l'innocence fut reçue comme un oracle du ciel ; les ariens et les catholiques, si profondément divisés , s'accordèrent sur-le-champ et proclamèrent Ambroise pour leur évéque. Ambroise refusa d'abord de la manière la plus énergique l'honneur qui lui était offert. On a voulu voir dans ce refus les scrupules d'une fausse humilité , et pourtant ce refus était bien naturel , puisqu'on ce moment Ambroise n'était que catéchumène, c'est-à-dire qu'il n'avait pas encore regn le baptême. On ne saurait douter que sa mère et surtout sa sœur ne lui eussent déjà inspiré un sentiment profond de la piété chrétienne; car lorsque, cédant aux instances de tout un peuple,
il eot reça dans la même semaine le baptême et le sacerdoce , son premier acte fut de distribuer aux pauvres la moitié de sa fortune. 11 fit ensuite Tenir auprès de lui son frère Satyrus, auquel il abandonna le soin de toutes ses affaires temporel* les, afin de pouvoir se consacrer tout entier è Texerdce du saint ministère dont il venait d*étre revêtu.
Les Milanais envoyèrent une députation è Tempereur Valentinien 1^ pour lui apprendre le rèsul* tat de l'élection. Ce prince reçut la nouvelle avec une grande joie, et il remercia Dieu hautement d'avoir commis le soin de tant d'Ames è celui-lè même à qui lui empereur avait confié le gouvernement de la province. Ambroise avait alors trente-trois ans.
Dès son élévation à Tépiscopat, Ambroise eut une double lutte è soutenir : d'abord contre les ariens , dont la puissante hérésie semait dans toute la chrétienté une profonde division ; puis coutre les derniers efforts du paganisme expirant. Par sa vigilance et sa fermeté il déjoua les intrigues et surmonta les violences des ariens , de même que par la force de sa raison et de son éloquence il acca* bla l'erreur païenne, qui allait de jour en jour
s' affaiblissant, mais à laquelle restaient encore, dans la vieille Rome , quelques défenseurs distingués par leurs vertus civiles et leurs talents oratoires.
III. Pour bien comprendre l'histoire de saint Âmbroise, il est nécessaire d'eiposer en peu de mots la situation politique de Tempire romain au moment où le saint évêque fut appelé à prendre part aux affaires de la religion et de l'État.
Yalentinien V étant mort en 375, son fils Gra^^ tien, qui dès Tannée 367 avait été associé h l'empire, fut reconnu sans difficulté pour empereur d'Occident, tandis que Valons , son oncle, régnait en Orient. Cependant les légions gauloises campées en Illyrie s'empressèrent d'adjoindre h Gratien son frère consanguin Yalentinien II, fils de l'impératrice Justine , et qui alors n'était ftgé que de quatre à cinq ans. Valons et Gratien n'accueillirent pas, dans le principe, avec satisfaction ce nouveau collègue ; mais plus tard ils reconnurent l'utilité de son élection et lui prodiguèrent les témoignages de leur bienveillance. En 378 , Yalens périt à la bataille d' Andrinople , livrée contre les Goths , et son neveu Gratien se trouva maître de
tout Tempire. Mais, effrayé d*avoir à porter un fardeau si pesant , il chercha parmi ses généraux celui qui lui parut le plus capable de défendre l'empire d'Orient contre les invasions des barbares : son choix , que la postérité a ratifié , tomba sur Théodose. — Gratien et Valeutinien II régnaient donc en Occident et Théodose en Orient au commencement de Tépiscopat de saint Âmbroise.
En montant sur le trône, Gratien ne voulut point s'écarter de la politique généralement suivie par les empereurs romains, et notamment par Valentinien I^ son père, celle de la tolérance presque absolue en fait d'opinions religieuses. Il rendit donc une loi qui permettait à tout le monde de professer la religion qu'il voudrait embrasser, excepté le manichéisme, le photianisme et les sentiments d'Eunome. Les ariens ne manquèrent pas de voir dans cette loi un acte favorable à leur esprit de prosélytisme , et ils commencèrent à s'agiter vivement dans tout l'empire, non pas seu* lement pour professer en liberté leurs idées religieuses, mais pour les faire prédominer et susciter aux évéques catholiques toute sorte de tribula-* tiens. Avant d'entrer dans les détails de la lutte que saint Ambroise eut à soutenir contre les ariens
pendant toate la durée de son épiscopat, il importe de bien savoir ce que c'était que rarianisme.
lY. Dans les premières années du quatrième siècle, vers Tan 320, Alexandre, évéque d'Alexandrie, voulant, dans une conférence publique, expliquer au clergé de sou diocèse le mystère de la Trinité et concilier la trinité des personnes avec l'unité de Dieu, disait à l'assemblée qu'il y avait simplicité dans la trinité , ou , en d'autres termes, que la trinité était une chose simple. Un jeune homme d'une taille élevée, d'un extérieur imposant, dont la figure respirait une profonde mélancolie , doué d'un esprit subtil et d'une vive imagination , assistait à cette conférence : c'était un prêtre d'Alexandrie nommé Arius. Peu satisfait de l'enseignement de son évéque , il se laissa entraîner par cette funeste propension de l'esprit humain qui nous porte à vouloir approfondir, par les lumières de notre faible raison, des mystères qu'il faut croire sans prétendre les expliquer. Arius voulut donc se rendre compte à lui-même du mystère de la Trinité; il s'efforça de concevoir comment trois personnes distinctes existaient dans une substance simple ; il ne put le comprendre , il
crut la chose impossible. Pea de temps auparavaDt, Sabellias , en examinant ce même mystère , n'avait cm pouvoir le concilier avec Funité de Dieu qu'en supposant que le Père, le Fils et le Saint- Esprit n'étaient que trois noms donnés à la Divinité et non pas trois personnes distinctes. Cette erreur avait été condamnée par l'Église de la manière la plus solennelle. Arius voulut l'éviter, mais ce Tut pour tomber dans une autre tout aussi grave ; car il en vint à nier la consubstantialité du Verbe, c'est-à-dire à prétendre que la seconde personne de la Trinité n'était pas de même nature que la première ; il les présenta comme deux personnes différentes, et, tout en déclarant que le Fils était vrai Dieu et égal à son Père, il en fit une créature. Cette fausse doctrine, comme beaucoup d'autres erreurs, avait un côté spécieux; aussi, bien qu'immédiatement condamnée parl'évêque d'Alexandrie et par un concile tenu dans cette ville , et dans lequel Arius fut admis à expli*^ quer ses sentiments, elle n'en fit pas moins des progrès extrêmement rapides, non-seulement parmi le peuple, mais même parmi les évêques. L'em-* pereur Constantin n'y vit d'abord rien de bien périlleux pour la religion. H avait tort : ce qui fait
42 SAINT ÂMBROISË.
la force du catholicisme, c'est le respect de la tradition et l'unité de la foi , et rien n'est plus important que de la conserver dans toute sa pureté. Au reste, Constantin ne tarda pas à reconnaître son erreur, et , pour apaiser les troubles que la nouvelle doctrine suscitait de toutes parts dans l'empire, il convoqua, en 325, un concile général è Nicée, dans lequel Anus et sa doctrine furent condamnés. La profession de foi connue sous le nom de symbole de Nicée fut souscrite par les Pères du concile, à l'exception d'un très-petit nombre d'ariens. Arius fut exilé, et Constantin promulgua , peu de temps après , une loi par laquelle il défendait les assemblées des hérétiques , soit en particulier, soit en public, donnait leurs églises aux catholiques , confisquait les maisons dans lesquelles on les trouvait rassemblés , et ordonnait la destruction de leurs livres. Cet édit réduisit au silence les partisans d'Anus et sembla devoir anéantir pour toujours cette hérésie; mais elle ne tarda pas à se relever. J'ai déjà dit qu' Arius était un esprit très -distingué^ et de plus il était à la fois po6te et musicien. Il composa sur ses croyances religieuses des cantiques pleins de charmes, qui lui firent de nombreux partisans parmi le peuple et
parmi les femmes dé toutes les conditions. En effet, Tarianisme compte parmi ses plus ardents prosélytes des femmes da rang le plus élevé ; nous verrons bientôt l'impératrice Justine lutter contre saint Ambroise pour faire prédominer cette doctrine en Italie; sous Constantin, ce fut la sœur même de l'empereur, la princesse Constance , qui la fit renaître en représentant Arius comme un homme vertueux, injustement persécuté, et dont les sentiments ne différaient en rien de ceux du concile qui l'avait condamné. Constantin, touché par les instances de sa sœur, manda Arius devant lui, l'interrogea, et, trompé par sa dissimulation, lui permit de retourner à Alexandrie. Les évéques ariens rentrèrent peu à peu en faveur, et bientôt la querelle se ranima plus vive que jamais. Les détails de cette lutte appartiennent à l'histoire de la vie de saint Athanase, qui, pour combattre l'arianisme, brava l'exil et les persécutions ; il suffira de dire ici qu' Arius mourut au moment où , soutenu par l'empereur, il allait entamer une nouvelle querelle contre l'évéque de Constantinople, qui refusait de le recevoir à sa communion. Malgré la mort d' Arius, sa doctrine n'en continua pas moins de faire de grands progrès en Orient, même parmi
les ecclésiastiqaes ; accueillie avec beaucoup moins de faveur par le clergé d'Occident, elle y comptait cependant déjà parmi le peuple des partisans nombreux et surtout très-zélés, lorsque Tiropératrice Justine, seconde femme de Valentinien I*** et mère du jeune Valentinien II , s' étant déclarée ouvertement pour Tarianisme, déploya toute son énergie, toutes les ruses de son esprit pour propager et faire prédominer cette hérésie dans Tempire d'Occident. Ce fut en 380 que commença la lutte entre elle et saint Ambroise. Le siège épiscopal de la ville de Sirmich étant devenu vacant , Timpératrice mit tout en œuvre pour y faire ordonner un évèque arien; mais, bien que cette ville fût hors du diocèse de Milan, saint Ambroise s'y rendit pour présider à Télection. En butte aui attaques furieuses des ariens , qui , se sentant soutenus par Timpératrice, portèrent l'audace jusqu'à vouloir l'arracher de l'église , il parvint à les dompter par un calme plein d'énergie, et procura aux catholiques la liberté de se choisir en paix un évèque. Leur choix tomba sur Anémius, qui, l'année suivante (381), assistait avec saint Ambroise au concile d'Aquilée. Saint Ambroise a été l'ftme de ce concile, dans lequel les erreurs d'Anus furent de nouveau con-
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damnées , et il nous eu a conservé tous les actes. Il nous a semblé que rien n'était plus propre à bien faire connaître le caractère de saint Âmbroise, et à donner en même temps une idée exacte de Tesprit de son époque, que de retracer avec quelque détail rhistoire de cette sainte assemblée.
y. Grâce principalement à la vigilance de saint Ambroise , la foi catholique triomphait de Tarianisme dans tout T Occident , et tous les sièges épiscopaux étaient occupés par des évéques orthodoxes , sauf deux évéchés de la Dacie qui étaient occupés par Pallade et Secondien. Ces deux évéques, Pallade surtout, tout en admettant les opinions d' Arius sur la non-consubstantialité du Verbe, repoussaient avec indignation la qualification d'ariens. Tant il est vrai que Torgueil de Topinion personnelle est la source de toutes les hérésies , et qu'on pourra toujours appliquer aux hérétiques de tous les siècles l'axiome latin : toi capita, M sen^ SUS; autant de tètes, autant d'opinions. Quoi qu'il en soit , Gratien étant venu à Sirmich , Pallade , soutenu par le crédit de l'impératrice Justine , porta ses plaintes au jeune empereur et obtint qu'un concile serait convoqué à Aquilée pour juger ses
doctrines. Pallade, coDnaissaot la propension des évêques d'Orient pour les idées d'Arius, avait insisté pour qu'ils y fussent appelés , de sorte que ce concile devait être un concile général. Mais saint Ambroise, qui comprit aussitôt tout le parti que Pallade pourrait tirer de la condescendance de Gratien, s'y opposa de tout son pouvoir. Il fit comprendre au jeune empereur tous les inconvénients qu'il y aurait à forcer un si grand nombre de prélats à faire de longs et pénibles voyages dans l'unique but d'apprécier les opinions d'un seul homme , et Gratien, cédant à ses instances, décida que tous les prélats pourraient venir au concile , mais qu'ils n'y étaient point obligés. Le concile s'ouvrit sous la présidence de saint Yalérien, évéque d'Aquilée, et saint Ambroise en conduisit tous les débats. On y traita de nouveau la question qui avait déjà été résolue dans le concile de Nicée. Les hérétiques n'osaient pas dire ouvertement que le Fils de Dieu fût une créature ; mais , malgré leurs subterfuges et leurs équivoques , il était évident que c'était le le fond de leur opinion. C'est ce qui résulte des actes mêmes du concile que saint Ambroise nous a conservés et dont voici les principaux passages traduits avec une scrupuleuse fidélité :
Siagrias et Eucbérias, hommes darissimes , étant con« $uls, et s'étant réunis, lelll des nones de septembre, dans Téglise d'Aquilée , avec les évêqoes Yalérien d'Aqailée, Ambroise^ Easèbe, Limène, Anémias, Sabin, Abundantias, Artème, Constance, Juste, Pbilastre, Constance f Théodore, Almache, Domnin, Amance, Maxime, Félix, Bassien, Numidius, Janvier, Procule, Héliodore, Jovîn, Félix, Exupérance, Macédone, Cassien et Enstathe; Ambroise, évéque de Milan, a dit :
« Nous avons délibéré pendant longtemps sur. la question de savoir s'il fallait dresser des actes de notre assemblée; mais, puisque Pallade et Secondien portent jusqu'à nos oreilles leurs discours sacrilèges, tellement qu'on a peine à croire qu'ils osent blasphémer si ouvertement, il ne faut pas qu'ils puissent par la suite dissimuler et désavouer ce qu'ils ont dit. Il est donc à propos de dresser des actes , puisque c'est le sentiment de tous les évêques que personne ne puisse nier {dus tard ce qu'il aura avancé dans cette assemblée. Déclarez donc , trèssaints prélats , quelle est votre volonté. » — Tous les évêques répondirent : « Nous le voulons. »
Après que le rescrit de l'empereur pour la convocation du concile eut été la et qu'on eut donné lecture de la profession de foi d'Ârius, sur laquelle Pallade et Secondien furent appelés à se prononcer, la discussion s'ouvrit en ces termes :
AMBROISE, ÊVÊQUE DE MiLAN. Voilà co que notre pieux empereur a ordonné. Il n*a pas voula faire injure
48 SAINT AMDROISB.
aux évéques, et il les a établis poar juges; ainsi , puisque nous sommes dans une assemblée composée d'évêques, répondez aux questions qu*on vous propose. On a lu la lettre d*Àrius; on la lira encore, si vous le désirei. Le commencement , où il dit que le Père seul est éternel , est plein de blasphèmes. Si vous soutenez que le Fils de Dieu n'a pas existé de toute éternité, apportez vos preuves ; si , an contraire , vous n'approuvez pas cette opinion , condamnez-la hautement. Voici l'Évangile ; les épttres de TApôtre y sont et toutes les Écritures : si vous ne croyez pas que le Fils de Dieu soit éternel , prouvez-le.
Pallade. Vous avez obtenu par vos intrigues que ce concile ne fût pas général ; le rcscrit sacré de l'empereur que vous venez de nous lire en renferme la preuve. Je ne puis répondre en Tabsence de nos frères.
Ambroise. Et qui sont vos frères!
Pallade. Les évoques d*Orient
Ambroise. Le préfet d'Italie a écrit aux évéques orientaux qu'ils pouvaient venir, si telle était leur volonté; mais, sachant que l'usage était de tenir les conciles des Orientaux en Orient , et les conciles des Occidentaux en Occident , ils n'ont pas jugé convenable de se déplacer,
Pallade. Gratien, notre empereur, avait ordonné aux évéques orientaux de venir. Vous ne nierez pas qu'il ait donné cet ordre, car l'empereur nous a assuré de sa propre bouche qu'il l'avait donné.
Ambroise. il a dit seulement qu'il ne les empêchait pas de venir au concile.
Pallade. C'est vous qui êtes cause qu'ils ne sont pas venus. Vous avez obtenu , sous l'apparence du bien pu-
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blic , ce que vous désiriez , et vous avez différé le concile général.
Ambroise. a quoi bon tant de paroles inutiles? Répondez catégoriquement. Arius a-t-il raison , lorsqu'il soutient que le Père seul est éternel? A-t-il ou non appuyé son sentiment sur les Écritures?
Pallade. Je refuse de vous répondre.
Constance • évêque d*Orange. Vous refusez de répondre après avoir proféré tant de blasphèmes i
EusÈBE, ÉYÊQUE DE BOLOGNE. Yous devriez, avec simplicité et avec franchise, exposer quels sont vos sentiments sur la foi. Si un infidèle vous demandait comment vous croyez en Jésus -Christ, vous ne devriez pas rougir de le confesser.
Sabin , &VÉQUB DE PLAISANCE. Vous uous zvez demandé de discuter vos objections. Nous sommes ici parce que vous Tavez voulu , parce que vous nous en avez prié avec instance ; il ne vous est donc plus permis de chercher des subterfuges. Dites- vous que Jésus -Christ est une créature , ou reconnaissez-vous qu'il est Fils de Dieu, coétemel i son Père?
Pallade. Je vous ai dit que nous viendrions pour vous convaincre du mal que vous avez fait en circonvenant Tempereur.
Ambroise. Qu'on lise la lettre de Pallade, et l'on verra qu'il ne dit pas la vérité.
Pallade. Qu'on la lise , j'y consens.
Les Évéques. Lorsque l'empereur était à Sirmich, est-ce vous qui avez eu recours à lui , ou est-ce lui qui vous a contraint de venir au concile? Que répondez-vous à celât
Palude. L'empereur m'a dit : « Allez. » Nous avons
iO SAINT AMBROISE.
demande si les évoques de TOrient étaient convoqués. Il nous a répondu : « Ils sont convoqués. » Or, si nous avions su qu'ils ne Tétaient pas, serions - nous venus au concile T
AMBROISE. Laissons de côté TalTaire des évêquct d*Orient. Je vous somme de faire aujourd'hui votre profession de foi. On vous a lu la lettre d'Arius. Vous avez coutume de dire que vous n'êtes pas arien ; condamnez donc la doctrine d'Arius , ou bien prenez-en la défense !
Pallade. Vous n*avez pas autorité pour m'adrcsser cette interpellation.
EusÈDE , ÉvÉQUE DE BOLOGNE. Nous ne pouvons pas croire que le pieux empereur vous ait dit de vive voix ce qui n'est pas dans son rescrit. Il a ordonné aux évêques de s'assembler ; il n'a pas pu vous dire à vous seul que la cause ne se terminerait qu'en présence des évéques d'Orient. D'ailleurs vous deviez nous faire savoir que vous ne vouliez répondre qu'en leur présence, et ne pas vous engager, comme vous l'avez fait , à conférer avec nous.
Pallade. Je suis venu ici comme à un concile géné« rai ; lorsque j'ai vu que mes frères de l'Orient n'y étaient pas y j'en ai conclu que vous agissiez avec passion et au mépris du concile futur.
AMBROISE. Vous avez vous-même exigé que nous nous assemblassions aujourd'hui; vous avez dit : « Étant chrétiens , nous venons à vous comme à des chrétiens. ■ Vous nous avez donc regardés comme chrétiens. Vous avez promis d'entrer dans la discussion , de produire vos raisons et d'écouter les nôtres; nous avons reçu avee joie ces préliminaires; nous avons souhaité que vous vinssiez avec les sentiments d'un chrétien. Je vous ai
SAINT AMBROISB. U
présenté la lettre d'Arias ; tous tous plaignez souvent qn*on tous fait injure en toos appelant de son nom. VoQS protestez que vous n'adoptez point ses erreurs. Je vous répète qu'il faut aujourd'hui vous prononcer ouvertement : ou condamnei la doctrine d'Arius , ou défendez-la en TOUS appuyant sur l'autorité de l'Écriture. D'après la lettre d'Arius, Jésus-Christ, Fils de Dieu, n'est pas coéternel à son Père ; dites ce que vous pensez.
Pâllade. J^ous prouverons que nous sommes chrétiens, mais dans un concile général, et nous ne vous répoudrons pas.
EusÈBE. Vous devez faire sans détour l'eiposition de votre foi.
Pâllade. Et que réserverions-nous pour le concile général?
Ambroise. On a été unanime pour condamner celui
qui oserait nier que le Fils de Dieu fût éternel : Arius l'a
nié; Pâllade est du même sentiment, puisqu'il refuse de
condamner Arius ; voyons donc si Ton peut approuver son erreur.
On reprit alors la lecture de la lettre d'Arius , qui fut discutée mot à mot. Saint Anubroise et les évéques , s'appuyant à chaque pas sur l'autorité des saintes Écritures, démontrèrent sans peine toute la fausseté des propositions que cette lettre contenait, maisjamais ils ne purent déterminer Pâllade à la condamner franchement; toutes ses réponses prouvèrent au contraire qu'il partageait les sentiments d'Arius , et que , contrairement au symbole
Si SAINT AMBROISB.
du concile de Nicée, il s'obstinait à nier la coéternité des deux premières personnes de la Trinité. Sa propre condamnation fut donc prononcée d'une voix unanime , et Secondien , qui parut après lui devant rassemblée et qui s'obstina à soutenir les mêmes erreurs, fut également condamné. Tous deux furent déclarés à jamais indignes de l'épiscopat.
Saint Ambroise fit connaître ce résultat à Gratien dans une lettre écrite au nom du concile, et qui, suivant rusage, était adressée collectivement aux trois empereurs. Voici les principaux passages de cette lettre :
« Béni soit lo Père de Notre Seigneur Jésus - Christ , qui vous a donné Tenipirc romain , ot béni soit aussi Notre Seigneur Jésus-Christ, lo Fils unique de Dieu, qui, |)ar sa bonté, garde votre empire! G*est en son nom que nous tous rendons grâces , princes très-cléments, du xèlcque vous avcx témoigné pour la religion, de Fatlenlion quo vous avez eue d*asscmbler le concile pour terminer les disputes qui 8*étaicnt élevées dans rj^gli.ve, et de la déférence honorable que vous avex montrée pour les évéques en leur laissant à lous la liberté de se trouver b cette assemblée et en no forçant personne à s'y rendre.
n Nous nous sommes donc réunis, conformément aux ordres de Votre Mansuétude , |)our discuter les matièret
qui de? aient nous être soumises. De tous Its hérétiques , il ne 8*est trouvé d*évêques que Palbde et Secondien , qui auraient touIu qu'on assemblât pour eux un concile général de toutes les parties de l'empire romain; mais nul vieillard accablé d*années , qu'il fallait ménager par respect pour ses cheveux blancs , n'a été obligé de se rendre au concile des confins les plus éloignés de l'em* pire; nul* d'une santé délicate et affaiblie par l'aostérité des jeûnes , n'a été forcé de regretter la perte de ses forces en se voyant incapable de supporter les fatigues du voyage; enfin nul, faute de pouvoir subvenir aux dépenses nécessaires, ne s'est plaint de la pauvreté, si glorieuse pour les évéques* Ainsi a été accompli en vous, ô Graticul le plus clément de tous les princes, ce que les divines Écritures ont si bien apprécié : Heureux l'homme qui a l'intelligence sur le pauvre et l'iodigenll
» En effet , combien il eût été ficheux de priver de leurs pasteurs toutes les églises du monde pour deux évéques seulement qui ont vieilli dans leur perfidie.
» Mais , si les évéques orientaux n'ont pu venir à cause de la longueur du voyage, les Occidentaux de presque toutes les provinces y ont été présents par lenrs députés , et ils ont protesté publiquement qu'ils ont-la même foi que nous, et que leurs sentiments sont conformes aux décrets du concile de Nicée, comme ils l'attestent par leurs souscriptions. Tous les peuples font donc maintenant des vœux pour la prospérité de votre empire, et, ainsi que vous le désiriez, la foi n'a manqué ni de garants ni de défenseurs. Car, bien qu'il n'y ait rien de plus évident que les traditions de nos pères, desquelles on ne peut s'écarter sans se rendre coupable d'impiété et de sacrilège, cependant nous avons offert
2i SAINT ÂMBROISE.
aox hérétiques d'examiner avec eux les difficultés qu'ils proposaient. »
Après avoir résumé les discussions qui ont eu lieu dans le concile et fait l'exposé des doctrines erronées que les évoques ont dû condamner , saint Ambroise termine sa lettre en ces termes :
« Nous avons horreur, princes très -cléments, de ces monstrueux sacrilèges et de ces pernicieuses doctrines , et, aûn que ceux qui les professent ne puissent plus séduire les peuples conGés à leurs soins , nous les ayons déposés de l'épiscopat, car il n*est pas juste que ceux qui ont renié Jésus -Christ s'attribuent son sacerdoce. Noos vous conjurons maintenant , par votre foi et par votre gloire, aûn que, rendant à l'auteur de votre empire l'honneur qui lui est dû , vous ordonniez à vos juges» par un rescrit signé de la main de Votre Clémence, que de tels hommes , fauteurs d*impiété et amis du m^isonge, soient à jamais exclus du seuil de l'Église, et qu'il nous soit permis d'instituer « par des députés que notre humilité nommera , de sainls évêques à la place de ceux qui ont été condamnés. »
VI. Gratien ratiGa la décision du concile, et Pallade et Secondien furent remplacés par des évêques orthodoxes. Néanmoins ce revers fut loin d'anéantir Tarianisme en Occident j et nous verrons bientôt saint Ambroise avoir de nouvelles
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r. Mais nous devoDS parler maintere nctoire qii'O renqMtrta la même année, non phs sor des dirétîens dissidents, snr les païens, ces ligiaL ennemis da chriscelte époqœ étaient encore bien phs nooiiceQx et bien plus poissants dans l'empire qn'on ne serait porté à le croire. En effet , bien fse les chrétiens eussent recn de Constantm et de
de grands pririléges , et qoe les depuis plus de cinquante ans ne prissent pins de part au culte des idoles, le paganisme à h fin dn quatrième siède prétendait être encore la religion de l'État. Les rites païens s'appelaient les rites nationaui. Les pontifes sacrifiaient non pas an nom d'une secte, mais au nom de tout le genre humain. Saint Ambroise ne ?oulut pas qu'un pareil scandale se prolongeât plus longtemps , il comprenait que le moment était ?enu d'attaquer vigourensement les restes de ces Tieilles superstitions , et profitant de l'influence qnil a?ait acquise sur Fesprit dn jeune empereur, il le détermina à frapper un coup décisif. En 382, Gratien donna l'ordre d'enlefer du lieu où le sénat tenait ses séances Fautel et la statue de la Victoire , et en même temps fl rendit un décret par lequel tous les biens
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qui appartenaient aux temples, et dont les revenos servaient à l'entretien des pontifes et aux frais des sacrifices, étaient réunis aux domaines de l'État. Par le même décret les vestales furent dépouillées de tous leurs privilèges, et l'empereur ne laissa au sacerdoce que la faculté de recevoir des legs particuliers. De tous ces actes le plus important, celui qui dut retentir d'un bout de l'empire romain à l'autre, ce fut la destruction de l'autel de la Victoire. Pour bien en comprendre la gravité , il est nécessaire d'entrer dans quelques détails.
Il existait à Rome, dans la Curia Julia^ lieu des séances du sénat, un autel dédié à la Victoire et surmonté par la statue de cette divinité , qui était regardée comme la protectrice spéciale de l'empire romain, cusùos imperii virgo. Elle avait été autrefois enlevée aux Tarentins , et décorée par Auguste à son retour d'Egypte des ornements les plus précieux. Au commencement de chaque séance les sénateurs brûlaient quelques grains d'encens aux pieds de la déesse et prêtaient devant elle serment de fidélité à l'empereur. Cette statue, enlevée une première fois en 357 sous le règne de Constance , avait été solennellement rétablie par Julien l'Apostat; et les successeurs de ce prince «
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bien qne professant tous le christianisme^ n*avaient pas osé prendre sur eux de détruire un symbole révéré par la majorité du corps le plus illustre de l'empire. Cependant le nombre des sénateurs chrétienSy s'augmentantdejourenjour, était déjà considérable, et Ton comprend tout ce qu'il leur en coûtait d'être forces d'assister chaque jour aux cérémonies d'un culte que leur conscience réprouvait. Saint Ambroise entendit leurs justes plaintes, et il obtint de Gratien , comme nous l'avons déjà dit, l'ordre d'enlever de la curie l'autel et la statue de la Victoire; cette concession faite à la minorité chrétienne avait une immense portée, car elle ôtait en même temps au sénat son caractère d'institution païenne , et il semblait même que le corps tout entier passait sous les drapeaux du christianisme. Le décret de Gratien fut donc comme un coup de foudre pour les partisans de l'ancien culte. Les sénateurs païens se répandirent en clameurs; l'un des plus illustres , Prétextât, se plaignit hautement et décida ses collègues à envoyer une députation à l'empereur, afin de solliciter non-seulement le rétablissement de l'autel de la Victoire, mais aussi la restitution des biens et des privilèges enlevés aux pontifes. Les sénateurs
chrétiens se réunirent de leur côté et déclarèrent que si leurs collègues étaient écoutés ils s'abstiendraient désormais de reparaître dans le sénat. Le pape Damase 6t passer cette protestation à saint Ambroise, qui la remit à l'empereur, et lorsque la députation, conduite par l'éloquent Symmaque, se présenta pour haranguer Gratien, on lui refusa l'entrée du palais en lui déclarant nettement qu'elle ne représentait pas le sénat. Humiliée de ce refus, la députation n'insista pas davantage et revint à Rome.
Malgré ce grave échec, les païens ne se tinrent pas pour complètement battus. On sait que dans l'ancien empire romain le pouvoir religieux avait toujours été réuni au pouvoir civil, et que le souverain pontiOcat était regardé comme la prérogative la plus importante des empereurs. Depuis cinquante ans les empereurs chrétiens reculaient devant l'idée de rompre cette alliance; ni Constantin ni aucun de ses successeurs n'avaient osé déposer les insignes de la puissance religieuse. Les païens pensèrent donc que Gratien serait forcé de se conformer à l'usage, et le collège des grands prêtres alla le trouver dans les Gaules pour lui présenter la robe de souverain pontife. Gratien la
refusa, en disant qu'un tel ornement ne convenait pas à un empereur chrétien. C'était porter au paganisme le coup le plus terrible , mais c'était en même temps soulever des tempêtes. Gratien ne devait pas survivre au témoignage éclatant qu'il venait de donner de sa foi. Maxime, l'un de ses généraux, suscité et soutenu par le parti païen , se révolte et prend la pourpre dans les Gaules. Trahi par ses soldats et forcé de prendre lu fuite , Gratien arrive jusqu'aux portes de Lyon, mais il tombe entre les mains des partisans de son ennemi, qui , après s'être joués de lui pendant quelques jours, finissent par le massacrer. Celte cata« strophe arriva le 25 août de l'année 383.
VII. La mort de Gratien fut pour saint Ambroise un grand sujet de douleur, car non-seulement il portait au jeune empereur une aflection toute paternelle , mais de plus il était facile de prévoir combien cette mort pouvait être funeste à l'Église. Dans cette circonstance difficile , la conduite du saint évêque fut admirable d'énergie , de sagesse et de dévouement. Oubliant tous les justes griefs qu'il avait contre l'impératrice Justine , et persuadé qu'en qualité d' évêque il devait avant tout
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prendre en main la cause du pupille , il se chargea sans hésiter de la périlleuse mission d'aller comme ambassadeur de Yalentinien II au-devant du tyran Maxime, pour Tempécher, s'il était possible, de pénétrer en Italie. Saint Âmbroise entama cette négociation par un acte d'humanité et de bonne politique. M arcellinus, frère de Maxime, se trouvait alors à Milan , où il s'était rendu avant la révolte de son frère pour fomenter des intrigues en Italie. 11 restait donc entre les mains de Yalentinien comme un otage sur lequel l'empereur , usant de représailles , pouvait venger la mort de son frère assassiné. La question fut agitée dans le conseil. Mais saint Ambroise insista pour que Marcellinos fût renvoyé sain et sauf à son frère, et lui-même, traversant les Alpes, se dirigea vers Trêves , où le nouvel empereur avait 6xé sa résidence. Arrivé dans cette ville, il ne put obtenir une audience particulière , et ce fut en plein conseil qu'il se vit obligé de porter la parole. Saint Ambroise nous apprend lui-même, dans la lettre qu'il écrivit à Yalentinien pour lui rendre compte du succès de son ambassade, que c'était lui imposer une démarche qui ne convenait pas à sa qualité d'évêque. Tontefois , n'envisageant que l'importance du but qu'il
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s'agissait d'atteindre, il se résigna à ce qu'on exigeait de lui ; et, dans un discours plein de sagesse et d'habileté, il exposa l'objet de sa mission , qui était de demander la paix à des conditions honorables. Maxime se montra tout disposé à l'accorder, mais il ajouta qu'il était nécessaire que Valentinien vint en personne lui faire ses propositions , prétendant que le jeune empereur devait le regarder comme un père, et que témoigner la moindre défiance serait lui faire un outrage. — Cette proposition , dont le but évident était de mettre entre les mains de l'usurpateur le frère de celui qu'il venait de faire assassiner, n'était pas acceptable. Mais, pour ne pas rompre la négociation, saint Âmbroise se contenta de répondre qu'on ne pouvait exiger d'un enfant et d'une femme de traverver les Alpes au milieu des rigueurs de l'hiver, et que d'ailleurs il n'avait point reçu d'instructions à cet égard. Maxime, sans vouloir s'expliquer davantage, ordonna au prélat d'attendre le retour du comte Victor, qu'il avait lui-même envoyé en ambassade vers Justine et Yalentinien. Ambroise, au milieu d'une cour ennemie, mais ayant pour lui Dieu et sa conscience, eut bientôt occasion de donner un nouvel exemple de cette rare énergie
qui distingue son caractère. 11 refusa résolument de communier avec l'usurpateur, et comme Maxime s'en plaignait amèrement : u Vous ne pouvez , lui dit-il, participer à la communion des fidèles qu^a* près avoir fait pénitence pour le sang que vous avez versé. » — On peut croire que cette conduite si digne du saint évéque eut une grande influence sur la détermination de Maxime. Il congédia saint Ambroise , mais bientôt après il conclut avec Valentinien II un traité par lequel il laissait ce jeune prince paisible possesseur de l'Italie et de quelques autres parties de l'empire d'Occident, se réservant pour lui-même la Gaule, l'Espagne et la Grande- Bretagne, dont il fut reconnu pour empereur légitime.
VIII. Valentinien II continua donc de régner sur l'Italie sous la tutelle de sa mère Justine ou plutôt sous celle de saint Ambroise, dont les services étaient encore trop récents pour être oubliés. Cependant, cédant à l'influence de sa mère, le jeune empereur crut devoir inaugurer son règne en faisant quelques concessions au parti païen, qu'il redoutait à juste titre comme ayant été l'une des principales causes de la ruine de son frère. 11 nomma Symma-
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que préfet de Rome. Il n'en fallut pas davantage pour que les sénateurs païens reprissent confiance. Espérant d'ailleurs profiter de la division des cbrétiens, sûrs de trouver dans les ariens des auxiliaires disposés à les aider contre les catholiques , et comptant à ce titre sur l'appui de l'impératrice mère, ils se décidèrent à la fin de l'an 382 à envoyer vers l'empereur une députation solennelle. Symmaque , en sa qualité de préfet de Rome, fut chargé de porter la parole. Au reste, c'était moins encore les hautes fonctions dont il était revêtu que ses vertus, son éloquence, et surtout le zèle qu'il avait toujours déployé au service des superstitions païennes qui le désignaient naturellement pour cet honneur.
La députation se rendit à Milan où se trouvait la cour impériale. Mais saint Ambroise veillait, et dans une circonstance si importante son hobileté et son énergie ne lui firent pas défaut. Par ses conseils l'empereur ordonna à Symmaque de déposer à l'avance le discours dont il devait donner lecture. Ambroise en prit rapidement connaissance , de sorte qu'il fut en mesure de remettre de son côté une réponse au manifeste du paganisme.
Toutes les pièces de ce grand procès sont parvenues jusqu'à nous y et comme je ne sache pas de documents historiques plus importants, puisqu'ils émanent des deux principes qui se disputaient alors fempire du monde, je crois devoir les rapporter ici malgré leur étendue, d'autant plus que, jusqu'à présent, dans les ouvrages qui traitent de cette grave question, on a toujours omis on abrégé , soit la requête de Symmaque , soit l'une des deux réponses de saint Âmbroise.
Voici d'abord la requête, ou plutêt, pour me servir du terme consacré , la relation de Symmaque. Je me sers de l'excellente traduction donnée par M. le comte Beugnot, dans son Histoire de la deêtruction du paganisme»
Très -ILLUSTRES Empereurs,
Aussitôt que votre amplissime sénat vit que les lois avaient dompté le vice et que la gloire des derniers temps était rehaussée par de bons princes, il suivit Timpulsion d'un siècle si heureux, donna cours à sa douleur trop longtemps comprimée, et me chargea une seconde fois de servir d'organe à ses plaintes. Naguère les méchants nous ont fait refuser l'audience du divin prince , parce qu'ils savaient bien que justice serait rendue. Je m'acquitte d'une double mission : comme votre préfet , je défends les intérêts publics ; comme envoyé, je viens ap-
puyer le vœu des citoyens. Il n*y a dans celte situatioo rien qui doive étonner, car depuis longtemps vos sujets ont cessé de croire que, dans leurs déiMts, ils pouvaient triompher par l'appui des courtisans. L'amour des peuples , leur respect, leur dévouement valent mieux que la puissance. Qui souffrirait des luttes privées au sein de la République? Le sénat poursuit avec raison ceux qui mettent leur autorité au -dessus de la gloire du prince. Notre sollicitude veille près de Votre Clémence; mais peut -on trouver mauvais que nous défendions les institutions de nos ancêtres, les droits et l'avenir de la patrie aussi vivement que la gloire de notre siècle, qui sera d'autant plus grande que vous ne permettra rien contre les usages de nos pères?
Nous redemandons l'état religieux qui si longtemps a servi d'appui à la République. Des princes ont appartenu à la fois aux deux religions , aux deux partis : celui qui vint après eux honora les cérémonies nationales; son successeur ne fit rien contre elles. Si la religion des anciens princes n'est plus un bon exemple, que la pradcnc^es derniers en soit un I
Quel homme serait assez l'ami des barbares pour ne point redemander l'autel de la VictcMre? IndiBérents sur l'avenir, nous dédaignons les présages du malheur. Si Ton néglige la Divinité , que l'on respecte au moins son nom ! Votre Éternité doit beaucoup à la Victoire, elle lui devra encore davantage. Ceux qui n'avaient pas connu ses faveurs ont méprisé sa puissance; mais vous, vous ne déserterez pas un patronage que vos triomphes doivent vous faire aimer. Cette divinité a été consacrée par tous les hommes; car personne ne peut cesser d'honorer celle qu'il est si utile d'invoquer.
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Si le respect pour la Victoire n'existe plus, au moins devait-on s'abstenir de toucher à rornementde la curie. Souffrez, je vous en supplie, que nous puissions léguer à nos successeurs celle que dans notre jeunesse nous avons reçue de nos pères. Le respect de la coutume est une chose grande; ce que fit le divin Constance heureusement dura peu : gardez-vous d'imiter les choses qui ont été promptement révoquées. Nous cherchons l'éternité de Votre Gloire et de Votre Divinité ^ afin que le siècle futur ne trouve rien à corriger dans ce que vous aurez fait. Où jurerons-nous d'obéir à vos lois et d'exécuter vos ordres? Quelle crainte religieuse retiendra l'homme pervers prêt à rendre un faux témoignage? Dieu est partout; nul refuge pour des perfides : mais, afin de prévenir le crime , la religion est nécessaire.
Cet autel est le dépositaire de la concorde publique, cet autel reçoit la foi des citoyens, et nos sentences n'ont jamais plus d'autorité que quand l'ordre a juré devant lui. Un asile sacrilège va donc être ouvert aux parjures; les illustres princes puniront cet attentat, eux dont l'inviolabilité repose sur un serment public. • Mais, (^-on, le divin Constance en a fait autant. » Imitons tout autre chose dans la conduite de ce prince ; assurément il n'aurait pas agi de la sorte si un autre avant lui n'eût déserté le droit chemin. Les fautes des anciens doivent profiter à ceux qui viennent après eux , et l'amélioration naît de la critique d'un exemple antérieur. Le destin voulut qu'un prédécesseur de Votre Clémence n'évitât pas l'injustice en des matières encore nouvelles; une semUablc excuse ne serait pas valable pour nous , si nous suivions un exemple réprouvé par nos consciences. QueVotre Éternité choisisse donc dans la vie du même prince des exem-
pies qu'elle pourra s'approprier plus dignement U n'enleva aux vierges sacrées aucun de leurs privilèges; il donna les sacerdoces aux nobles , et ne refusa pas aux Romains les sommes nécessaires à la célébration de leurs cérémonies religieuses; il parcourut les régions de la ville éternelle suivi par le sénat satisfait; il considéra avec intérêt les temples, lut les noms des dieux inscrits sur letu*s frontons , s'informa de l'origine de ces édifices , loua la piété de leurs fondateurs, et, quoique d'une religion différente , il les conserva à l'empire : à chacun ses coutumes, à chacun ses rites.
L'esprit divin a donné aux villes certains gardiens. Gomme en naissant chaque mortel reçoit une âme, de même chaque peuple reçut ses génies protecteurs. Cette chose était utile , et c'est l'utilité qui attache les dieux à l'homme. Puisque toute cause première est enveloppée de nuages , d'où peut-on faire descendre la connaissance des dieux , si ce n'est de la tradition des annales historiques? Si une longue suite d'années fonde l'autorité delà religion, conservons la foi de tant de siècles, suivons nos pères, qui si longtemps ont avec profit suivi les leurs.
Il me semble que Rome est devant vous et qu'elle vous parle en ces termes :
« Excellents princes, pères de la patrie, respectez ma vieillesse : je la dois à une sage religion; respectez -la, afin qu'il me soit permis de suivre mon ancien culte; vous n'aurez point à vous en repentir. Laissez-moi vivre selon mes désirs, car je suis libre. Ce culte a rangé le monde sous mes lois. Ces mystères ont repoussé Annibal de mes murailles, les Gaulois du Gapitole. Quoil je réformerais dans mes vieux jours ce qui naguère m'a sau-
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vée ! j'examinerais ce qu'il convieut d'élablir I La réforme de la vieillesse est tardive et insultante. »
Nous demandons la paix pour les dieux de la patrie , pour les dieux indigètes. Il est juste de regarder comme communes à toute la société les choses que chacun ho* nore. Nous sommes éclairés par les mêmes astres, nous avons tous un même ciel , un même monde nous environne. Qu'importe par quels moyens chacun poursuit la recherche de la vérité! On ne parvient pas toujours par un seul chemin h la solution de ce grand mystère. Il appartient aux oisifs de discuter sur de telles choses ; en ce moment , nous offrons non le combat mais des prières.
Qu'a produit à votre trésor sacré la révocation des privilèges des vierges Vestales! Ce que des princes trèséconomes accordaient , on le refuse sous de très-généreux empereurs. L'honneur seul donne quelque prix à cette solde de la chasteté. De même que les bandekttes sont l'ornement de leur tête , ainsi l'exemption des charges publiques est Tinsigne du sacerdoce. Elles ne réclament que ce vain mot d'immunités , car la pauvreté les met à l'abri des dépenses , et ceux qui les dépouillent sont les plus empressés h leur payer un tribut de louanges. L'innocence consacrée au salut public est plus respectable quand clic ne reçoit aucune récompense. Purifiez votre trésor de cette augmentation ; que, sous de bons princes , il s'accroisse par les dépouilles des ennemis et non par celles des pontifes. Quel profit peut jamais effacer l'injustice? Le malheur des personnes auxquelles on veut ravir d'anciens privilèges est d'autant plus grand que l'avarice n'est point dans nos moeurs. Sous des empereurs qui respectent le bien d'autrui et résistent h la cupidité, nos ennemis cherchent moins i nous
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appaoTrir qu'à nous insulter. Le fisc retient les biens légués par la volonté des mourants aux vierges et aux pontifes. Je vous en supplie , ô ministres de l'équité t restituez à la religion de votre ville son héritage privé. Les citoyens dictent sans crainte leurs testaments; ils savent que , sous des princes généreux, ce qu'ils ont signé est respecté ; que cette félicité du genre humain vous soit précieuse ! Ce qui arrive en ce moment commence à inquiéter les mourants. On se demande si la religion des Romains n'est plus placée sous la sauvegarde des droits du peuple. Quel nom donner à cette spoliation qui n'est autorisée par aucune loi et par aucune clause? \jo% aflranchis sont mis en possession des legs qu'on leur a faits, on ne refuse pas aux esclaves les justes avantages provenant des testaments, et de nobles vierges, les ministres des rites divins sont seuls exclus du droit d'hérédité! A quoi sert de vouer an salut public un corps sans tache , de fortifier l'éternité de l'empire par des secours célestes, d'environner de vertus amies vos armes et vos aigles , de faire pour tous les citoyens des vœux efficaces , si l'on ne jouit pas même du droit commun! L'esclavage n'est -il pas préférable? On porte préjudice à la république , car l'ingratitude ne lui a jamais réussi Ne croyez pas que je défende seulement ici les intérêts de la religion; tous les maux du genre humain ont été enfantés par de semblables attentats. Les lois de nos ancêtres honoraient les vierges Testales et les pontifes en leur accordant un revenu modique et de justes privilèges; ils en jouirent jusqu'à l'instant où de vils trésoriers détournèrent les aliments destinés à la chasteté sacrée pour les donner à de misérables porteurs de litières! La famine se fit bientôt sentir; une triste récolte vint trahir l'espoir des
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proTinces. La faale n'en était pas à la terre; nous n'avons rien à reprocher aux astres ; ce n*cst pas la nielle qui a détruit le blé, ni I*ivrale qui a étouffé les moissons : c'est le sacrilège qui a desséché le sol. Il fallut périr, parce qu'on avait refusé à la religion ce qui lui était dû. Si on trouve un autre exemple d'une semblable calamité , je consens à attribuer ce que nous avons souffert aux vicissitudes des temps. Les vents aggravèrent cette stérilité. Les hommes demandèrent leur nourriture aux arbres des forêts, et la misère conduisit de nouveau les paysans autour des chênes de Dodone. Arriva-t-il jamais rien de pareil du temps de nos ancêtres, où l'honneur public nourrissait les ministres de la religion! Quand l'annone était commune au peuple et aux vierges saintes, vit -on les hommes secouer les chênes ou arracher de la terre les racines des herbes pour pourvoir à leur subsistance? Viton la fécondité ordinaire des provinces impuissante à réparer leurs pertes accidentelles? L'aisance des pontifes assurait le produit des terres, car ce qu'on donnait était moins une largesse qu'un préservatif. Peut -on douter que Ton ait toujours donné pour assurer l'abondance universelle ce que nous réclamons en ce moment pour faire cesser la misère publique?
On dira peut - être que l'État ne doit pas solder une religion qui lui est étrangère. Les bons princes n'admettront jamais que les choses attribuées par le public à une classe particulière d'individus puissent jamais appartenir au fisc La république se compose de tous les citoyens, et ce qui vient d'elle profite à chaque individu. Vous avez pouvoir sur toutes choses, mais vous conservez à chacun le sien , et la justice a plus d'empire sur vous que la licence. Consultez donc votre munificence, et dites si
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elle refuse de regarder comme publiques les choses que vous avez transférées à d'aulres personnes. Les biens qui oni été donnés une fois à la gloire de Rome cessent d'appartenir aux donateurs, et ce qui dans l'origine était un bienfait devient avec le temps une dette. On cherche à jeter de vaines terreurs dans votre esprit divin lorsqu'on dit que si vous ne cédez pas à l'avidité des ravisseurs , vous serez complices des donateurs. Que Votre Clémence soit favorable aux mystères tutélaires de toutes religions, et particulièrement à ceux que vos ancêtres protégèrent autrefois , qui vous défendent aujourd'hui et que nous révérons.
Nous redemandons cet état religieux qui conserva l'empire dans les mains de votre divin père et procura des héritiers de son sang à cet heureux prince. Du haut de son palais céleste, ce divin vieillard voit couler les larmes des pontifes; il se croit méprisé puisque l'on viole les usages qu'il avait librement conservés. Ne suivez pas l'exemple de votre divin frère; dissimulez un acte que sans doute il ignorait devoir déplaire au sénat. Il restera prouvé que la légation n'a été repoussée que parce qu'on craignait qu'elle ne le mit dans la nécessité de rendre un jugement public
Le respect des temps passés veut que vous ne balanciez pas à révoquer une loi qui n'est pas digne d'un prince.
Voici maintenant la première réponse de saint Ambroise :
il SAINT ÀMBROISE.
Ambroisty ivique^ au très-glorieux prince et très-chrétien empereur Vatentinien.
Par la même raison que tous les hommes qui vivent sous la domination de Tempire romain vous doivent service et obéissance, à vous empereurs et princes de la terre, il vous faut à votre tour vous consacrer au service du Dieu tout-puissant et à la défense de la foi. Il n'y a de salut pour vous que si chacun de vos sujets adore en toute vérité le vrai Dieu, c'est-à-dire le Dieu des chrétiens, qui régit tout l'univers , celui-là seul étant le vrai Dieu , qu'il faut adorer du fond du cœur; car l'Écriture le dit : les dieux des gentils sont des démons.
En conséquence , quiconque sert le vrai Dieu , quiconque le reçoit dans son cœur pour l'adorer d'une affection profonde , repousse la dissimulation et la feinte et s'applique à lui donner toute sa foi' et tout son dévouement. Si on n'a pas ce bonheur, il ne faut au moins, en aucune manière, donner son consentement au culte des idoles et aux rites profanes des cérémonies païennes ; car personne ne saurait tromper Dieu qui voit clairement an plus profond des cœurs.
Ainsi donc, très-chrétien empereur, puisque nonseulement vous devez rendre à Dieu l'hommage personnel de votre foi , mais qu'il vous appartient de veiller avec dévouement à l'hommage public de la foi qui lui est due par tous, je m'étonne de ce que certaines gens aient pu concevoir l'espérance de vous voir relever les autels des faux dieux et fournir aux frais des sacrifices profanes; car tous ces revenus ayant été depuis longtemps adjugés au fisc ou à la cassette impériale, vous
SAINT ÂMBROISE.
paraîtrez bien moins faire ane restitatîon ([^^^^ wmwm vos propres deniers.
Ils osent se plaindre de ce qn*ils ont perdu ^ ^^^^ m hommes qui n*ont jamais épargné notre san ^^ ^C^ o / renversé nos églises I Ils vous demandent de M ^^ w v •• ^ rer des privilèges, eux qui naguère obtenai&K^ ^ ^^ y^ une loi pour nous ôter un droit commun k *ou^ de parler et d'enseigner I Ces privilèges qu'ils w^ct» ^'^ ont été pour les chrétiens un sujet de décep^f oi^ • j* '^^^ été comme des filets où plusieurs se sont laissa t^rena ^^^ les uns par imprudence, les autres pour twiter^ le r*^^ deau des charges publiques: car on ne r^ncoiifré *'*'' toujours des hommes forts, et, même sous des chrétiens, il y a eu des chutes nombreuses.
Si ces privilèges existaient encore, votre ancorifé vrait les faire disparaître; mais puisque plusieurs cie prédécesseurs les ont abolis sur la surface de
toute la terre, et qu'à Rome même le frère de y^ Clémence, l'empereur Gratien, d'auguste métnolr^ obéissant à sa conscience , les a révoqués par un public, gardez-vous, je vous en supplie, de renverser qui a été salutairement établi et d'annuler les décrets ^ votre frère. Personne ne songe à attaquer les lois qu*jl promulguées pour régler les affaires civiles, et l'on rait fouler aui pieds une ordonnance faite en faveur la religion!
Il ne faut pas que votre jeunesse se laisse abuser* 3j c'est un païen qui vous fait la demande, il ne doit p^^ enchaîner votre esprit dans les liens de sa superstition-* son propre zèle doit au contraire vous servir d'enseiguement et vous apprendre comment vous devez défendre la vraie foi, puisqu'il met, lui, tant d'ardeur à défendre
U SAINT ÂMBROISB.
de vains simulacres. J'approuve fort qu'on ait toute sorte de déférence pour le mérite des honunes illustres, mais une chose certaine c'est que Dieu doit passer avant tout
Quand il s'agit de prendre conseil sur une affaire de guerre , il faut s'adresser à un homme expérimenté dans les combats et suivre ses avis. Quand il s'agit de religion, il faut ne consulter que Dieu. On ne fait injure à personne lorsqu'on lui préfère Dieu tout-puissant. Cba* cun a sa croyance. Vous ne forcez personne d'embrasser malgré lui un culte dont il ne veut pas. Qu'il vous soit donc permis , à vous empereur, de jouir de la même liberté, et que chacun souffre patiemment de ne point imposer de force à Tempereur ce qu'il trouverait mauvais que l'empereur voulût obtenir de lui par violence. Les païens eux mêmes regardent d'un mauvais œil celui qui trahit la cause dont il est chargé, parce que chacun doit défendre avec persévérance ce qu*il a dans le cœur et garder ses convictions.
Que si quelqu'un portant le nom de chrétien prétend qu'il faille faire la concession qui vous est demandée» il ne faut pas vous laisser surprendre par de fausses paroles ni tromper par un vain nom. Quiconque donne un pareil conseil, quiconque l'exécute est voué au culte des idoles. Le sacriGce d'un seul est préférable à la chute de tous. Ici tout le sénat chrétien est mis en péril.
Si , ce qu'à Dieu ne plaise , un empereur païen élevait un autel aux idoles, s'il forçait les chrétiens à s'assembler autour et à se mêler aux sacrifices; s*il se plaisait à faire courir aux fidèles le risque de se remplir la bouche et le gosier des cendres de l'autel , de la flamme du sacrifice et de la fumée du tombeau ; si on rendait la jus-
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tke daas h curie après avoir exigé des sénateurs un serment deyant cet autel ; si toutes ces choses se passaient dans un sénat composé en majorité de chrétiens , un sénateur chrétien n'aurait-il pas le droit de se croire persécuté , puisqu'il serait forcé de venir au sénat sous des conditions telles qu'elles peuvent être regardées comme injurieuses pour lui? Comment donc admettre que sous votre règne des chrétiens pourront se voir forcés à prêter serment devant un simulacre? Qu'est-ce donc que prêter serment, sinon confesser la puissance divine de celui que l'on prend pour garant de sa foi? Vous êtes empereur, et voilà ce que l'on demande, ce que l'on sollicite de vous, c'est que vous donniez des ordres pour relever un autel des faux dieux et fournir aux frais des sacrifices profanes!
Mais rendre un tel décret , ce serait commettre un sacrilège; gardez-vous donc bien, je vous en conjure, de permettre ou d'ordonner rien de semblable, gardez-vous de signer un pareil rescrit Pontife de Jésus-Christ, je m'adresse à votre foi , et tous les autres évéques se présenteraient avec moi devant vous , si la nouvelle qui s'est ré|>anduc tout d'un coup n'eût paru impossible , si on avait pu croire qu'une telle requête émanée du sénat eût été proposée à votre conseil. Mais à Dieu ne plaise que le sénat ait fait une pareille demande; ce sont quelques sénateurs païens qui ont usurpé le nom de tous. Il y a environ deux ans, lorsqu'ils tentèrent de faire la même demande, le saint évêque de Rome Damase, appelé à cette charge par le choix de Dieu , me fit parvenir l'acte par lequel les sénateurs chréliens, en nombre considérable, protestaient qu'ils n'avaient rien demandé de semblable et repoussaient toute participation à la démarche
des sénateurs païens, qu'ils déclaraient faite sans lear aveu. Ils protestèrent en même temps , en pablic et en particulier , que si les païens obtenaient le décret qu'ils sollicitaient, eui-mêmcs cesseraient de paraître au sénat. J'adressai au frère de Votre Clémence , l'empereur Gratien , cette protestation , de laquelle il résultait que les députés n'avaient point reçu du sénat mission de réclamer en faveur du culte païen.
Mais, dira-t-on peut-être, pourquoi les sénateurs chrétiens ne se sont-ils pas prononcés dans le sénat lorsque la question y fut agitée? C'était suDisamnient exprimer leur volonté que de ne pas intervenir, c'était parler assez que de parler devant l'empereur. Comment s'étonner de voir les païens opprimer à Rome la liberté des suffrages, quand ils osent attenter à votre propre liberté en voulant vous forcer h donner des ordres contraires à vos convictions?
Plein du souvenir de la mission qui me fut dernièrement confiée, je m'adresse de nouveau à votre foi, je m'adresse à votre cœur pour vous conjurer de ne pas même répondre à la demande des païens , mais surtout de ne pas ajouter à votre réponse le sacrilège d'un rescrit favorable. Il faut en référer au père de Votre Piété, à l'empereur Théodose , que vous avez coutume de consulter dans les affaires les plus importantes. Or 11 n'y a rien de plus grand que la religion, de plus élevé que la foi.
S'il s'agissait d'une affaire civile, on laisserait à chacune dos parties le droit de répondre ; la religion est en cause, j'interviens comme évêque. Je vous demande copie de la requête qui vous a été présentée , pour y répondre plus à loisir et pour qu'elle soit discutée mûrement par
Tempereur Théodose. S'il en est aotrementy il n*c8i point d*évéque qui poisse ni le souffrir ni le dissimuler. Vous pourrez venir à l'église , mais il n'y aura point d'évéque pour Toas y recevoir, ou bien Févêque n'y sera que pour vous résister et rejeter vos off^randes.
Que répondrez-vous à l'évéque qui vous dira : « L'Église n'a que faire de vos présents, puisque vous avez orné de vos présents les temples des païens; l'autel du Christ rejette vos dons parce que vous avez dressé un autel à de Élusses divinités; car ce qui émane de votre parole , de votre main, de votre signature, est votre ouvrage. Le Christ dédaigne et rejette votre hommage , parce que vous l'avez offert aux idoles. Il vous Ta dit lui-même : Vous ne pouvez servir deux maîtres à la fois. Les vierges du Christ n'ont reçu de vous aucuns privilèges , cl on vous en demande pour les prétresses de Yesta ! Pourquoi vous adressez- vous aux pontifes du vrai Dieu, quand vous leur préférez ceux des païens? Nous ne voulons point nous charger des fautes d'autrui. •
Que pourrez-vous répondre à ces paroles? — Que vous avez failli à cause de votre grande jeunesse et par inexpérience. — Mais on est majeur à tout ftge devant le Christ; devant Dieu on est toujours en âge de raison. Il n'y a pas d'enfance pour quiconque a la foi. N'a-t-on pas vu de jeunes enfants confesser le Christ d'une bouche intrépide à la face de leurs bourreaux t
Que répondrez-vous à votre frère lorsqu'il vous dira : « Je ne me sois pas regardé comme vaincu , puisque je laissais l'empire en vos mains; je n'ai point regretté la vie^ puisque je vous laissais comme mon héritier; je n'ai point gémi de quitter l'empire , parce que je pensais que mes décrets impériaux , surtout ceux qui touchaient la
48 SAINT ÂMBROISE.
vraie religion, me survivraient éternellement. C'étaient là les monumenis de ma piété et de mon courage, ma part du butin dans la victoire remportée sur le siècle, les armes enlevées par moi au démon , les dépouilles de Tennemi du genre humain, et je IcsolTrais à Dieu comme gages d'un triomphe éternel. Qu'est-ce que mon ennemi a pu m'enlever de plus précieux! Vous avez abrogé mes décrets; c'est ce que n'a pas fait l'usurpateur qui a pris les armes conlre moi. C'est de votre main que je reçois le coup le plus douloureux, lorsqueje vous vois détruire ce que j'avais établi. La meilleure partie de moi-même périt entre vos mains. Ou n'avait tué que mon corps , maintenant ce qui faisait mon principal mérite est détruit C'est d'aujourd'hui véritablement que je perds l'empire , et ce qu'il y a de plus pénible , c'est que je le perds par les vôtres et les miens, et que l'on renverse en même temps ce dont me louaient mes ennemis eux-mêmes. Si vous avez acquiescé volontairement aux demandes des païens, vous avez condamné ma foi; si vous avez cédé malgré vous, vous avez trahi la vôtre. Mais ce qu'U y a toujours de plus pénible pour moi , c'est que c'est par vous que je souffre. »
Et d'ailleurs qae répondrez- vous à votre père lorsque, vous abordant avec une douleur encore plus vive , il viendra vous dire : « Vous avez bien mal jugé de moi , ô mon fils! en pensant que j'avais été do connivence avec les païens. J'ignorais complètement qu'il y eût un autel à Rome au milieu de la curie. Je n'ai jamais pu supposer l'existence d'un fait si odieux. Je n'ai jamais su que dans une assemblée composée de chrétiens et de païens, les païens osaient off^rir des sacriGces, c'est-àdire insulter aux chrétiens en leur présence même , et
les forcer d'assister malgré eux à leurs cérémonies sacrilèges. Sous mon règne , des crimes divers et en grand nombre ont ^'té commis. J*ai puni tous ceux qui ont été dc^uvcrts ; si quelque coupable es»t resté ignoré , est-on en droit de dire que j'ai approuvé ce que personne n*a déféré à mon tribunal 7 Vous avez bien mal jugé de moi si vous avez pensé que c'est un culte superstitieux et non pas ma foi qui a conservé l'empire. »
Ainsi donc, auguste empereur, si vous pensez qu'en rendant un pareil décret vous faites injure à Dieu d'abord, puis à votre père et à votre frère ,' je vous conjure de prendre la détermination que vous jugerez la plus profitable pour votre salut auprès de Dieu.
A ne considérer ces deux pièces que sous le rapport du mérite purement littéraire, celle de Symmaque pourra paraître supérieure. Les païens fondaient donc avec raison de grandes espérances sur l'éloquence de leur orateur, et de plus ils avaient dans le consistoire de puissants partisans, Bauton, comte et maître de la milice, qui fut consul en 380, et le comte Rumoridus , qui plus tard parvint également au consulat et qui dès lors était un homme très-considérable. Mais Dieu toucha le cœur de Valentinien; ce jeune prince, doué d'un esprit droit , et qui savait prendre le bon parti toutes les fois qu'il pouvait échapper à l'influence de sa mère , rejeta sans hésiter la requête de Symmaque ; son
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opinion entraîna celle de tous les conseillers, et nous savons par une lettre de saint Ambroise que les deux comtes Bauton et Rumoridus eui-mémes souscrivirent à la décision du consistoire. Cette grande affaire se trouvait donc terminée tout à l'honneur du christianisme ; cependant saint Ambroise sentit que sa réponse à Symmaque n'était pas suffisante, et il écrivit sous forme de lettre adressée à l'empereur une réfutation* complète des sophismes de l'orateur païen. Dans ce mémoire , qui renferme quelques longueurs, mais aussi de grandes beautés , saint Ambroise combat son adversaire corps à corps, et il sort victorieux de la lutte. Pour que l'on puisse apprécier le mérite de ce document, qui est l'un des écrits les plus importants que nous ait laissés saint Ambroise , nous ne pouvons mieux faire que d'en donner à nos lecteurs une traduction complète et littérale.
Amhroisc, évéque, au bienheureux prince et très'Clémenl empereur Fatentinien.
Au moment où le très-illustre Symmaque , préfet de Rome, présentait une requête à Votre Clémence pour demander que l'autcI de la Victoire fût rétabli à Rome dans le sénat, et lorsque , vous empereur, jeune d'aonéea
SAINT AMBROISB. 51
mais déjà vieux par la force de voire fol, vous rejetiez la demande des païens, je vous adressai un mémoire com|)08é à la bâte, dans lequel je m'efforçai de réunir tout ce qui me paraissait nécessaire pour guider votre décision , et en même temps je demandai qu'une copie de la relation de Symmaque me fût communiquée.
C'est à cette relation que je viens répondre aujourd'hui, non pas que je doute de votre foi, mais par un sentiment de prévoyance et de précaution , et dans la pensée que cette question sera religieusement examinée par vous. Tout ce que je vous demande, c'est de vous attacher bien moins à l'élégance des paroles qu'à la force des arguments. La langue des lettrés, ainsi que nous l'apprend l'Écriture, est toute dorée. Ils savent par l'artiGce des paroles et l'éclat de leur éloquence éblouir et capter les esprits; mais si vous prenez cet or dans vos mains pour le regarder de plus près 9 vous vous apercevez que l'éclat est tout extérieur et qu'au dedans ce n'est qu'un vil métal. Examinez donc, je vous prie, fouillez à fond la religion des gentils. Ils font résonner de grandes et magnifiques paroles , mais ils défendent des mensonges stériles ; ils parlent de Dieu, et ils adorent des statues.
Dans sa relation, le très-illustre préfet de Rome a proposé trois points principaux. Rome , dit-il , réclame son ancien culte ; il faut attribuer des revenus aux pontifes et aux vierges de Vesta ; enfin , c'est pour avoir retranché ces revenus qu'une famine générale s'en est suivie.
Dans sa première proposition il représente Rome qui vient fondant en larmes redemander les cérémonies de son ancienne religion.- « C'est cette religion , dit-elle, qui a repoussé Ànnibal de mes murailles et les Gaulois
du Gapitolc. » — Voilà comment, en exaltant le poavoir de leurs dieux , ils en dévoilent eux-mêmes la faiblesse. Annîbal a donc pu insulter pendant longtemps aux dieux des Romains, puisque, vainqueur malgré eux, il parvint jusqu'aux portes de Rome ; et ces dieux qui combattaient en leur faveur n*ont pas pu empêcher leur ville d*être assiégée.
Que dirai-je des Gaulois qui, malgré les débris des phalanges romaines, auraient certainement pénétré jusqu'au sommet du Gapitole s*ils n'eussent été trahis par les cris d'une oie effrayée? Voilà donc quels sont les défenseurs des temples romains ! Où dune était Jupiter, ou bien avaitil pris une oie pour interprète?
Mais qu'ai-je besoin de nier que leur religion a procuré aux Romains de grands avantages? — Aunibal n'adorait-il pas les mêmes dieux? Il faut choisir : vainqueurs sous les bannières de Rome, ces dieux étaient nécessairement vaincus sous celles de Garthage, et s'ils faisaient triompher les Garthaginols, ils n'étalent d'aucun secours pour les Romains.
Qu'on cesse donc de nous parler de cette prétendue plainte du peuple romain. Ge ne sont point là les sentiments que Rome vous a chargé d'exprimer ; elle tient un tout aulre langage. — o Pourquoi, dit-elle, m'inonder chaque jour du sang de victimes innocentes? Les trophées de la victoire ne sont pas dans les entrailles des victimes , mais dans le courage des guerriers. G'est par d'auires moyens que j'ai soumis l'univers. Gamillc avait les armes à la main lorsque , reprenant les drapeaux enlevés du Gapitole, il chassait les Gaulois de la roche Tarpéienne. Son courage écrasa ceux que les ditux n'avaient pu éloigner. Parlerai-je d'Attilius qui fit à la pa-
trie le sacriCce de sa vie T Ce n'est pas an milieu des autels du Gapitole, mais au milieu des armées d'Annibal que Scipion TAfricain trouva la victoire. Hais pourquoi me rappeler les exemples des anciens? Je bais la religion des Néron. Que dirai-je de ces empereurs qui n*ont occupé le trône que deux mois, de ces règnes aussitôt finis que commencés? Est-ce que les invasions des barbares sont une chose nouvelle ? Étaient-ils chrétiens ces deux empereurs * dont les règnes offrent Texemple de misères inouïes , Tun réduit par les barbares k l'état d'esclave, l'autre réduisant l'univers entier au plus abject esclavage, trompés tous deux par de vains présages qui promettaient le succès à leurs armes? Est-ce que l'autel de la Victoire n'existait passons leur règne? Je me repens de mes erreurs. Ma chevelure blanche a pris la couleur du sang que j'ai eu le malheur de répandre. Ma vieillesse ne rougit point de se convertir avec toute la terre ; on n'est jamais trop vieux pour apprendre; c*est une vieillesse méprisable que celle qui ne sait point s'amender. Ce qui recommande les cheveux blancs , ce ne sont point les années, mais les vertus; il n'y a aucune honte à changer poiur devenir meilleur. La seule chose que j'eusse de commun avec les barbares, c'était mon ignorance profonde de la Divinité. Tous vos rites religieux ne consistent qu'à répandre avec profusion le sang des bêtes; mais à quoi bon chercher dans les entrailles des victimes l'expression de la volonté divine? Venez et apprenez sur cette terre à servir dans la milice céleste ; nous vivons ici, et c'est pour là-haut que nous combattons. Que le Dieu qui m'a créé m'instruise des mystères
■ Valérien et Gallien.
54 SAINT AMBROISB.
da siècle, et non pas un homme qui s'ignore lui-môme. A qui est-ce que je croirai dans les choses qui regardent Dieu, sinon à Dieu lui-même? Quelle confiance puis-je vous accorder à tous qui, de votre propre aveu, ne savez pas ce que vous adorez? »
Mais , dit-on , il n'est pas possible de pénétrer par une seule voie jusqu'au cœur d'un si profond secret. — Ce que vous ignorez. Dieu nous l'a révélé de sa propre bouche ; ce que vous cherchez par de vaines conjectures, la sagesse et la vérité de Dieu nous l'ont fait connaître avec certitude. Nous ne pouvons nous rencontrer sur le môme chemin. Vous mettez vos dieux sous la protection des princes de la terre ; nous , nous implorons en faveur de ces princes la protection de Jésus-Christ. Vous adorez l'œuvre de vos mains; nous regardons comme un sacrilège d'adorer comme Dieu l'ouvrage sorti de la main des hommes, parce que Dieu ne veut pas qu'on l'adore dans une matière inerte. Mais vos philosophes eux-mêmes se sont raillés de vos prétendues divinités.
Vous niez la divinité de Jésus-Christ parce que vous ne pouvez pas, dites-vous, comprendre sa mort (car vous ne savez pas, ignorants que vous êtes, qu'il n'a souffert la mort que dans sa chair, mais non dans sa divinité , et que sa mort a délivré de la mort tous ceux qui croient en lui). Quelle inconséquence est la vôtre! Vous abreuvez d'outrages les dieux que vous adorez ; le culte que vous leur rendez est une insulte continuelle, car vous prenez du bois pour vos dieux et vous le révérez I ô respect outrageant 1 Vous ne voulez pas admettre que le Christ ait pu mourir, entêtement honorable pour luil
11 faut , dites-vous, relever les anciens autels des dieux, il est nécessaire de rendre aux simulacres leurs orne-
SAINT AMBROISB. 56
ments. — Que Tod s^adresse pour cela k ceux qui leur rrndent on culte superstitieux. Notre empereur est chrétien, il ne connaît d*autre autel que celui du Christ. Un empereor païen a-t-il jamais dressé un autd à Jésus- Christ? En demandant qu'on rétablisse Tancien culte , les païens montrent par leur exemple combien les empereurs chrétiens doiTent aToir de respect et d*attachement pour la religion qu'ils professent eux-mêmes, puisque les païens font tant d'efforts pour conserver leurs vaines superstitions.
Il y a longtemps que nous avons commencé , et maintenant Toili que ceux qui nous ont repoussés marchent snr nos traces. Nous, nous nous gloriCons de verser notre $ang , et eux ils s'affligent de la perte d*un peu de biensw Nous regardons la mort comme un triomphe , et ib la regardent comme un déshonneur. Jamais ils n*ont tant procuré de gloire aux chrétiens que lorsqu'ils les ont iMitus de verges, proscrits et traînés aux supplices. La religion a changé en récompense ce que la haine inligeait comme un châtiment Admirez la grandeur de notre courage ; les outrages , les spoliations, les supplices ont accru notre nombre et nos forces. Quant aux païens, il ne leur semble pas que leur culte puisse subsister s'il n'est largement rétribué par l'État.
Vous voulez qu'on rende aux Vestales leurs privilèges. Laissons parler de la sorte ceux qui pensent qu'il ne peut pas y avoir de virginité désintéressée. Qu'elles demandent un salaire celles-là qui n'ont pas assez de leur vertu. Et puis voyez combien les plus magnifiques promesses ont gagné de Vestales ! A peine en coniplc-t-on jusqu'à sept. Voilà ce que produisent de nos jours et les bandelettes révérées, et les robes bordées de pourpre, et les litières
des pontircs toujours escortées par la foule , d*énornics prifiléges, des profits immenses, enfin le respect inspiré par la chasteté.
Mais qu*ils ouvrent les yeux de l'esprit et ceux du corps. Qu*ils contemplent cette multitude de filles pleines de pudeur, ce peuple de chastes colombes , cette assemblée prodigieuse de vierges. Il n'est pas besoin que des bandelettes brodées décorent leur tête ; un voile grossier suffit quand il est orné par la pudeur. Il faut oublier et non pas embellir les attraits de la beauté. C'est le jeûne qui lui convient, et non la pourpre. Si l'on admet que l'on doive faire des largesses aux vierges , où est le trésor qui pourra payer les vierges chrétiennes? Les seules Vestales, dit-on, auront part à ces faveurs. Et ils ne rougiraient pas , ceux qui sous les empereurs païens revendiquaient tout pour eux-mêmes, de penser que sous des princes chrétiens il ne nous serait pas permis de marcher avec eux sur le pied de Tégalité I
Ils se plaignent de ce que l'État n'entretient pas leurs pontifes. Que de clameurs I Des lois récentes nous interdisent de rien recevoir dans les successions privées. Nous sommes-nous plaints, avons-nous crié à Tinjustice? Non 9 parce que jamais nous ne nous récrions contre le tort qu'on nous fait. Si un prêtre réclame la faveur de ne pas être soumis aux charges curiales, il faut qu'il cède tous ses biens à quelqu'un qui remplira pour lui ses obligations. Que diraient les gentils si leurs prêtres étaient comme les nôtres forcés d'acheter de leurs deniers tout ce qui sert à la célébration des mystères sacrés T s'ils étaient comme les nôtres forcés de s'imposer toutes les privations pour avoir le droit de travailler au bien général T Mats le prêtre chrétien se console de sa pau-
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îiYié domestique on consacrant ses veilles au salut commun. Car il ne vend pas son minisu'^rc; en en remplissint les devoirs, il ne songe qu*à se rendre agréable à Dieu.
Comparons nos positions : vous vouk^x être exemptés des charges de la curie » lorsque le prêtre chrétien est ibrcé de les supporter. On peut faire des testaments en laveur des pontifes ; nul parmi les profanes n*est exclu de cette faculté , quelle que soit sa condition ou sa prodigalité* Le droit commun est refusé seulement au clerc, ^ celui qui transmet au ciel les prières de tous et qui remplit une fonction publique. Ce qu'une veuve chrétienne lègue aux pontifes des gentils est valable, ce qu*elle laisse aux ministres du vrai Dieu ne Test pas. Je dis cela non pour me plaindre, mais au contraire pour que Ton sache de quoi je ne me plains pas; car j*aime mieux que nous ayons moins de riches>e et plus de vertu.
On nous répond qu*on n*a point touché à ce qui avait été donné ou laissé à TÉglise. Eh ! qui donc a jamais pillé les temples comme on a pillé les églises chrétiennes! Si Ton en usait de même envers les païens, ce serait plulôt de justes représailles qu*un acte de violence. On fait retentir bien haut les mots de justice et d*équité. Qu'avaiton fdit de ces grands sentiments alors que tout chrétien, sans distinction , était dépouillé de ce qu*ii |K)ssédait , qoe Ton nous enviait jusqu'à l'existence, que les morts eux-mêmes n'étaient pas n's; ectés dans l'asile des tombeaux , car la mer a rejeté les corps de ceux (|ue les païens \ avaient précipités! C'est un triomphe pour notre foi de les entendre blâmer et répudier la conduite de leurs ancêtres. Mais alors pourquoi revendiquer les pri • viléges de ceux dont ils com^amncnt les actes?
58 SAINT AMBROISB.
Personne n*a contesté la validité des dons faits aux temples et anx aruspices. Si on leur a enlevé des fonds de terre, c'est qu'ils n'usaient point pour la religion de biens qu'ils ne possédaient que comme fondations religieuses. Pourquoi les païens ne font-ils pas de leurs revenus l'usage que nous faisons des nôtres? L'Église chrétienne ne possède rien en propre que sa foi. C'est là tout son avoir. Ce qu'elle possède est le patrimoine des pauvres. Qu'ils comptent , eux , les captifs que leurs temples ont rachetés, les indigents qu'ils ont nourris, les exilés dont ils ont soulagé la misère. On leur a conQsqué des fonds de terre , mais on n'a violé aucun droit.
Voilà ce que l'on a fait, et pourtant, s'il fallait les en croire , la famine de l'année dernière serait le châtiment de ce prétendu sacrilège. C'est parce qu'on a fait servir au profit de tous ce qui auparavant n'était employé qu'à procurer à leurs pontifes toutes les commodités de la vie qu'on a vu des hommes tombant de faim, réduits à dépouiller les arbres de leur écorce pour tirer de ce misérable aliment une nourriture insufiSsante. C'est pour cela que les habitants de la Chaonie ont été forcés de remplacer par du gland le blé qui leur manquait, do reprendre la nourriture des bétes, et d'aller chercher au fond des forêts, en secouant les chênes, de chétifs aliments pour satisfaire la faim qui les pressait. Apparemment c'était là un prodige tout nouveau , qu'on n'avait jamais vu lorsque la terre entière était sous le joug de l'idolâtrie. Jamais, auparavant, une mauvaise récolte n'avait trompé l'espoir du laboureur , jamais l'ivraie envahissante n'était venue étouffer les germes d'une belle moisson.
Mais pourquoi les Grecs auraient-ils cru que leurs
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chênes rendaient deK oracles , si ce n'est parce qu'ils ont reço comme un présent do ciel les aliments saufagcs que ces arbres leur foarnissaient T C'était là iin bienfait de leurs dieux, ils ea éuient convaincus. Qui donc, en effet, adorait les chênes de Dodone , si ce n'est le peuple païen auquel ces arbres révérés fournissaient sa triste nourriture? Alors, comment supposer qae les dieux, dans leur colère , aient infligé comme châtiment ce qu'ils avaient coutume, ea d'autres temps , d'accorder comme un bien* fait?
Où donc serait h Justice de ces dieux si , pour punir ceux qui ont refusé de nourrir quelques prêtres, ils en* voyaient la lamine à tout le genre humain! La rigueur du châtiment serait sans proportion avec la faute. C'était d'ailleurs un moyen bien peu propre à guérir le mal profond d'un monde égaré que de détruire tout d'un coup l'espoir de la plus belle moisson.
Mais d'ailleurs , il y a déjà bien des années que , sur toute la terre, les privilèges des temples ont été suppri* mes. Et c'est d'hier seulement que les dieux des gentils se sont avisés de venger leurs injures ! Si , dernièrement, le Nil s'est dispensé de faire son débordement accoutumé, nul doute que ce ne fût pour venger la querelle des prêtres de Rome , après avoir oublié de venger celle de ses propres prêtres.
Eh Men! soit Les dieux ont voulu se venger l'année dernière des Injures qu'ils avaient reçues. Pourquoi, cette année, sont-^ils tombés dans le mépris? Aujourd'hui le peuple des campagnes n'en est plus réduit à se nourrir d'herbes arrachées dans les champs ; il n'est plus forcé de recourir aux fruits sauvages et aux chardons pour apaiser sa faim ; tout joyeux du succès de ses tra-
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▼aux , ii admire la richesse de ses moissons , et se dédommage dans Tabondance des privations qu*il a supportées. La terre nous a rendu ses fruits avec usure.
Quel est l'homme assez étranger aux choses d'ici-bas pour s'étonner de ces vicissitudes? £t ne savons-nous pas que, même l'année dernière, plusieurs provinces ont fait d'abondantes récoltes? Parlerai -je des Gaules, où les moissons ont été plus riches que de coutume? Les Paunonies ont vendu le blé qu'elles n'avaient point semé. La seconde Rhétie sait ce qu'il lui eu a coûté pour avoir été trop fertile : sa stérilité habituelle faisait sa sûreté; Pabondance lui a valu une invasion. EnGn la Ligurie et la Yénétie ont trouvé des ressources dans les fruits de l'automne. La sécheresse désastreuse de l'année dernière n'est point i'eiïet d'un sacrilège , pas plus que la fertilité qui signale cette année ne peut être attribuée à la foi. Nieront-ils aussi que la vigne n'ait produit une quantité prodigieuse de raisin ? Ainsi la terre nous a rendu une pleine moisson, et nous avons le bénéfice d'une vendange plus riche que de coutume.
Il reste encore ce dernier point, et c'est le plus important , à savoir , si vous devez restituer des revenus dont vous auriez tiré de grands avantages. Car, dit-on, que nos dieux vous protègent et qu'il nous soit permis de les adorer. — C'est là , princes très-fidèles, ce que nous ne pouvons tolérer. Ils nous reprochent qu'ils offrent en votre nom des prières à leurs dieux , et sans avoir reçu de vous aucun mandat , ils commettent un horrible sa*crilége, prenant votre silence pour un consentement* Qu'ils gardent pour eux leurs protecteurs, qu'ils en attendent des secours s'il est possible à ces dieux de leur en donner ; mais si ces dieux sont hors d'état de dé-
fendre ceux qui les honorent , comment peuvent-ils défendre ceux qui ne les honorent pas?
Il faut, dit- on, conserver la religion des ancêlres. — Gomme si , par la suite des temps, toute chose ne marchait pas dans la voie du progrès. Le monde lui-même, qui dans l'origine n'avait été qu'un chaos d'éléments informes répandus dans le vide , qu'une niasse confuse ensevelie dans l'horreur des ténèbres, n*est-il pas devenu, par la formation distincte du ciel, de la terre et des eaux , cet ensemble admirable que nous avons sous les yeux? La terre, sortie des ténèbres qui l'enveloppaient , se vit avec étonnement éclairée par le soleil qui venait de naître. Le jour ne se Ct point tout d'un coup ; mais ce fut progressivement que la lumière devint plus brillante et que la chaleur se fit mieux sentir.
La lune elle-même , que les paroles de nos prophètes nous présentent comme l'image de l'Église, nous est d'abord cachée dans sa révolution de chaque mois. Peu à peu son croissant se remplit , et lorsqu'elle se trouve en face du soleil , elle brille de toute la splendeur d'une éclatante lumière.
Dans le principe on ignorait l'art de cultiver la terre ; mais après que l'actif laboureur eut commencé à creuser le sillon , après qu'il eut revêtu de vignes les terrains arides, les hommes dépouillèrent leurs mœurs farouches pour goûter les douceurs de la vie domestique.
Le premier temps de Tannée est un temps d'enfantement , puis viennent les fleurs , qui tombent pour être remplacées par les fruits.
Nous-mêmes, pendant cos premières années , nous avons tous les sentiments de l'enfance; mais nous changeons avec le temps , et notre esprit se dépouille graduel-
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lemcnt des langes qui l'enveloppaienL Qu'ils disent donc que chaque chose devait demeurer telle qu'elle était dans le principe, que le monde devait rester dans les ténèbres, et qu'il leur déplaît que le soleil soit venu répandre partout sa lumière. Or , combien il est plus glorieux d'avoir dissipé les ténèbres de Tesprit que les ténèbres matérielles, d'avoir fait briller aux yeux des hommes la lumière de la foi plus encore que celle du soleil ! Le premier âge du monde , comme de toute chose, a été marqué de faiblesse ; à cette faiblesse a succédé la maturité vénérable de la foi. Que ceux qui le désapprouvent disent aussi que la moisson vient trop tard , qu'ils accusent la vigne de donner ses raisins dans une saison avancée , qu'ils fassent un crime à l'olivier de donner les derniers fruits de l'automne.
Notre moisson, à nous, c'est la foi que nous répandons dans les esprits. Cette foi , au commencement du monde, ne florissait que dans un petit nombre de saints, maintenant elle s'est répandue sur tous les peuples. C'était aGn que tous les hommes pussent reconnaître que la foi de Jésus-Christ ne s'est pas établie lorsque les esprits n'étaient encore que grossiers et dépourvus de lumières (car on ne remporte point de victoire si l'on n'a pas d'adversaires à combattre ) , mais que a*lte foi a triomphé des croyances qui avaient régné jusqu'alors, par la raison que ce qui est vrai doit l'emporter sur ce qui ne l'est pas.
8i les Romains étaient si attachés à leurs anciens usages , pourquoi ont-ils successivement admis tous ceux des étrangers T Je passe sous silence la terre couverte d'or et les cabanes des bergers toutes brillantes de ri* chesscs que leurs ancêtres auraient rejetées. Mais, |)our
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ne m'occaper que de ce qui fait le sujet de la querelle , pourquoi ont-ils reçu les idoles de toutes les Tilles qu'ils ont prises? pourquoi ont-ils adopté comme à Vemï tous les dieux vaincus par eux, et en même temps toutes les superstitions des cultes étrangers? Pour citer des exemples, qui leur a enseigné que Cybèle lavait ses chars dans les eaux de l'Almon? D'où leur sont venus les devins de Phrygie et les divinités de cette perGde Gartbage , toujours si funestes aux Romains? Cette déesse que les Africains nomment Céleste, les Perses Mithra, la plupart Vénus, ils l'adorent sous divers noms, quoique ce soit pour eux la même divinité. C'est ainsi qu'ils ont déifié la Victoire, tandis que la victoire est une faveur et non une puissance , un don que l'on acquiert par la force des armées bien plus que par celle de la religion. Grande déesse , en effet , que celle que l'on range de son parti par la multitude des combattants et l'heureux succès des batailles!
On demande que sa statue et son autel soient rétablis dans le sénat , c'est-à-dire dans un lieu où s'assemblent un grand nombre de chrétiens. Il y a des autels dans tous les temples, il n'en manque pas dans le temple de la Victoire. Les païens se sont plu à les multiplier, et ils ont en tous lieux où célébrer leurs sacriGces. Pourquoi donc réclamer encore un nouvel autel , si ce n'est pour insulter à la foi chrétienne ? — Que les chrétiens, dit Symmaque , reçoivent , bon gré, mal gré , dans les yeux la fumée des sacrifices, dans leurs oreilles le bruit de nos instruments , dans leur gosier la cendre des victimes , dans leurs narines l'encens que l'on brûle sur l'autel , et qu'ils ne puissent, même en détournant la tête, se garantir des étincelles du foyer. Le paganisme n'a pas
Cl SAINT AMDROISE.
assez de ses baias, de ses portiques» do ses places publiques euTahies par les idoles; il faut encore que dans une assembla où tout est commun la condition de tous les membres de cette assembliH^ ne soit pas la môiiie« La portion des sénateurs qui professe la Traie foi se Tcrra eucliainée, sans pouvoir s*en dt^fendre» k des invocations et à des serments impies : s*ils protestent» ils passent pour rebelles; s*ils se taisent, ils approuvent le sacrilège.
Mais où donc , dit Symmaque , prCtera-t^>n serment d*obéissance aux lois et aux édits de la puissance im|K^riale? — Ainsi votre volonté, qui se formule par les lois , aura besoin d*Ctre sanctionnée par des cérémonies |vaîennes; ain^i ces cérémonies lui seront indispensables pour garantir notre fidélité I C/est violenter dans leur conscience non -seulement les sénateurs présents , mais même ceux qui croiront devoir s*abstenir; et ce qui est encore plus grave, Empereurs, cVst vous faire violence à vous-mêmes : et si vous employez votre autorité, vous votis rendez complices de cette violence. L*cmpereur Constance , de glorieuse mémoire , avant même d*étre inilié à nos saints mystères, a pensé que le seul aspect de cet auiel de la Victoire serait une souillure pour lui. Il le fit enlever et ne le replaçai point. S*il ne fit pas une loi à cette occasion , au moins cette mesure est un fait d*une grande autorité.
Qu*on ne se fasse |>as illusion , on n*esl pas absous par Tabsence, car celui qui assiste d*es|>rit aux actes d*une assemblée e>t plus présent et a plus dlnfluence que celui qui approuve des yeux. Vous êtes les présidents du sénat, c*est |)ar vous et pour vous qu*il se réunit : c*est k vous et non ps aux dieux des païens qitll engage sa
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conscience. Il tous préfère à ses propres enfants, mais non pas à sa foi. Voilà Tamour que les souverains doivent souhaiter de la part de leurs sujets, voilà le sentiment qu*ils doivent plus estimer que leur empire : c*est que la foi, qui est la sauvegarde de Tempirc, n'ait jamais rien à craindre.
Mais on m'objectera peut-être le sort infortuné d'un prince rempli de foi et de piété'. — Gomme si le mérite de la vertu devait être estimé sur l'inconstance et la caducité des choses de la vie présente I Quel est l'homme sensé qui ne sache que les affaires humaines roulent comme dans un cercle où elles passent par des changements continuels et subissent toutes sortes de vicissitudes T
Les anciens temples des Romains ont-ils jamais vu un homme plus heureux que Pompée? Et cependant, après avoir rempli l'univers de sa gloire et triomphé trois fois, vaincu dans une seule bataille, fugitif, proscrit dans tout l'empire , il est allé mourir à Ganope de la main d'un eunuque.
Quel prince a été plus puissant que Gyrus, roi des Perses et mattre de tout l'Orient? £t cepâkUnt, après avoir dompté ses plus terribles adversaires et pardonné aux vaincus , il périt misérablement par les armes d'une femme. Lui qui avait traité avec honneur même ses prisonniers, il devint le jouet d'une femme ; et, pour comble d'insulte , sa tête tranchée fut renfermée dans une outre pleine de sang , pour qu'elle pût , disait-on , s'y abreuver à l'aise. Tant il est vrai que, dans le cours de cette vie, les événements se succèdent les uns aux autres avec une
* Gratien assassiné par Maxime.
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continuelle variété ^ et qu*on ne peut jamais compter sar le même succès.
Où trouver un homme plus adonné aux sacriGces qu*namilcar, général des Carthaginois? Occupé durant le temps du combat à offrir un sacrifice au milieu de ses troupes , et voyant le sort des armes tourner contre lui , il se précipita sur le bûcher qu*il avait allumé , pour éteindre par le poids de son corps ce feu sacré qui ne lui avait été d'aucun secours.
Parlerai -je de Julien qui, dans sa folle crédulité, trompé par les promesses des aruspices , détruisit luimême ses moyens de retraite? Quant à nous, nos promesses n'ont jamais trompé personne.
J*ai répondu à ceux qui m*ont attaqué comme si j'étais insensible à leurs attaques. Mon but a été de réfuter leur relation, et non pas d'exposer leurs croyances superstitieuses. Cette relation , illustres empereurs , doit vous mettre encore plus sur vos gardes; car après vous avoir montré que parmi vos prédécesseurs les plus anciens ont suivi le culte de leurs ancêtres , et que les autres ne l'ont point alx)li , Symmaque ajoute : « Si la piété des premiers ne vous sert d'exemple, au moins imitez la tolérance des derniers. » — C'est vous montrer clairement que vous devez à votre foi de ne pas suivre l'idolâtrie des païens, et à vos sentiments de famille de ne pas abroger les édits de votre frère. En effet , si dans l'inté^ rôt de leur parti ils vantent la tolérance des princes qui, professant le christianisme, n'ont point révoqué les ordonnances des empereurs païens , combien plus ne devezvous pas avoir de déférence pour votre frère! Il faudrait dissimuler et ne pas déroger à ses statuts , lors même qu'il eût rendu quelque loi que vous ne pourriez approu-
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ver ; mais loin de là « tous n'avez qn*k maintenir ce que vous devez à sa mémoire et ce qui est d'accord avec votre foi.
IX. Le paganisme était donc définitivement vaincu; ce grand événement remplit de joie toute la chrétienté , et partout on célébra le triomphe de saint Ambroise. Mais bientôt le saint évéquc eut de nouvelles luttes à soutenir, luttes intestines et qui eussent lassé tout autre que lui. — La reconnaissance est un sentiment rare et noble dont les Ames vaines ne sont guère capables. L'impératrice Justine , obligée de s'humilier devant saint Ambroise toutes les fois que la nécessité la forçait de recourir à ses bons offices, s'empressait, aussitôt que le péril était passé , d'oublier tous les services qu'elle avait reçus , et recommençait immédiatement la lutte en faveur de l'arianisme, ou plutôt la persécution contre saint Ambroise. Justine n'était pas comme ces femmes capricieuses que décrit Tertullien, qui ne veulent qu'un instant ce qu'elles désirent avec le plus d'ardeur. Cette fière impératrice avait de la ténacité dans ses passions , et elle mit autant de persévérance pour faire triompher l'hérésie que saint Ambroise en mit à la combattre. 11 est curieux de suivre dans ses détails cette lutte
OÙ Ton voit la ruse, la politique, la violence, en un mot toutes les ressources de la puissance impériale venir se briser contre la fermeté d*un seul homme. — Les ariens s'étaient donné pour évéqae un certain Mercurinus , Scythe de nation, qui avait pris, avec le titre d'évéque, le nom d'A.uxence si cher aux ariens. Ce nouvel Auxence était un homme bavard, mais sans talent, et bien peu digne de lutter contre saint Âmbroise. Malgré ses fréquentes prédications, il ne faisait à Milan aucun prosélyte, et tout son troupeau se réduisait à un petit nombre de Goths et à quelques officiers de la cour impériale. Il n'avait d'autre église que l'appartement ou le chariot de Justine qu'il accompagnait dans ses voyages. Cette princesse résolut de l'établir dans une des églises de Milan , et elle fit choix de la basilique Porcienne , qui était alors située hors des murs de la ville. Comme elle s'attendait à une grande résistance de la part de saint Ambroise, elle prit ses mesures en conséquence , et profitant de l'empire absolu qu'elle exerçait sur l'esprit de son fils, ce fut lui qu'elle mit en avant pour parvenir à son but. Le jeune empereur manda saint Ambroise au palais, et, conformément à la leçon dictée par sa mère, il employa d'abord la douceur
pour l'engager à céder la basilique. Sur le refus du saint évéque , il voulut parler en maître et recourir à la menace. Ambroise resta inébranlable; le peuple étant venu en foule entourer le palais et réclamer son pasteur, la cour intimidée promit h Tévéque de ne rien entreprendre sur la basilique , et le congédia en le chargeant de ramener le calme dans les esprits. Mais Justine n'était pas femme à se contenter d'une première tentative; après avoir fait des efforts inutiles pour tourner Tesprit du peuple contre saint Ambroise, après avoir vainement essayé de le faire enlever et emmener en exil par un de ses affidés, elle eut de nouveau recours à l'empereur , qui envoya demander ù l'évéque une autre basilique nommée la neuve , plus grande que la première et située dans l'intérieur de la ville. Ambroise répondit qu'il n'était permis ni à l'évéque de donner une église , ni a l'empereur de la recevoir. « Vous n'avez pas le droit 9 disait-il, d'enlever à un particulier sa maison , comment donc oseriez-vous vous emparer de la maison de Jésus-Christ ?» — Et comme les courtisans lui soutenaient que tout était permis ù l'empereur, et qu'il était maître de toute chose : — " Dieu , leur répondit le saint évéque , est au-
dessus de l'empereor, et Tempereor ne saurait empiéter sur ses droits. » — Le lendemain, au moment où saint Âmbroise était dans son église entouré de toute la foule du peuple, Néotérius, préfet du prétoire , vint lui proposer une sorte de transaction. Il déclara que si les catholiques consentaient à céder la basilique Porcienne, l'empereur daignerait s'en contenter. Cette proposition fut rejetéc par saint Âmbroise et par toute l'assemblée d'une voix unanime, et le préfet obligé de se retirer. Mais les esprits étaient restés dans la plus grande agitation , et le lendemain , qui se trouvait le dimanche des Rameaux, 6 d'avril, les ariens s'étant installés dans la basilique Porcienne, une véritable sédition éclata dans Milan. Le peuple se porta en foule sur l'église , en chassa les ariens , se saisit de leurs prêtres, et, sans l'influence que saint Ambroise exerçait sur les Milanais, sans les eflV)rts qu'il fit pour les apaiser, le sang eût coulé très -certainement. Ambroise parvint à calmer l'orage ; mais il persista à ne point céder la basilique Porcienne , qui resta aux mains des catholiques. Deux jours se passèrent sans nouvelles entreprises de la part de la cour. Le peuple vit en quelque sorte avec indiflbrence les nombreuses ar-
restatîoDfl qui furent faites aa nom de l'empereur ; et les marchands, condamnés à une amende considérable j déclarèrent qu'ils étaient tout prêts à en payer le double si on voulait garantir leurs églises contre les usurpations des ariens. Cependant saint Ambroise sentait bien que la lutte n'était pas ter^ minée ; il comprenait que toute la colère de Jus-* tine allait se tourner contre lui , et il faisait toutes ses dbpositions non pour résister, mais pour se soumettre aux mesures qui pourraient être prises contre lui personnellement. Au milieu de tant de tribulations , il n'avait pas cessé un seul instant de vaquer aux fonctions de son saint ministère. On était arrivé au mercredi saint, et il célébrait la messe dans l'ancienne basilique, lorsqu'on vint l'avertir que les soldats avaient pris possession de la basilique neuve. Saint Ambroise n'interrompit point le saint sacriGce; mais, voyant le moment critique arrivé, il usa a son tour de toute son énergie et fit déclarer aui soldats que s'ils ne se retiraient à l'instant, il allait les séparer de la communion des fidèles. Tous ces soldats étaient catholiques ; d'ailleurs l'esprit populaire exerçait sur eux SOI) irrésistible inQuence : ils abandonnèrent leurs armes pour se mêler au peuple et venir en foule
dans Téglise où se tenait saint Âmbroise. La situation devenait difficile pour la cour, et si l'évoque de Milan eût été capable , comme les courtisans l'en accusaient , d'aspirer à la tyrannie , il avait là une belle occasion de faire payer bien cher à Justine et à son fils leur coupable entreprise. Mais un pareil projet était bien loin de la pensée du saint évéque ; il n'usa de sa toute-puissante influence que pour maintenir la manifestation dans de justes limites. On ne proférait point de menaces, mais de toutes parts on s'adressait à l'empereur comme s'il eût été présent : « Prince , disait-on , nous n'employons envers vous que les prières, nous n'avons pas la témérité de combattre contre vous; mais aussi nous ne craignons pas la mort. Écoutez nos supplications; c'est la religion attaquée qui vous parle par notre bouche! » — Justine comprit gnfin que, devant un sentiment aussi unanime et dans l'état où se trouvaient les esprits, il lui fallait céder. L'empereur donna dès le lendemain l'ordre aui troupes de quitter la basilique neuve; les arieus cessèrent de se montrer, et le calme fut rétabli dans Milan. Mais Justine ne renonça point à l'exécution de ses projets ; elle ne fit que renfermer son ressentiment dans son cœur pour lui donner un
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libre cours dans une occasion plus favorable, et en effet, quelques mois s'étaient à peine écoulés qu'elle recommençait de nouveau la lutte contre saint Âmbroise. Le 23 janvier de Tannée 386, elle obtint de son fils la promulgation d'une loi qui avait été préparée par Âuience lui-même. Par cette loi, l'empereur, adoptant la profession de foi du concile de Rimini, permettait aux ariens de s'assembler et défendait sous peine de mort aux catholiques de les troubler dans l'exercice de leur culte ; il était même interdit de présenter contre eux aucune requête. Cette loi, que saint Âmbroise appelle une loi de sang, constituait le triomphe de l'arianisme, et elle répandit parmi les catholiques la plus profonde consternation.
Cependant les fêtes de Pâques approchaient, et pour célébrer avec pompe cette solennité les ariens avaient besoin d'une église. L'empereur somma de nouveau saint Ambroise de livrer la basilique Porcienue. Mais l'évêque de Milan persista dans son refus, a Naboth n'a pas voulu donner l'héritage de ses pères, dit-il, et moi je donnerais le patri* moine de Jésus-Christ! Â Dieu ne plaise que je livre la moindre parcelle de l'héritage qui m'a été transmis intact par mes saints prédécesseurs! n —
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L'empereur, irrité de cette opiniâtreté, envoya un ordre d'exil à saint Âmbroise. Mais partir c'é* tait évidemment livrer la basilique aux ariens; Âmbroise n'hésita pas un seul instant : forcé de choisir entre deux maîtres, il refusa nettement d'obtempérer aux ordres du seigneur temporel pour rester fidèle à son divin maître , résolu à mourir , s'il le fallait, plutôt que de voir le sanctuaire souillé par l'hérésie. Pendant plusieurs jours et plusieurs nuits il resta prosterné au pied des autels , n'ayant d'autres soucis que d'apaiser par des paroles de paix la foule du peuple qui remplissait l'église, et qui , par ses larmes et ses gémissements , témoignait hautement sa volonté de partager le sort de son évéque. Yalentinien fit encore quelques tenta* tives pour arracher par la force le consentement de saint Ambroise. Cependant il n'osa pas oser de la dernière violence, et pour parvenir à vaincre par une voie détournée la résistance passive do saint évéque , il lui envoya l'ordre de se rendre au palais afin de plaider en sa présence sa cause contre Auicnce , se réservant de décider la contestation en dernier ressort, après avoir entendu les deux parties. Dans une circonstance aussi grave , Ambroise crut devoir consulter son clergé ainsi
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que plusieurs évéques catholiques qui se trouvaient alors à Milan. Leur avis, conforme au sien, fut unanime : c'est qu'un évéque ne devait point discuter sur des matières de foi devant des juges laïques, et qu'un concile était seul compétent pour en connaître. Saint Ambroise offrit donc de porter cette cause devant un concile, ce que Tévéque arien se garda bien d'accepter. Ce fut alors que Justine, ne trouvant plus de ressources ni dans ses menaces ni dans ses artifices, conçut le dessein de faire assassiner saint Ambroise. Elle s'occupait de cette affreuse pensée lorsque les miracles qui s'opérèrent lors de la découverte des corps de saint Gervais et de saint Protais reOrayèrent sans la changer. Les ariens essayèrent vainement de tourner en ridicule des prodiges que le peuple attribuait à la sainteté de l'évéque aussi bien qu'aux mérites des deux martyrs. L'impératrice n'osa pas lutter plus longtemps contre saint Ambroise , et elle le laissa en possession de toutes les églises de Milan.
X. Ce fut un beau triomphe pour saint Ambroise; mais celui qu'il obtint l'année suivante» bien que plus pacifique , ne lui fit pas moins d'honneur et fut d'une tout autre conséquence pour le
bien de T Église, à laquelle il acquit, par la con-^ version de saint Augustin, une de ses plus belles illustrations. Saint Augustin, dans son livre inimitable des Confessions, raconte d'une maniôre si touchante l'histoire de ses relations avec saint Ambroisc, que je ne puis mieux faire que de le citer textuellement.
« On demanda de Milan au préfet de Rome un maître de rhétorique pour cette ville , qui s*cDgagcait mOme à faire les frais du voyage ; et je sollicitai cet emploi par des amis infatués de toutes les erreurs manichéennes, dont, à leur insu comme au mien, mon départ allait me délivrer. Un sujet proposé fit goûter mon éloquence au préfet Symmaque , qui m'envoya.
» A Milan, j'allai trouver l'évéquc Ambroise, connu partout comme Tune des plus grandes âmes du monde, et votre pieux serviteur. Son zèle éloquent distribuait alors au peuple « la pure substance de votre froment, la joie de vos huiles, la sobre intempérance de votre vin. » Aveugle, votre main me menait à lui, pour qu'il me menât à vous les yeux ouverts. Cet homme de Dieu m'accueillit comme un père, et se réjouit de ma venue avec la charité d'un évoque.
» Ut je me pris à l'aimer, et ce n'était pas d'abord le docteur de la vérité (j'avais perdu tout espoir de le trouver dans votre Église), mais l'homme bienveillant pour moi que j*aimais en lui. J'étais assidu à ses instroctions publiques, non avec l'Intention requise, mais pour m'assurer si le fleuve de son éloquence répondait à sa
réputalion, et si la renommée en exagérait ou resserrait le cours; et je demeurais suspendu aux formes de sa parole , insouciant et dédaigneux du fond
a Toutefois, les paroles que j*aimais amenaient à
mon esprit les choses elles-mêmes dont j'étais insouciant. Elles étaient inséparables, et mon cœur ne pouvait s'ouvrir à l'éloquence sans que la vérité y entrât de compagm'e, par degrés néanmoins. Je vis d'abord que tout ce qu'il avançait pouvait se défendre et la foi catholique s'affirmer sans témérité contre les attaques des manichéens, que j'avais crus jusqu'alors irrésistibles. Je fus surtout ébranlé à l'entendre résoudre suivant l'esprit plusieurs passages obscurs de l'Ancien Testament, dont l'interprétation littérale me donnait la mort.
» Éclairé par l'exposition du sens spirituel, je réprouvais déjà ce découragement qui m'avait fait croire impossible toute résistance aux ennemis , aux moqueurs de la loi et des prophètes. Toutefois, je ne me croyais pas tenu d'entrer dans la voie du catholicisme , parce qu'il pouvait avoir aussi de doctes et éloquents défenseurs , ni de condamner le parti que j'avais embrassé, parce que la défense lui présentait des armes égales. Ainsi la foi catholique, cessant de me paraître vaincue, ne se levait pas
encore victorieuse devant moi Je me décidai donc à
demeurer catéchumène dans TÉglise catholique, l'église de mon père et de ma mère , en attendant un phare de certitude pour diriger ma course
» J'estimais Ambroise un homme heureux suivant le siècle, à le voir honoré des plus hautes puissances de la terre : son célibat seul me semblait pénible. Mais tout ce qu'il nourrissait d'espérance , tout ce qu'il avait de luttes à soutenir contre les séductions de sa propre
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grandeur , tout ce qa*il trouvait de consolations dans l'adversité, de charmes dans la voix secrète qui loi parlait au fond du cœur, tout ce qu*il goûtait de savonreuses joies en ruminant le pain de irie, je n'en avais nul pressentiment , nulle expérience , et lui ne se doutait pas de mes angoisses et de la fosse profonde où j'allais tomber. Il m'était impossible de l'entretenir de ce que je voulais comme je le voulais, une armée de gens nécessiteux me dérobait cette audience et cet entretien : il était le serviteur de leurs infirmités. S'ils lui laissairat quelques instants, il réconfortait son corps par les aliments nécessaires et son esprit par la lecture.
» Quand il lisait, ses yeux couraient les pages dont son esprit perçait le sens; sa voix et sa langue se reposaient. Souvent en franchissant le seuil de sa porte » dont l'accès n'était jamais défendu, où l'on entrait sans être annoncé, je le trouvais lisant tout bas, et jamais aut(ement Je m'asseyais , et après être demeuré dans un long silence (qui eût osé troubler une attention si profonde?) je me retirais , présumant qu'il lui serait importun d'être interrompu dans ces rapides instants permis aux délassements de son esprit fatigué du tumulte de tant d'affaires. Peutêtre évitait-il une lecture à haute voix , de peur d'être surpris par un auditeur attentif en quelque passage obscur ou difficile , qui le contraignit à dépenser en éclaircissements ou en disputes le temps destiné aux ouvrages dont il s'était proposé l'examen ; et puis, la nécessité de ménager sa voix qui se brisait aisément pouvait être encore une juste raison de lecture muette. Enfin, quelle que fût l'intention de cette habitude, elle ne pouvait être que bonne en un tel homme.
» H m'était donc impossible d'interroger i mon désir
f otre saint oracle qui résidait dans son ocsnr , sanf quelques demandes où il ne fallait qu'un mot de réponse. Cependant mes vives sollicitudes épiaient un jour de loisir où elles pussent s*épancher en lui; elles ne le trouvaient jamais. Aussi je ne laissais jamais passer le jour du Seigneur sans l'entendre expliquer au peuple la parole do vérité, et je m'assurais de (dus en pins que l'on pouvait démêler tous ces nœuds de subtiles calomnies que ces imposteurs ourdissaient contre les divines Écritures. ...»
Les sermons de saint Ambroise achevèrent de dissiper tous les doutes qai existaient encore dans Tâme d'Augustin. Résolu de se consacrer tout entier au service de Dieu , ce grand homme fit savoir aux citoyens de Milan c qu'ils eussent h chercher pour leurs enfants un autre vendeur de paroles , » et le samedi de Pâques, c'est-à-dire le 25 avril 387, il reçut le baptême des mains de saint Ambroise.
XI. Cependant les affaires prenaient une tournure inquiétante en Occident; l'ambitieux Maxime, peu satisfait des vastes états qui lui avaient été laissés en partage , voulait encore y joindre l'Italie; et saisissant avec empressement, pour commencer la guerre un sujet de querelle qui semblait mettre le bon droit de son côté , il imagina de
80 SAINT AMDnOIBB.
80 poser cotnmo In champion du cntholicismo et sigtiina A Volcntitiieii quo s'il pcmistnit h protégor rorionistney il ollnit rrnricliir Iom Alpes nvcc son orméo. Gotto ruse ne trompa personne; mnis la monoce n'en étnit que plus formidiible, pnrce qu'il pnrnissnit bien difficile d'emp/)clier Mnxime d'exécuter des projets orrôt/jS d'ovnnce et prépnr^îs de longue mnin. Dnns cette perplexité, Timpératrire Justine se vit de nouveau forcée de recourir h saint Ambroiso. Malgré l'ingratitude dont elle s'était rendue coupable, malgré Todieuse persécution qu'elle lui avait fait subir, elle crut pouvoir compter sur la magnanimité du saint évoque, et elle ne fut point trompée dan» son allento. Saint Ambroise accepta sans bésiter la missi(Mi qui lui était oflerte* Il comprit toute l'étendue du service qu'il pouvait rendre h l'empereur ; car, en se chargeant de cette négociation , lui le plus ardent défenseur du catholicisme, il Atait au tyran le moyen de couvrir ses vues ambitieuses du voile de la religion et le forçait au moins h se démasquer. Saint Ambroise partit do Milan vers le commencement de mai, peu de jours après le bapt/^me de saint Augustin, pour se rendre h Tr/^ves, auprès de Maxime* Il avait pour instructions de renouveler avec lui le
(raité de paix et de sonder ses dispositions en lui redemandant les cendres de Gratien .
Dès le lendemain de son arrivée, saint Ambroisc, comme c'était son droit, Gt demander à Maxime une audience particulière. Cette audience, que Maxime n'avait pas voulu lui accorder lors de sa première ambassade, lui fut refusée de nouveau. Saint Ambroise s'en plaignit avec fermeté , Maxime répondit avec aigreur, et les négociations s'entamèrent sous les auspices les plus défavorables. Dans l'audience publique, le tyran s'emporta en invectives contre le jeune empereur, et refusa nettement de rendre les restes de Gratien, sous prétexte qu'on s'en servirait pour animer les soldats contre lui. Saint Ambroise réfuta toutes les allégations de Maxime avec tant d'énergie, que son discours semble bien moins la harangue d'un ambassadeur que le réquisitoire d'un magistrat qui parle pour faire condamner un coupable. Aussi Maxime confondu ne trouva d'autre réponse h lui faire que de le congédier en disant qu'il délibérerait sur les demandes de Valcnlinicn. Dans Tétat où se trouvaient les esprits, Ambroise ne pouvait pas espérer grand avantage de sa négociation. H fournit bientôt h Maxime un nouveau
sajet de mécootentement en refasant de eommoniquer avec les éféqoes qui araient fait mourir Priseillien. Maiiroe saisit ce prétexte poar lai dorn ner Tordre de se retirer immédiatement. Saint Ambroise rerint donc à Milan et rendit compte à Valentinien de son ambassade, qai arait eu an moins poor avantage de mettre h découvert les projets ambitieai da tyran. D'antres se crurent plus habiles que saint Ambroise ; un certain Domninus , entre antres , qui était en grande faveur auprès de Valentinien, s'offrit à conduire cette affaire. Il se rendit auprès de Maiime, qui lui fit le meilleur accueil, se joua de sa vanité, et en profita pour envahir T Italie au moment où on s'y attendait le moins. Valentinien, pris h Timproviste, se hâta de fuir avec sa mère et de gagner Théssalonique, où ils se mirent sous la protection de Théodose. Au reste, on sait que le triomphe du tyran ne fut pas de longue durée ; une année s'était h peine écoulée que, vaincu deui fois par Théo* dose et fait prisonnier dans Aquilée , il avait la tète tranchée le 28 juillet liHH , juste cinq ans i'iprès Tassassiiiat de Gratien.
\U. D' Aquilée Théodose se rendit h Milan, et
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il y demeura depuis le mois d'octobre 388 jusqu'à la fin do moi do Tonnée suivante. Il eut alors les plus fréquentes relations avec Ambroise , et le saint évoque , tout en respectant sa grandeur et en rendant justice à ses belles qualités i eut plus d'une fois occasion do lui fairo une juste et vigoureuse opposition. En paciGant l'Italie, en réformant do graves abus. Théodose s'était rendu populaire; on savait d'ailleurs que , comme tous les grands politiques , il professait des principes de tolérance. I/^s païens crurent donc l'occasion favorable pour présenter de nouveau leur éternelle requête relative au rétablissement de l'autel do la Victoire, et Théodose , par un sentiment que l'on ne peut guère expliquer que par le désir d'étendre la popularité qu'il avait acquise , se montra tout disposé à accueillir cette nouvelle demando. Mais saint Ambroise s'éleva contre cette pensée avec son courage ordinaire ; pour témoigner à l'empereur tout son mécontentement , il cessa même pendant plusieurs jours do paraître ù la cour, et Théodose, après do plus mûres réflexions, finit par rejoter la requête des sénateurs païens. Doux autres faits, qui se passèrent è peu près vers la même époque, mirent de nouveau saint Ambroise en position do lutter,
Mi HAINT AMHIiOlHK.
NiiMM iii^HMir iiiiiiM i\\iu\ formoti^, contri) TIi^o<1on(!. Ij*h jiiifH iiv»i<)nl tiiin HyiiiiKOKiio, (H 1i*n li<^r<'ttM|ii<f« viilniliiiiniM liii l()in|)ln Anm uiin villi! <rOrM?nl iM)iiim('Mi(jillitiii|un, Il iirrivii (\mh*.n IiiiImIiiiiU ithrA lM*tiM (lit rnlln villn hrAlArcftil lii NyiiiiKogij» , iH (|iift (1<*N iiioiiM^M, trouhlf^M <liiiiN r^xorrirn iId li*ijrN vM.» itiotiiim r(ilif(i(MiMiYN pur \m viiIntitinimiN, mintiit l<9 (m 1111 lnMi|)lo, dont UmU^n Imn rirli(mNi!N fiininl hrùMi^N ou iMlkti^N, Tli/mdoNi), iiiformi') (l<i vvMA(*n' onlti^H, onloiitm qiio IViv^i|iin dn (liillinMiiiOy f|iii i^liiil arr.uHi^ (l*iiii /^Ini Id raiiUsiir, ndiAliriiit In iiy« iiiiKof^iK^ a HVM il(^|MMiN, (|ii(i l(^N moiiinM Miraiiïiit m"?-* viVtMiHMil |MitiiN, ni (|u'on (li^ilominaKifrnit Ic^n vali*iilinintiN(lif la |M*rln ijinlH avainil failit. AmhroiM! Hiùi alot'H il A(|uili'tn. Mn i|tMl nul roiiiiainNaiMn ili'N onIrnM iloniK^N par rntnpnriMir, il lui f'^rrivil pour 1*11 olilfMiir la rr'tvoralioti. Il m*, plai^nil dn m t\ii(i\ï v.ùi roudauMif') Tnv/^qun itauN l'avoir niilrndu, cl il rn|»f nHnula ipin « InN (»rilrnM ilo rmiipnmur allainul l'airn ou <Ii*n pr<^variratnurM , Ni InN cliri'tliniiN i^'y roiironiiainul, oudnN martyrN, nWn aitnainnt ttiicut olM'*ir a la voix iln Dinu ni dn |(*ur nuiNriniirn ; i\\u} Tofi avail laiHNi') iinpuuinN Inx violniirnN lanl d'? l'oÎN nxnWM'H roulrn ri')Kli>t<'t Noil par Init juilti hoil par In» linr(ili<|unNy ni (|un i:n itnrail uiin liouln
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pour an empereur chrétien , si l'on pouvait dire de loi que son bras ne s'armait que pour venger les hérétiques et les juifs. » — Ces remontrances n avant pas obtenu l'effet qu'il en attendait, Am* broise s'empressa de revenir à Milan, et, au milien d'un sermon auquel assistait Théodose , s'adressant directement à lui et faisant parler Dieu par sa bouche, comme autrefois le prophète Nathan : «C'est moi, s'écria-t-il, qui vous ai choisi pour vous élever à l'empire. Je vous ai livré Tarmée de votre ennemi, je l'ai réduit sous votre puissance, j'ai placé vos enfants sur le trône, je TOUS ai fait triompher sans peine, et vous faites triompher de moi mes ennemis ! » — Gomme il descendait de la chaire : c Mon père , vous avez parlé sévèrement contre nous, » lui dit Théodose. — « Non pas contre vous, répondit Ambroisc, mais pour vous. * Il insbta de nouveau auprès de l'empereur et finit par obtenir la révocation de Tordre qui avait été donné. L'on tomberait dans une erreur bien grave si l'on croyait pouvoir conclure de ce fait que saint Ambroise approuvait les procédés violents en matière de religion. Inflexible sur le dogme , il ne voulait jamais qu'on employât les voies de rigueur contre les personnes. C'est ce qui
(lucleurs de char ayant commis un grave délit fut arrêté par ordre de Kotheric, gouverneur delà province, el mis en prison. Le peuple, qui croyait r,et homme nécessaire h ses plaisirs, demanda sa mise en liberté. Sur le refus du gouverneur une sédition éclata dans laquelle plusieurs magistrats perdirent la vie, et Uotheric lui-même fut assommé à coups de pierres. \ la nouvelle de cet attentat, Théodose entra dans la plus violente fureur, et, oubliant toutes les régies de la justice divine et humaine , il résolut de punir le crime de quelques misérables en exterminant toute une population. Saint Ambroise et les évéques des Gaules, qui tenaient alors un concile à Milan, firent tous leurs cilorts pour apaiser Théodose. Ce prince se rendit à leurs prières ; il promit de faire procéder contre les coupables par les voies ordinaires, et de ne point envelopper dans une punition générale une multitude (Finnocents. Mais aigri de nouveau par les principaux ofliciers de sa cour, il céda ù leurs instances et résolut d'exercer une vengeance terrible sur les habitants de Thessalonique. Des ordr(;s furent expédiés en conséquence, et, dans la crainte d'avoir à les révoquer par suite de quelque indiscrétion, Théodose s'éloigna de Milan.
Ces ordres ne furent que trop bien eiécutés : au reçu des lettres de Tempercur^ les officiers impériaux de Thcssalonique, feignant d'oublier ce qui s'était passé, firent annoncer pour le lendemain une grande course de chars. Ils employèrent la nuit u prendre leurs dispositions, puis le lendemain , vers le milieu du jour , lorsqu'ils virent la population entassée sur les gradins de l'hippodrome , ils donnèrent le signal et lancèrent toute une armée sur des spectateurs inoiïcnsifs. Le massacre dura trois heures , et sept mille personnes , sans distinction d'âge ni de sexe, perdirent la vie dans cette horrible boucherie.
La nouvelle de la catastrophe de Thessaloniquc répandit dans tout l'empire l'étonnement et la consternation. Ambroise et les évèques assemblés à Milan en furent profondément affligés, Ambroise surtout, qui avait pour Théodosc une véritable affection. Pour ne pas se rencontrer avec Tempercur, il quitta Milan et alla ensevelir sa douleur dans la retraite, h quelques lieues de la ville. Ce fut de là qu'il écrivit de sa main a Tliéodose une lettre qui est parvenue jusqu'ù nous. Cette lettre est tout ce qu'elle pouvait être ; car il ne faut pas oublier que saint Ambroise écrivait h un empereur
fm HAINT AMHnoiSR.
toul-puiiiianl , ù un liomma (|ii'il iiimnil ot qui nvait rendu dVsminnnti Morvirc;» h Ti'igliso. D'ailloun, (|uel(|UO grflnd quo fioil lo crimo , lu rAlo d'un évA- <|Uo est bien moini do lancer rnnatliémo contre le coupable que de Tamener nu repentir. Ccni ce (|ue fuit rtflint Ambroise dnns les termes les plus ('mergiques :
« U* péché, écrit -Il b ThéodesOf no s'oflbco que par la pénilencc et par \v.h larmes. Ni ange ni archangi*, mais le Àelgnenr w^iil peut dire : Je nui$ avec voum, iji lonh que noits avons commis un |)éclié, c'est par la pénllencr seule que nous |K)uvons en obtenir le pardon. Je vous conseilli% j(! vous conjure, je vous exhorte , je vous avertis ; car je suis profomK;inent afllig^i de œ rpie voun, (|iji /*li«*x le mofVîlo de la plits /tmlnente \M\(^f qui votts disliriKUi(*z «între toun les prince» par votre ciïmienco » qui simibllex même voir avec chagrin le criminel subir la mort qu'il avait m/;rit/!e, vous nV;prouvif*% pas In douleur la plus poignante d'avoir fait t>^rlr tant d'innocents. Quoique vous ayex eu de grands succès dans les batailles et que le reste de votre conduite soit digne d'^floges, on |KMJt dire cpio la cKmicnce eHt la principale de vos vertus. Mai» le démon a su vcMiN fnlev(*r ce qui vous n^ndait plus illuMrc (\uv. toute*» vos grandr*s qualit/'*». KttnrcA'Z'VtmH de triompher de Ne» embûches lorsque vous en avez nnrore le; moyeu , et n'ajoute/ pas un nouveau pérjié k celui que
vouH avf'% (Ujh rommi» Pour moi, quoique dans tout
l(! ntHte je doivfï h Votre Piété nue reamnaissanre dont je nv. m'écarterai jamais, je n'oserais pas oiïrir In saint sacri'
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iioe m foos Toolk-x y anblcr. Ce qoi u*ert pat permis en pré&eoce d*iin bomme qui a fenë le sang d'un seul iono- «ut, poorraîl-O Têtre derant cdoi qui a la mort de uni d'ioDocents ï se reprocher T »
Tous les historiens s'accordent à dire que le remords était entré dans TAme de Tbéodose et qn*il remettait amèrement les fatales conséquences (l'on moment de foreur. Cependant il ne crut pas devoir obéir aux injonctions de saint Ambroise, et le dimancbe suivant il se présenta pour entrer ù Féglise comme de coutume. Mais saint Ambroise, qui était revenu à Milan, était alors dans la basilique occupé des fonctions de son ministère. En apprenant l'arrivée de l'empereur, il sortit, revêtu de ses babits pontificaux, et l'arrêtant dans le Testibole, il loi défendit résolument de pénétrer plus avant. « Comment oseriez-vous, lui dit-il, élever vers le Seigneur des mains qui dégouttent encore do sang innocent que vous avez versé? Comment oseriez-vous recevoir sur de telles mains le corps sacré du Sauveur? Comment porteriez- >OQS è votre bouche son sang précieux, vous qui, dans un accès de fureur , avez ordonné une si horrible eifusiou de sang ? Retirez-vous donc d'ici et n'aggravez pas votre crime par un autre crime. »
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se poser comme le champion du catholicisme et signifia h Volentinicu que s'il persistait h protéger l'arianisme, il allait franchir les Alpes avec son armée. Cette ruse ne trompa personne; mais la menace n'en était que plus formidable, parce qu'il paraissait bien difficile d'empêcher Maxime d'exécuter des projets arrêtés d'avance et préparés de longue main. Dans cette perplexité, l'impératrice Justine se vit de nouveau forcée de recourir h saint Ambroise. Malgré l'ingratitude dont elle s'était rendue coupable, malgré l'odieuse persécution qu'elle lui avait fait subir, elle crut pouvoir compter sur la magnanimité du saint évéque, et elle ne fut point trompée dans son attente. Saint Ambroise accepta sans hésiter la mission qui lui était oflcrtc. Il comprit toute Tétendue du service qu'il pouvait rendre à l'empereur; car, en se chargeant de cette négociation , lui le plus ardent défenseur du catholicisme, il Atait au tyran le moyen de couvrir ses vues ambitieuses du voile de la religion et le forçait au moins à se démasquer. Saint Ambroise partit de Milan vers le commencement de mai, peu de jours après le baptême de sahit Augustin , pour se rendre ù Trêves, auprès de Maxime. Il avait pour instructions de renouveler avec lui le
traité de paix et de sonder ses dispositions en lui redemandant les cendres de Graticn .
Dès le lendemain de son arrivée, saint Ambroise, comme c*était son droit, fit demander h Maxime une audience particulière. Cette audience, que Maxime n'avait pas voulu lui accorder lors de sa première ambassade, lui fut refusée de nouveau. Saint Ambroise s'en plaignit avec fermeté , Maxime répondit avec aigreur, et les né«;ociations s'entamèrent sous les auspices les plus défavorables. Dans Taudience publique, le tyran s'emporta en invectives contre le jeune empereur, et refusa nettement de rendre les restes de Gratien , sous prétexte qu'on s'en servirait pour animer les soldats contre lui. Saint Ambroise réfuta toutes les allégations de Maxime avec tant d'énergie, que son discours semble bien moins la harangue d'un ambassadeur que le réquisitoire d'un magistrat qui parle pour faire condamner un coupable. Aussi Maxime confondu ne trouva d'autre réponse h lui faire que de le congédier en disant qu'il délibérerait sur les demandes de \alentinien. Dans l'état où se trouvaient les esprits, Ambroise ne pouvait pas espérer grand avantage de sa négociation. H fournit bientôt ù Maxime un nouveau
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sujet de mécontentement en refusant do communiquer avec les évoques qui avaient fait mourir Priscillien. Maxime saisit ce prétexte pour lut donner Tordre de se retirer immédiatement. Suint Ambroiso revint donc à Milan et rendit compte h Valentinicn de son ambassade, qui avait eu au moins pour avantage de mettre h découvert les projets ambitieux du tyran. D'autres se crurent plus habiles que saint Ambroise ; un certain Domninus, entre autres, qui était en grande faveur auprès de Valentinicn, s'oiïrit à conduire cette affaire. 11 se rendit auprès de Maxime, qui lui fit le meilleur accueil, se joua de sa vanité, et en profita pour envahir Tltalie au moment où on s'y attendait le moins. Valentinien, pris h Pimprovistc, se hAta de fuir avec sa mère et de gagner Thcssaloniquo, où ils se mirent sous la protection de Théodose. Au reste, on sait que le triomphe du tyran ne fut pas de longue durée ; une année s'était à peine écoulée que, vaincu deux fois par Théo* dose et fuit prisonnier dans Aquilée , il avait lo tète tranchée le 28 juillet 388 , juste cinq ans après Tassassinat de Gratien.