‹ Essais divers (volume 2)Chapitre 2 sur 10 · XII. I)*Aquiléc Théodose se rendit à Milan, et · texte numérisé non relu

XII. I)*Aquiléc Théodose se rendit à Milan, et

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promesse, n — Ces marques de repentir étaient sincères, et le peuple de Milan en fut prorondôment touché, en môme temps qu'il put admirer riiérolque fermeté et la sage eondescendance de son évoque.

XIII. Quelque odieux que soit le massacre de Thessaloniquc , cette catastrophe ne doit pas nous empocher de rendre à Théodose la justice qui lui est due. Il eut, comme prince , de grandes qualités, et rendit d'immenses services à l'empire. Après avoir rétabli Volentinien sur le trône d'Occident par la puissance de ses armes , il s'appliqua À le former par ses conseils à l'art de gouverner avec sagesse, et le jeune empereur, débarrassé de la funeste influence de sa mère , qui était morte quelques années auparavant , réforma toute sa conduite et commença à régner de manière à donner pour l'avenir les plus belles espérances. Malheureusement Valentinicn n'avait que vingt ans , et seul à la tôte de l'empire d'Occident, il se trouva trop faible pour un si lourd fardeau. J'^n retournant h Gonstantinople , Théodose l'avait recommandé à saint Ambroise et h l'un de ses généraux nommé Arbogaste, qui s'était signolé dans lu guerre

sans aigreur mais avec fermeté, contre Théodose. Les juifs avaient une synagogue, et les hérétiques valentiniens un temple dans une ville d* Orient nommée Callinique. Il arriva que les habitants chrétiens de cette ville brûlèrent la synagogue , et que des moines, troublés dans l'exercice de leurs cérémonies religieuses par les valentiniens, mirent le feu au temple, dont toutes les richesses furent brûlées ou pillées. Théodose , informé de ces désordres, ordonna que l'évéque de Gallinique, qui était accusé d'en être le fauteur, rebâtirait la synagogue à ses dépens, que les moines seraient sévèrement punis , et qu'on dédommagerait les valentiniens de la perte qu'ils avaient faite. Ambroise était alors à Aquilée. Dès qu'il eut connaissance dos ordres donnés par l'empereur, il lui écrivit pour en obtenir la révocation. Il se plaignit de ce qu'on eût condamné l'évéque sans l'avoir entendu, et il représenta que « les ordres de l'empereur allaient faire ou des prévaricateurs , si les chrétiens s'y conformaient, ou des martyrs, s'ils aimaient mieux obéir à la voix de Dieu et de leur conscience ; quç l'on avait laissé impunies les violences tant de fois exercées contre l'Église, soit par les juifs, soit par les hérétiques, et que ce serait une honte

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pour un empereur chrétien, si Ton pouvait dire de lui que son bras ne s'armait que pour venger les hérétiques et les juifs. » — Ces remontrances n'ayant pas obtenu l'effet qu'il en attendait, Am* broisc s'empressa de revenir à Milan, et, au milieu d'un sermon auquel assistait Théodose , s'adressant directement à lui et faisant parler Dieu par sa bouche, comme autrefois le prophète Nathan : «C'est moi, s'écria-t-il, qui vous ai choisi pour vous élever à l'empire. Je vous ai livré l'armée de votre ennemi, je l'ai réduit sous votre puissance, j'ai placé vos enfants sur le trône, je vous ai fait triompher sans peine, et vous faites triompher de moi mes ennemis ! »> — Comme il descendait de la chaire : « Mon père , vous avez parlé sévèrement contre nous, » luiditThéodosc. — « Non pas contre vous , répondit Ambroise , mais pour vous, j» Il insista de nouveau auprès de l'empereur et finit par obtenir la révocation de l'ordre qui avait été donné. L'on tomberait dans une erreur bien grave si l'on croyait pouvoir conclure de ce fait que saint Ambroise approuvait les procédés violents en matière de religion. Inflexible sur le dogme , il ne voulait jamais qu'on employât les voies de rigueur contre les personnes. C'est ce qui

ressort des actes de toute sa vie, et notamment de sa conduite dans Taffaire des priscillianittes. Il est donc certain qu'il n'approuvait nullement les violences exercées par les gens de Calliuique ; mais il regardait comme une offense faite à la religion chrétienne l'action de forcer des chrétiens à rétablir de leurs propres mains des temples où cette religion était sans cesse outragée.

Plein d'une juste susceptibilité pour T honneur des fonctions qu'il exerçait, saint Âmbroise ne tolérait pas le moindre empiétement sur ses droits , môme de la part de l'empereur. Par suite de la flatterie de certains prélats et de la timide complaisance des autres, les empereurs avaient pris l'habitude do s'asseoir , pendant la célébration de TofGce divin, dans le sanctuaire, où, d'après les régies de l'ancienne discipline ecclésiastique, les prôtres seuls avaient le droit de rester. Un jour que Théodosc s'était assis après avoir fait son oT* frande, Ambroise s'en étant aperçu lui fit dire par un de ses diacres que le sanctuaire était résenré pour les prêtres seuls , que la pourpre donnait droif à l'empire, mais non pas au sacerdoce, et qu'il eût se retirer pour aller prendre place , avec les antn laïques, en dehors de la balustrade. Théodose reç

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pour un empereur chrétien , si Ton pouvait dire de lui que son bras ne s'armait que pour venger les hérétiques et les juifs. ^ — Ces remontrances n'ayant pas obtenu l'effet qu'il en attendait, Ambroise s'empressa de revenir à Milan, et, au milieu d'un sermon auquel assistait Théodose , s'adressant directement à lui et faisant parler Dieu par sa bouche, comme autrefois le prophète Nathan : «C'est moi, s'écria-t-il, qui vous ai choisi pour vous élever à l'empire. Je vous ai livré l'armée de votre ennemi, je l'ai réduit sous votre puissance, j'ai placé vos enfants sur le trône, je vous ai fait triompher sans peine, et vous faites triompher de moi mes ennemis ! n — Gomme il descendait de la chaire : « Mon père, vous avez parlé sévèrement contre nous, » lui dit Théodose. — u Non pas contre vous, répondit Ambroise, mais pour vous. » Il insista de nouveau auprès de l'empereur et finit par obtenir la révocation de Tordre qui avait été donné. L'on tomberait dans une erreur bien grave si l'on croyait pouvoir conclure de ce fait que saint Ambroise approuvait les procédés violents en matière de religion. Inflexible sur le dogme, il ne voulait jamais qu'on employât les yms de rigueur contre les personnes. C'est ce qui

ducleurs do char ayant commis un grave délit Fut arrêté par ordre do Botheric, gouverneur delà province, et mis on prison. Le peuple, qui croyait cet homme nécessaire à ses plaisirs, demanda sa mise en liberté. Sur le refus du gouverneur une sédition éclata dans laquelle plusieurs magistrats perdirent la vie, et Botheric lui-mémo fut assommé à coups de pierres. Â. la nouvelle de cet attentat, Théodose entra dans la plus violente fureur, et, oubliant toutes les règles de la justice divine et humaine , il résolut de punir le crime de quelques misérables en exterminant toute une population. Saint Âmbroise et les évéques des Gaules, qui tenaient alors un concile h Milan, firent tous leurs elforts pour apaiser ïhéodose. Ce prince se rendit a leurs prières ; il promit de faire procéder contre les coupables par les voies ordinaires, et de ne point envelopper dans une punition générale une multitude d'innocents. Mais aigri de nouveau par les principaux ofliciers de sa cour, il céda ù leurs instances et résolut d'exercer une vengeance terrible sur les habitants de Thessaloniquc. Des ordres furent expédiés en conséquence, et, dans la crainte d'avoir à les révoquer par suite de quelque indiscrétion, Théodose s'éloigna de Milan.

Ces ordres ne furent que trop bien exécutés : au reçu des lettres de l'empereur, les ofiBciers impé^ riaux de Thessalonique, feignant d'oublier ce qui s'était passé, firent annoncer pour le lendemain une grande course de chars. Ils employèrent la nuit à prendre leurs dispositions, puis le lende* main , vers le milieu du jour , lorsqu'ils virent la population entassée sur les gradins de l'hippodrome , ils donnèrent le signal et lancèrent toute une armée sur des spectateurs inoflensifs. Le massacre dura trois heures , et sept mille personnes , sans distinction d'âge ni de sexe, perdirent la vie dans cette horrible boucherie.

La nouvelle de la catastrophe de Thessalonique répandit dans tout l'empire Tétonnement et la consternation. Ambroise et les évoques assemblés à Milan en furent profondément affligés, Ambroise surtout, qui avait pour Théodose une véritable affection. Pour ne pas se rencontrer avec l'empereur, il quitta Milan et alla ensevelir sa douleur dans la retraite, à quelques lieues de la ville. Ce fut de là qu'il écrivit de sa main à Théodose une lettre qui est parvenue jusqu'à nous. Cette lettre est tout ce qu'elle pouvait être ; car il ne faut pas oublier que saint Ambroise écrivait à un empereur

tout-puissant, a un homme qu'il aimait et qui avait rendu d'éminents services ù TÉgiise. D'ailleurs, quelque grand que soit le crime, le rôle d'un évoque est bien moins de lancer Tanathème contre le coupable que de l'amener au repentir. C'est ce que fait saint Ambroise dans les termes les plus énergiques :

« Le péché, écrit -il à Théodose, ne s'eflace que par la pénitence et par les larmes. Ni ange ni archange, mais le Seigneur seul peut dire : Je suis avec voîm, çt lorsque nous avons commis un péché, c*cst par la pénitence seule que nous pouvons en obtenir le pardon. Je vous conseille, je vous conjure, je vous exhorte , je vous avertis ; car je suis profondément affligé de ce que vous, qui étiez le modèle de la plus éminentc piété, qui vous distinguiez entre tous les princes par votre clémence , qui sembliez même voir avec chagrin le criminel subir la mort qu*il avait méritée , vous n'éprouviez pas la douleur la plus poignante d'avoir fait périr tant d'innocents. Quoique vous ayez eu de grands succès dans les batailles et que le reste de votre conduite soit digne d'éloges» on peut dire que la clémence est la principale de vos vertus. Mais le démon a su vous enlever ce qui vous rendait plus illustre que toutes vos grandes qualités. Efforcez-vous de triompher de ses embûches lorsque vous en avei encore le moyen , et n'ajoutez pas un nouveau péché à celui que

vous avez déjà commis Pour moi, quoique dans tout

le reste je doive h Votre Piété une reconnaissance dont je ne m'écarterai jamais, je n'oserais pas oilHr le saint sacri-

fice si vous vouliez y assister. Ce qui n'est pas permis en présence d*on homme qui a versé le sang d'un seul innocent, pourrait-il l'être devant celui qui a la mort de tant d'innocents à se reprocher ? »

Tous les historiens s'accordent à dire que le remords était entré dans Tâme de Théodosc et qu'il regrettait amèrement les fatales conséquences d'un moment de fureur. Cependant il ne crut pas devoir obéir aux injonctions de saint Ambroise, et le dimanche suivant il se présenta pour entrer à l'église comme de coutume. Mais saint Ambroise, qui était revenu à Milan, était alors dans la basilique occupé des fonctions de son ministère. En apprenant l'arrivée de l'empereur, il sortit, revêtu de ses habits pontificaux, et l'arrêtant dans le vestibule, il lui défendit résolument de pénétrer plus avant, t Gomment oseriez-vous , lui dit*il, élever vers le Seigneur des mains qui dégouttent encore du sang innocent que vous avez versé?

Gomment oseriez-vous recevoir sur de telles mains le corps sacré du Sauveur? Gomment portcriezvous à votre bouche son sang précieux , vous qui , dans un accès de fureur , avez ordonné une si horrible eflusiou de sang? Retirez-vous donc d'ici et n'aggravez pas votre crime par un autre crime. »

n SAINT AMBROISE.

— Comme l'empereur cherchait à excuser sa faute par l'exemple de David qui avait obtenu son pardon après s'ôtre rendu coupable du double crime d'adultère et d'homicide : — « Puisque vous l'avez imité dans le péché, lui dit saint Âmbroise, imitez-le dans la pénitence. » — Théodose reçut cet avis avec soumission , et il se retira dans son palais en proie à la plus profonde tristesse. Ceci se passait au mois d'avril 390. Selon la discipline ordinaire de l'Église, les pénitents n'étaient alors publiquement réconciliés que vers les fêtes de PAques, et les meurtres volontaires n'étaient remis qu'après plusieurs années de pénitence. Cependant huit mois s'étaient écoulés pendant lesquels Théodose s'était enseveli dans une retraite presque absolue. Les courtisans trouvaient l'expiation plus que suffisante; et comme les fêtes de NoCl approchaient et que l'empereur désirait vivement pouvoir les célébrer, Rufin, l'un d'eux, celui-là même qui pouvait être considéré comme le véritable fauteur du massacre de Thessaloni(|ue, s'offrit à aller trouver saint Ambroise , se faisant fort d'obtenir pour l'empereur l'entrée de l'église. Théodose se rendit aux instances de Rufin, et, se flattant luimême de quelque succès, il suivit de loin son mi-

nistre. Celoi-ci fat accaeilli par saiot Ambroise avec la plus grande indigoatioo. Le saiot éféqoe lui reprocha amèrement d'oser intercéder poor obtenir T absolution d'un crime qui était l'effet de ses mauvais conseils, et comme RoGn annonçait qu'il était suivi de près par l'empereur : « Je vous avertis, lui dit saint Ambroise, que je ne loi permettrai même pas l'entrée du vestibule. » Rufîn s'empressa de faire prévenir Théodose; mais ce prince, qui était déjà sur la grande place de la ville, continua sa marche en disant : c J'irai, et je subirai l'affront que je n'ai que trop mérité. » — Arrivé à l'église, Théodose s'abstint d'y pénétrer; mais il entra dans la salle d'audience qui se trouvait à côté et où l'évéque était assis, et le pria avec instance de lui donner l'absolution. Saint Ambroise, dans sa juste sévérité, traita cette démarche de violation des lois ecclésiastiques : — < Non , répondit Théodose , je ne viens point ici pour violer les lois, mais pour vous conjurer d'imiter la clémence du Seigneur, et de ne pas me fermer la porte qu'il a ouverte à tous ceux qui font pénitence. » — Et comme saint Ambroise lui demandait quelle sorte de pénitence il s'était imposée après un si grand crime:

îH SAINT AMIMIOISR.

— « (i'cHl ù vouny lui dit Tli6odo90, d'oppliqacr io rcmt^do nur muM plaiofiy et c'est ft moi de In recevoir et de le Houiïrir. n — Touché do tout de réHif(iiatioti et d'un repentir qui piirninsnit profond et (iinc<>n; , dnint Ambroine connentit h lever T excommunication qui pcfffnit Hur Théodone. Conformémrnt aux um\f^^^H de Tf^lKllHe, il lui impoiiii In pénitence publicpie, e*eNl-h-dire robiiKiition de reronnnUre devant le peuple aflfiemblA rénormiti"? de Ha Taule et d'en demander pardon ù Dieu; puiH 9 par une heureuiie inHpirntion , il exigea que l'empereur, qui avait poché dan» un moment de collyre , prit mn précautions pour ne po» retomber dan» une nemblablo faute, et il obtint Tune dcH loi.s le.H pluH Halntair(;H du rode Tliéododien , cello par laquelle il vhI ordonné qu'un intervalle de trente jourH devra H'ocouler entre U*n iientencefi de mort et leur cxérntion. (jolte loi fut rédigée et signée ti rinHtant même, et Haint Ambroifte permit aiiHfii- Irtt à renifiereur Tcntrée de l'égline. Tbéodo»<î y lit Ha prière le vinage proHlnrné contre le pavé du temple qu'il baignait dn h^h larmen, et H(S frappant la poitrine, il [irononçait à haute voix c(;h parolen de David : >< Mon Ame cnt demiMirée attachéi; à la tern*. hfnd(!/-moi la vit!, Srigneur, nelon voire

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promosso. » — Gos marquos do ropontir étaient »nct^ros, et lo peuple de Milan en fut profondément touché , en même temps qu'il put admirer Ihérolque fermeté et la sage condescendance de son évéque.

MIL Quelque odieux que soit le massacre de Thessaloniquo , cette catastrophe ne doit pas nous omp^her de rendre à Théodose la justice qui lui est due. Il eut» comme prince , do grandes qualiti^^, et rendit d'immenses services à l'empire. Après avoir rétabli Yalentinien sur le trAne d'Occident par la puissance do ses armes , il s'appliqua À le former par ses conseils A Tart de gouverner avec sagesse, et le jeune empereur, débarrassé de la funeste influence de sa mère , qui était morte quelques années auparavant , réforma toute sa conduite et commença à régner de mnni(^ro à donner pour l'avenir les plus belles espérances* Malheureusement Yalentinien n'avait que vhigt ans , et seul k la tête de l'empire d'Occident , il se trouva trop faible pour un si lourd fardeau. Vax retournant à Constautinople , Théodose l'avait recommandé k saint Ambroise et k l'un de ses généraux nommé Àrbogasle, qui s'était signalé dans la guerre

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corilro Maxime. Muis si Tévéquo do Milan justifia complélonicnt la confiunco do Théodosoy il n'en fut pas do m^roo d'Arbogasto. Ce général , par son courage , son désintéressement , sa manière de vivre simple et fumiliére, avait gagné lo cœur de tous les soldats. Devenu leur idole , il ne sut pas résister aux entraînements do l'ambition : en peu de temps il vit sa puissance si bien établie , qu'il voulut se rendre indépendant, et il s'attribua le titre de chef suprême de l'armée sans l'avoir même demandé h Valenlinien. Ce prince, désabusé sur le compte d'Arbogaste par cet excès d'oudacc, et com|)renant combien était dangereuse pour lui rintluence que ce général avait prise sur l'armée, essaya de ressaisir son autorité ; mais il était trop tard. Il avait d'ailleurs commis Timprudence do se mettre à la merci d'Arbogaste en se rendant dans les (iaules, et bientôt, renfermé dans son palais de Vienne en Daupliiné, il se vit réduit presque à l'état desimpie particulier, sans avoir mémo la direction des affaires civiles. Il avait déjà écrit à Tbéodose pour se mettre sous sa protection, ce fut de Vienne qu'il écrivit h saint Ambroiso pour le prier de s'interposer entre Aibogaste et lui. Valentinien n'était encore que calécbumène, et quoi-

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qu*il y eût alors dans les Gaules plusieurs évoques côlî^bres par leur saiuteté, tels que Martin à Tours, l>elphinus à ilordeaux, et Victricius h Rouen , il avait le plus vif di^sir de recevoir le baptOinc des mains de saint Ambroise. Il le pria donc avec instance de venir le trouver dans les Gaules. Saint Ambroise se mit en roule immédiatement; mais il n'eut pas le temps d'achever le voyage : il n'avait pas franchi les Alpes qu'il apprit l'assassinat de Valentinien. l^e 15 mai 3U3, ce prince infortuné avait été saisi dans les jardins de son palais par les sicaires d'Arbogaste, qui Tétranglérent et essayèrent ensuite de faire croire à un suicide en le pendant à un arbre à Taide de sa ceinture. A la réception de cette aiïreuse nouvelle , saint Ambroise retourna sur ses pas, et, (H)ur nous servir de ses propres expressions, « il ne cessa d*arroser le chemin de ses larmes. » Cependant Arl^ogaste , no voulant pus avouer son crime hautement et pour mieux accréditer les bruits de suicide, n'empêcha pas qu on rendit à l'empereur les honneurs accoutumés. Les funérailles de Valentinien II furent célébrées à Vieime avec une certaine pompe dés le lendemain de sa mort, le jour de la Pentecôte , et son corps fut ensuite

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transporté à Milan pour y recevoir la sépulture. Les deux sœurs du jeune prince , Justa et Grata , n'abandonnèrent pas un seul instant le cercueil qui renfermait les restes de leur frère , et pendant les deux mois que le corps demeura exposé, elles passèrent auprès de lui , dans les gémissements et dans les larmes , des jours entiers et la plus grande partie des nuits. Théodose, qui avait été douloureusement frappé de cette catastrophe , leur écrivit pour leur donner des consolations ; il écrivit aussi à saint Ambroise, dont il connaissait le tendre attachement pour Yalentinien. Le saint évéque avait fait préparer un tombeau de porphyre dans lequel il fit placer le corps de Yalentinien à côté de celui de Gratien. Princes infortunés, victimes tons deux, à la fleur de TAge, d'un odieux assassinat, princes si charmants , si aimés , dont le souvenir est inséparable, et qui devaient, en eiïet, reposer tous deux dans le même tombeau. Saint Ambroise prononça Toraison funèbre de Yalentinien II; c'est un beau discours, dans lequel le cœur parle autaitt que l'esprit.

Cependant Arbogaste songeait à recueillir le fruit de son crime ; mais , comme il était barbare d'origine , il n'osa pas se revêtir lui-même de la

pcNurpre , et il donna le titre d'empereor à l'one de ses créatures nommé Eugène, qui avait été secrétaire de Valentinien et qui n'était pas nn homme sans mérite. Eugène avait en autrefois des relations avec saint Ambroise; voulant couvrir son Qsorpatioo de l'autorité d'un nom si respectable , il écrivit an saint évéque pour lui demander la contmuatioD de son amitié. L'évéque de Milan se dispensa de lui répondre^ et lorsque, Tannée suivante (394), Eugène, traversant les Alpes avec Arbogaste, se rendit à Milan, Ambroise s'em* pressa de quitter sa ville épiscopale pour se retirer i Bologne. A son arrivée en Italie , Eugène , voulant se faire des partisans , avait accueilli une nouvelle requête des sénateurs païens et rétabli dans le sénat l'autel de la Victoire; saint Ambroise donna pour motif de sa retraite l'impossibilité pour OD évéque chrétien de se rencontrer avec un prince qui venait de rétablir un culte sacrilège ; pouvaitil, d'ailleurs, entrer en relation avec l'usurpateur qui n'était monté sur le trône que par l'assassinat de Valentinien ?

XIV. Saint Ambroise, après avoir assisté à Bologne à la translation des reliques des saints roar-

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lyrs Vital et Agricol, se rendit ensuite a Faenza et de là à Florence , où il demeura jusqu'à ce qu'Eugène eut quitté Milan. En Tabsence d*Am^ broise, le clergé de cette ville se montra animé du môme esprit que le saint évoque ; il refusa les présents qu'Eugène voulut faire à Téglise de Milan, et il osa mémo interdire à l'usurpateur Tcn* trée du sanctuaire. On sait que le règne de ce tyran fut de courte durée. Théodose, qui n'avait cessé de faire des préparatifs formidables pour venger la mort de son beau-frère , pénétra en Italie à la tétc d'une armée nombreuse, et une grande bataille, livrée à quelques lieues d' Aquilée , décida du sort de l'empire d'Occident. Après avoir fait des prodiges de valeur et déployé une grande habileté comme général, Arbogaste, abandonné par une partie de ses troupes, fut complètement battu et se donna lui-même la mort; Eugène, fait prisonnier, eut la tète tranchée immédiatement. Théodose remporta cette mémorable victoire le G septembre 39i; il écrivit aussitôt à saint Ambroise pour l'instruire de cet heureux événement et le prier d'en rendre grûces à Dieu. Ambroise porta cette lettre à l'église, la mit sur l'autel comme une oiïrande agréalile à Tauteur de la victoire, et

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la tint à la main pendant qu'il célébrait le saint sacrifice.

Quoique cette guerre eût coûté bien plus d'efforts et de sang que la guerre contre Maxime , et que Théodosc se fût môme trouvé , le premier jour du combat, dans la situation la plus périlleuse , ce prince n'en conserva aucun désir de vengeance. Dès le lendemain de la victoire, il prit les plus sages dispositions pour adoucir le sort des vaincus. Mais comme saint Ambroise n'était pas encore instruit des intentions de l'empereur et qu'une foule de partisans d'Eugène étaient venus chercher un asile dans l'église de Milan , il lui écrivit pour demander leur grâce. Cette grâce était accordée d'avance , et, en réponse h la lettre du saint évoque, l'empereur envoya à Milan l'un de ses secrétaires pour prendre les fugitifs sous sa sauvegarde. Saint Ambroise s'empressa de se rendre h Aquilée pour remercier Théodose. Leur première entrevue fut extrêmement touchante. On eût dit que l'empereur était le suppliant; ce fut lui qui se jeta aux pieds du saint évoque , protestant que c'était h sa bienheureuse intercession qu'il était redevable de la victoire.

On sait qu'avant d'entreprendre son expédition

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contre Ârbogaste, Théodose avait consulté saint Jean d'Egypte. Le solitaire lui avait répondu qu'il devait aller chercher l'ennemi, que la victoire serait difficile et lui coûterait beaucoup de sang , et qu'après avoir défait le tyran , il finirait lui-même ses jours en Italie. Cette prédiction devait s'accomplir en tous points. Théodose, se sentant atteint de la maladie qui ne tarda pas à le conduire au tombeau, s'empressa de faire venir à Milan son fils Ilonorius, auquel il destinait le trône d'Occident, et le jour même de l'arrivée du jeune prince il le conduisit à la basilique de Milan et le présenta à saint Ambroise , en priant le saint évéque de lui accorder sa bienveillance et de guider par ses conseils l'inexpérience du futur empereur; il fit ensuite proclamer le jeune prince empereur d'Occident avec la plus grande solennité, et lui donna pour tuteur l'un de ses plus habiles généraux, le célèbre Stilicon. Théodose employa les derniers instants de sa vie à prendre toutes les mesures qui semblaient devoir assurer la paix de l'empire. Après avoir établi , comme nous venons de le dire, son iils Ilonorius en Occident sous la tutelle de Stilicon, il laissa l'Orient à son autre fils Arcadius, sous la tutelle de Kufin. Puis, sentant sa fin ap-

procher, il fit un testomeot qui est resté comme un impérissable témoignage de son amour pour ses sujets, et, le 17 janvier 395, il succomba è la maladie dont il souffrait depuis longtemps. Saint Ambroise, qui l'avait assisté dans ses derniers moments, fut chargé de prononcer son oraison funèbre. Cette imposante cérémonie eut lieu, suivant Tusage, quarante jours après la mort de l'empereur ; elle fut célébrée avec la plus grande pompe, et saint Âmbroise parla en présence d'IIonorius et de toute l'armée. Dans son discours, il représente au Souverain Juge les bonnes œuvres de Théodose, et, en offrant à Dieu les prières de tout l'empire , il exprime sa ferme espérance que l'empereur a déjà reçu la récompense éternelle de tout le bien qu'il a fait sur la terre. Cette oraison funèbre est l'un des plus beaux morceaux qui nous ont été laissés par saint Ambroise.

XV. Paulin met après la mort de Théodose l'invention des reliques de saint Nazaire et de saint Celse. Ces reliques reposaient hors des murs de Milan, dans un jardin où elles furent découvertes par saint Ambroise, qui les fit transporter dans la basilique des Apôtres. Ce fut vers le même

m SAINT AkfltnOIHK.

Um\m r|ijo Miiiiil Aniliroixo v^iiwl b Milait Imh oinhiiMmidDurfi dn KriliKÎlot roiiiii dm Manminiiiiii, (|ui, Hiir la r(^|)Ulaliuii du fiainl i^v^quo, lui onvoyail du riclioM pn^HunU pour fioii ùfflim^ «t lui dinnaiidait m lu^iun tiiinpN dun inNlrurttiouM pour no préparer h la foi rliri'ilioiuu) <pi*ollii voulait ombraMMor. Saiiil Ambroixo Malifilil h Ma domando par uno lollro cpi'il lui (écrivit ou formo do oalâ- (tlÛMmOy maifi qui 11*0^1 poiut parvouuo juM(|u*A nouN.

Il 110 paratl paM quo Maiut Ambroido, Nur la fi» do Ma vioy ail ou occaniou do proudro part dcuioU' voau aux allairoM politiquoM; iiâaumoiuM il ont cortaiu ifuil routiiiua do jouir d'uiio tr^M^K^aiido ron- MJdt^raliou aupri^n do Stitirou, lulour d*llouoriuH, qui uo inmii do lui It^moi^uor la pluM ^raudo d()frtrouriu

Vorii la liii do Taoui^o îtDH, IJuu^ou, t^v^qua do Vorroit, (Haut vouu â mourir, lo pisuplo diutnltn villo fut aNMo/ louKloiupN Ht\î\u pouvoir HtivcnriU^r Nur lo (tlioik d'uu Muuummr. Naiul AudiroiMi* , mi quiilili^ do tuiitropolitaiu , no roudit à Vori'i*il pour fiiiro rt'NNnr rnllo diviniou , (\i lit (tlioiNir pour ('«v^cpio Niiinl llotionil. hn l/t il no trauNporla h Pavio pour NM(T(*r \\u ('^v^quo. (!n fut lo dorui(*r artt* dn nom

SAINT AMBROISK. 1o:>

mmiÊtère^ car, immédiatement après, il tomba diiigereoMNiiefit malade. Stilicon, dès qu'il en fut brormé, «empressa de convoquer les citoyens les plus considérables de la ville do Milan et les rbargea de se rendre auprès du suint évoque pour le «opplier de demander à Dieu la prolongali'in de sa vie. Mais saint Ambroiso leur fit cette admirable réponse : « J'ai vécu parmi vous de mnai/rrc k n'avoir pas honte de vivre encore quelque lemfis; mais aussi je ne crains pas de mourir, parce que nous avons aiïairo à un bun matlrc. » Il moonit en eflel peu de jours après, le A avril 397, après avoir reçu la sainte communion des mains de Tévêque Honorât, qui resta constamment auprès de lui pendant sa maladie, et qui Tassista à les derniers moments. La fin de saint Ambroise fut si calme et si paisible, qu'on peut lui appliquer mieux qu'à tout autre la parole de nos livres laints : obdarmirit in Domino^ il s'endormit dans k; Seigneur.

Le corps de saint Ambroise fut transporté dans la cathédrale do Milan, nommée depuis basil Ambroisienne, où, suivant les traditions les re<ipectables, il repose encore aujourd'hui dani crypte au-dessous du multn;-autel.

400 8ÂINT AMBROISe.

XVI. J*ai essayé de faire connaître saint Ambroise comme évoque et comme homme d'État. Il me reste à le faire connaître comme écrivain. Saint Ambroise a beaucoup écrit; celles de ses œuvres qui sont parvenues jusqu'à nous forment deux gros volumes in folio. Voici la liste de ces ouvrages, tels qu'on les trouve dans l'excellente édition donnée à Paris, en 108G, par les Bénédictins : six livres sur l'Hcxameron, un du Paradis, deux de CaTn et d'Abel, un de Noé et de l'Arche, deux d'Abraham, un d'isaac et de l'Ame, un du Bien de la mort, un de la Fuite du siècle, deux de Jacob et de la Vie bienheureuse, un du patriarche Joseph, un des Bénédictions des Patriarches» un d'Élie et du Jeûne, un de Naboth, quatre de Job et de David, l'Apologie du prophète David, l'Exposition des psaumes i, 35,30, 37, 38, 39, 40, 43, 45, 47, 48, 01, H8; dix livres de Commentaires sur l'Évangile selon saint Luc, trois livres des Oflices, trois des Vierges, adressés à sa sœur Marcelline, un des Veuves, un de la Virginité, un de l'Institution d'une vierge, Exhortation h la virginité, sur la Chute d'une vierge, un livre des Mystères, six des Sacrements, deux de la Pénitence, cinq de la Foi, trois du Saint-Es-

SAINT AMBROISE. 4o7

prit, un da Mystère de l'Incarnation, un grand nombre de lettres , deux livres sur la mort de son frère Satyrus, l'oraison funèbre de Valentinien 11, celle de Théodose, et quelques hymnes.

Les oeavres de saint Ambroise peuvent donc se distribuer en quatre classes principales : les commentaires sur l'Écriture sainte, les œuvres morales et théologiques, les lettres et les oraisons funèbres. H ne saurait entrer dans le cadre que je me suis tracé d'examiner particulièrement et d'analyser chacun de ces nombreux ouvrages. Ce serait d'ailleurs vouloir refaire le travail que D. Cellier et l'abbé Guillon ont fait avant moi et beaucoup mieux que je ne saurais le faire. En racontant la vie de saint Ambroise, j'ai cité de nombreux passages de ses lettres; voici, dans ses œuvres théologiques et morales , les passages qui m'ont le plus frappée.

XVII. Dans son Hexameron, saint Ambroise traite des six jours de la création. Après avoir exposé et réfuté les divers sentiments de plusieurs philosophes touchant le commencement du monde, sa durée et son unité, il fait voir qu'il faut s'en tenir aux propres paroles de Moïse :

408 SAINT AMBROISË.

« Au commencement Dieu ût le ciel et la terre. Ce n'est point ici le concours fortuit d'atomes qui en s'accumulant les uns sur les autres, durant une lente succèssicm de siècles, ont produit le monde ; point ici de matière préexistante dont Dieu ait eu besoin pour faire son ou vrage C'est Dieu qui a donné au monde son commencement, lia marqué toutes les choses créées du sceau de la faiblesse pour éloigner l'idée que le monde fût incréé , existant par lui - même ; ce qui n'appartient qu'à

Têlie de Dieu seul Écartons toutes les questions

oiseiises, sans fruit pour le salut Quelle est la nature,

la situation de la terre 7 II nous sufiQt d'en connaître ce que nos livres saints nous apprennent. Il a stispendu

ta terre sur le néant; c'en est assez Parce que

la terre est suspendue au milieu de l'espace , ne venez point nous parler de balances , de contre-poids qui la retiennent. Dites que l'ordre souverain du maître de la nature lui a imprimé pour tous les siècles la stabilité qui

la maintient sur ses bases inébranlables Parce que

Dieu a fait toutes choses, conclura-t-on qu'il soit l'auteur du mal? L'existence du mal ne saurait être contestée, puisque nous en voyons tous les jours les mortels ravages. Mais de ce que nous avons dit déjà l'on doit inférer qu'il n'existe point par lui-même, mais qu'il n'est que la dépravation du bien , un égarement qui transporte hors

du sentier de la vertu l'âme qui ne réfléchit pas Il

n'y a de mal à proprement parler que celui qui , étant déterminé par notre volonté propre, suppose un choix Ubre, une intention préméditée, et par là nous rend justiciables du tribunal de la conscience. Être pauvre, sans considération dans le monde , être malade , mourir , ce ne sont point là des maux au jugement du sage, puisque

ce qui leur est contraire ne mérite pas le nom de bien. . . . Comment le monde, composé d'éléments si contraires de leur nature , a-t-il pu ne former qu*un seul tout 7 Comment des parties aussi discordantes se trouvent-elles enchaînées l'une à l'autre avec une aussi constante harmonie? Ce secret impénétrable à la faiblesse de notre raison , ne le cherchons que dans la toute-puissance divine , qui passe toute la portée de notre intelligence. Dieu Ta voulu ainsi. Arrêtons à ce seul mot toutes les recherches de notre curiosité. »

Saint Ambroise parcourt successivement toutes les phases de la création , et il s'eQorce d'en tirer d'utiles préceptes pour la conduite de la vie humaine :

» Parmi les poissons » dit-il » le plus faible devient la IMToie du plus fort, qui trouve à son tour un plus fort qui ne l'épargne pas davantage. C'est là votre image, ô vous qui faites votre proie de votre frère, qui dévorez la substance du faible et le poursuivez jusqu'au fond de l'abime, malgré ses efforts pour échapper à votre meurtrière avarice I Ce poisson qui en dévore d'autres , il tombe à son tour dans les Glets du pécheur qui en fait sa proie. Ainsi tomberez-vous sous la main de quelqu'un plus inique et plus avare encore que vous n'êtes.

» La tendresse des oiseaux pour leurs petits apprend aux pères et aux mères leurs dévoilas envers leurs enfants. Combien de nos jours ces devoirs ne sont-ils pas oubliés! Nous voyons la plupart des mères se hâter de

no SAINT AMBHOISK.

i^|K)usiier ilo leur seiu ccux-iuOiUQit do leurs» euhub qu'elles aiToctioniieiu le plus, ou les livra* à dos uourfic^s étrangères, quand elles sont eu état de les payer; d'autres , qui n*eu ont pas les moyens, les abandonnent, les exposent à la charité et à la compassion publiques, et ne veulent plus les reconnaître. Il en est qui portent la barbarie jusqu'k les étouffer dans leur propre sein, avant même do leur avoir donné le jour. Où se rencontrent ailleurs que parmi les hommes do semblables cruautés T *>

Dans son livre sur le Paradis terrestre , suint Ambroisc se propose un but particulier. Il s'efforce do prémunir les esprits simples contre les artilices dos hérétiques et les fausses interprétations des KiTitures.il discute les textes, les explique, et prolite avec une grande habileté des commentaires allégoriques de Philon, de saint llippolyte et d' Origine :

tt Adam et Eve api*és leur péché cêktenditciU /n voix du SeitfntHr qui se pi^omeuuit dans U pa^ tadi4 sur (c soir. Entendons |)ar ces nu)ts la préMUia' du Seigneur dans ses saintes Écritures. Présent en tous lieux |>ar son immensité, il Test dans tous les cœurs, dont il voit les plus secri'tes iHsnséos, Le |H^cheur fuit sa pix^sence, il ne saurait lui échapper. Son Écriture e.st la voix qui imrlo aux cœurs criminels , mais ce cœur ne Tenteud (|ue le soir. Il ne s'ouvre que tard k rimpresaion du repentir qui aurait dû prévenir la faute. »

SAINT AMHROISE. «M

Dni)8 son livre sur CnYn ot Abel , comme dans son Histoire du déluge et de la vie de Noé, saint Ambroise s'étend beaucoup sur le sens allégorique. Catn et Abel sont pour lui le type de la bonté et de la méchanceté, de m^me que la vie du patriarche Noé est , suivant lui , un modèle proposé à tous les hommes.

Le traité sur Abraham est partagé en deui livres ; le premier contient le récit des événements, Vautre traite plus particulièrement de la vie du saint patriarche, et il contient des inductions morales et mystiques sur les moyens d'arriver ii la perfection de la vie spirituelle :

« Si les sages du si^clc, dit saint Ambroise, entre autres le prince des philosophes Platon , et Xénophon formé comme lui à récole de Socralc, se sont plu à nous transmettre des desseins de république ou des plans d'éducation qu'ils proposent connue modèles dans la science du gouvernement et de la conduite de la vie, à plus forte raison devons-nous savoir gré à Moïse de nous avoir laissé dans la vie d'Abraham , non pas un modèle imaginaire, mais une histoire, une leçon qui nous est fournie par le divin Maître, dont le saint |)atriarche fut le disciple , et d'y avoir à l'avance tracé en quelque sorte sa propre image. »

A Toccasion du mariage d'Abraham avec Sara, saint Arobroise s'exprime en ces termes :

« C'est moins la beauté d*une femme que sa verlu et la régularité de ses mœurs qui lui gagne le cœur de son mari. Celui donc qui s'engage dans le mariage pour en goûter les douceurs doit rechercher une femme qui ne soit pas beaucoup plus riche que lui. La supériorité de la richesse dans la femme lui donne souvent une fierté dont elle se prévaut pour se soustraire aux lois du mariage. Préférez celle qui aime à briller par ses bonnes œuvres, plutôt que par l'éclat des pierreries. L'époux, de son côié , n'endure pas sans peine les hauteurs d'une femme qui le surpasse par la noblesse de l'extraction et qui ne l'oublie pas. Sara n'était ni plus riche ni plus noble qu'Abraham; il n'y avait entre eux nulle disproportion : elle l'aimait comme étant son égal, et 11 n'y avait ni richesses ni |>areftts qui pussent la retenir dans le lieu de sa naissance ; elle suivait son mari partout où il avait résolu d'aller. »

Dans son livre d'Isaac et de rame, saint Ambroise présente Talliance du patriarche fils d'Abraham avec Rébecca comme un double symbole de l'union du Verbe avec Tftme humaine et de l'Église avec son céleste époux. Dans le livre de Jacob et de la vie heureuse, je remarque surtout le passage suivant, dans lequel saint Ambroise, à l'oc-

casion de la prédilection que Rébecca avait pour Jacob , donne aux mères cet excellent avis :

« Ne vous prévalez pas de cet exemple pour faire pencher la balance en faveur de l'un de vos enfants au préjudice de l'autre. Ces aveugles prédilections deviennent parmi les frères des semences de discordes qui peuvent armer leurs mains d'un fer parricide. La tendresse paternelle doit s'étendre à tous dans une même mesure. Je veux qu'au fond du cœur on se sente plus d'affection |:our celui-ci que pour les autres , parce qu'il est plus caressant , parce qu'il vous ressemble davantage , n'importe la cause; toujours doit-on se prescrire à l'égard de tous la même règle de justice. Vous servez bien mieux celui que vous chérissez en lui ménageant l'amour de ses frères. Vous lui ôtez plus que vous ne lui donnez en le chargeant de l'envie que provoquent d'injustes préférences. Il peut y avoir dans le cœur des parents une louable rivalité qui partage les sentiments. Que la mère prodigue les soins , le père ses conseils. Que la mère couvre le plus jeune des effusions de la tendresse ; que le père, par ses égards, assure à l'aîné les droits qu'il tient de la nature. Que l'un témoigne plus de déférence, l'autre d'affection; qu'un égal attachement donné à tous entretienne entre tous la concorde : de peur que ce qui est donné à l'un ne soit un larcin fait à l'autre, et quand l'un reçoit , que l'autre ne soit pas sans dédommagement »

Dans son livre du patriarche Joseph , saint Ambroise revient sur cette idée de l'égalité qui doit

exister entre les enfants, et il l'exprime avec encore plus de force :

« Il est doux d'aimer ses enfants, délicieux de les aimer avec tendresse; mais aussi il arrive trop souvent que l'amour qu'on leur porte , s'il n'est pas renfermé dans des bornes raisonnables, leur devient funeste quand un excès d'indulgence les abandonne à leurs caprices ou qu'une prédilection exclusive pour Tun d'eux dérobe aux autres les sentiments qui leur sont dus , et détruit dans le cœur des frères l'amour qu'ils se doivent réciproquement. Le bien le plus précieux que les pères puissent procurer à leurs enfants c'est un mutuel attachement. C'est là le plus riche héritage 5 leur laisser. Loin de marquer plus de prédilection aux uns qu'aux autres, faites au contraire que ceux qui partagent également la mémo nature, partagent aussi également les mêmes faveurs. Un peu d'argent de moins n'est pas une grande perte auprès de celle de l'union domestique. »

Je passe les deux traités des bénédictions dos patriarches et du jeûne, pour m*arr6tcr sur le livre de Nuboth et sur celui de Tobie :

« Ancienne quant au temps, dit saint Ambroise, l'histoire de Nabolh est conteni) orainc et journalière. Où sont les riches qui se contente nt de ce qu'ils ont et ne désirent pas encore davantage, jusqu'à vouloir ce qui ne leur appartient pas, jusqu'à convoiter la modique possession du pauvre, et lui disputer l'humble héritage de ses

pères T Combien d*Achabdans le inonde. Hélas! on les ▼oit sans cesse se reproduire; pour un qui meurt , il en renaît cent. »

Dans son livre sur Tobic, à propos du prôt fait à Gabélus par le saint patriarche, saint Âmbroise s'élève avec force contre l'usure ; et pour lui, l'usure n'est pas seulement Tintèrent usuratro d'une somme d'argent, c'est tout ce que l'on exige en sus de la chose prêtée quelle qu'en soit la nature :

« C'est une usure d'exiger plus qu*on n*a prêté , soit dans les choses qui se consomment pour là nourriture de rhomme,soit dans celles qui sont employées pour son vêtement. Quelque nom que vous lui donniez c'est une usure. Si la chose est permise , que ne lui donnez-vous son nom? Si elle est défendue, pourquoi cherchez -vous un prétexte! Pourquoi demandez-vous du profit! •

Voici les excellents conseils qu'il donne , un peu plus loin, à ceux qui sont tentés de recourir à la bourse d' autrui :

« 11 n'y a pas de crime à être pauvre, point de honte à être indigent ; il y en a à devoir et à ne pouvoir rendre. Les échéances arrivées, il faudra demander des délais, de nouveaux termes, inventer des excuses , se mettre à la gfne pour donner des à-rompte. On se brouille, on

446 SAINT AMDROISE.

s'emporte, oq se fait an ennemi de l'homme de qui l'on implora l'amitié et les bienfaits. Tant que vous êtes libre n'allez pas vous mettre sous le joug. Êtes-vous riche , n'empruntez point à usure ; êtes-vous pauvre, ne le faites pas non plus ; car si vous êtes riche vous n'avez pas besoin d'emprunter, et si vous êtes pauvre, vous devez être empêché d'emprunter par la difficulté que vous aurez à rendre. «

Je pourrais encore faire de nombreux extraits des commentaires de saint Ambroise sur T Écriture sainte; mais je craindrais de m'étendre trop loin, et je passe aux œuvres morales et aux traités dogmatiques du saint évéque pour les parcourir rapidement.

Le traité des Offices de saint Ambroise, divisé en trois livres, roule particulièrement sur les devoirs des ecclésiastiques; néanmoins il ne laisse pas d'y traiter des devoirs de tous les chrétiens, et Ton y rencontre à chaque page des préceptes d'une sagesse admirable et que chacun peut mettre en usage dans la pratique de la vie.

« Si la justice a quelque chose de sublime, la libéralité a quelque chose de plus engageant. Ce n'est pas assez de vouloir , ni même de faire du bien aux autres, il faut le faire de bonne grâce.

.... » Qui ne repousse pas, quand il en a les moyens^

l'injastice faite à uq autre, n*est pas moins coupable que Tagresseur lui-même.

» La perfection de Tauinône est de la cacher sous le Toile du silence et de pourvoir si secrètement aux nécessités des pauvres que l'on ne puisse en être loué. »

Dans son livre des Avantages de la mort, saint Ambroise s'exprime en ces termes :

» La mort n'est-elle pas un mal 7 L'Écriture nous le déclare ; elle nous dit que Dieu n'avait pas fait la mort. Il avait placé la vie dans le paradis terrestre, c'est le péché qui a introduit la mort. Elle n*est un mal que parce qu'elle est un châtiment; mais ce châtiment cesse avec la vie. Il cesse dans l'opinion du païen qui croit que tout Gnit avec lui; il cesse dans la doctrine de l'Âpôtre, qui regarde la mort comme un gain , parce qu'elle doit l'unir à Jésus-Christ. Mais si, comme il n'est pas possible d'en douter, Tâme survit au corps et conserve le sentiment , il y a donc une vie nouvelle après la mort , et , avec cette vie nouvelle , un autre ordre de biens sur lesquels la mort n'a plus de prise, des jouissances d'autant plus pures que l'âme les possède toute seule et sans l'union avec ce corps mortel , qui l'entraîne et l'importune plutôt qu'il ne la sert. La mort n'a rien de redoutable pour l'âme qui aura vécu dans l'exercice de la vertu. Pourquoi donc nous plaindre de la mort qui met un terme au châtiment et devient une expiation? Voilà la merveille de la mort dans les chrétiens : elle ne Gnit point leur vie , elle ne finit que leurs péchés et les périls où ils sont exposés, n

448 SAINT AMBROISB.

C'est par ce beau passage que je terminerai mes citations; ces citations sont bien restreintes, bien incomplètes, et les autres ouvrages du saint évoque renferment encore une Toule de passages saillants que j'aimerais ù citer; mais je dois me renfermer dans le cadre que je me suis tracé , et d'ailleurs les citations que j'ai faites, soit dans cette dernière partie soit précédemment dans le cours du récit, me semblent suffisantes pour que Ton puisse se former une idée précise du style et de la doctrine de saint Âmbroise.

Le mérite de ses ouvrages peut se résumer en peu de mots : la foi y domine , le cœur y parle , et le lecteur chrétien y trouve une source abondante de lumières et de consolations.

ETUDE

SUR LA VIE BT LES OtVRAGE^

DE SAINT ATHAIVASE

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