‹ Essais diversChapitre 5 sur 5 · A M. DE S · texte numérisé non relu

A M. DE S

Je suis confondae et désespérée, mon très-cher collègae , du malheur qui tous est arrivé ; et si je pouvais partir au lieu d'écrire, j'irais vous soigner sur-le-champ. Fasse le ciel que vous alliez de mieux en mieux , et faites-moi donner de vos nouvelles tout de suite, et n'importe par qui, prenez la première patte de chat venue. Pauvre collègue , comme c'est triste ! aller quelque part pour se rac* commoder et y trouver quasi la mort ! Je regrette encore bien plus vivement de ne pas vous avoir à notre tranquille Bourbon-Lancy ! C'est un horrible accident que le vôtre , et vous en parlez avec un calme, une gaieté, que je trouve admirables. — Cher collègue, vous avez certes un beau caractère , et plus on vous connaît , plus on vous aime*

Mon mari est à Moulins pour le conseil général ;

il ne me reviendra que dimanche prochain. Si j'étais à dix lieues de vous, je partirais en char à bancs pour aller vous visiter. Soyez tranquille sur mon silence; je comprends vos motifs et les

LETTRES. an

approave , poisqne vous me dites qae tout ti hîea dans votre tête brisée , et qu'on vous recomnwiide la solitude.

Je me désole de perdre l'espoir de vous aroir ici. Ne croyez-vous pas (|ae Paray et son calme, et 80D bon médecin Pinot et nos soins, ne vous seraient pas meilleurs qu'un si long trajet toat d'une pièce et, au bout de ce trajet, la vie si agité« de Paris, même quand on reste au fond de sa chambre ? J'espère encore vous recevoir ici; dites-moi si vous avei besoin de n'importe quoi, disposez de moi sans façon , comme si j'étais des vAtres : je le suis bien par mon omitié pour vous. Adieu donc; faites-moi écrire comment vous ailes.

P. S. Cher collègue, je reçois une lettre de mon mari qui a appris à Moulins, par le colonel Renaud, votre affreux accident dont il est bien inquiet; il me dit avoir écrit à voire médecin, et je vais , pour le rassurer, lui écrire que vous avei eu la force de me donner vous-même de vos meilleures nouvelles.

Nous en attendons d'autres avec impatienct*.

Adieu. Pardon de vous en écrire si long, puisqu'on vous défend de lire. Vous ne devea pas encore

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VOUS ennuyer; car la souffrance est une grande distraction.

A M. L'ABBÉ P

Monsieur l'abbé,

C'est avec délectation que j*ai passé trois heures hier soir à me nourrir de vos corrections, et j'en suis si pleine de gratitude que j'ai besoin de vous en remercier totU de suite. Voilà mon zèle triplé par votre bonté sincère, qui est la seule utile; car la bonté fade et molle né sert qu'à nous hébéter. Mon manuscrit, qui aurait mérité le sort de celui de votre ami Tévéque , est devenu précieux à mes yeux depuis que ses marges ont été illustrées par tant de goût, d'esprit, de connaissances profondes et d'affection; permettez-moi ce mot. Je vais ôter de la Fie de saint Jmhroise tous ces hors-d' œuvre, toutes ces longueurs sur Théodose, Abailard, Tbessalonique , toutes ces répétitions sjur le respect de la vie de l'homme témoigné par Ambroise dans ses

traités diiers. Je n'y mettrai rien do mien , et laiaserai mon lecleor juger en liberté. Le saint docteur a été jusqu'à dire que, bien que saint Paul ait admis la punition du coupable par la mort , il est cependant louable aux juges de s'en abstenir, à Teiemple de Jésus-Cbrist, qui n*a tooIu la mcri depenonne. Yous aies fait, monsieur l'abbé, l'bonneur à M. ViU lemain de le citer dans une marge ; je puis donc TOUS citer également M. \illemain, qui a écrit que saint Ambroise a^ait fhorreur du $afig té^ pandu. Comme cette opinion est réprouvée en général par les hommes d'État, ne serait-ce pas la raison pour laquelle les commentateurs d' Ambroise passent légèrement sur sa manière de peu* ser de la peine de mort et sur la hardiesse de ses opinions à cet égard? Voilà, suivant moi, pourquoi cet évéque est moins connu et moins prôné que tel autre des temps passés. 11 est donc évident qu'il me faut adoucir et retrancher, sans mentir aucunement , et c'est ce que j'ai essayé de faire tn Naboth.

Je vous déclare, monsieur l'abbé , qu'il y a une note de vous sur ce même Naboth qui me charme tellement que je la mettrai dans le teite sans façon , car elle éclaire tout ce traité et met le saint doc«

leur en contradiction parfaite avec lui-même. C'est ainsi que je vous voterai tant que je pourrai* — Je vous avoue encore, monsieur Tabbé, que c'est à regret que j'ôterai ce que je disais, en parlant de Bossuet , de Tinfluence de Louis XIV sur ce grand évéque, car c'est la vérité pure, et les quatre articles , que je n'ai pas osé mettre en scène , parce qu'ils sont les armes des philosophes , en font foi. N'importe : je mets mes opinions, mon entêtement contre la flatterie, mes préjugés féroces en faveur de la sincérité, je mets tout cela à vos pieds, parce que j'ai une entière confiance en votre foi, en votre raison, en vos lumières, et que je reconnais l'inutilité de casser les vitres. Je suis incapable de juger la portée de mes paroles sur des choses tellement au-dessus de mon intelligence, et voilà pourquoi je me sens toute soulagée de voir que Dieu m'a mise sur votre chemin , et que vous avez bien voulu me ramasser : / thank y ou in my souL

Quand j'aurai refait mon œuvre d'après vos conseils, j'aurai l'honneur de vous la porter, et je vous préviendrai par un mot d'écrit pour avoir de vous un renàez-vous chez tous; voilà bien des vous.

LETTRES. 37a

Recevez avec bonté , monsieur T abbé, Teipression de mon respect et de ma vive reconnaissance.

P. S. Si ma seconde copie ne vous platt pas, j'en ferai une troisième. Ma patience sera inépuisable, car je n'ai goût qu'à la littérature sacrée, et cette étude est la seule qui me passionne.

Ayez aussi de la patience, je vous en prie, monsieur l'abbé, car il vous reste encore à lire et à raturer douze traités plus ou moins gros sur les œuvres de saint Ambroise.

J'oubliais de vous dire que la grande note écrite sur la première page est illisible , effacée , et que je n'y comprends rien encore. C'est d'autant plus fftcheux que mon beau-père, Tidéologue, m'a ap« pris à croire que le commencement d'un livre était tout. Je croyais auparavant que c'était la fin qui importait davantage : il paratt que je me trompais. Je vais me creuser l'esprit pour vous comprendre ou vous deviner, ne pouvant lire ce que le frotte* ment a ravagé , chemin faisant de Notre-Dame à la Madeleine.

A M. L^ABBE P

Monsieur l'abbé.

Si je n'ai pas l'honneur de vous trouver, vous trouverez mon manuscrit en rentrant. Vous vous êtes engagé vis-à-vis de moi, vous m'avez f^romû de le relire et de me dire toujours la vérité, et point de flatterie; la flatterie» c'est le démon.

J'ai mis mes opinions dans ma poche et j'ai pris les vôtres. J'ai arrangé le peu que j'ai gardé. J'ai mis devant ce que j'avais mis derrière, et vice versa. J'ai tout bouleversé, tout cherché à comprendre dans vos notes, et ce travail m'a intéressée au dernier point. J'ai laissé dire à ma plume que saint Ambroise n'aimait que la mort naturelle , parce qu'il l'a dit lui-même en ajoutant que Dieu seul a le droit de reprendre la vie qu'il a donnée. Vous voyez, monsieur l'abbé, que j'avais raison de vous dire qu'il niait la pro^ priété dans Naboth. Soyez assuré que je n'invente rien dans mes citations. On me dit qu'un philosophe rouge veut traduire quelques morceanz d'Âmbroise avec des remarques aggravantes. Ceci

aogmaiite mon zèle à servir la vérité» en montrant que , dans certains passages , le saint évéqae dit le contraire de ce qa*il a écrit ailleurs. G*est lui rendre service que de montrer qu*il se contredit^ mais qu'il n'est ni communiste, ni socialiste, ni saint* simonien.

Aidez-moi de vos souvenirs, ayez pitié de ma faiblesse • venez à mon secours, monsieur Tabbé, et Dieu vous le rendra.

A M. L'ABBÉ P

Monsieur l'abbé.

J'aurais été vous visiter si je n'avais eu un boulet au pied , c'est-à- dire une enQure énorme et assez douloureuse pour me forcer de rester intra muras ^ une patte chaussée et l'autre nue.

Ma fiUe m'a appris le soir que vous étiez maigre, triste et en robe de chambre après avoir été trop secoué par une drogue purgative. Sedebit^ taoebit

et solitarius remanebit. Si je Tosais, je vous gronderais. Si vous le vouliez, je serais votre médecin. En attendant, je prie Dieu de vous accorder une bien longue vie, malgré ce que vous m'avez dit , et par la raison qu'il m'est impossible de ne pas croire à votre bonheur sur terre. Ce qui fait le bonheur, c'est l'esprit, c'est l'intelligence, c'est l'étude et l'élévation des idées, c'est la volonté, l'imagination, la mémoire et l'entendement. Les hommes se tourmentent pour prouver que toutes ces choses sont des facultés diverses qui ont chacune leur compartiment, comme on place des bobines dans une botte. Tout cela c'est l'âme; et voilà pourquoi je vous trouve heureui , parce que vous avez une âme supérieure, et que vous jouisses d'une foule de pensées que les êtres inférieurs ne connaissent pas. Ne vous laissez donc point aller à vous droguer, à vous livrer à la mélancolie. Venez dtner avec moi le plus tôt possible. Nous mangerons une poule, nous causerons des Pères mêlés d'un peu de politique.

Je vous remercierai bien mieux en paroles qu'à la plume du manuscrit du Traité de la pénitence que vous avez corrigé. J'ai réparé mes bêtises avec ce même sentiment de gratitude qui me fait nager

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dans les délices en lisant vos notes , qui m'appren* oent tant de choses que je ne savais pas.— Grâce à vous, je mériterai un jour le surnom de diacre que déjà quelques flatteurs ignorants et fades m'ont octroyé dans leur faiblesse.

J'ai de bonnes nouvelles de mon mari , qui est dans le vieux castel que j*ai dessiné sur mon papier à lettre, pour me donner comme un parfum de ce séjour sauvage où je ne vais plus. rus ! quando ego ie aspiciamPHtAne le peut dire par ce temps dont les jours sont pleins d'orages imprévus !

Bonsoir, monsieur l'abbé , and God hless you. Je travaille avec un zèle continu, plein de redoublement, sur les œuvres de l'évéque de Milan. Mou mari est très-content de celui de Moulins, qui prend très-bien dans ce pays de loups.

Écrivez-moi un mot pour me dire quel jour vous voudrez bien venir dtner avec nous.

A H. L*ABBÉ P

Monsieur l\bbé,

Je désirais vous rendre visite aujourd'hai, mais ma fille m'a dit que voas deviez aller chez votre frère ce matin,, que demain vous seriez an couvent, et que le dimanche vous n'étiez nulle part. Donc, monsieur Tabbé , me voilà réduite h vous inviter (à la plume) d'avoir la bonté devenir dîner avec nous lundi prochain, ainsi que vous me l'aviez presque promis, après vous être reposé de nous une semaine entière .

Je vous écris le cœur gros et les larmes aux yeux , car je viens de dire adieu à mes petits garçons, qui sont venus tout à l'heure m'embrasser chemin faisant pour Enghien. Godbless themi

Pour me distraire et en dépit de la faculté de médecine, je vais me plonger avec vous dans la faculté de théologie, lisant vos notes, approuvant vos critiques, savourant vos remarques, toutes choses qui m'ouvrent l'esprit. Je compte pourtant batailler avec vous sur le mot franche?nent appliqué à la manière d'accepter la mort. Je le préfère

Il DC fCBfl W^ mWtKOÊÊ% I MÊCC wft ^HMtCMMMIVf

qoî ne Ta, et je le BaaiieHkai hvdJMeBL Je maiiilieodrai aan ■■ petit piwigg mm dbmlmrd^ kt9mtètWÊte$ aais les pUbeopkef ^ ee jov préteadent qa' Abaiani a cW/é SMt A^mbe son Traiiédela Trmàé^imdàqÊeetAAhukHi ^ a été collé fÊr§mft Bernard.

Votre ùwmAiÊe ne dooDe Teieople #«er de h nénie Terta em ttlUmr de Yotre amitiéy si précieose, si édairée^ si nécessaire a mm iodeOigeiioe et i nia sécorité poor le travail que j*ai entr ep r i s.

Bonjour, monsienr Tabbé. Mon mari se joint à moi ponr Yons oflErir Teipression de tons nos sentiments de respect et d'entier dévonement.

A M. i;abbé p.

Monsieur l'abbé,

Je voas avais défendu (c'est-à-dire prié humblement) de ne pas vous donner la peine de m'écrire,

et d'accepter sans façon mon dîner d'aajoord'hni , pour me faire autant de plaisir qae d'honneur, et me procarer le bonhear de savourer^ c'est le mot, votre conversation.

Je vous dirai au dessert , monsieur l'abbé , que la vie d'un prêtre doit élre en partie sacrifiée au bien-être d'autrui, et employée à relever l'flme de son prochain. Voilà pourquoi il vous est interdit de vous renfermer dans la solitude de la misanthropie, et commandé de faire part de vos facultés intellectuelles à celles qui en manquent et qui ont trop d'imagination.

Nous parlerons ce soir de votre œuvre écrite, et je vous félicite d'être en train de la commencer. Je m'offre pour vous faire des copies au besoin. — Je vous offre tout ce qui est en moi, monsieur l'abbé, mon dévouement, ma gratitude, ma gaieté, mes idées et mon affection la plus sincère , si vous en voulez bien.

A tf. L'ABBÉ P.

Monsieur l a»»è.

1 • k;.r soir par intuiûoo à ce q«« Je répond»* ^^ ^^ P^ bien!

«'^.rivex ce malin. ><"» " '"J ^oos ^^'^ ; rencontrer sur m. route Dieu a voulu me faire re ^^^

m. i'.i,l>é P. au moment ou j a^«» » r .

M. » ««^ V. iM«r* d'un directeur émment, a'on consetller éclairé, a»«

d'un ami solide^ ^,^^^^^ ^^^ ^es

. "^t; î: rmolts où l'âme se décourage

''*"' t»!.îl des révolutions qui font connaître

par le spectade des révo ^^^^^^^ ^^ ^^^

'""'^'rtLVûLnthropie.reprene.vos laissez P»7^^'''Jj;,„, f^^^^^^ sans terme fixe; '*'''" '^tit^'l^^^tâc^^^ une occupation

^"' '" "' LZZ livre Ne perdez pas votre délicieuse ^«'^^ "";^^3^^,es qui ne seront con- ^^P'' ^" WH nol e de rivilégiés. FaiUs ::r'r:r;.parle«.en -os intimes, per.

"^••:::!:rqr.:t:'au-dessusdec^^

aSS LETTRES.

petits devoirs, qui ne peuvent être le fort d'ane âme comme la vôtre. *

Mille et mille remerctroents pour ces nouvelles et précieuses notes que vous voulez bien m'écrire en marge, au milieu de vos fatigues. Reposez-vous de moi (c'est-à-dire de mes manuscrits), et venez en voiture , le plus vite que vous le pourrez , me voir et dtner avec nous en famille. Je ne puis plus me passer de vous. Il faut pour mon bonheur à moi que vous vous portiez bien. Soignez-vous, ne marchez pas au soleil , mettez-vous à lire ce qui vous plaît le plus , jouissez de votre libre arbitre en plénitude, et acceptez l'amitié et les prières de celle qui est votre toute dévouée, pleine de gratitude et d'admiration.

La solitude ne sert de rien pour faire un long travail. C'est la conversation t^ivante qui donne des idées et fait naître des réflexions. La solitude épuise l'énergie. Pour bien écrire longtemps, il faut manger; et manger fait dormir. Prenez-moi pour médecin , monsieur l'abbé , je vous le demandais hier soir; j'avais la certitude que vous étiez préoccupé et attristé.

LBTTBES. aa

A H. L'ABBÉ P

Monsieur l*abbé,

Je yoQS envoie an petit bonjour, sons la forme d'une petite bouteille i'aqua vilœ très-vieille et très-stomachique, Cur non? La forme ne fait rieui c'est le fond qui fait tout, en fait d'eau-de-vie et de bons souhaits. Hélas! il n'en est pas ainsi de mes manuscrits ! Seigneur abbé, ayez pitié de moil et recevez avec bonté l'expression de tous mes sentiments les plus divers, ayant à leur tête le respect le plus profond et la reconnaissance la plus vive.

Je suis votre humble servante.

Mon cœur ne me saute pas à la gorge ce matiO| et je pense que notre conversation d'hier a contribué à le calmer en le remplissant. J'espère que mon eau-de-vie pourra faire le même bien à votre estomac. Amen*

A H. L'ABBÉ P

Monsieur l'abbé,

On vous a volé votre Molière; je vous envoie le mien. Acceptez-le » monsieur Tabbé, acceptezle comme je vous lofFre, de tout mon cœur, et en vous priant de l'excuser et de lui pardonner de n'être pas neuf. Au contraire, hélas ! ce Molière est ancien, relié à la mode des temps passés; il vous rappellera d'autant mieux celle qui vous prie de garder ce livre en souvenir d'elle et de lui faire l'honneur de le placer à côté de saint Augustin , qui, lui aussi, avait l'esprit ouvert à tout ce qui est beau, et a su idem frapper sur les hypocrites et flétrir le ridicule.

Je n'ose pas aller moi-même vous déranger.

J'espère que vous êtes livré à vos études sur la communion romaine^ délivré de ces absurdes détails de la vie privée et déchargé de ces petits riens qui mangent le temps et rétrécissent l'intelligence. Amen.

Je suis, monsieur l'abbé, avec l'expression de tout mon respect, la plus dévouée de vos servantes.

LETTRES. Uê

Qnand voiu mtez fini U premier mwum > m yieodrez*voa9 pas dtoer avec pous? Diteinnoi oui, et 6}ec le jour de la aernaîne prochaine <|qî f mi eomiiera le moios.

A M. L'ABBÉ P

Monsieur l'abbé,

Me fille prétend que voua ne m'avez paa encore oubliée, et cela me paratt évident, puisque vows evez demandé de mes nouvellea. Je me hâte de you3 remercier de ce bon souvenir, et je vous dirai en même temps que c'est pour cause et sans malice que je me suis privée tout l'été du plaisir de vous écrire , après vous avoir comblé d'ennui tout l'hiver par mes divers manuscrits. J'ai jugé indispensable de vous laisser respirer, afin de ne pas nous attirer, a saint Ambroise et à moi, votre malédiction. Malgré mon muUsme^ vous ne doutez pas, j'en suis sûre, dé ma reconnaissance envers vous, ni de 1* affection que vous m'avez permis djs

TOUS porter. L'idée qui me console le mieux de ne pouvoir rester où je suis est celle de retrouver nos bonnes conversations sur toutes choses et tout le monde, depuis le pape jusqu'à M. Cousin, ycom* pris les voltairiens et les jésuites. J'ai flâné tout l'été dans l'herbe, comme la cigale, livrée à l'oisiveté, broutant dans le potager et allant à travers choux, ne m'occupant que des bétes, dont je partageais la manière de vivre. Cette manière un peu sauvage m'a bien réussi. Je dors comme un hibou et je mange comme un brochet. Ne croyez pas cependant, monsieur l'abbé, que je sois devenue aussi fade qu'un mouton et ayant aussi peu d'idées; j'ai eu le soin de les entretenir par la lecture de vos notes marginales, les jours de pluie ou de malaise. Ces notes, ces remarques aussi justes que sensées, m'ont été très-salutaires, et j'ai tâché, quand j'ai travaillé, de faire mieux en suivant vos excellents conseils. J'ai plus que jamais le désir de 6nir mon élude sur saint Ambroise , afin de la donner à d'autres é vaques, mes amis, qui ne connaissent guère celui de Milan. J'ai vérifié les éloges prodigués par celui-ci aux femmes sur le texte même (livres de la Virginité), et ces éloges dépassent de beaucoup ce que vous aviez cru être de

mon invention* — A propos de théologie^ nous oyons eu pendant deux jours la visite de monseigneur de MoulinSi qui est tout simplement charmant, et que je préfère à tous mes vieux amis du quatrième siècle. Nous avons eu tous les curés du canton et puis le R. P. de Septfonds et des trappistes, dont un trèssavant. Mon mari est le seul membre du conseil général qui ait voté pour les jésuites. Tous les autres en ont une peur effroyable. Mon mari a accepté d'être porté pour le conseil académique, afin d'empêcher un rouge cramoisi d'être nommé. Notre province est de cette couleur, mouchetée de blanc. Je dis aux rouges d'aller à la messe et aux blancs d'appuyer la république. Vous voyez, monsieur l'abbé, que je cultive toujours la franchise, imbécile ou non, en ville ou dans les champs. Encore quelques jours, et je vous reverrai, 6 vous tous, malheureux habitants de Babylone, qui ne savez pas jouir du spectacle de l'approche de l'hi* ver, alors que la nature a l'air d'être empaillée sous les feuilles mortes qui la couvrent, que les oiseaux deviennent tristes et les fleurs flétries; alors qu'on entend le vent chanter des gammes toujours en mineur et descendantes, ce qui eiprime la mélancolie; et les bandes d'oiseaux sauvages

3di LETTRES.

qui pftÉiêeiit dansi Vmt eft led sapms, detiîl àé l'été, parure de ThiTer, et les grandes cheminées feitiplies d'arbres etitiefs et de cri-cri. Hélas! oui, dans dix jours nous quitterons toutes les ravissantes choses de la campagne, de la vie tranqnille, do repos et du loisir ! Je regrette jusqu'ani insectes, et je pleure les papillons quia non sunL

Adieu 9 monsieur l'abbé, si j'étais aussi jeune et privée que mademoiselle Déjazet, je vous embras* serais; mais ne l'osant pas, je vous prie de croire à tous mes sentiments les plus respectueux et les plus dévoués.

Comprenez -vous quelque chose à la politique? — Non. Eh bien! ni moi non plus.

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