‹ Essais diversChapitre 4 sur 5 · A M. DE S · texte numérisé non relu

A M. DE S

Cher collègue, j'ai reçu votre billet de Moulins, et j'aurais bien préféré vous recevoir vous-même. Mais ce sera pour plus tard. Profitez de ce beau soleil d'Afrique pour perdre votre toux et retrouver votre bras. Puissiez- vous boire, à la fontaine du Mont-d'Or, des eaux de Jouvence et nous arriver

bientAt pour vous reposer tous nos vieux arbres généalogiques. Moi, je bois du vin en vous attendant et je me porte à merveille » me couchant à neuf heures, me levant à sept, mangeant de tout et marchant comme tout le monde.

Victor vous dit cent amitiés. 11 est noir comme un crapaud ; il sent l'herbe et rentre sa moisson , qui est magnifique. Nous sommes dans les maçons, peintres, menuisiers, et tout ce culbutis me charme au superlatif.

M. Mérimée est venu passer trois jours avec nous en revenant d'Auvergne et retournant à Paris ; il a visité toutes les vieilles églises , les vieux murs, les volcans, les eaux minérales, etc., qu'il est chargé de surveiller.

On me dit que la question de dissolution est ajournée; cela ne vous intéresse plus , car je crois que vous serez pair avec une douzaine d'autres élus qu'on créera bientôt. Je vous le souhaite , collègue, car j'ai horreur de toutes les élections, et je voudrais également , je vous le jure , voir mon maître à la diambre des pairs, afin de n'avoir plus de ces battements de coeur et de ces émotions électorales qui font vieillir la valeur de cinq ans en quelques jours , quand on est impres-*

sionnable comme madame de S. et comme moi.

J'espère qae voas avei de ses bonnes nouvelles et qu'elle se trouve toujours bien dans sa verte Normandie.

Bonjour y cher collègue; écrivei-moi tout de suite ) car je vous aime bien et voudrais vous savoir remis dans votre état naturel. Victor se joiot à moi pour vous prier de venir ici le plus tôt que vous pourrai; cela nous sera bien agréable, cher collègue y ainsi n'y maoquei pas.

Mes filles sont à Boulogne-sur-Mer, d'où elles nageront en Angleterre, pour voir ce pays à la hâte, avant de revenir à Paris. M. Pinot regrette bien de ne pas vous avoir eu à «es eaux de Bourbon; je pense que lui et elles vous au* raient guéri.

Nous n'avons pas encore de fièvres ici; notre verdure est fraîche comme au printemps. Je ne me rassasie pas de ce prospect, de cet air pur, de ce calme et de ces fromages à la crème dont je mange cette année selon toute ma fantaisie.

Adieu encore. Que lises-vous? Moi, rien du tout. Je m'hébète à plaisir ; c'est un de mes plus doui passe-temps.

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