TROISIÈME ACTE
La décoraticn du premier acte. Il fait jour. SCÈXE PREMIÈRE
BERTILLE, GASPARD
BERTILLE Oui, oui, Gaspard, je te le jure :
Il n'est peine que je n'endure Avec plaisir, pour faire voir Qu'en amour je sais mon devoir.
LE VIOLON' MAGICLUE. 97
GASPARD Pauvre enfant !
L'on te croit encore Aux mains des archers, l'on ignore Que tu les as si bien chassés.
GASPARD
Chassés ? Non ! Brisés, terrassés Tous deux, par ta grâce infinie.
Cher violon !
BERTILLE
O bon Génie !
Le Génie a veillé sur toi!
GASPARD Sur nous deux !
BERTILLE
Tûi veut dire Moi, En amour; et moi, c'est toi-même, N'est-il pas vrai? Depuis que j'aime, Ce que je trouve et vois en moi.
C'est toi, Gaspard, et toujours toi !
GASPARD
C'est ton amour qui me fait vivre; Et, quand parfois mon cœur se livre Au désespoir, croyant enfin
98 ESSAIS DRAMATiaUES.
Que tous mes combats sont en vain.
Ton nom seul me rend mon courage.
Lors, il me prend comme une rage De résister et de lutter, Sans que rien me puisse arrêter.
Ils me tenaient bien, je l'avoue, Mais, par le Seigneur que j'en loue, Des deux je fus, en un moment, Maître et vainqueur, tu sais comment.
(Il montre son violon.)
Bertille recommande à Gaspard d'être prudent et mesuré visà-vis de Pancrace, et prend, pour la mettre en sûreté, la bourse qui contient sa dot. Elle rentre. Gaspard s'éloigne.
SCÈXE DEUXIÈME
PANXRACE, GROSGUILLOT
Croyant Gaspard aux mains des archers. Pancrace et Gi'osguillot se constatent sur ce qu'il convient de faire.
PANCRACE
Ma foi, puisqu'il est dans nos mains.
Sans aller par quatre chemins, Qu'il soit jugé.
GROSGUILLOT
Pour moi, je pense, Qu'il faut lui pardonner l'offense, Compère, car nous connaissons Qu'il a bien aussi ses raisons.
Que diantre, c'est un très jeune homme ; Il aime Bertille, et la somme Qu'il vous a prise (c'est mal fait, Oui, j'en conviens.) n'est, en effet.
Dans ses mains que comme un otage.
Il perd la fille, il tient un gage ; Qu'il le garde donc î Ces écus, Après tout, de moins ou de plus, Ne changent rien dans votre caisse ; Je suis d'avis qu'on les lui laisse.
PAN'CRACE Mais dans la vôtre, à vous ?
GROSGUILLOT
Comment ?
Je ne vous entends point.
PANXRACE
Vraiment ?
Vous tenez à ce qu'il les garde ?
GROSGUILLOT ^ais, c'est vous que ce fait regarde.
PANCRACE
Ne vous l'ai-je point dit encor?
-C'était, en beaux quadruples d'or, La dot qu'il faut que je vous donne.
Donc, vous voulez qu'on l'abandonne A ce Gaspard ?
GROSGUILLOT Moi?
PANXRACE
Pourquoi non ?
Montrez que votre cœur est bon.
Laissez-lui vos écus.
GROSGUILLOT
Les vôtres !
Point, car ils sont à vous.
GROSGUILLOT
A d autres r Voilà bien d'étranges débats, Peut-on donner ce qu'on n'a pas.
Ai-je eu cette dot ?
PANXRACE
C'est tout comme :
Ayant eu ma foi d'honnête homme.
GROSGUILLOT Mais j'ignorais que cet argent Me fût destiné.
PANCRACE
Le sachant, Vous vous seriez gardé, compère.
De traiter d'offense légère Un vol, que l'on faisait sur nous.
De ces louis, qui sont à vous.
GROSGUILLOT C'est donc à moi de les reprendre.
PANXRACE Si vous pouvez.
GROSGUILLOT
Il va les rendre ; Je cours au juge.
PANXRACE
Il faut, au moins.
Pour la forme, quelques témoins, En avez-vous?
GROSGUILLOT
Je n'ai que faire De gens pour embrouiller l'affaire :
Il a volé, c'est un voleur.
PANXRACE
C'est clair cela. Mais, par malheur.
Il vous faut des témoins, vous dis-je, Il en faut deux.
GROSGUILLOT
Eh, comment puis-je Avoir des témoins, en effet ?
Le vol, c'est à vous qu'on l'a fait.
Pancrace insinue à Grosguillot d'acheter des témoim. Grosguiliot refuse avec indignation et sort.
102 ESSAIS DRAiMATlQUES.