‹ Essais dramatiquesChapitre 47 sur 74 · II. ARGUMENT DE SCHINDERHANNES · texte numérisé non relu

II. ARGUMENT DE SCHINDERHANNES

Cette pièce, envisagée dans son ensemble, est la peinture romanesque du banditisme dans la personne du dernier outlaw qui ait rappelé de qiielque manière en Allemagne le type des brigands italiens. L'auteur pouvait poétiser son héros en s'attachant à la catastrophe qui termina si brusquement cette existence aventureuse. Il a préféré nous le montrer à vingt et un ans, dans la principale crise de sa vie, au moment plein de périls, où d'une part l'envahit un amour passionné, et où d'autre part sa bande, affaiblie par la discorde et traquée par les milices féodales, est détruite une première fois sous ses yeux. Entrons dans le détail.

Nous voyons d'abord le jeune chef dans la solitude des bois nourrir ses folles ambitions et ses secrètes amertumes, ou déplorer son ignorance et s'instruire à la dérobée.

Puis il apparaît à la tête de ses hommes, tour à tour rançonnant l'oisiveté des moines, pressurant la cupidité des Juifs , menaçant les seigneurs dans leurs châteaux, mais protégeant les pauvres auxquels il fait même volontiers largesse et exigeant de son monde le serment de respecter les vieillards, les femmes, les enfants, en un mot tous les faibles.

Nous sommes initiés en même temps aux dangers de sa position. Sa tête est mise à prix. Il n'a guère dans sa troupe qu'un fidèle, son lieutenant Carie. Sa bande, laissée un moment à elle-même, a su, il est vrai, repousser avec indignation un vil gredin, désireux de s'enrôler dans ses rangs, mais elle n'en ■est pas moins mécontente de son chef qu'elle trouve trop hautain et trop scrupuleux. De plus, la trahison couve dans l'âme du brigand Jonas, caractère

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ignoble, envieux et lâche, mais dont la tortueuse hypocrisie a réussi à séduire les mécontents et même à tromper le dévoué Carie. Le traître enveloppe de ses trames ténébreuses le jeune chef qui cependant le soupçonne. Kon-seulement il sape et mine le pouvoir de Jean et détache de lui le cœur de ses hommes, dans le dessein de lui succéder, mais il se propose de le faire poignarder par Julie, belle Israélite dont le père a été assassiné et à laquelle, tandis qu'il est lui-même l'auteur du crime, il a dénoncé Butler comme le meurtrier. Si Julie manque Butler, il se réserve de le tuer lui-même par surprise et de porter sa tète aux autorités pour toucher la récompense promise.

La combinaison scélérate échoue cependant. Julie a bientôt vu clair dans l'àme de Jonas qui se pose comme son amoureux en titre et qu'elle n'aime pas. En revanche, dés sa première rencontre avec le chef, elle a inspiré à celui-ci un sentiment tendre qu'elle arrive bientôt à partager et c'est elle qui sauve la vie de Butler en tirant sur Jonas au moment où le traître couchait en joue son capitaine. Jonas, abattu et laissé pour mort, mais qui a la vie dure, réchappe en outre un peu plus tard à la justice sommaire du seigneur qui l'a capturé ; il recommence son métier de conspirateur et de coupe-jarret. Mais un camarade indigné écrase enfin le reptile.

Schinderhannes voit son campement pris par les milices rurales, son fidèle Carie expirer entre ses bras et sa bande en complète déroute. Mais Julie lui reste et s'attache à sa destinée. Les deux amants fuient ensemble.

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