‹ Essais dramatiquesChapitre 50 sur 74 · SCENE DEUXIEME · texte numérisé non relu

SCENE DEUXIEME

JEAN, JULIA JEAN, à part.

La belle fille ! il flmt que ce soit une Juive.

(Haut.,^

Ces bois ne sont pas sûrs, permettez qu'on vous suive.

JULIA Je ne crains rien.

JEAN, à part.

Quel air fier et noble ! Je veux L'accompagner de loin.

JULIA

Pas un de nos cheveux Ne tombe sans que Dieu l'ait permis, et personne N'empêchera non plus que mon heure ne sonne.

JEAN, à part.

La brave créature ' (Haut.) Où donc prétendez-vous Aller?

JULL\

J'attends quelqu'un.

Ah ! c'est un rendez- vous ?

JULL\ Oui, Monsieur.

ESSAIS BRAMATIQ.UES.

JEAN

Je comprends que vous soyez si bravt Oh ! pour un rendez-vous il n'est rien qu'on ne brave. Le plus faible y devient intrépide à son tour; Les hommes par honneur, les femmes par amour.

Il s'tloigne.)

SCEXE TROISIEME

JULIA, JOXAS JOXAS

Q.u'as-tu donc aujourd'hui ? Qjaels sont ces airs de morte Tu n'es plus comme hier, je te croyais plus forte. Ce n'est pas toi qui dois faire le coup; c'est moi.

JULIA Tu veux l'assassiner?

JOXAS

Pas si bête, ma foi !

Je pourrais le manquer et Dieu sait quel quart-d'heure 11 me ferait passer. Non, si je veux qu'il meure, Il mourra de la main d'un autre. Quant à moi, J'empocherai l'argent que m'adjuge la loi ; Nous compterons ensemble et puis, vite la noce !

Il faut te faire aimer, sois adroite et prends garde ! Tu l'endors doucement, moi j'amène la garde ;

SCHINDERHAXN'ES. I 5 ;

Enfin tu dois savoir cette vieille chanson De Dalila, de son triomphe avec Samson; Qu'en dis-tu? Ce bon tour, pour une fille juive, N'est pas mal à sa place?

JULIA

Et tu veux que je suive Ce conseil? Un galant être aussi peu jaloux!

JONAS Bah ! va toujours.

JULIA Très-bien. •

JONAS

Alors embrassons-nous !

JULIA Jonas, tu me connais, malheur à qui m'approche!

JONAS

Ah dieux ! la belle enfant ! mais c'est un cœur de roche. Je te quitte, tu sais ce qu'il faut.

JULIA

Je le sais.

JONAS

Maintenant c'est de toi que dépend le succès. Ne le rebute pas trop fort, lui, s'il t'embrasse. Juive, belle, vingt ans : bon chien chasse de race.

S'il te retrouve, dis que tu ne m'as pas vu, C'est le mieux, sois prudente. Il n'est pas mal pourvu De défiance. — Ah! diable, il vient; moi je m'esquive. Il vaut de l'or, regarde avec tes yeux de juive !

(Il s'éloigne.; JULIA

Je hais cet homme-là.

SCÈXE QUATRIÈME

JULIA, JEAN JEAN, étonné.

Seule! le prétendu N'est pas galant, ma belle; on l'a trop attendu.

JULIA Je n'attends plus personne.

JEAN

Alors, vous êtes libre?

JULIA Libre d'aller partout où je veux.

JEAN, à part.

Sa voix vibre.

On dirait de colère; elle a certes raison. (Haut.) Libre d'aller partout ?

SCHINDERHANKES. I 3 5

JULIA

Partout.

Et la maison?

Et le père attendant sur le seuil de la porte La fille qu'il chérit et que l'amour emporte ?

JULIA Moi? je n'ai point d'amour.

JEAX

Pourtant, ce rendez- vous?

JULIA Deux mots d'affaire avec un homme de chez nous.

JEAX

Vous n'avez point d'amour, et vous avez affaire A quelqu'un de chez vous! Qu'en dirait votre père?

JULIA Quoi qu'il m'arrive, il est bien tranquille !

JEAN

Vraiment?

Je vous plains ; pauvre enfant !

JULIA

Plaignez-moi 1 Lâchement Un bandit l'a tué dans ce bois, pour sa bourse.

JEAN Quoi, vous seriez...

Non, non!

136 HSSAIS DRAMATIQUES.

JULIA

Et seule à présent, sans ressource, Sans parents, sans abri...

JEAN

Ma fille, prends ceci.

(Il lui oft'rc sa bourse.) JULIA, refusant.

JEAN

Que veux-tu donc, pauvre enfant?

JULIA

Vivre ici.

JEAN

Vivre avec des bandits ? hélas, ma pauvre fille. Mais tu n'}' penses pas !

JULIA

Ils seront ma famille.

JEAN

Savez- vous quelle vie on mène dans les bois? Un tas d'hommes de rien et réduits aux abois Peuvent bien s'arranger de ce genre de vie, Mais un tel sort, enfant, peut-il vous faire envie ? Croyez-moi, retournez ; fuyez ces lieux maudits.

JULIA D'autres femmes y sont.

JEAN

Les femmes des bandits ; Elles aiment quelqu'un; mais vous n'aimez personne, Me disiez-vous.

JULIA Aimer! Quoique Ton m'en soupçonne, Allez, j'ensuis bien loin.

JEAN

Si tu veux vivre aux bois, Pourtant d'un protecteur il faudrait faire choix.

JULIA J'y songerai.

JEAN

Puissé-je obtenir cette gloire!

JULIA Vous ! grands dieux !

JEAN

Cet effroi soudain me ferait croire Que vous me connaissez.

JULIA

Vous êtes Jean Butler.

JEANj souriant.

Lui-même : moins méchant au fond qu'il n'en a l'air. Je vous puis assurer le respect de ma bande. Et, si vous le voulez, partout où je commande, Vous serez obéie.

138 ESSAIS DRAMATIQ.UES.

JULIA

Obéie ! et pourquoi?

A quel titre? Laissez vos gens sans foi, ni loi, N'obéir qu'à vous seul, et tuer avec joie Pour vous plaire, un vieillard qu'ils trouvent sur leur voie. Il est vrai, ce n'était qu'un Juif; il supplia Et l'on ne fit qu'en rire !

JEAN

Ah ! si j'eusse été là, Je l'aurais sauvé, moi. Qui me cherche me trouve; Et si quelqu'un m'accuse il faudra bien qu'il prouve ! Le jour de ce forfait d'ici j'étais absent ; J'ai toujours défendu que l'on versât du sang. Dans ma troupe, un seul homme, un seul était capable De me désobéir.

JULIA, vA-ement.

Xommez-moi le coupable.

JEAN Non, je ne le dois pas...

fjulia s'éloigne.)

SCÈXE CINQUIÈME

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