JEAN, CARLE JEAN
Parle-moi franchement ici, mon brave Carie. Il est des mécontents parmi nous. Voyons, parle.
SCHIXDERHANNES.
CARLE
Capitaine, on se plaint, ça c'est vrai. Les amis Sont prêts; ils sont encor tous où tu les as mis ; Une centaine, au moins. Ils attendent qu'on vienne Les commander, ou bien enfin qu'on se souvienne Qu'ils sont là, sans bouger, sans rien faire. On se dit Que Jean n'est plus du tout ce qu'il était.
JEAN, ironiquement.
Bandit, C'est un si beau métier!
CARLE
On trépignait de joie Autrefois. Tu venais nous mettre sur la voie De l'honneur. Avec toi, nous aurions bousculé Une armée, et pas un, vois-tu, n'eût reculé. Que crains-tu? d'être pris? Il faudra qu'on me crève Avant qu'on ne t'empoigne. As-tu fait quelque rêve ? As-tu peur pour ta tête ? As-tu peur du bourreau ? Ton poignard ne va pas rester dans son fourreau ? Tu sais ce que l'on fait quand la chance est contraire.
(Il fait le geste de se percer le cœur.;
Mais quand la vache est là, c'est à nous de la traire.
JEAN
On dit qu'il est là-haut un Juge.
CARLE
Préjugé!
Car en bonne justice, on doit être jugé
140 ESSAIS DRAMATIdUES.
Par ses égaux. Et Dieu sait bien ce que nous sommes, Comme je sais que Lui n'est pas l'égal des hommes. D'ailleurs est-ce un grand mal de prendre à qui prend tout? Si la bonne justice un jour régnait partout, Chacun aurait son champ, sa maison, et j'atteste Qu'on n'entendrait de moi ni plainte ni conteste. Mais tant que l'on verra d'orgueilleux animaux Croire que je suis là pour souffrir tous les maux : Tant qu'ils se gaudiront et qu'ils feront ripaille, Quand moi, qui les vaux bien, je souffre sur la paille, Plutôt que m'éreinter bêtement pour payer Leurs dettes, leurs plaisirs — si je veux travailler — C'est pour vous et pour moi de la bonne manière !
(Coups de feu dans le lointain.) JEAN^ tirint vivement son coutelas.
Entends-tu ?
CAR.LE, saisissant son fusil.
Mon lion agite sa crinière.
Gare là-bas ! 'H imite le cri de l'orfraie. Un sifrlet lui répond. Des bri-
[gands accourent.)
JEAN Benzel ! mon cheval, mon cheval !
(Tous s'éloignent précipitamment. Combat derrière le théâtre.)
SCÈXE SIXIEME