HUITIÈME JUIF
Qui m'a pris mes bottes ? Tuez-les !
Tuez tous ces filous ! mes bottes? O Dalès!
NEUVIÈME JUIF
Lâche-moi, je te dis! au secours! les gendarmes!
JEAXj commandant.
Pour les mettre d'accord, mes gars, apprêtez.,, armes!
(Les Juifs se sauvent en criant.)
SCÈXE CIXQUIÈME LES MÊMES, moins les Juifs.
JEAN '
Braves gens que ces Juifs ! J'aurais fait le pari Qu'ils allaient se voler entre eux !
CARLE
Ail ! j'ai bien ri !
JEAN
Amis, suis-je toujours encor le capitaine ?
TOUS Oui, oui, oui !
JEAN Pourquoi donc alors une trentaine Veulent-ils me quitter?
TOUS
Vous quitter! quels sont-ils Ce n'est pas nous du moins.
SCHIKDERHAXNES. l6$
JEAN
Aux armes ! les fusils, Les sacs ; formez les rangs ! Jurez tous haine au traître !
TOUS Nous le jurons!
Jurez que s'il en pouvait être Un chez nous, vous seriez sans pitié pour lui.
TOUS
Tous, Nous le jurons !
JEAN
Jurez d'être humains, d'être doux Envers les braves gens ; ménagez les familles Des pauvres; respectez les femmes et les filles Du peuple, qui du moins veut avoir le bonheur De manger son pain noir et dur avec honneur.
TOUS levant la main.
Oui, oui!
JEAN
C'est bien. Que dix de vous aillent sur l'heure Au couvent Saint- Antoine. On le met en demeure De livrer sans retard quatre muids de vin vieux.
LE REaUIN
L'accueil qui nous attend sera délicieux, Sans être bien malin, d'avance on l'imagine.
l66 ESSAIS DRAMATIQ.UES.
BENZEL
Du prieur, voulez-vous, mes enfants, voir la mine?
(Il relève le collet de son manteau pour figurer un capuchon.) LE REQUIN, d'un ton de sommation.
J'ai dit, mon Révérend, quatre tonneaux de vin.
BEXZEL, d'une voix papelarde.
Mon fils, notre maison est pauvre, et c'est en vain Qu'à notre cave...
LE REOLIN
En outre, il faut que tu nous livres...
BENZEL Encore !
LE RECIUIN
Et sur-le-champ, de viande, deux cents livres.
BENZEL
Deux cents livres, Jésus! Marie! il ne faut pas Tant exiger de nous.
LE REQUIN
C'est pour nos trois repas.
BENZEL
Les vivres sont si chers !
LE REQUIN
Plus, vingt boisseaux d'avoine.
SCHINDERHAXXES.
BENZEL
Encore! Vingt boijseaux! Au secours, saint Antoine! QjLiel démon ètes-vous?
LE REQUIN
De plus, cinq cents ducats.
BENZEL Des ducats!., impossible, impossible!
LE REaUIN
En ce cas Gare à Jeanl'Ecorcheur!
BEXZELj d'un ton lamentable.
Il semble, à vous entendre.
Qu'ils pleu^nt dans la main sitôt qu'on la veut tendre. Cinq cents lucats! Hélas! Prenez-nous nos habits ! Mais des dcats! mon Dieu ! Miserere nobis ! Où pourros-nous jamais trouver de telles sommes? Des mendints, des gens qui sont ce que nous sommes, Où diable purraient-ils?... Ah! j'ai fait un péché,' J'ai dit : D.ble !
LE REQUIN
Allons, marche !
BENZEL
Et quand j'aurai marché En serez-vus plus riche, ou croit-on, Dieu me damne, Que vosciq cents ducats soient dans le pas d'un âne?
ESSAIS DRAMATiaUES.
LE REQ.UIX
Je briserai la porte au fond du corridor.
On connaît le couvent et son caveau plein d'or.
Impie !
BEXZEL
LE REQUIN Arrange-toi ; s'il faut un sortilé^,
Je m'en rapporte à toi, tu m'entends?
BEXZEL
Dites donc un miracle, au moins.
LE REQUIN
S^rilége!
Ou vou saurez
De quel bois je me chauffe.
BENZEL j
Eh bien! voç les aurez
Le miracle aura lieu.
LE REQUIN Rien ne vous en en^êche.
JEAN, d'une voix impérieuse.
S'ils refusent, le feu !
TOUS
Bravo !
BENZEL, lie sa voix naturelle.
Bonne déj):he due nous allons porter à monsieur le prieij!
SCHINDERHAN'N'ES. 169
JEAN Menace et rien de plus.
(Benzel part avec ses hommes ; le reste de la troupe se disperse.
SCEXE SIXIEME