ACTE I, SCÈNE I. l
SOPHIE
II ne pourrait pas entrer dans les Chapitres d'Allemagne.
Les noms de France, tu le sais, ma fille, n'ont pas les trente-deux quartiers dont les Allemands sont si fiers ; mais il y a dans la noblesse française bien plus de brillant, d'éclat et de grâce.
SOPHIE
De la grâce , en fait de géne'alogie , quelle ide'e! Au reste , vous aimez ce mot de grâce extrêmement , et je conviens qu'il est le plus français de tous. Mais trouvez-vous , en conscience , que le comte d'Erville ait delà grâce ? d'abord , il n'écoute personne.
M- DE LA. MORLIÈRE
C'est que personne ne cause comme lui.
SOPHIE
Il parle sans cesse î
M. DE LA MORLIÈRE
Qu'avons-nous de mieux à faire que de l'entendre?
SOPHIE
Il ne sait rien.
M. DE LA MORLIÈRE
Il devine tout.
SOPHIE
Le roi s'est moque de lui l'autre jour , pour les absurdités qu'il débitait sur l'art militaire , dont il prétend s'être occupé toute la yie.
l84 I-E MANNEQUIN.
H. DE LA MORLIÈBE.
Non , c'est en littérature qu'il est le plus fort.
En littérature! M. de Voltaire l'a tourné hier en ridicule , pour quelques sottises qu'il a dites avec complaisance devant le plus bel esprit de France.
M. DE LA MORLIÈRE
M. de Voltaire est certainement très-spirituel ; on ne peut pas le lui contester : mais il n'est pas un grand seigneur, et, pour être un Français accompli , il faut réunir l'esprit du monde avec l'esprit littéraire.
SOPHIE
Vous avez raison, mon père, il faut les réunir : mais suffît-il d'y prétendre?
M. DE LA MORLIERE.
Tu es injuste pour M. d'Erville.
SOPHIE
Et quand cela serait, n'est-ce pas une bonne raison pour ne pas l'épouser ?
M. DE LA MORLIÈRE
En France , on ne se marie que par convenance.
SOPHIE
Comme nous sommes en Allemagne , je voudrais bien qu'il me fût permis d'y mêler vin peu d'amour.
M. DE LA MORLIÈRE
Oui , si je te laissais faire , tu épousera}» ce jeune peintre, Frédéric Hoffmann, qui n'est jamais sorti de Berlin, qui ne s'entend qu'ans bçaux-arU»