ACTE I, SCÈiSE I. l
Frédéric est simple et naturel ; il est fier et modeste tout ensemble ; sa grâce est celle de tous les pays et de tous les rangs, parce qu'elle vient de la supëriorile' de Fesprit et de l'ame.
M. IDE LA MORUÈRE.
Il ne nous ferait pas honneur en France ; et ne faut-il pas enfin retourner une fois dans nos foyer» glorieusement comme nous en sommes sortis?
SOPHIE
Quoi! mon père, vous voudriez quitter les lieux où vous êtes ne' ?
M, DE LA MORUÈRE.
il est vrai que je suis ne' ici ; mais la naissance est un accident qui ne compte pas dans la vie d'un homme : ma vraie patrie , c'est la France. La France , la France ! je m'ennuie partout ailleurs.
SOPHIK.
Mais y pensez-vous, mon père , vous qui n'y avez jamais été?
JW. DE LA MORLIÈRE
J'en conviens ; mais qu'est-ce que cela fait? je me figure toujours y avoir passé ma vie.
SOPHIE
Songez donc que si j'épouse M. d'Erville , il faudra que je me sépare de vous. Tel que je vous connais , vous parlerez toujours de voyage, et vous n'en ferez point.
II est vrai que c*est mon imagination qui voyage, et que mes pieds ont un peu la goûte. Ne me trahis pas, Sophie; à la maison j'aime assez le poêle, la bière et la pipe.
SOPHIE
Mon père, savez vous que ces trois choses-là sont terriblement allemandes ?