‹ Essais dramatiquesChapitre 124 sur 195 · ACTE I , SCENE IV. I · texte numérisé non relu

ACTE I , SCENE IV. I

FRÉDÉRIC

Je ne savais pas , Monsieur, qu'il fût pour vous.

LE COMTE

Et pour qui vouliez-vous donc qu'il fût ?

FRÉDÉRIC

Helas ; — Le voilà , Monsieur. Le trouvez->you3 ressemblant ?

LE. COMTE

Ressemblant ! oui. — Mais fort embelli.

FRÉDÉRIC

Je ne le croyais pas possible.

Ah ça, mon cher , par exemple, c'est de l'illusion. Elle est bien , Sophie , mais votre portrait est cent fois mieux qu'elle.

FRÉDÉRIC

Je suis bien loin de le trouver ainsi.

LE COMTE

C'est tout simple , vous êtes amoureux de Sophie ; je le sais, le beau-père me l'a dit.

FRÉDÉRIC

Monsieur....

LE COMTE

Je ne m'en fâche pas du tout , car moi je ne le suis pas. J'ai trente ans ; j'ai déjà beaucoup aimé , je l'ai été beaucoup : aussi je ne me fais plus d'illusion sur rien.

FRÉDÉRIC

Vous m'élonnez , Monsieur. Quand vous épousez

200 LE MANNEQUIIT.

une personne que tant de gens vous envient , je pensais que vous sentiez mieux votre bonheur.

LE COMTE

Parions, Monsieur, que yous lisez beaucoup de romans ; enfin, parions.

FRISOiRIC.

Oui, sans doute , Monsieur ; mais il ne me semble pas pourtant qu'il y ait rien de bien exalte' dans ce que je viens de vous dire.

LE COMTE

Tout ce qui n'est pas dans les bornas de la raison est du roman.

FRÉDÉRIC

Et où placez-yons les borne« de la raison ?

LE COMTE

Dans Pusage du monde. Il est convenable qu'un homme comme moi e'pouse une fille riche , d'une naissance moins illustre que la sienne. Si cela n'était pas convenable, je vous assure que je vous céderais bien volontiers mademoiselle Sophie.

FRÉDÉRIC

Je désirerais. Monsieur, que vous voulussiez bien ne pas me parler de ce qui me touche.

LE COMTE

Et pourquoi pas ? je parle bien de moi; moi-même-

FRÉDÉRIC

Chacun a sa manière.

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