‹ Essais dramatiquesChapitre 135 sur 195 · ACTE 11, SCENE IV. 14 1 J · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCENE IV. 14 1 J

LE COMTE

Sans doute , mademoiselle , il est bien fait porrr remplir tout mon esprit ; mais , je l'avoue , ma curiosité a été vivement excitée.

SOPHIE

Et peut-'on savoir à quel sujet?

LE COMTE

On dit que vous avez une cousine Irès-aimable.

SOPHIE

Aimab|e l elle ne dit pas nn mot.

LE COMTE

Mais elle a néanmoins un sehs exquis.

SOPHIF,

Qui vous a dit cela, monsieur?

LE COMTE

Son père d'abord, et puis un homme dont vous estimez le jugement, monsieur Frédéric.

SOPHIE

Ah! ne voyrz-vous pas qu'il aurait envie que vous renonçassiez à moi pour épouser ma cousine ?

LE COMTE

Mademoiselle , pourriez-vous croire.'.... D'ailleurs votre cousine ne voudrait sûrement pas....

SOPHIE

Qui sait?.... c'est une personne dont on fait font C8 qu'on veut , qui n'a point d'idées ni de volontés à elle : où on la pose elle reste.

ip..

2l6 LE MANÎ^EQtlIN.

LE COMTE

Permettez - moi de vous le dire, mademoiselle, j*aime beaucoup cette docilité dans une femme.

SOPHIE

Il faut convenir que ma cousine est docile ; mais jamais vous n'auriez avec eWe ce plaisir que vous appréciez sans doute au-dessus de tous les autres, celui de s'entendre et de se répondre , de se communiquer ses sentimens et ses pensées.

LE COMTE

Je reiionce à ce plaisir-là plus facilement que vous ne croyez : ce qu'il me faut avant tout , c'est être compris. D'ailleurs , je ne suis pas exigeant ; je n'ai pas besoin que les autres me parlent de leurs affaires ; je respecte leurs secrets.

SOPHIE

L'indifférence sert beaucoup dans ce cas à la discrétion. £n6n , monsieur , je vois que ma cousine vous convient mieux que moi sous tous les rapports. Je me suis déjà aperçue depuis long-temps que mon oncle désirait vous avoir pour gendre ; mais ne m'obligez pas à vous faire connaître dans ma propre maison celle que vous me préférez.

LE COMTE

Chère Sophie , je suis touché de votre peine , et je la conçois ; mais le peintre allemand vous aime tant î il est bien plus fait pour vous que moi ; il est romanesque comme vous : moi je suis d'une raison parfaite ; l'esprit de votre cousine ressemblera bien mieux au mien.

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