ACTE II, SCENE \H. 22 ï
FRÉDÉRIC
H ne s'en manque pas un cheveu.
LE COMTE
C'est bien rare. ( au mannequin. ) Je ne savais pas , mademoiselle, que vous fussiez à la fenêtre quand je suis passe à cheval : si j'avais pu le prévoir , je me serais sûrement arrête.
FRÉDÉRIC
Né trouvez-vous pas de bon goût qu'elle ne réponde pas?
LE COMTE
Oui, cela suppose de l'émotion, et j*ai toujours aime à produire cet effet-là sur les femmes.
SOPHIE
Ma cousine me dit , monsieur , qu'elle croyait savoir le français avant de vous avoir entendu ; mais que votre facilite' d'expression l'intimide tellement , qu'elle veut rapprendre votre langue , avant d'oser la parler avec vous.
Il est vrai que je parle si vite , que j'ai souvent embarrasse' les étrangers ; c'est un tort dont je n'ai pu me corriger. — Oserais-je , mademoiselle , vous adresser quelques questions que vous voudrez bien traduire en allemand à votre cousine?
SOPHIE
Monsieur , ce que vous exigez de moi est cruel.
^2 2 LE aiAISNEQLm.
LE COMTE
Ah : mademoiselle , si cela vous déplaît, j'y renonce à l'instant, et je vais....
SOPHIE
Non , monsieur , non , restez ; je Pexige ; vous serez content , je l'espère , de ma générosité.
LE rOMTE.
Mademoiselle aime-t-eîle la lecture ?
SOPHIE
Ma cousine dit que jusqu'à ce jour elle s'en est peu occupée.
LE C03ITE , à Frédéric,
Je suis bien sur que vous n'aimez pas cela , vous qui êtes un homme cultive , comme on dit en Allemagne; eh bien! moi, la franchise de cette réponse me plaît. Que ma femme lise mes lettres, c'est toute la littérature qiie je lui demande. — Aimez-vous le dessin, mademoiselle?
SOPHIE
Ma cousine pense qu'il n'est pas convenable à une femme de dessiner.
LE COMTE , à Frédéric.
Comprenez-vous pourquoi ?
i FRÉDÉRIC.
J'imagine que c'est parce qu'elle ne veut connaître que les traits de celui qu'elle aime.
LE COMTE
Mais c'est charmant cela , c'est charmant! les des-
ACIli II, SCÈNE VII. 223
sias d'amateur m'ont toujours ennuyé ; fausse prétention que tout cela. -—Mademoiselle aime-t~elle la musique ?
SOPHIE
Ma cousine dit qu'elle n'a point de voix.
LE COMTE
Tant mieux, faut mieux; mauvaise compagnie que celle des musiciens; et puis, comment causer dans ïine chambre où l'on fait de la musique? — Mademoiselle aime-t-elle la danse ?
SOPHIE
Ma cousine dit qu'elle n'a jamais dansé , et qu'elle s'en est toujours très-bien trouvée.
LE COMTE , se levant.
C'est vraiment une femme accomplie î
SOPIUE.
Ah \ il est facile de plaire par tout ce qu'on ne sait pas.
Je vous entends, mademoiselle; il vous faut de l'esprit , des talens dans une femme.
SOPHIE
Oui , monsieur, j'en conviens.
LE COMTE
Eb , bienl mademoiselle , je ne me soucie de rieu de tout cela.
SOPHIE
C'est bien flatteur pour ma cousine.
LE COMTE
Ah! n'y mettez point de malice; ne faites point qoe j*offense cette charmante personne dont la douceur angëlique me'rite tant d'amitié'. Une femme, pardonnez-moi de vous le dire, une femme n'est point faite pour briller à côte' de nous , pour nous effacer par Box^ éclat. Il faut qu'elle nous soutienne , qu'elle nous console dans l'ombre.
SOPHIE
Bans l'ombre comme à la lumière , ma cousine sera toujours la même.
LE COMTE
Voudrait" elle me suivre en France?
SOPHIE
Elle dit qu'elle se trouvera toujours également bien partout OÙ vous la placerez.
Quelle aimable complaisance !
FRÉDÉRIC
Ne lui souhaiteriez-vons pas un peu plus de mouvement dans l'esprit ?
LE COMTE
Un peu plus , j'en conviens ; mais Paris lui en donnera.
FRÉDÉRIC
Paris peut faire des miracles.
^ LE COMTE
Eh bien donc \ il ne me reste plus qu'une question