‹ Essais dramatiquesChapitre 148 sur 195 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

CLÉOKE.

Sa lyre est entourée de cyprès ; elle Ta déposée sur un tombeau ; et Ton dirait qu'elle prépare déjà le monument que la postérité doit élever à sa mémoire. Ah ! quel spectacle déchirant qu'un si beau génie abaissé par le malheur I

DIOTIME

Chère Cléone I je voudrais t'éloigner de cet objet de douleur ; ce n'est pas à ton âge qu'il faut se laisser consumer par le poison de la mélancolie.

CLÉOKE.

Ahl ma mère, ne m'éloignez pas de Sapho I jamais je ne puis la quitter. Je le veux, je le dois. Vous ne savez pas

DÏOTIME.

Que dis-tu ?

CLÉONE , à part.

Ciel I j'allais me trahir. ^ haut.J Ah î ma mère, si vous me commandiez de ne plus être auprès de Sapho, vous me déchireriez le cœur. Vous craignez pour moi l'impression de sa tristesse; ahl si je dois vivre, ne faut- il pas apprendre à souffrir ? ne faut-il pas surtout apprendre à consoler ceux qu'on aime ?

DIOTIME

Mon enfant, à ton âge, il n'est pas encore temps de connaître la douleur.

CLÉONE

Hélas ! ma mère , je pourrais déjà connaître le repentir 1 Comment donc n€ suis-je pas encore dans l'âge de faire du bien?

'ai.

238 SAPHO

DIOTIME

Ah ciel! n*est-ce pas Sapho que j'aperçois sur le rivage ?

CLÉONE

Oui , c'est elle. Je cours au-devant de ses pas>

ALCÉE

Dieux puissans ! à cette marche chancelante, à ces regards abattus , qui reconnaîtrait celle à qui la Grèce voulait décerner une statue, dans le parvis même du temple d'Apollon 1 Amour , comme tu te ris des mortels et des dieux l

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