ACTE I, SCÈNE III. ^4 I
la puissance de la douleur ? Voulez-vous que je sois là comme un monument funéraire, qui retrace la oaori au milieu de toutes les délices de la vie?
ALCÉE
Non , je ne croirai jamais que vous ne puissiez pas triompher du chagrin qui vous accable. Dès que vous entendrez les premiers sons de la lyre, vous renaîtrez à cet enthousiasme sublime dont l'enchantement fait disparaîtreànosregards toutcequine concerne que nousmêmes. Je vais au temple, et j'espère vous y trouver.
( Jlcée sort.)
Vois tu , Cle'one ? vois-tu ?
CLÉONE
Quoi?
SAPHO
Là-bas , là-bas , une barque.
CLÉOKB.
Je rentrevoîs à peine.
SAPHO
Elle vient de Sicile , j'en suis sûre. A ses voiles ^cla-» tantes, je reconnais les couleurs de cette île fortune'e. Pbaon , Phaon , est-ce loi? Oui , c'est toi ; oui , tu veux soulager les tourmens de mon cœur. Je te reverrai ; ce ne sera plus une vaine chimère que tes traits; ce im sera plus mon imagination troublée qui seule me les peindra : tu seras là , près de moi , là.
DIOTIME
Ahl Sapho, gardez vous d'un espoir trop crédule :
542 SArHO.
mille barques traversent les mers ; pourquoi donc celle-ci vous ramènerait- elle Phaon ?
SAPHO
Oui , mille barques traversent les mers ; mais cellelà fait palpiter mou cœur, et je crois à ce présage. Elle approche •, elle approche j entendez-vous cette musique harmonieuse ? Sentez vous le parfum des orangers dont l'air est embaumé ? Ils viennent d'Italie ; et cette musique délicieuse , c'est la voix de Phaon. Diotime, allez au-devant de lui ; soyez l'amie de Sapho; ne l'exposez pas à rendre le peuple qui s'assemble sur le rivage le'moin de ses transports. Mes genoux fléchissent; un nuage couvre mes yeux : ya, Diotime , c'est lui; va.