ACTE II , SCÈNE II
est bien criminel, celui qui se venge : l'oflfense même qu'il aurait reçue ne l'excuserait pas.
GENEVIÈVE
Ah ! ma vie e'tait à lui , il a pu s'en croire le maître. Enfin, grâce au ciel, mon sang ni celui ^e mon enfant ne retomberont point sur la tête de mon époux. Dieu , qui lui a épargne ce crime . voulait sans doute un jour lui pardonner. "Un homme de confiance de Golo se chargea de ma mort , il me conduisit dans cette forêt, et, prêt à me poignarder , mes larmes l'attendrirent ; je pleurais pour mon enfant qui venait de naître; il eut pitié' de nous ; mais en me laissant la vie , il me fit jurer que pendant dix années je me cacherais à tous les regards.
l'ermite.
Et c'est pour accomplir ce vœu que yous avez vécu dix ans dans le désert ?
GENEVIÈVE
Qu'y a-t-il de plus saint que la promesse ! elle soumet l'avenir au présent , et les désirs à la couscienw ce. Sans mon enfant , je n'aurais pas demandé la vie : elle ne vaut pas , cette vie, les souffrances que l'on m'imposait. Mais je pouvais conserver les jours de laa. , fille ; mon existence était son bien, était son droit , tant qu'elle pouvait lui servir Une biche s'attacha constamment à nous et nous prodigua ses soins muets et fidèles ; tout dans notre solitude semblait nous favoriser , et sans qu'aucun miracle s'accomplît pour nous , on eût dit que les événemens naturels se réunissaient et se
succédaient pour nous 'protéger d'une façon toute merveilleuse. Ces dix anne'es , qui devaient , par leur monotonie , ne laisser dans mon souvenir qu'une longue et pénible trace , sont remplies par une foule de pensées, de pressentimens , de prières , j'oserais dire d'inspirations saintes qui toutes ont eleve' jusque ver* le ciel mon faible cœur. Mon imagination a peuple' ma solitude, et le désert pour moi , ce sera le monde. Mais quand les dix années de mon vœu e'taient accomplies, je devais chercher un prolecteur pour ma fille. Voyez , mon père , voyez quelle providence spéciale a conduit mes premiers pas : je vous trouve, et ce tombeau m^apprend que mon ennemi n'existe plus. l'ermite.
Il n'était plus votre ennemi , madame , l'infortune' dont j'ai recueilli les derniers soupirs. Il traînait partout, depuis plusieurs anne'es, les remords qui le dévoraient ; il croyait que depuis long- temps vous ' n'existiez plus , et que son crime était irréparable. Cependant il avait résolu de partir pour la guerre sainte , afin de vous justifier auprès de votre époux ; Tnais il ne lui a pas été permis d'expier ses forfaits. La mort lui en a ravi les moyens. Ali I s'il ayait pu se douter qu'il était si près de vous .'
r.ENEVÏKVE .
Et vous at-iî dit, mon père, quel était le sort de Sigefroi ?
i/ermite.
Il n'était point encore revenu de la guerre où son courage l'avait conduit.