‹ Essais dramatiquesChapitre 15 sur 195 · ACTE II , SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE II

GENEVIÈVE

Geneviève n'est rien qu'une pauvre femme errajite avec sa 6lle , sans secours et sans appui; et celui qui doit la protéger , s'il vit encore , ordonnerait peut être une seconde fois sa mort. Mon père , si l'histoire de ma vie vous paraît sans reproche, c'est alors seulement que vous pourrez me re'^pecter.

Je suis l'ffpouse de ce vaillant Sigefroi dont les exploits vous sont connus. Je l'aimais avec tendresse , avec passion. Son caractère avait quelque chose de sombre et de se'vère qui semblait donner un nouveau .prix, à l'amour qu'il me te'moignait. Je le révérais comme mon souverain, je le chérissais comme mon époux ; et quand l'admiration se mêle à l'amour, peutêtre ce sentiment devient-il trop fort pour mériter la protection du ciel. Dieu ne renonce point au cœur de sa créature : il daigne en être jaloux. Un fils vint resserrer les nœuds qui m'unissaient à Sigefroi ; j'ai joui quatre ans de ces affections de la nature, si belles dans tous les âges , si délicieuses dans la jeunesse. Quand le jour finissait , je le regrettais comme nn ami qui s'éloignait de moi . Hélas ] j'avais raison : ces jours heureux deyaienl m'être accordés en bien petit nombre.

l'ermite.

Fille de Dieu , que parlez-vous de jours? Le temps ne nous a été donné que pour apprendre à souffrir , que pour choisir la route du ciel , pendant que nous sommes encore sur la terre. Tous les événemens de la

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vie ne sont qu*une vaine apparence qui peut épurer

ou pervertir notre cœur.

GENEVIEVE

He'las I j*y tenais trop à cette vie passagère , quand il m'aimait, quand j'étais heureuse et fière de fixer sur moi les regards de Sigefroi. Il partit pour aller combattre les Sarrasins, sous les drapeaux de Charles Martel ; mes larmes ne purent le retenir. Il me confia pendant son absence au chef de sa maison , à ee Golo qu'il croyait son ami. Le malheureux ressentit pour moi un amour criminel. Je le repoussai avec horreur, et pour se venger, il inventa la calomnie la plus atroce ; il partit à mon insu pour rejoindre mon époux , et l'art perfide qu'il employa , remplissant l'ame de Sigefroi de fureur et de jalousie , il en obtint l'ordre cruel de me faire périr avec l'enfant que je portais dans mon. sein.

l'ermife.

Ah, Dieu î un e'poux, un père.'....

GENEVIÈVE

Vous frémissez, mais vous ne savez pas, mais j'ignore aussi moi-même de quels moyens Golo se servit pour tromper mon époux. Cet homme si fier et si sensible , que ne dut-il pas éprouver quand il me crut coupable? Ah I jusque dans sa colère, je reconnais son amour.

l'ermite.

Ma fille , puisque vous me permettez ce nom , vous jugez encore selon le monde; mais devant Dieu, il

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