ACTE lïl , SCÈNE IV. 5 I
SIGEFROI
Il était donc injuste ?
GENEVIÈVE'
Seigneur , il e'tait trompe.
SIGEFROI
Trompe ! c'est impossible. Un père , un ëpoux ne condamne que quand il est certain du crime.
GENEVIÈVE
II n'y a rien de certain pour l'homme que sa conscience et son Dieu.
SIGEFROI
Quand un ëpoux est trahi , quand l'amour et la foi sont me'prisës , ce n'est point assez de bannir. Non , «e n'est point assez : il faut que la mort.....
Seigneur, mon ëpoux aussi avait ordonné que je pëlisse.
SIOEFBOI.
Et comment sa volonté ne fut-elle pas obëie? Quel lâche, quel perfide abusant de sa confiance....
GENEVIÈVE
Il VOUS paraît donc bien coupable, seigneur, celui qui m'a sauvé la vie ?
SIGEFROI
Qu'ai-je dit ? Pardon ^ Madame ; ce n*est pas a vous ♦jue ce discours s'adresse. Ma destinée, mon malheur me trouble. Vos chagrins aussi donnent à votre voix •les rapports douloureux avec un objet dont le souvenir m*est horrible.
^2. GENEVItVi: DE BRABANT.
GENEVIÈVE
Ce triste objet , seigneur , ne vous fut-il jamais cher ?
SIGEFROI
Sans doute ; une fois.
GENEVIÈVE
Ah! s'il me fallait haïr ce que j'ai tendrement aime' , ii me semblerait que mon cœur est déjà sous l'empire de la mort.
SIGEFROI
Mais cet e'poax qui vous a condamnée , ne vous estil pas odieux?
Non, seigneur; je le chéris encore. Son injustice ne ' pput effacer de mon cœur ce que j'aimais, ce que j'admirais en lui.
SIGErEOI.
Quoi! votre longue solitude ; quoi! vos malheurs n'ont point aigri votre ame?
GENEVIÈVE
Je n'avais point de reproche à me faire , Dieu me protc'gcait. Pourquoi donc aurais-je connu les seatimens amers que la haine seule fait naître ?
SIGEFROI
Voulez-vous m'accuser par ces paroles ? pre'lendez-
vous que je sois coupable ? ne savez vous pas?
D'où vient que votre voix , que votre présence , bouleversent mon ame ? Toutes les femmes ont-elles quelfjues traits de celle qui m'a trahi? Otezyolre Yoile?