‹ Essais dramatiquesChapitre 27 sur 195 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

pour que votre visage dissipemon trouble. Savez-vous que l'ombre de Geneviève m'est apparue souvent, revêtue du crêpe funèbre qui vous couvre 1 hâtez-vous de rejeler cette perfide resscnablance ; ôtez vôtre voile j ou je croirai la voir encore , et ma fureur......

CENEviÈVK, ôtant son voile.

Seigneur, satisfaites-la.

SïGEFROI.

Geneviève I Geneviève î ô terre ! engloutis-nous. .— Qui vous a sauve'e? est-ce l'infâme que vous m'avez préfère'? est-il auprès do vous? je n'ai pu l'atteindre. On dit qu'il respire encore : peut-être est-il caché dans ces forêts ?

GENEVIÈVE

Seigneur , la solitude de ces lieux est profonde ■

Revenez à vous, et n'y cherchez que moi. Je ne veux point e'viter votre vengeance ; je suis là pour recevoir la mort, ou pour me justifier.

SIGEFROI

Qu'osez-vous opposer à des preuves sans nombre ?

GENEVIÈVE

J'en pourrais donner de plus fortes. Mais si mon époux ne revient à moi que comme un juge , je ne veux pas survivre à ce jour que , pendant dix années ^ je n'ai cessé de demander au ciel.

SIGEFROI

Dix années , Geneviève !

54 GENEVIÈVE DE BRABAKl.

GENEVIÈVE

Oui , tu vois sur mon visage les traces profondes de la douleur. Rappelle-toi Geneviève quand tu l'aimais. Comme elle était heureuse 1 comme ton amour l'entourait de toutes les prospérités de la terre ! Eh bien I elle était alors moins digne de ta tendresse que sous ces tristes vétemens , emblème de sa m:sère. Sigefroi , l'on t'a dit que je ne t'aimais plus . que j'avais profané tout à la fois et l'amour et l'hyménée, et mon cœur et la Divinité. Sigefroi, tu l'as pu croire ! Souvièns-toi du jour de ton départ , de ce désespoir , de ce déchirement que j'éprouvai, quand tu te séparas de moi. Ah ! l'absence ne fait souffrir ainsi qu'une ame fidèle et profonde. Souviens-toi de mon admiration pour tes exploits. Qui jamais aima comme moi tes vertus et tes charmes ? dans quels yeux as-tu jamais vu tant de tendresse, tant de respect? Dis-moi, mon ame ne répondait-elle pas tout entière à la tienne ? Te restait-il un doute , te restait-il un nuage quand je tendais la main vers toi ? et mes regards n'exprimaient-ils pas la vérité du ciel , la vérité de l'amour ?

SIGEFROI

Oui , tu m'as aimé ; je le sais,

GENEVIEVE

Sigefroi', je t'aime. Tu as voulu ma mort , celle de mon enfant ! Seule dans l'univers avec lui , j'ai disputé sa vie aux animaux, à la terre qui refusait quelquefois de nous nourrir. J'ai été mère avec courage , avec dévouement.

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