‹ Essais dramatiquesChapitre 28 sur 195 · ACTE m, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE IV

SICEFROl.

Que dis-tu, malheureuse î oses-tu parler de ta fille?

GENEVIÈVE

N'achève pas I n'outrage pas son innocence .' Bientôt tu ne douteras plus ni d'elle ni de moi. Mais si ton cœur se refuse encore à l'accent de l'amour , e'coute un langage plus solennel. Notre vie tout entière, depuis dix ans, n'est qu'une suite de prodiges. Nous devions périr mille fois , sans la protection du ciel. L'aurait-il accordée à des coupables ? Ce calme qu'il a mis dans mon sein au milieu de tous les malheurs , l'as-tu goûte' , Sigefroi , dans ton e'clatante vie ? Après dix ans de solitude, penses-tu que le cœur puisse rester coupable de mensonge ? Ah I qui vécut dix ans en présence de son Dieu n'a plus à faire avec les ruses des hommes. Il me reste peu de temps à vivre, et toi-même, Sigefroi, tu ne pourrais me rendre le bonheur sur la terre; j'en ai perdu l'habitude, et mes forces n'y résisteraient pas. Ecoute donc ma voix comme celle des mourans ; je me sens sur les confins de celte vie et de l'autre. Aimer , ô mon ,époux l appartient à toutes deux. Que mon accent, que mes paroles dessillent enfin tes yeux, sans qu'il soit besoin d'aucun autre témoignage. Écoule

56 GENEVIÈVE DE BUABANT.

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