ACTE I, SCÈNE I. 6g
Elisée est venu dans ta maison , il y a un an , ne t'a* t-il pas reproché l'oubli des saintes promesses que je te rappelle en vain ?
LA SUNAMITE
Le prophète a garde' le silence sur ces promessec.
LA. SOEUR
Ne crois pas qu'il les ignore. Ma soeur , s'il se tait, c'est qu'il te livre à ta conscience.
LA SUNAMITE
Si j'ai trop aime Semida pour accomplir un vœu cruel, Elisée pardonnera cette faiblesse au cœur d'une mère.
LA SCEUR.
Peux-tu donc t'aveugler sur la sévérité des prophètes ? Elisée n'est-il pas le disciple d'ÉIie , qui remplissait tout Israël de terreur ?
LA SUNAAÎITE.
Tout Israël dira que ma fille est la plus charmante des filles d'Abraham. L'enfance jette encore un voile sur les traits et sur les regard^ de Semida ; mais qui jamais égalera sa beauté, quand sa taille s'élancera comme le palmier , et que la fraîcheur du matin colorera ses joues ? Non , je ne cacherai pas ma colombe dans les déserts. Que les palais soient sa demeure ; que l'or et les fleurs lui servent de parure. Peut-être un jour serat-elle choisie par l'un de nos rois pour partager soa trône. Ma sœur, ne trouble pas les rêves de mon bonheur i Tu vas voir Semida ; tu l'entendras jouer de la harpe : ainsi jadis Dayid charmait, par se* accords,
^O LA SUNAxVIITE.
Saïil furieux. Une femme de Babylonelui a appris une danse nouvelle, qui fait admirer ses pas si légers et si rapides. Ma sœur, prends part à ma joie.
LA SOETJR.
Tu as bien plus de science que moi, ma sœur- Les ïjommes de la Chaldée, qui ont étudie' le cours des astres, t'ont révèle les secrets de leur art. Moi, j'ai vécu toujours seule dans la maison de notre père j et je ne suis venue auprès de toi que quand la riiort de ton époux t'a fait souhaiter une compagne fidèle. Mais j'en crois Salomon , qui défend de se livrer aux vanités de la terre ; et quand le vœu qui pèse sur toi ne m'épouvanterait pas, je souhaiterais que Semida fût élevée dans la simplicité du cœur.
LA. SUNAMITE
Elle ne la perdra point; elle restera modeste, et c'est moi qui serai Gère. Ah I que d'années de triomphe et de bonheur sont réservées à Semida 1
LA. SOELR.
Ma sœur , peux-tu parler de l'avenir avec cette confiance ? Ta fille, hélas I est bien loin d'y compter ainsi , et je trouve dans son regard une tristesse qui me serre souvent le cœur.
LA SUNAMITE
Semida est une créature céleste! lu prends pour de la tristesse ce recueill«^ment de l'ame, qui lui fait deviner ce que l'âge apprend aux autres. Elle n'a point, il est vrai , l'insouciante gaité de l'enfance , mais la ^'douceur des anges se peint toujours sur sojq front. Regarde, la voilà I