SCÈNE II
LA SUNAMÏTE, LA SOEUR, SEMIDA.
LA. SUNAMITB.
Semida. , idole de mon cœur, sois la bienvenue. Mais pourquoi donc ta parure est- elle si ne'gligëe ? Dans une heure la fête commence , et lu n*as point rais sur ta tête les fleurs que j'ai cueillies pour toi.
SEMIDA.
Pardonne-moi , ma mère ; je ne Tai pu.
LA SUKAMITE.
Tes yeux se remplissent de larmes. D'où vient donc cet air sombre , quand des succès si brilians te sont prépare's.^
SEMIDA.
Ma mère , je n'ose te le dire ; tu me trouveras trop enfant, et tu auras raison , sans doute.
LA SL'NAMITE.
Ma fille , tu ne m'as jamais laissé ignorer ce qui se passait dans ton âme.
SBMIDA.
Jamais.
LA SU^'AMITE.
Eh bien 1 t'en es-tu mal trouvée? u*as-tu pas été heureuse jusqu'à ce jour ?
SEMIDA.
Sans doute, j'ai été heureuse, pus^ue lu m'as aimée : c'est par toi , c'est pour toi que j'ai connu la vie , et je n'ai rien éprouvé que ton cœur ne m'ait fait scnlir. Néanmoins, ce matin j'étais seule, et...
72 liA SUÎÇAMITE,
LA SUNAMITE
Achève 9 mon enfant.
SEMinA.
J'e'tais assise auprès de ton lit, dans cette place où tu as coutume de me donner dés leçons. Je pensais à tor, ma mère 1 j'ai pris les roses dont lu m*as fait une couronne, et je me suis levée pour m'en parer, afin de te plaire ; mais voilà que tout à coup , à la place même que j'avais occupe'e, j'ai vu , le croiras-lu ? ne le paraîtrai-je pas insensée ? j'ai vu ma propre figure telle que l'onde du Jourdain me l'a souvent répétée j cependant, elle e'tait beaucoup plus pâle que moi, et des roses toutes semblables à celles que je tenais encore dans ma main étaient placées sur sa tête : mais, d'ailleurs ^ tous ses traits étaient les miens. Je me voyais, je me regardais moi-même , et je frémissais à mon aspect. Ma figure qui te plait, ma mère, si tu î'avais vue , comme un fantôme , elle ne t'aurait plus inspiré qu'une affreuse terreur.
LA SUNAMITE
Mon enfant, dissipe ton effroi ; tes yeux éblouis par un rayon de lumière ont sans doute produit cette fausse apparence, et ton imagination troublée aura secondé le hasard.
LA SOEUR, parlant bas à la mère .
Ma sœur, ne sais-tu donc pas que laPylhonisse d'Endor, celle qui évoqua l'ombre de Samuel en présence de Saiil, disait que de toutes les visions, la plus funeste c'est quand notre propre figure nous apparaît ?