ACTE I, SCÈNE II. y
Ma sœur , je t'en prie , renvoie la fête , et jette ces roses ; tu détourneras peut-être ainsi le malheur qui te menac el
Ll SXJNAMITE.
Comment ton esprit peut-il s'occuper de pareilles chimères? es-tu donc encore dans les ténèbres de l'ignorance , pour que de semblables pensées s'offrent à toi?
LA. SOEUR
Un cœur timide devine mieux le mystère qu'on esprit présomptueux. Qu'y a-t-il donc de si clair ici bas que l'homme puisse expliquer ? l'obscurité couvre même les cieux ; ils en sont revêtus comme d'un habit de deuil ; et toi, ma sœur, tu crois tout voir et tout comprendre.
LA SUNAMITE
Regarde Semida, comme elle est charmaote au milieu de ces fleurs , t;omme une fête lui sied bien ! déjà le nuage qui voilait ses regards se dissipe. Cher enfant, la salle le paraît^-elle bien ornée?
SEMIDA.
Oui, ma mère, sans doute : n'est-ce pas toi qui as tout ordonné I Mais j'aime mieux nos jours de retraite avec toi, avec la sœur; mon ame est plus à l'aise j toujours la foule m'oppresse.
LA SUNAMITE
Quoi donc! a^ors même qu'elle te loue avec transport?
y4 I^A. SUNAMITE.
SEMIDA.
Ma mère, je me sens plus de joie quand tu me dis seulement : Ma fille , c*est bien.
LA SUNAMITE
Mille voix dans Israël serout un jour l'écho de ce simple mot : C'est bien.
SEMIDA.
Ne m*a-t-on pas dit que l'envie succède souvent à la louange ? et si l'on me ba'issait une fois , ma mère , cela m'affligerait bien plus, que jamais les fêtes ne m'ont réjouie.
LA SUK-AMITE.
Te haïr ! Que dis-tu , Semida ? Va , ce serait blasphémer la plus touchante image delà bonté céleste.
SEMIDA.
Ma mère , ne me gâte pas , je t'en prie : un enfant doit être humble et modeste, et je crains de cesser de l'être, quand la voix méfait entendre de si flatteuses pa. rôles. Mais d'où rient que le saint prophète ne nous; a pas visitées cette année ? Tous les printemps , à cette éjpoque, il vient passer quelques jours dans ta maison; tu m'as dit qu'il n'y avait jamais manqué depuis ma naissance.
LA SUÎÏAMITE.
Il arrivera peut-être aujourd'hui , ma fille ; c'est le premier jour de la lune de Sivan qu'il a coutume de s'établir sur le moutCarmel, au pied duquel cotro maison est bâtie.
ACTEl, SCÈNE lll. jS
SEMIDA.
Je voudrais qu'il ne vînt pas aujourd'hui ; il n'aime pas les fêtes, lui ; il vit si solitaire ; il prie Dieu avec tant d'ardeur I Son front austère, ses traits sillonnés par la vieillesse n'ont rien qui m'intimide ; je voudrais passer ma vie avec lui. Cet homme qui fait si peur aux raëchans et que les bons abordent avec tant de respect, il daigne se faire entendre d'un enfant , et au fond de mon cœur je comprends tout ce qu'il dit.
LA SOEUR
Semida, tu as bien raison d'aimer Élisëe ; mais je crains que celte anne'e nous ne le voyions pas.
Ma sœur , rassure-toi ; sans doute il çst près d'ici , car j'aperçois Guehazi , son disciple , qui dirige ses pas vers notre maison.