ACTE II, SCÈNE I
quer souvent, depuis qu'il a quitte la terre : te répond-il ?
ELISÉE
Mon fils, il n*est point accorde' aux hommes de savoir si les justes e'chappent au tombeau et sont admis dans le ciel. Le peuple d'Israël - si souvent enclin à l'idolâtrie, ne s'inquiète que de la terre , et ne demande à son Dieu que des vignes fe'condes , des moissons abon • dantes et de longs jours ici-bas, passes dans les plaisirs.
CUEHAZI.
Ah! si la Sunamite perdait son unique enfant , ne lui dirais-tu pas qu'elle peut le revoir un jour ?
ELISÉE
Mon fils , je n'ai point reçu du ciel la mission d'annoncer une seconde vie après la mort. Imite mon silence.
CUEHAZI.
Mon père, les commandemens me sont sacre's comme s'ils e'taient prononces par l'Éternel lui-même, sur le mont Sinaï. Les passions de ma jeunesse s'apaisent à ta voix; et, loin de me plaindre de la vie que nous menons ensemblesur les montagnes et dans les de'serts , je voudrais ajouter encore aux austérités que nous bra • vons, pour me rendre plus digne d'être ton disciple.
ELISÉE
Mon fils, supportons les souffrances nécessaires pour convaincre les hommes de la vérité de nos paroles ; mais n'ajoutons rien à ce qu'il faut : ne souhaitons pas iHcme que nos misères soient agravées , car l'orgueil
86 LA SUNÀMITE.
pourrait s'y complaire ; l'orgueil , le plus grand crime
de l'homme envers le ciel. C'est ainsi que la Sunami-
te Mais la voilà ; c'est elle que j'aperçois là-bas,
venant à nous, pâle, les cheveux épars. Ah I quel spectacle déplorable, et que la créature est à plaindre, quand son Dieu ne la protège plusl