‹ Essais dramatiquesChapitre 45 sur 195 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ELISÉE , GUEHAZI.

GUEHAZI.

jflHÎ mon maître que je craignais pour toi au milieu de cette foule insolente , qui outrageait ta vieillesse par ses rires de'daigneux et moqueurs !

ELISÉE

Mon fils , crains pour ceux qui ont brave le Dieu d'Abraham dans son prophète ; aujourd'hui même ils vont disparaître de la terre.

GUEHAZI.

Ces jeunes gens insense's ne sèment que le vent, et ne recueilleront que la tempête. Ils avaient assiste' à la fêle donnée par la Sunamite : d'où vient donc qu'elle a duré si peu de temps?

ELISÉE

Un grand malheur l'a troublée.

GUEHAZI.

Je le craignais.

ELISÉE

Une promesse avait été faite à l'Eternel j et la Sn-

84 I'^ SUNAOUTE.

namite ne l'a point accomplie : la vanité s'est emparée de son ame, et en a chassé la crainte du Tout- Puissant. Malheureuse mère ! je la plaius. Quand les méchans sont punis, mon ame en devient plus forte; je sens le bras de l'Eternel qui les frappe et nous soutient. Mais quand la foudre tombe sur le faible , le serviteur de Dieu est lui-même épouvanté.

GUEHAZI.

O mon père ' si toi aussi tu redoutes les jugemens du Très-Haut, quel homme oserait se présenter sans crainte devant ses autels?

Elisée.

Guehazi, tu n'as pas connu mon maître. Que suis je auprès d'Eiie , de ce saint homme qui a porté la terreur sur le trône d'Israël, et fait trembler les rois coupables ?L'ame de ce divin prophète était plus «ligne que la mienne d'être le sanctuaire du Très -Haut. Néanmoins une voix secrète se fait entendre au dedans de moi, me pénètre et me conduit ; et iamais , jusqu'à ce jour , je ne lui ai désobéi. L'homme n'est point fort de sa force , et c'est l'appui de l'Éternel qui fait une colonne du roseau. Éiie, le terrible Élie, commandait aux élémens, marchait d'un pas sûr à travers les vagues de la mer, et la terre effrayée se taisait devant lui. Il m'a soutenu par sa divine amitié ; il m'a donné la main quand je chancelais sur les flots, et son manteau sacré couvre encore mes faiblesses aux yeux du Tout- Puissant.

OUEHAZT.

Mon père, Élie vit-il encore.^ Je t'entends l'invo-

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